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L’UE CHERCHE SON SALUT DANS LA MILITARISATION !

« Après une décennie de gestion de crises, l’Union (européenne) se projette à nouveau dans l’avenir, repart dans la construction, se permet de rêver » se réjouit une chroniqueuse du « Monde » (1). De quel projet européen constructif et tourné vers le futur s’agit-il donc ? L’UE vient-elle de se fixer comme nouveau cap la garantie d’un emploi ou d’une formation pour chacune et pour chacun , ou bien l’exemplarité en matière de lutte contre le réchauffement climatique, ou encore la négociation d’un traité de coopération , de sécurité et de paix avec tous ses voisins du continent européen ? Vous n’y êtes pas vraiment. Non : l’événement -sans précédent- qui vient de se produire est la signature à Bruxelles d’un accord de coopération militaire « structurée » et « permanente » entre 23 des 28 pays membres de l’UE. (2) L’accord sera officialisé au mois de décembre par les Chefs d’Etat et de gouvernement. Il passe pour une « étape historique » vers une défense européenne.

Oh, n’allez pas imaginer qu’ils envisagent de quitter l’OTAN pour autant ! C’est en plus. Les objectifs affichés sont triples : pousser à l’augmentation sensible des dépenses militaires -condition à remplir impérativement pour pouvoir participer à cette nouvelle entité-; construire en commun des équipements militaires, du type « drone militaire européen » ou « avion de combat européen »; et mener, le cas échéant, des opérations militaires conjointes. Pour « mutualiser »les achats d’armements, un « Fonds européen de défense » de 5,5 milliards d’euros par an (!) sera mis en place début 2018. Reste une petite question à laquelle il n’y a, pour l’instant, aucun début de réponse : quelle type de menace cette « défense européenne » est-elle censée conjurer ? Pour la Pologne et les Etats baltes, c’est obligatoirement de la Russie que vient tout le mal. Pour la France, il s’agit d’abord de trouver des renforts pour ses interminables opérations en Afrique et au Moyen-Orient comme « réponse au développement des attentats » (Jean-Yves Le Drian)…Pour certains experts, enfin, le but est de faire converger les différentes perceptions des menaces : « l’un des enjeux de la défense européenne, c’est que le cauchemar des uns devienne le cauchemar des autres » ! (3) De quoi faire « rêver », comme le suggère la journaliste du « Monde »…

Nous voilà donc devenus des alliés stratégiques des pouvoirs d’extrême droite de Varsovie ou de Budapest au point de « mutualiser » avec eux des armements lourds, voire des buts de guerre ! Certes, chaque pays reste libre de participer ou non à tel ou tel projet lancé dans le cadre de cette « coopération structurée », mais le symbole est là : nous sommes aux antipodes de ces régimes sur le plan de la démocratie et du respect des libertés ou en matière d’accueil des réfugiés -le Parlement européen vient même d’adopter à l’adresse du gouvernement polonais une résolution soulignant un « risque manifeste de violation grave » de l’état de droit dans ce pays- , mais nous sommes désormais des partenaires étroits dans le domaine militaire ! On attend avec impatience le prochain discours sur les « valeurs » européennes !

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(1) Sylvie Kauffmann (16/11/2017)
(2) Seuls le Danemark, l’Irlande, le Portugal et Malte se tiennent à l’écart du projet. La Grande-Bretagne, sur le départ, s’est abstenue tout en saluant « une idée prometteuse ».
(3) Thomas Pellerin-Carlin, de l’Institut Jacques Delors

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23 novembre 2017 at 10:02 Laisser un commentaire

QUE VALENT LES PROPOSITIONS DE MACRON SUR L’EUROPE ?

