Archive for février, 2015

RETOUR SUR LA « BATAILLE » GAGNÉE PAR SYRISA

wurtz-l-humanite-dimanche« Nous avons gagné une bataille mais pas la guerre (…) Les difficultés réelles sont devant nous » : Alexis Tsipras, le Premier Ministre grec n’a rien caché à son peuple des obstacles que les institutions européennes et leurs maîtres actuels dressent sur le chemin de la réalisation du programme de Syrisa. De fait, les négociateurs grecs ont dû faire des concessions majeures à l’ « Eurogroupe » pour arracher un accord dont Athènes avait un besoin littéralement vital avant la date fatidique du 28 février -jour où prenait fin « l’assistance financière » accordée au pays depuis 2012 (avec, jusqu’ici, les « contreparties » dévastatrices que l’on sait).  Et surtout, de lourdes incertitudes planent sur l’issue des négociations entre les autorités grecques et Bruxelles, qui vont marquer les quatre prochains mois. Et pourtant, oui : le peuple grec a gagné une bataille ! Contrairement à une idée répandue, cet accord n’était nullement garanti ! Le fait de l’avoir imposé -si on connaît le contexte réel de ce bras de fer- est bel et bien un succès.

En effet, aux yeux de certains membres de cette instance, et notamment du plus influent d’entre eux, Wolfgang Schäuble, grand argentier allemand et donc principal créancier de la Grèce, l’ expulsion de ce pays de la zone euro n’entraînerait plus aujourd’hui de gros dégâts pour les autres membres de l’ Union monétaire. « Nous avons beaucoup appris des deux dernières années et instauré des mécanismes de protection. Le risque de contagion à d’autres pays de la zone euro a diminué et la zone euro dans son ensemble est devenu plus robuste » déclarait-il déjà bien avant la victoire de Syrisa. (1) Pire, l’abandon de la Grèce était vu plus récemment dans ces milieux comme une chance  : « Si le maillon faible de la chaîne cède, le reste se renforce » rapportait le mois dernier le magazine allemand « Der Spiegel ». Certains acteurs proches des négociations de l’ « Eurogroupe » soupçonnaient donc que le puissant ministre allemand, révulsé par la crise grecque depuis le début et , à plus forte raison, foncièrement hostile à Syrisa, « mise sur la sortie de la Grèce de la zone euro , voire qu’il cherche à la provoquer » , tant son intransigeance extrême paraissait suspecte ! (2)
Ajoutons à cela la panique des gouvernements espagnols, portugais, irlandais, baltes, etc devant la perspective que Syrisa obtienne d’éviter à l’avenir au peuple grec les fardeaux et les humiliations qu’ eux-mêmes ont imposés à leur population comme « la seule politique possible »! Ils ont été les premiers à soutenir l’attitude bornée de leur collègue allemand.

C’est à l’aune de ce rapport de force apparemment inextricable qu’il faut mesurer l’accord arraché « in extremis » par la Grèce à ses créanciers. Avant tout, le trou noir auquel aurait abouti l’arrêt de tout financement européen , qui aurait livré la Grèce aux marchés financiers, à été évité ! Ensuite, deux demandes essentielles du gouvernement grec ont été satisfaites. La première, c’est que la « troïka » est morte ! On n’imagine pas le pas symbolique que cela représente dans la reconquête de la dignité du peuple grec! Évidemment que les trois institutions dont ce monstre bureaucratique et de type colonial émanait -la Commission de Bruxelles, la Banque centrale européenne et le Fonds monétaire international- continuent d’exercer leurs pressions , mais désormais, c’est Athènes qui choisira les « réformes » à entreprendre et en discutera avec ces institutions. La seconde demande satisfaite est l’ouverture de négociations sur le contenu d’un « nouveau contrat » qui liera la Grèce à la zone euro à partir de juillet prochain. Enfin, l’exigence qui pesait jusqu’ici sur la Grèce d’arriver cette année, non à l’équilibre budgétaire (hors service de la dette) proposé par le gouvernement, mais à un excédent de 3% du PIB grec est annulée. Cela veut dire que des milliards d’euros supplémentaires pourront aller aux dépenses jugées prioritaires par le gouvernement grec.
Gageons que ce sont le soutien de 81% de citoyens grecs à l’action de Syrisa (4) et l’énorme courant de sympathie qui entoure le nouveau gouvernement grec parmi les peuples européens qui ont finalement permis de « gagner une bataille » ! Dans les mois qui viennent, c’est à l’évidence cet atout qui devra encore s’affermir pour, ensemble, « gagner la guerre ».
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(1) Interview au quotidien allemand « Rheinische Post » (11/5/2012)
(2) Voir « Le Soir » (Bruxelles) 22/2/2015
(3) Voir humanite.fr (15/2/2015)
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26 février 2015 at 10:32 1 commentaire

