Posts filed under ‘PCF’

L’EUROPE DES « MARCHÉS » CONTRE LE PEUPLE GREC.

« Nous avons eu un accord historique » a commenté le Premier Ministre grec, le 22 juin dernier, après avoir enfin arraché à ses créanciers un allègement (partiel) de la lourde dette de son Etat -une mesure promise de longue date mais , jusqu’alors, toujours repoussée et soumise à de nouvelles conditions. On peut donc aisément comprendre le soulagement d’Alexis Tsipras sur ce point, à l’issue de cette énième négociation-marathon avec les ministres des finances des 19 pays de la zone euro. Dans l’immédiat, le cauchemar de la dette s’éloigne.

Pour autant, « allègement » ne signifie pas « annulation » ! Les 273 milliards d’euros prêtés à la Grèce par les pays membres de la zone euro et par le Fonds monétaire international (FMI) depuis 2010 devront être intégralement remboursés. La concession finalement accordée concerne 40% de cette somme, soit 96 milliards d’euros provenant du Mécanisme européen de stabilité (MES) , un organisme non prévu par les traités européens et créé en catastrophe en 2012, en pleine crise de la zone euro , pour prévenir un risque de défaillance financière d’un Etat membre. Ces prêts ne devront finalement être remboursés qu’à partir de 2032 et ces remboursements pourront s’échelonner jusqu’à 2069. Le fardeau est donc étalé mais nullement supprimé ! Ce qui a fait dire à la Directrice générale du FMI, Christine Lagarde, elle-même, interrogée sur la « soutenabilité » de cette dette colossale : « Sur le long terme, nous avons des réserves »…

De même, les gains financiers (plusieurs milliards d’euros) réalisés par la Banque centrale européenne sur les titres de dette grecque qu’elle avait acquis durant la crise seront, certes, restitués à la Grèce, comme promis, mais seulement par tranche de 600 millions tous les six mois, à condition qu’Athènes poursuive bien les « réformes » exigées par ses créanciers. D’une façon générale, si la tutelle directe sur les autorités grecques est levée , celles-ci restent l’objet d’une surveillance étroite jusqu’en 2022 ! L’épée de Damoclès qui continuera de planer au-dessus de la tête du peuple grec est particulièrement lourde : le pays est sommé par ses créanciers de réaliser, quoiqu’il en coûte à la population et à l’économie , une performance budgétaire que beaucoup d’experts jugent irréalisable, à savoir un excédent de 3,5% des richesses nationales (hors charges de la dette) jusqu’en 2022 ! La France, par exemple, en est très loin ! C’est dire si le défi lancé par les ministres des finances des Etats de la zone euro à ce pays exsangue est inhumain !

L’affaire grecque ne peut s’arrêter là ! D’abord, elle symbolise jusqu’au paroxysme la contradiction centrale qui oppose une « Europe des marchés » et une « Europe des peuples ». Elle rappelle à qui en douterait encore combien est cruciale la question du « pouvoir sur l’argent » , et, par conséquent, notre capacité à faire de la BCE et de ses missions une question populaire.Ensuite, elle illustre la part de responsabilité écrasante qui incombe aux Etats, dont le nôtre, dans la marche de l’UE. La lutte pour « changer l’Europe » commence donc ici et maintenant

Publicités

28 juin 2018 at 4:52 Laisser un commentaire

AQUARIUS : LES BONS, LA BRUTE ET LES FAUX-JETONS

La décision du gouvernement italien de refouler l’ « Aquarius » et ses 629 réfugiés a placé sous les feux des projecteurs l’action exemplaire des bénévoles de « SOS Méditerranée ». C’est cette magnifique association qui réalise sans relâche des sauvetages en mer avec ce navire depuis 2016, l’année où plus de 4500 personnes (!) fuyant la Libye sont mortes en tentant de traverser la Méditerranée . De nombreux autres anonymes financent par leurs dons ces onéreuses opérations. D’autres encore prennent le relai à terre en bravant le « délit de solidarité ». Chapeau bas à ces citoyens et ces citoyennes solidaires, modestes et courageux : ils et elles sauvent l’honneur de l’Europe.

A l’opposé, un pays fondateur de l’Union européenne, longtemps pays d’émigration, s’est donné comme nouvel « homme fort » un personnage abject, qui a promis d’expulser 500 000 « sans-papiers » et qui traite les ONG recueillant des rescapés de « vice-passeurs » , désormais bannis des côtes italiennes. Les Italiens se sont, pourtant, longtemps montrés particulièrement ouverts aux réfugiés. J’ai pu le constater naguère auprès de la population de l’île de Lampedusa, la plus directement confrontée à l’arrivée quasi-ininterrompue de rescapés de leur périlleuse traversée de la Méditerranée.

Lourde est la responsabilité des Etats qui ont obstinément refusé toute mutualisation de l’accueil, quitte à faire d’une partie des populations exaspérées et débordées des proies faciles des démagogues fascisants de « la Ligue » . La « patrie des droits de l’homme » n’est pas la dernière à avoir acculé l’Italie en instaurant le « verrou de Vintimille » et en renvoyant de l’autre côté de la frontière, par dizaines de milliers, des exilés africains, hommes, femmes -y compris enceintes- et enfants confondus !