L’Europe ? « A nous de la rendre plus belle » ! a lancé le Président de la République dans son discours -très médiatisé- de la Sorbonne que j’ai récemment évoqué dans ces colonnes (1). « Ayons ensemble l’audace de frayer ce chemin » ! a poursuivi le Chef de l’Etat, avant d’illustrer son ambition en la matière par une série de propositions concrètes à première vue très alléchantes. Certes, en elles-mêmes, elles ne seraient pas de nature à promouvoir « la refondation d’une Europe souveraine, unie et démocratique » promise par Emmanuel Macron, mais plusieurs d’entre elles seraient bienvenues. Malheureusement, à y regarder de plus près, elles en disent long sur le manque de fiabilité du personnage dès qu’il se présente comme un champion de la justice sociale et de la solidarité…Exemples.

« Ce n’est qu’avec l’Europe que nous pourrons (…) accueillir dignement ceux qui ont droit à l’asile (…) et, dans le même temps, renvoyer rapidement ceux qui ne dont pas éligibles à cette protection ». De cette phrase très macronienne, que retenir ? Qu’est-ce qui caractérise jusqu’ici l’action du nouveau Président dans ce domaine ? « L’accueil digne » des réfugiés ? (7500 places d’hébergement promises…d’ici 2019) Ou son projet -avorté tant il souleva l’indignation générale- d’installer en Libye (!) , pays à l’insécurité paroxystique, des « hot spots », autrement dit des centres où seraient triés , loin de l’Europe, parmi les migrants africains chassés de leur lointain pays par la guerre, la répression ou la misère -ou les trois réunies- ceux jugés « éligibles à l’asile » et ceux réputés simples exilés « économiques » à renvoyer sans autre procès ?

Autre proposition présidentielle qui a retenu l’attention des observateurs : « L’aide au développement doit augmenter et, année après année, nous l’augmenterons à chaque fois ». L’objectif officiel est d’atteindre…en 2030 les 0,7% des richesses nationales demandées par l’ONU. Dans l’immédiat, le gouvernement a annoncé…une baisse de 141 millions d’euros de cette aide ! « C’est la coupe budgétaire la plus importante de l’aide publique au développement jamais connue » s’insurgeait en juillet dernier Michael Siegel de l’ONG OXFAM.

« Cette aide au développement doit être aussi européenne » ajouta le Président à ce propos, précisant : « je souhaite à ce titre relancer sur de nouvelles bases le projet de taxation des transactions financières afin de financer cette politique ». Problème: les « bases nouvelles » dont parle Emmanuel Macron sont en fait un allègement considérable de la taxe en discussion au niveau européen ! On ne taxerait plus que les actions (à 0,2%…) . Les « produits dérivés » -c’est à dire l’essentiel- en seraient exonérés. Le grand « refondateur » européen espère ainsi complaire aux entreprises financières de la City de Londres , dans l’espoir de les attirer à Paris à l’heure du Brexit. Si l’on comprend bien les propos d’Emmanuel Macron, c’est sur le produit de cette éventuelle taxe « light » qu’il dit compter pour financer l’aide au développement…

Quelle conclusion tirer de ces éléments de langage d’apparence progressiste qui, une fois dépouillés de leurs atours, s’avèrent être des miroirs aux alouettes, voire des régressions pures et simples ? Simplement cette évidence : si telle ou telle proposition concrète peut être consensuelle, il n’y a , en revanche, décidément pas , sur l’essentiel, de politique qui soit « dans le même temps » de droite et de gauche. Pour la -très nécessaire- refondation de la construction européenne que toutes les forces politiques disent aujourd’hui appeler de leurs voeux, il faut faire des choix…disons le mot : de classe. Et, à cet égard, ceux d’Emmanuel Macron ne sont pas les nôtres.

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(1) Voir HD du 5/10/2017

12 octobre 2017 at 10:59 Laisser un commentaire

QUE PENSER DU DISCOURS DE MACRON SUR l’ EUROPE ?

