Archive for juin, 2015

LA GRÈCE A BESOIN DE BEAUCOUP PLUS DE SOLIDARITÉ !

wurtz-l-humanite-dimancheJamais, depuis le début de la construction européenne, un tel affrontement -disons le mot : « de classe »- entre les autorités les plus puissantes de l’UE et un pays membre n’avait encore eu lieu. Alors que les principaux dirigeants en place avaient l’habitude de traiter avec des interlocuteurs consentants ou des contestataires malléables, voilà un gouvernement issu de la mobilisation populaire et fermement décidé à rester fidèle à ses engagements. Pour le « directoire » européen, l’enjeu du conflit dépasse de loin la question, financièrement insignifiante, des 7,2 milliards de prêts si souvent évoqués ! Il porte sur l’essentiel : le pouvoir. L’aristocratie en place sent depuis trois ou quatre ans le consensus sur lequel reposait traditionnellement sa suprématie fondre comme neige au soleil. Elle craint comme la peste de se voir submerger par une vague populaire qui pourrait devenir irrésistible grâce à la force de l’espoir d’une « autre Europe ». Il est donc vital aux yeux de ces hobereaux de casser cet espoir -avec pour seule limite à leur hargne l’inquiétude quant aux conséquences de leurs actes sur la construction européenne elle-même.

On comprend dès lors combien il est devenu décisif pour notre avenir à tous -hormis les nantis arc-boutés sur leurs privilèges et leur pouvoir hégémonique ou les populistes qui spéculent sur le chaos pour creuser leur trou- que le difficile combat de Syrisa finisse par réussir. Mais pour cela, la solidarité avec la Grèce doit prendre une tout autre dimension ! Nous avons besoin d’une bataille d’idées large, rassembleuse, authentiquement populaire ! Il faut en particulier rendre visible l’évolution « souterraine » du rapport de force en popularisant les nombreuses prises de position récentes suffisamment significatives pour crédibiliser la lutte du peuple grec et de son gouvernement.

Exemple : les conclusions des travaux des experts du « Comité pour la vérité sur la dette » mis en place par le Parlement grec (et qui juge une bonne partie de celle-ci « illégale, illégitime et odieuse ») sont prises très au sérieux dans certains milieux économiques , qui y voient « une arme utile pour Athènes » et « une déconstruction en règle du storytelling (conte ) européen sur la Grèce depuis 2010 » (1) De même, l’idée tend à s’imposer que « Les créanciers devraient reconnaître que la stratégie basée sur l’austérité a échoué » . La citation est de Paul De Grauwe, une personnalité belge clairement libérale qui enseigne à la fameuse « London School of Economics », fréquentée par nombre de sommités mondiales ! Et celui-ci d’enfoncer le clou : « Les pays créanciers imposent des conditions qui sont de nature à rendre un compromis tout à fait impossible » et il serait « inacceptable » que la Banque centrale européenne « cesse de fournir des liquidités » poussant ainsi la Grèce à quitter l’euro (2). Encore plus étonnant : un ancien conseiller économique du Président de la Commission européenne (jusqu’en février 2014) a pris il y a peu le contre-pied des pressions officielles en expliquant « Pourquoi la Grèce devrait refuser la dernière offre de ses créanciers » (3) . Qui sait, par ailleurs, que le Chancelier social-démocrate d’Autriche, Werner Faymann, vient de se rendre à Athènes en solidarité avec Alexis Tsipras après avoir souligné que « Ce qui se passe en Grèce devrait servir d’alerte sur ce qui se passera si on n’impose que de l’austérité « ? (4). Qui connaît, enfin,  l’Appel de 58 personnalités progressistes françaises à François Hollande afin que le message de la France ne se réduise pas « à un rappel des « règles » à respecter quand la maison brûle « ? (5). Le seul « plan B », c’est la solidarité !

———–
(1) La Tribune (18/6/2015)
(2) Le Soir -Bruxelles (12/6/2015)
(3) Philippe Legrain : foreignpolicy.com (12/6/2015)
(4) 16-17/6/2015
(5) www.pcf.fr

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25 juin 2015 at 11:07 Laisser un commentaire

PALESTINE : L’ASSOCIATION DE FERNAND TUIL RELANCÉE !

wurtz-l-humanite-dimancheEmouvantes, chaleureuses et dynamiques : les retrouvailles des membres de l’Association pour les jumelages entre les camps palestiniens et les villes françaises (AJPF) , le week-end dernier à Aubervilliers, ont fait honneur à celui qui incarna pendant un quart de siècle cette forme si particulière de solidarité entre les sociétés française et palestinienne : Fernand Tuil.

La disparition de l’ « âme » de l’AJFP, à Noël 2013, suivie, six mois plus tard, de son ami et alter-égo palestinien, Ahmed Muhaisen, avait plongé les nombreux artisans et artisantes de ces liens de solidarité citoyenne dans un certain désarroi : l’Association pourra-elle survivre à cet infatigable duo ? Son Assemblée générale de la mi-juin a marqué la fin de cette période de transition. Et c’est heureux, tant la situation est critique dans une Palestine pourtant largement « oubliée » dans les grands médias.

Après l’Ambassadeur de Palestine en France, Hael Al Fahoum, qui fustigea la « stratégie suicidaire » de Netanyahu et « l’arrogance d’un pouvoir qui se sent au-dessus des lois et des valeurs internationales », ce fut au tour de Patrick Le Hyaric, nouveau Président de l’AJPF, d’insister sur la nécessité de « faire revenir au premier plan » la question des droits du peuple palestinien, notamment en agissant pour la reconnaissance de l’Etat de Palestine, sans oublier -Fernand Tuil y insistait toujours- la solidarité avec les réfugiés palestiniens et leur « droit au retour ».