Et maintenant ? Il faut sortir d’urgence de cette hypocrisie ! A défaut d’une contre-offensive démocratique et solidaire des principaux Etats européens, la gangrène risque de s’étendre rapidement. Déjà, un « axe » anti-migrants vient d’être constitué entre les ministres de l’intérieur italien, autrichien et allemand, décidés à ouvrir des… « camps d’accueil » de réfugiés à l’extérieur des frontières de l’UE ! Cessons d’attendre de « l’Europe » des décisions qui relèvent pour l’essentiel , dans les traités actuels, des seuls Etats membres ! Même l’exécrable « Règlement de Dublin » n’oblige aucun pays à renvoyer un demandeur d’asile vers le pays par lequel il est entré en Europe, comme l’avait montré Angela Merkel en 2015. Ne faisons pas non plus dépendre toute action d’un impossible consensus des 28 Etats de l’UE. Paris s’honorerait à décider tout de suite : d’abord de respecter les timides engagements de la France en matière de « relocalisation» des réfugiés bloqués dans les pays dits « de première arrivée »; ensuite, de se résoudre enfin, avec tous les pays qui y sont prêts, à une gestion solidaire de l’accueil des réfugiés -les Etats refusant d’assumer cette co-responsabilité devant payer le prix de leur unilatéralisme- ; enfin de dissiper le fantasme de l’ « invasion » en rappelant par exemple que les 650 000 personnes ayant obtenu le droit d’asile en 2017 dans toute l’Union européenne représentent moins de 0,13% de la population des 28 Etats membres !

20 juin 2018 at 5:55 Laisser un commentaire

ITALIE : CHRONIQUE D’UN DÉSASTRE ANNONCÉ !

Longtemps profondément « européiste »,  l’opinion italienne a basculé lors de la crise de la zone euro et de sa gestion calamiteuse , tant par la « classe politique » de la péninsule que par l’UE.

2010: les « marchés » ciblent les pays les plus endettés en augmentant de plus en plus le coût des emprunts des Etats. La grèce est leur première victime, vite suivie par l’Irlande et le Portugal. L’Italie prend les devants: le très réactionnaire Berlusconi -flanqué de son allié d’extrême-droite, la Ligue du Nord- décide un premier plan d’austérité (25 milliards d’euros d’économies) pour rassurer les « investisseurs » .

2011 (Juillet) : l’Italie est attaquée à son tour. Berlusconi et ses alliés font adopter un deuxième plan d’austérité (48 milliards d’économies) censé éponger les déficits d’ici 2014. Cette purge suscite un tollé dans le pays…sans convaincre les « marchés »: les taux d’intérêt grimpent.

-2011 (5 août) : paniqués, Jean-Claude Trichet , encore président de la Banque centrale européenne (BCE) , et Mario Draghi, son successeur désigné, adressent au Chef du gouvernement italien une lettre en forme d’ultimatum d’une arrogance inouïe. Afin de « restaurer la confiance des investisseurs », ils exigent « des mesures immédiates et courageuses » (à prendre par décrets ) telles que : « la libéralisation des services publics locaux » et des « privatisations à grande échelle »; une « baisse des salaires » des fonctionnaires ; une « réforme des conventions collectives » permettant d’ « adapter les salaires et les conditions de travail »; un « passage en revue en profondeur des règles concernant embauches et licenciements »; un  « durcissement de la législation fiscale » et une réforme de l’administration publique pour la rendre plus « favorable aux entreprises » (« business friendly ») ! Berlusconi (et sa coalition) s’exécutent aussitôt en accélérant l’application des mesures déjà décidées et en en rajoutant une double couche : 20 milliards d’euros  d’économies supplémentaires en 2012 et 25 autres en 2013. Rien n’y fait : les taux d’intérêt continuent de monter, la consommation et les investissements de baisser. La récession s’installe. Berlusconi est poussé vers la sortie et remplacé en novembre 2011 par…un ex-commissaire européen, Mario Monti, qui poursuit aussitôt la fuite en avant austéritaire, avant d’être balayé à son tour aux élections de 2013, marquées par le succès de la rhétorique (alors de gauche) du mouvement « 5 étoiles » . L’année suivante, c’est Matteo Renzi qui devient le nouvel « Homme providentiel » : son parti  de « centre-gauche » recueille 40% aux élections…européennes, avant que cette nouvelle illusion ne se dissipe à son tour, laissant la place au désarroi. La « Ligue » comme les « 5 étoiles » changeront de leader et feront alliance. On connait la suite (provisoire).

De quoi faire réfléchir à une légitime « obsession » du PCF : rassembler en France et dans l’UE les forces prêtes à faire appel à l’intelligence des citoyens dans le combat décisif pour changer l’ « Europe » et notamment  les missions de la BCE, afin d’en finir avec la dictature des « marchés » et d’imposer le respect de la souveraineté des peuples, ce droit imprescriptible de choisir son destin.

7 juin 2018 at 10:29 Laisser un commentaire

Articles précédents


Entrer votre adresse e-mail pour vous inscrire à ce blog et recevoir les notifications des nouveaux articles par courriel.

Rejoignez 5 198 autres abonnés

Chronique européenne dans l’Humanité Dimanche

Intervention au Parlement européen (vidéo)

GUE/NGL : vidéo

juillet 2018
L M M J V S D
« Juin    
 1
2345678
9101112131415
16171819202122
23242526272829
3031  

Catégories

Pages

Pages