Archive for août, 2019

ÉTÉ 2019 : TROIS SOURCES D’ESPOIR DANS UN MONDE CRUEL

Les nouvelles affligeantes en provenance de toutes les régions du monde se succèdent à un rythme tel que l’on peine à distinguer les rares événements internationaux porteurs d’espoir. Il y en a pourtant de significatifs, qui appellent toute notre attention, tant ils pourraient annoncer, à terme, de changements prometteurs. Arrêtons-nous, à titre d’exemples, sur trois d’entre eux que la période estivale risque d’avoir quelque peu effacé de notre mémoire.

Le premier remonte à la fin du mois de juin : c’est la victoire triomphale d’Ekrem Imamoglu, opposant progressiste au pouvoir d’Erdogan, à Istanbul ! Difficile à qui ne suit pas la situation politique en Turquie de mesurer l’ampleur du séisme politique que représente ce basculement dans le fief du tyran ! « Qui tient Istanbul tient la Turquie » aimait à souligner jusqu’alors l’ancien maire de la légendaire mégapole devenu Président  du pays. Que ce bastion réputé imprenable du maître d’Ankara soit tombé est le signe qu’enfin le sol commence à se dérober sous les pas du dictateur. Certes, ce populiste roué usera de toute sa ruse maléfique pour reprendre l’initiative. Mais une brèche décisive est ouverte. Notons à ce propos que l’appel explicite du leader charismatique du parti progressiste « pro-kurde » HDP, notre ami Selahattin Demirtas, depuis la prison d’Edirne, à voter pour le candidat du CHP (social-démocrate) fut vraisemblablement une contribution déterminante à cette victoire.

Un deuxième événement de cette période constitue à la fois un magnifique succès populaire et un exemple pour tout un continent (et au-delà…) : l’aboutissement de huit mois de mobilisation pacifique du peuple soudanais au renversement du sinistre régime d’Omar el-Béchir -qui a sévi pendant plus de trente ans- puis à la conclusion d’un accord, début août, entre « l’Alliance pour la liberté et le changement » et les officiers du « Conseil militaire de transition ». Certes, ce compromis repose sur un rapport de force fragile entre deux « partenaires » aux cultures politiques opposées. Durant les quelque trois années qui doivent servir à préparer des élections générales, civils et militaires devront réussir à coopérer. Mais le simple fait que, là encore, l’impossible se soit réalisé grâce à la puissance du mouvement populaire, et sous les regards de l’Union africaine et de la communauté internationale, constitue une source d’espoir pour le Soudan et bien au-delà.

Le dernier espoir reste en pointillés, mais les chances de le voir se concrétiser sont réelles : il s’agit du bouger en gestation du côté des relations Russie-Ukraine et Russie-Europe. L’élection (à 74% !) , à Kiev, d’un Président, Volodymyr Zelensky, se déclarant décidé -à l’opposé de son caricatural prédécesseur, invraisemblable « chouchou » de l’UE- à ouvrir des discussions avec son homologue russe pour mettre fin au conflit dans le Donbass , puis le clair soutien à ce projet que le parti du nouveau dirigeant a obtenu lors des élections législatives du 21 juillet dernier (42%) sont des événements encourageants (d’ailleurs salués par le Premier Ministre russe) . Les velléités de certains dirigeants européens, notamment Emmanuel Macron, de se départir enfin, non sans mal, de leur posture aussi arrogante qu’inefficace vis-à-vis de Moscou vont dans le même sens. Puisse un dialogue constructif reprendre entre l’UE et son incontournable voisin européen ! Bien sûr, « discuter n’est pas légitimer » (H. Védrine). Mais la diplomatie vaut mieux que l’hystérie. Trois espoirs à concrétiser !

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29 août 2019 at 10:36 Laisser un commentaire

LE « G7 » : ARROGANCE, CONNIVENCE, CONDESCENDANCE

Emmanuel Macron ne cache pas sa fierté d’accueillir le Sommet annuel du G7 -« les pays les plus riches du monde »(1)- à Biarritz, du 24 au 26 août prochains. C’est l’occasion de revenir sur ce que représente réellement, année après année, ce rendez-vous des « oligarques du monde occidental », selon l’expression fort pertinente de Bertrand Badie, spécialiste bien connu des relations internationales. Trois mots permettent, à mes yeux, d’en résumer l’esprit : arrogance; connivence; condescendance.

Arrogance : comment qualifier autrement la prétention d’un club de sept Etats de s’ériger en une espèce de directoire du monde ! À l’heure de la spectaculaire montée en puissance des pays émergents, cette configuration étriquée et autocentrée illustre davantage les crispations d’un système en déclin que la recherche d’une forme réaliste de régulation des relations internationales.

Connivence : avant l’arrivée au pouvoir de Donald Trump, cette rencontre des Chefs des « grandes puissances démocratiques de la planète » s’apparentait en règle générale à une fastueuse réunion de famille destinée à s’accorder entre « élites » sur quelques grands dossiers. Désormais, la donne a changé à Washington : le Président des Etats-Unis humilie ses « alliés » , les menace de guerre commerciale, torpille leur diplomatie. Ceux-ci continuent cependant de se comporter en subordonnés d’un supposé « Chef du monde libre ». Certes, ils sont agacés par les postures outrancières de leur supérieur, mais restent trop souvent prêts, -par delà quelques gestes de résistance symboliques- à composer avec lui.