DES ESPOIRS FRAGILES, MAIS DES ESPOIRS !

wurtz-l-humanite-dimancheQui l’eût cru : c’est du pays dont le leader est une source infinie de malheur pour tous les peuples de la région que nous arrive un espoir inattendu. Un espoir fragile, mais un espoir ! Il se peut que les élections législatives anticipées provoquées par Benjamin Nétanyahou en Israël le mois prochain nous réservent une bonne surprise…

Non seulement la réélection du pire gouvernement de l’histoire de ce pays est loin d’être évidente, mais il y a des chances sérieuses que ce soit une liste commune réunissant pour la première fois le Parti communiste israélien, ses alliés traditionnels du « Hadash » et les deux partis arabes d’Israël qui devienne la troisième force de la future Knesset ! Si cette prévision -crédible- des enquêtes d’opinion se réalise, ce sera un « tremblement de terre politique en Israël » souligne notre ami Ephraïm Davidi, l’un des dirigeants de ce parti admirable de droiture et de courage !

Faut-il que quelque chose (re)commence à bouger en profondeur dans cette société à nulle autre pareille pour qu’un ancien Président de la Knesset -et religieux affirmé- vienne publiquement apporter son soutien aux communistes , laïques, et alliés pour la circonstance à deux formations arabes ! Il est vrai qu’Avraham Burg, puisque c’est de lui qu’il s’agit, fait preuve depuis longtemps d’un grand attachement à la paix dans la justice et la dignité avec le peuple palestinien. Mais quand même : quel signe ! Ce n’est pas le seul. Ephraïm Davidi, de passage en France, nous a parlé d’événements tout aussi prometteurs sur le plan social : une puissante vague de syndicalisation, notamment parmi les jeunes travailleurs qualifiés; d’impressionnantes manifestations et de mouvements sociaux ,y compris à l’Université; une opposition farouche -et victorieuse- à la privatisation de l’eau, des chemins de fer ou de l’électricité…D’autres indices ne trompent pas: d’anciens officiers se sont rassemblés en nombre, la semaine dernière, à Hebron, pour protester contre l’occupation, tandis que des jeunes prennent le risque de subir 27 mois de prison plutôt que de partir à l’armée. Tout cela ne fait pas encore LE changement, mais on se remet bel et bien à espérer DES changements.

Le même sentiment se lisait sur le visage des Kurdes qui ont afflué en masse le week-end dernier devant le siège du Conseil de l’Europe, à Strasbourg, porteurs de plus de dix millions de signatures demandant la libération de leur leader Abdullah Ocalan, emprisonné en Turquie depuis 16 ans. C’est que la cause kurde vient de gagner la reconnaissance et la sympathie de l’opinion publique internationale ! Le monde entier a salué la résistance acharnée et finalement victorieuse des combattants et des combattantes de Kobané, en Syrie, contre les troupes criminelles, obscurantistes et fanatisées de Daech. Auparavant, ces mêmes forces avaient déjà conquis l’admiration générale en se portant au secours des 200 000 femmes Yézidis directement menacées par le groupe « État islamique » dans le Sinjar irakien. Or ces combattants et ces combattantes kurdes -reçues avec les honneurs, il y a quelques jours, à l’Elysée !- se reconnaissent dans le PKK d’Ocalan ! Il est donc permis d’imaginer que l’Union européenne finisse par retirer ce parti de la liste des « organisations terroristes », voire que le Président turc Erdogan consente enfin à passer des « pourparlers de paix » avec le leader kurde, qui s’enlisent depuis deux ans, à des actes concrets annonçant sa libération prochaine ! Là encore, il existe un fragile espoir .

