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FACE À TRUMP, LES EUROPÉENS AU PIED DU MUR

Le 8 mai dernier, Donald Trump annonçait le retrait des Etats-Unis de l’accord sur le nucléaire iranien conclu en 2015 sous l’égide de l’ONU et la relance des sanctions. Le même jour, les trois pays de l’Union européenne signataires de l’accord -la France, l’Allemagne et la Grande-Bretagne- ont pris, au plus haut niveau, l’engagement que leurs « gouvernements restent déterminés à assurer la mise en œuvre du JCPOA (l’accord en question), et travailleront à cet effet avec les autres parties qui resteront engagées dans ce cadre collectif (autrement dit la Chine et la Russie, et naturellement l’Iran) , y compris en assurant le maintien des bénéfices économiques liés à l’accord au profit de l’économie et de la population iraniennes ». On ne peut que se réjouir de cette prise de position, si on a à l’esprit la « relation spéciale » unissant notoirement Londres et Washington, ainsi que « l’étroite association » traditionnellement revendiquée par la famille politique d’Angela Merkel « entre l’Europe et les Etats-Unis d’Amérique », sans oublier, côté français, les récentes embrassades d’Emmanuel Macron et de son « ami », le Président américain, et leur volonté commune alors exprimée…de « travailler sur un nouvel accord avec l’Iran » !

Les voici donc tous trois au pied du mur. Désormais, leur devoir n’est plus de tenter d’amadouer Trump -ce qui ne fait que souligner aux yeux du chantre de l’ « America first » la faiblesse de son interlocuteur- mais de prouver concrètement leur bonne foi aux dirigeants et au peuple iraniens. « Si l’Europe et l’Iran parviennent à travailler ensemble , (l’accord) peut encore être sauvegardé et le pire évité » souligne Robert Malley, ancien membre du Conseil national de sécurité sous Bill Clinton puis conseiller de Barack Obama, reconnu comme un expert de premier plan des enjeux du Moyen-Orient.

Pour tenir parole, il faudra que l’UE sache affronter la prétention inouïe de la Maison Blanche de sanctionner toute entreprise de quelque pays que ce soit qui -conformément à l’accord agréé par le Conseil de sécurité !- coopérera avec l’Iran. L’Union européenne aura-t-elle la volonté politique suffisante pour refuser de se soumettre à cette pratique hyper-dominatrice dite de « l’exterritorialité » (introduite en lien avec le blocus contre Cuba en 1996) , qui a déjà fait de nombreuses victimes dans le passé ? Elle s’est souvent insurgée verbalement contre ces mesures iniques. Le moment est venu de les contrer dans les faits : il existe du reste un règlement européen, adopté en 1996 et mis à jour en 2015, portant « protection contre les effets de l’application extraterritoriale d’une législation adoptée par un pays tiers, ainsi que des actions fondées sur elle ou en découlant » (1). Mais le problème posé par l’unilatéralisme forcené de Trump va très au-delà des confrontations économiques : de sa décision de retirer les Etats-Unis de l’Accord de Paris sur le climat à celle de détricoter les mesures de régulation financière mises en place après le cataclysme de 2007-2008 jusqu’à sa conception du « leadership américain » qui « met en péril la paix du monde comme jamais depuis la Seconde guerre mondiale » (Bertrand Badie), ce personnage est dangereux . Les dernières déclarations des « ténors » européens, telle Angela Merkel proclamant que « l’Europe doit prendre son destin en main » (2) indiquent-elles une amorce de révision déchirante de la relation transatlantique héritée de la guerre froide ? On voudrait le croire, mais il est malheureusement permis d’en douter. C’est en tout cas le moment d’ouvrir en grand le débat sur cet enjeu historique.

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(1) Voir EUR-Lex. Document 52015PC0048 (COM/2015/048 final)
(2) Lors de la remise du « Prix Charlemagne » à Emmanuel Macron (10/5/2018)

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17 mai 2018 at 4:39 Laisser un commentaire

600 PALESTINIENS DU MONDE ENTIER RÉUNIS A RAMALLAH

Ils sont venus des pays de tout le Proche-Orient, du Golfe persique, du Maghreb, des Etats-Unis, d’Amérique latine ou d’Europe : plus de 600 représentants de communautés palestiniennes des territoires occupés et de la nombreuse diaspora (2/3 des 12 millions de Palestiniens officiellement recensés) se sont retrouvés du 30 avril au 2 mai derniers, à Ramallah, près de Jérusalem. Ensemble, ils composent le Conseil National Palestinien (CNP) , sorte de Parlement de l’Organisation de Libération de la Palestine , qui tenait sa première session ordinaire depuis…22 ans ! Outre le nécessaire renouvellement des instances dirigeantes du mouvement, l’évolution dramatique de la situation sur le terrain justifiaient amplement cette convocation.

Une grande partie du discours-fleuve d’ouverture du Président Mahmoud Abbas retraçait l’histoire de la Palestine , non sans quelques digressions surprenantes, confuses et choquantes (1). Mais l’essentiel était ailleurs. D’abord dans l’évocation des relations avec le Hamas (qui a boycotté la réunion) , très tendues, le mouvement islamiste majoritaire à Gaza refusant le contrôle de l’Autorité palestinienne, en particulier sur le plan de la sécurité du territoire. Ensuite dans la réaffirmation de l’attachement à la « solution à deux Etats » (israélien et palestinien), sur la base des résolutions des Nations-Unies : frontières d’avant les annexions de 1967, avec Jérusalem-Est comme capitale de l’Etat palestinien.