Pourquoi les discours sur l’Europe d’Emmanuel Macron à Athènes, le 7 septembre dernier, puis à la Sorbonne, le 26 septembre, ont-ils impressionné positivement tant d’observateurs, y compris des hommes et des femmes authentiquement de gauche ? Et pourquoi devrait-on, à mes yeux, aider nos concitoyens à les décrypter avec soin pour en dénicher les ruses, les sous-entendus, voire les manipulations ?

C’est que nous avons affaire à un partisan déterminé d’une relance de l’Europe libérale qui dépasse en intelligence politique (certains diront : en machiavélisme…) tant ses deux prédécesseurs à l’Elysée que la classe politique bruxelloise dans son ensemble. C’est ainsi qu’il a compris que le refus de tenir compte de la victoire du NON au projet de traité constitutionnel, en 2005, a laissé des traces profondes dans les esprits et que, faute de solder ce conflit démocratique majeur avec la majorité de nos concitoyens, le discours pro-européen est devenu inaudible. Cela donne : « En 2005, une page s’est tournée et nous ne l’avons pas vu tout de suite. C’est que l’Europe ne peut plus avancer à part des peuples. Elle ne peut continuer son destin que si elle est choisie, voulue ». (1) Pour avoir souvent rappelé cette évidence depuis 12 ans, nous ne pouvons qu’approuver cette -tardive-reconnaissance. Mais quelle leçon le Président en tire-t-il ? Qu’il convient de « refonder l’Europe » en inversant ses priorités comme le réclamait en 2005 -et le confirmerait sans doute aujourd’hui- la majorité des Français (« Europe libérale » vs « Europe sociale ») ? Évidemment non.

L’enseignement qu’il en tire, quant à lui, est, au contraire, qu’il lui faut désormais , pour arriver à ses fins, réussir à faire en sorte qu’une Europe encore plus libérale et aux lieux de pouvoirs encore plus concentrés au sommet…soit « choisie, voulue » par la majorité de notre peuple ! Un défi audacieux, qu’il espère relever grâce à une bataille d’idées qui soit en rapport avec le niveau de politisation du débat dans le pays. Il est manifestement convaincu -avec raison- que la lourde propagande européiste à la Juncker ou à la Moscovici n’est plus de nature à susciter l’envie d’Europe. Alors, il s’emploie, avec un certain talent, à rehausser d’un ou de deux crans la qualité de son argumentaire. A nous d’aiguiser la confrontation d’idées sur le contenu à donner à une « refondation » digne de ce nom. Disons-le d’emblée : il faudra autre chose que des slogans à l’emporte-pièce pour éclairer le plus grand nombre sur les chausses-trappes du discours macronien !

Certes, la politique ultra-régressive et autoritaire qu’il mène en France retire beaucoup de crédibilité au projet européen du Chef de l’Etat. Mais ne sous-estimons pas pour autant les illusions que peuvent engendrer a priori des formules telles que « notre génération peut choisir de refonder l’Europe aujourd’hui par une critique radicale », ou bien « l’Europe seule peut assurer une souveraineté réelle dans le monde actuel »(2) -des affirmations qui , partant d’un fond de vérité, peuvent désarmer l’esprit critique de partisans d’une « autre Europe ». Le thème-clé de la « sécurité » et de « l’Europe qui protège » est un autre mirage du discours présidentiel à dévoiler coûte que coûte, tant il est conçu pour faire taire les critiques de fond sur l’UE. Enfin, il y a lieu de passer au crible le copieux catalogue de propositions tous azimuts qu’avance Emmanuel Macron pour valider son image de « refondateur »: si certaines d’entre elles sont nouvelles et crédibles, nombre d’autres sont anciennes ou déjà réalisées de longue date, d’autres encore s’avérant en contradiction frontale avec des décisions de son propre gouvernement ! De belles luttes en perspective !

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(1) E Macron, Discours d’Athènes -7/9/2017
(2) E Macron, Discours de La Sorbonne -26/9/2017

5 octobre 2017 at 2:36 Laisser un commentaire

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