A l’heure où ces lignes sont écrites, on ne sait s’il est possible d’en dire autant à propos de la recherche d’une solution durable à l’épouvantable conflit ukrainien, ou encore au sujet des difficiles mais décisives négociations de nos amis grecs avec les parrains de la « troïka »…

19 février 2015 at 5:48 Laisser un commentaire

BCE-GRÈCE : COUP DE FORCE, MAIS AVEU DE FAIBLESSE

wurtz-l-humanite-dimancheChacun savait -et notre ami Alexis Tsipras, le nouveau Premier Ministre grec, tout particulièrement !- que la victoire de Syriza donnerait lieu à un bras de fer implacable avec les principaux dirigeants européens. Pour une raison simple : voilà un gouvernement, authentiquement de gauche , qui prône une vraie réorientation politique, et qui revendique sur cette base son appartenance à l’Union européenne comme à la zone euro ! S’il réussit, il s’agira d’une rupture sans précédent avec le consensus implicite sur lequel s’appuie jusqu’ici la classe dirigeante de cette construction pour la faire fonctionner : « L’Europe, c’est nous ! Notre politique est la seule possible. Elle est à prendre ou à laisser. » Tout changement significatif que réalisera ce gouvernement dans la vie du peuple grec sera un puissant encouragement à la recherche d’alternatives progressistes, coopératives et solidaires dans toute l’Union européenne. De quoi semer l’inquiétude en haut lieu, en effet…

Pour autant, la plupart des observateurs, y compris parmi ceux que nul ne peut suspecter de complaisance pour la gauche grecque, ont dit leur surprise devant la brutalité de la mesure décidée la semaine dernière par la Banque Centrale Européenne (BCE) à l’encontre d’Athènes. En coupant l’accès à la principale source de financement des banques grecques -et, par là même, de l’Etat grec, condamné qu’il est à emprunter auprès d’elles l’argent dont il a un besoin aussi vital qu’urgent !- les « faucons » européens ont fait le choix de la politique du pire : aussi ignoble et irresponsable que celle de refuser l’insuline à un diabétique dans l’espoir d’obtenir sa reddition.

Ce coup de force est, paradoxalement, un aveu de faiblesse. La précipitation avec laquelle les ultra de la BCE ont « bétonné » toute discussion avec Athènes, tout comme l’arrogante fin de non-recevoir opposée au même moment par le ministre allemand des finances, Wolfgang Schäuble, aux propositions de son homologue grec, visaient à l’évidence à mettre le holà à un impressionnant flot de prises de positions favorables aux demandes des nouvelles autorités grecques. « Dépêchez-vous de remettre de l’ordre dans nos affaires, sinon nous ne maîtriserons bientôt plus rien ! » -tel est, en substance, le message stratégique lancé par la BCE aux ministres des finances de « l’Eurogroupe » qui doivent se réunir le 17 février prochain et aux Chefs d’Etat et de gouvernement qui se retrouvent le lendemain.

De fait, l’ « effet Syriza » dépasse largement le cadre de la gauche européenne. En France, l’Institut Montaigne, haut lieu de la propagande ultra-libérale, a fait faire un sondage qu’il comptait utiliser pour prouver que les Français étaient pour « maintenir la dette (grecque) et les échéances en l’état ». Patatras: l’enquête révèle que seuls 15% des personnes interrogées épousent cette position , tandis que 52% d’entre elles sont pour un allongement de la durée des remboursements (donc un allègement du service de la dette) et…30% favorables à une annulation totale ou partielle de cette dette ! Même un Matthieu Pigasse, le directeur-Europe de la Banque Lazard (et actionnaire du « Monde ») a jugé « indispensable » une annulation de 100 milliards d’euros de dette grecque en précisant que cela n’aurait aucune incidence budgétaire en France, les sommes prêtées étant déjà comptabilisées dans les dépenses et dans la dette de l’Etat ! « Répudier la dette publique d’au moins un tiers est peut-être la promesse la plus crédible d’Alexis Tsipras » a estimé de son côté un chroniqueur réaliste (ou résigné) des milieux d’affaires ! (1) . En Europe, en plus du rassemblement monstre de Podemos en Espagne et de la puissante manifestation en Irlande, retenons le soutien explicite à la Grèce de la Confédération des syndicats allemands DGB. Sans parler des messages cinglants venus d’outre-Atlantique et destinés à Bruxelles et à Berlin : tel celui du Nobel d’économie Stiglitz appelant l’Europe à « reprendre ses esprits » ou -cerise sur le gâteau- celui du Président Obama invitant ses partenaires européens à comprendre « qu’on ne peut pas continuer à pressurer des pays qui sont en pleine dépression ». Tsipras a raison de repousser le chantage : le combat ne fait que commencer. Il doit et il peut réussir.

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(1) Jean-Marc Vittori – Les Échos (20/1/2015) .

12 février 2015 at 12:02 1 commentaire

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