L’autre intérêt de cette impressionnante réunion était la présence massive d’invités du monde entier (plus de 1500) dont certains ont pu s’adresser à toute l’assemblée . Parmi eux, les représentants de la Ligue des Etats arabes, de la Chine et de la Russie qui ont tous délivré un message de solidarité très clair aux Palestiniens -ce qui, dans le contexte de la désastreuse initiative de Donald Trump sur Jérusalem, est loin d’être négligeable. Remarquable aussi, le chaleureux et combatif témoignage du Président du troisième groupe politique …de la Knesset, le Parlement israélien ! En effet, depuis 2015, l’accord conclu entre le Hadash (alliance de gauche dominée par le Parti communiste israélien) et le « Mouvement arabe pour le renouveau » a , paradoxalement, assuré aux forces progressistes un poids inédit dans l’un des plus réactionnaires parlements israéliens depuis la création du pays. Enfin, plusieurs Européens se sont également relayés à la tribune, dont un dirigeant du Sinn Fein irlandais, une parlementaire de Syrisa de Grèce ainsi que votre serviteur , représentant le Secrétaire national du Parti communiste français, Pierre Laurent.

Quelles attentes vis-à-vis de l’Union européenne se dégagent-elles principalement des nombreuses rencontres occasionnées par cet important rendez-vous palestinien ? Dans le moment présent, elles peuvent se résumer ainsi : la reconnaissance immédiate de l’Etat palestinien (même si l’unanimité des « 28 » ne peut être acquise, comme l’UE a su le faire dans le cas de la reconnaissance du Kosovo malgré l’opposition de plusieurs Etats membres); la reconnaissance explicite de Jérusalem-Est comme capitale de cet Etat; enfin sinon surtout la fin de l’impunité des dirigeants israéliens. L’UE n’a accepté ni l’annexion du Koweit par l’Irak ni celle de la Crimée par la Russie : elle ne peut consentir à l’annexion de Jérusalem par Israël !

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(1) Ainsi du passage sur « l’origine de la haine des juifs » à situer dans « leur fonction dans la société » comme « l’usure, la banque etc » , qui occasionna en outre une confusion de l’orateur entre Joseph Staline et … Karl Marx.

10 mai 2018 at 10:42 Laisser un commentaire

MACRON GALVAUDE UNE PROPOSITION DU PCF SUR L’EUROPE

 « Jupiter » a inauguré, la semaine dernière à Epinal dans les Vosges, les fameuses « consultations citoyennes sur l’Europe » qu’il a prévu d’organiser dans toute la France jusqu’au mois d’octobre prochain. Objectif affiché : intégrer les attentes et les propositions des citoyens à son projet de « refondation » de l’Union européenne ! Mieux : le Président de la République dit avoir convaincu la plupart de ses homologues européens de faire de même. Aussi, une restitution globale des contributions recueillies est-elle prévue au Conseil européen des Chefs d’Etat et de gouvernement des « 27 » en décembre prochain. Emmanuel Macron nous l’assure : « les priorités, les préoccupations, les idées » ainsi identifiées « nourriront notre feuille de route pour l’Europe de demain » ! (1)

L’hôte de l’Elysée aurait-il fait sienne une proposition portée par le Parti communiste depuis 2012 , selon laquelle « La France prendra l’initiative d’Etats généraux de la refondation européenne » ? Pas vraiment ! Pour les communistes, il s’agissait, à l’instar de l’expérience de démocratie citoyenne de 2005 sur le projet de traité constitutionnel européen, de permettre à la profonde volonté de changement vis-à-vis des politiques et du fonctionnement de l’UE de s’exprimer en toute clarté. Et ce à l’échelle européenne, en donnant la parole à des forces politiques, à des organisations syndicales, à des mouvements associatifs, à des réseaux citoyens du plus grand nombre possible de pays européens. Gageons que les aspirations au développement social, à la défense de l’environnement, à une réorientation de l’argent vers « l’humain d’abord », à une extension des possibilités d’échanges internationaux à l’ensemble des jeunes, à une implication effective des citoyens et des parlements nationaux dans les grandes décisions européennes, à de grandes initiatives diplomatiques européennes en faveur d’un monde de paix etc…auraient littéralement inondé ces débats ! Le but était d’éviter tout dévoiement du débat européen tant par les nationalistes que par les néolibéraux.

Au lieu de cela, le questionnaire-Macron suggère d’emblée comme priorités « la lutte contre le terrorisme » ou « la défense européenne ». Et, de toutes façons, aux yeux d’Emmanuel Macron -les cheminots en savent quelque chose !- les « consultations » visent ni plus ni moins qu’à faire entériner « démocratiquement » les choix faits à l’avance en haut lieu. Cela vaut d’autant plus sur le plan européen : même un électeur moyen de la « République en marche » devrait pouvoir comprendre que le fait de compter sur les gouvernements en place dans l’UE pour évaluer les attentes des Européens lors de leur sommet de fin 2018 laisse peu de suspens sur le contenu de la « refondation européenne » en question…Retenons néanmoins une leçon positive de l’opération électorale que représentent ces « débats-Macron » : la reconnaissance qu’ « On ne construit pas l’Europe à l’écart des peuples »(2). Alors, on fait mine de les associer. C’est une sorte d’hommage du vice à la vertu ! Et un vrai défi aux forces de progrès .

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(1) Discours de la Sorbonne (26/9/2017)
(2) Nathalie Loiseau, ministre chargée des Affaires européennes

26 avril 2018 at 10:36 Laisser un commentaire

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