Condescendance, enfin : selon une tradition bien établie, les 7 « grands » invitent, en marge de leurs conciliabules, des dirigeants de pays du Sud, notamment africains,  à échanger avec eux…Cette année, la France n’a pas dérogé à la règle, mais elle a, naturellement, fait encore mieux en érigeant en « priorité du G7 » tout entier la question…des « inégalités », car, souligne doctement le site de l’Elysée, citant la Déclaration des Droits de l’homme et du citoyen, « Les hommes naissent libres et égaux en droits » de 1789 ! À ce stade, il peut être utile de rappeler que, parmi les 7 Sans-culottes de Biarritz, figurent, entre autres, le tiers-mondiste Donald Trump, l’égalitariste Boris Johnson et l’allié en sursis du philanthrope Matteo Salvini ! À quoi rime, dès lors, hormis un « coup de com », ce jeu de rôle du Président français, dont la politique d’aide au développement ou d’accueil des réfugiés devrait, au demeurant, inciter à plus de modestie ? Le combat contre les inégalités est effectivement primordial, mais…contre la logique du G7 !

Le monde actuel, en crise profonde, a un besoin vital de -vraies- concertations et coopérations entre nations ou groupes de nations, sans exclusion ni domination, tant sur les enjeux économiques et sociaux que sur les autres défis planétaires, au premier rang desquels figurent, en même temps que le climat et la biodiversité, le développement, le désarmement et la pacification des relations internationales. Souhaitons que Biarritz 2019 soit l’occasion pour les forces progressistes de rappeler -non par la violence qui rebute, mais par les propositions qui stimulent- qu’aujourd’hui comme hier un autre monde est possible.

————
(1) Allemagne, Canada, Etats-Unis, France, Grande-Bretagne, Italie, Japon.

22 août 2019 at 2:05 Laisser un commentaire

RÉVÉLER ENCORE ET TOUJOURS LA VÉRITÉ SUR HIROSHIMA !

Merci à « ARTE » pour la rediffusion, à l’occasion du 74ème anniversaire de l’apocalypse d’Hiroshima, de l’excellent documentaire de Lucy van Beek sur « la véritable histoire » de la première bombe atomique. Cette vérité, qui, trois générations après les faits, a toujours tant de mal à s’imposer, tient en une phrase :  la terrible décision du Président des Etats-Unis, Harry Truman, ne fut pas « un mal nécessaire pour faire plier le Japon » -thèse vendue sans relâche à l’opinion publique internationale- mais un acte délibéré visant à prouver au monde, et d’abord à l’Union soviétique, la suprématie absolue de l’Amérique. En mettant ainsi, de la façon la plus spectaculaire et la plus barbare, un terme à l’ère de la « Grande Alliance » qui a vaincu le nazisme, le choix de larguer la bombe sur Hiroshima puis Nagasaki constitua -au prix de 250 000 morts et de l’enfer pour des millions de Japonais- le premier acte de la « guerre froide » avec le futur second géant de l’ère nucléaire .

Cette vérité historique est essentielle. En effet, s’il est clairement reconnu que le Japon était défait AVANT le 6 août 1945, et condamné à une capitulation imminente SANS la « peste atomique » (Willfried Burchett) ; s’il est admis que l’Empereur Hirohito cherchait, AVANT la bombe, à négocier la reddition de son pays; s’il est établi que l’intervention des troupes soviétiques en Mandchourie contre les troupes japonaises -demandée par le prédécesseur du Président Truman, Franklin Roosevelt, à Yalta, « dans les trois mois qui suivront la défaite de l’Allemagne »-  était finalement prévue…le 8 août 1945, etc…, alors le recours à la terreur nucléaire par les Etats-Unis apparaît pour ce qu’il est : un crime d’une gravité extrême sans aucune circonstance atténuante. Il est d’autant plus pertinent de rappeler aujourd’hui cette responsabilité historique des Etats-Unis que l’actuel Président nord-américain vient de relancer la course aux armements nucléaires en retirant son pays du Traité INF (démantèlement de toute une catégorie de missiles pouvant emporter des charges nucléaires)  signé en 1987 entre les Présidents Reagan et Gorbatchev .

C’est dire si le combat pour l’abolition de l’arme atomique reste d’une actualité cruciale ! Tandis que 9 pays (sur 192 membres des Nations-Unies) possèdent 17 000 armes nucléaires, 122 autres se sont prononcés pour leur interdiction en adoptant en 2017, à l’ONU, un traité en ce sens . C’est l’occasion de réitérer un hommage mérité à la campagne de la coalition d’ONG, ICAN, lauréate du Prix Nobel de la Paix pour avoir permis ce notable succès ! Saluons également, dans notre propre pays, directement concerné, la persévérance et le courage politique de personnalités ayant exercé des responsabilités touchant à ces armes -tel l’ancien ministre de la défense, Paul Quilès- et militant désormais activement pour l’élimination complète de ces arsenaux, en bravant toutes les pressions que l’on imagine. L’abrogation de l’arme nucléaire s’inscrit dans le registre des grands progrès de civilisation : symptomatique est le fait qu’un  pays comme l’Afrique du sud a renoncé à l’arme nucléaire en 1994, en même temps que le pays se libérait de l’apartheid. L’Histoire retiendra le nom du premier des neuf pays possédant aujourd’hui la bombe qui engagera concrètement le processus permettant d’en finir avec cette hideuse et dangereuse survivance de temps révolus. Ce serait l’honneur ineffaçable de la France de se faire la pionnière d’une nouvelle ère de sécurité collective mondiale.

10 août 2019 at 6:25 1 commentaire

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