Isabelle Tuil, très émue, révéla alors que son mari avait agi dans les derniers mois de sa vie pour obtenir un passeport palestinien pour le Directeur de l’Humanité. Il l’avait gardé par-devers lui en attendant un moment opportun pour le remettre à l’intéressé, commençant même à rédiger un discours, resté inachevé, pour cette occasion…Il revint donc à l’Ambassadeur d’accomplir ce geste en reconnaissance de la solidarité témoigné par le nouveau « Président franco-Palestinien ». Ovation !

Pour Jean-Pierre Bosino, Sénateur-Maire de Montataire (Oise), première ville française jumelée avec un camp de réfugiés palestiniens ( celui de Dheisheh, près de la ville de Bethléem, en Cisjordanie ), la période actuelle permet de faire progresser le combat pour la justice au Proche-Orient. Il veut pour preuve de ce climat favorable « le fait que le PDG d’Orange se soit senti obligé de déclarer qu’il ne pouvait pas continuer de travailler avec un partenaire israélien qui opère dans les territoires occupés », ou encore le vote du Parlement français en faveur de la reconnaissance de l’Etat palestinien. Il a invité à ce propos les présents à prendre connaissance de deux auditions très éclairantes successivement organisées par le Sénat : celle de l’Ambassadeur du pays occupé suivie de celle du Représentant de l’Etat occupant…La différence de contenu et de ton entre les deux interventions semble avoir contribué au vote final !

A entendre différents élus et élues, tant de l’Ile-de-France que des Régions, évoquer leurs projets d’initiatives de solidarité -depuis la poursuite de la collecte d’instruments de musique pour les enfants des camps de réfugiés jusqu’à l’organisation d’un concert parisien au bénéfice d’un dispensaire près de la ville de Naplouse, en passant par un grand moment politique et culturel à la Fête de l’Humanité, on est définitivement rassuré : l’Association de Fernand Tuil est relancée !

18 juin 2015 at 7:13 Laisser un commentaire

UKRAINE : CE QUE L’EUROPE POURRAIT FAIRE

wurtz-l-humanite-dimancheA nouveau, le sang a coulé en Ukraine. Pour condamnable qu’il soit, ce nouvel affrontement entre les « séparatistes » et l’armée de Kiev était , hélas, prévisible. « Plus on tergiverse dans l’application des accords de Minsk 2, plus on court le risque d’une nouvelle explosion du conflit », disions-nous encore il y a quelques jours, lors du « Forum européen des alternatives ». Rappelons, en effet, que ces accords lient le cessez-le-feu à une amorce de règlement politique : remettre en question celui-ci fragilise celui-là. Si rien ne change, d’autres incidents, potentiellement beaucoup plus graves, suivront. Alors, que faire ?

Face à ce nouveau cycle de violences, on peut, comme le font la France, l’Allemagne, les Etats-Unis ou l’OTAN, blanchir « les bons » et fustiger « les méchants » en annonçant la prolongation , voire l’aggravation des sanctions contre la Russie. Mais force est de constater que cette stratégie , loin d’aider au règlement de la crise, ne fait que l’aiguiser au fil des mois. Dès lors, que pourraient entreprendre utilement l’Union européenne et ses principaux Etats membres pour travailler effectivement à la paix en Ukraine et sur le continent ? Trois échéances à très court terme leur permettraient de réorienter leur stratégie, en commençant par voir en face leur propre part de responsabilités dans cette crise et ses dramatiques développements.

La plus urgente de ces échéances est , précisément, l’application des accords de Minsk 2. En tant que signataires de ces engagements, la France et l’Allemagne -au même titre que l’Ukraine et la Russie- sont des garants de leur application. Il est logique qu’on attende de Moscou qu’il fasse pression en ce sens sur les combattants du Dombass. Mais il n’est pas moins évident qu’il incombe à Paris et à Berlin, et à travers eux à l’Union européenne, d’user de leur (forte) influence sur Kiev dans le même esprit . Or, l’exécutif ukrainien bloque l’attribution du « statut spécial » au Dombass et l’organisation des élections locales dans cette région de l’Est en ajoutant des conditions non prévues dans l’accord de Minsk. Qu’attend l’UE pour exercer sa responsabilité ?

Une deuxième échéance est une occasion à saisir pour sortir de l’impasse : c’est en juillet prochain que prendra fin une série de sanctions contre la Russie. Soit l’UE décide de prolonger ces mesures , à l’évidence contre-productives , et elle enclenchera 12 mois de tensions supplémentaires…Soit, elle ouvre la voie à un dialogue, certes complexe, mais indispensable pour arriver à une solution politique durable. Madame Merkel a déjà annoncé sa volonté de relancer un cycle de sanctions. Paris va-t-il dire « oui et amen »?

Un troisième « aggiornamento » est, enfin, plus que souhaitable : c’est la révision en profondeur du « Partenariat oriental ». Au lieu de concevoir les relations avec les pays de l’ex-URSS , au premier rang desquels l’Ukraine, dans un esprit de lutte d’influence avec Moscou (quitte à faire miroiter aux peuples concernés une « prospérité », voire une adhésion à l’UE totalement illusoires ) , les « 28 » auraient tout à gagner -40 ans après la Conférence d’Helsinki- à relancer avec tous les Etats du continent, donc aussi avec le plus grand d’entre eux, des négociations globales sur la sécurité et la coopération en Europe. A quand l’ouverture de ce débat ?

12 juin 2015 at 11:05 Laisser un commentaire

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