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ÉVÉNEMENT À MADRID : DES COMMUNISTES AU GOUVERNEMENT !

Quand on connaît la droite espagnole, réactionnaire au point d’être truffée de nostalgiques du franquisme, on mesure le choc que produit sur l’opposition au gouvernement du socialiste Pedro Sanchez l’arrivée -pour la première fois depuis 1936- de ministres communistes aux côtés de ceux de Podemos ! Paradoxalement, l’hystérie anticommuniste des amis de l’ancienne majorité a ravivé l’intérêt des classes populaires pour le PCE, force motrice de «Izquierda Unida » mais moins visible que la coalition de la « Gauche Unie », car ne présentant pas de candidats comme tel aux élections. Dans un pays où l’extrême-droite, longtemps inexistante, s’est hissée en l’espace d’un an à la troisième place sur l’échiquier politique en se nourrissant de l’injustice sociale, l’enjeu de cette expérience historique est crucial : montrer par des améliorations significatives de la vie quotidienne du plus grand nombre qu’il y a un espoir à gauche !

Cela passera notamment -me confie notre amie Maïté Mola, Vice-Présidente du Parti de la Gauche européenne (PGE)- par des mesures très concrètes, comme l’indexation des pensions de retraite sur le coût de la vie; la hausse progressive du salaire minimum (objectif: 1200 €); l’augmentation de l’impôt sur les sociétés et les revenus supérieurs à 130 000 € par an; l’interdiction des licenciements pour cause de maladie; la réglementation des loyers; la marche vers l’égalité, en particulier salariale,  entre les hommes et les femmes et l’action contre la violence faite aux femmes ;  l’abrogation des lois scélérates héritées de la droite, en matière de droit du travail comme sur le plan des libertés (loi Mordaza de sinistre mémoire) . Il s’agit encore d’adopter une loi sur la transition énergétique et la défense du climat . Quant au conflit politique catalan, il sera abordé par le dialogue et la négociation  et non plus la répression.

Partant du principe que la démocratie citoyenne ne s’arrêtait pas au soir d’une élection, un comité de suivi (et de contrôle) de l’action de ce nouveau gouvernement s’est mis en place. Les représentants syndicaux y côtoient ceux des grands mouvements sociaux (défense des locataires menacés d’expulsion; défense des consommateurs; des retraités…)  comme celles des associations féministes.

Outre Alberto Garzon, le Coordinateur d’Izquierda Unida, au ministère de la Consommation et Yolanda Diaz, au ministère du Travail, une communiste a été choisie par la ministre (Podemos) pour l’égalité entre les hommes et les femmes, comme responsable de la communication de son ministère . Quant au ministre des Universités, il est membre de « Los Communes de Cataluña », une formation-partenaire des communistes espagnols. Sur le plan politique, cette expérience pourrait conduire à renforcer encore l’espace commun d’ « Unidos Podemos » qui réunit « Izquierda Unida » et Podemos. A suivre .

Toda nuestra solidaridad, queridos amigos y camarades !

T

23 janvier 2020 at 1:18 Laisser un commentaire

UE : CES CRISES QUE NOUS CACHE LE BREXIT…

wurtz-l-humanite-dimancheLe Brexit est naturellement une vraie crise pour l’Union européenne ! D’abord, parce que, pour la première fois, en plus de soixante ans d’existence, un pays membre, qui plus est de première importance, décide de se retirer d’une communauté conçue pour durer. C’est là, incontestablement, pour l’UE,  un grave échec politique qui laissera des traces. Ensuite, du fait des conséquences concrètes, potentiellement déstabilisantes -et pas que sur le plan commercial-  , pour les gens eux-mêmes, de la rupture des liens étroits tissés entre partenaires durant des décennies. Ce saut dans l’inconnu, dans le contexte mondial actuel, risque de coûter cher à de nombreux Britanniques mais, de ce côté-ci de la Manche, on aurait tort de hausser les épaules : les incertitudes sont également lourdes pour les « 27 ». Il est donc parfaitement légitime que l’on accorde à la crise euro-britannique toute l’importance qu’elle requiert.

Cependant, de même qu’un train peut en cacher un autre, une crise peut nous empêcher d’en voir une ou plusieurs autres. C’est le cas du Brexit. Le dernier Conseil européen, ce 18 octobre, nous en a fourni une triste illustration. Les Chefs d’Etat et de gouvernement de l’UE, miraculeusement d’accord , pour l’essentiel, sur l’attitude à adopter vis-à-vis de Londres, ont étalé leurs profondes  divisions sur tous les autres grands sujets à l’ordre du jour du Sommet : en particulier, la question cruciale du budget prévisionnel pour la période allant de 2021 à 2027. Autrement dit,  la traduction en chiffres de la vision commune pour les sept prochaines années. Or, de « vision », il n’y en a point, dans l’UE : la dérive néolibérale y est devenue si débridée que chaque gouvernement ne cherche plus qu’à en tirer le meilleur profit pour la « compétitivité » de ses firmes protégées ou pour sa clientèle électorale. Il n’y a donc eu d’accord sur « aucune ligne directrice, rien ! » a dû constater le Président de la Commission -sur le départ-, Jean-Claude Juncker.

D’un côté, tous les États veulent que l’UE se lance dans de nouvelles dépenses : parfois franchement mauvaises, comme le renforcement des moyens permettant de freiner des quatre fers l’arrivée de migrants ou la montée en gamme d’une « défense européenne »; parfois, à l’inverse, des investissements indispensables, comme le développement du numérique…De l’autre côté, la plupart des Chefs d’Etat ou de gouvernement ne veulent pas entendre parler d’augmentation, même minime, de leur contribution au budget, ne serait-ce que pour compenser la perte de 12 milliards d’euros par an du fait du départ du Royaume-Uni. Même une proposition de compromis proche du ridicule -faire passer le  budget de 1,03 %  à 1,08 %  des richesses produites par an par les « 27 »- a été rejetée. Aucun pays n’envisageant évidemment de renoncer aux mauvaises dépenses, certains préconisent des coupes sèches dans les rares mesures de solidarité encore existantes :  les aides aux agriculteurs et les «fonds de cohésion » destinés aux pays les plus pauvres de l’UE. Inacceptable ! Voilà un débat qui méritera dans les mois à venir une attention soutenue que même le Brexit ne devra pas occulter.

31 octobre 2019 at 3:49 Laisser un commentaire

QUAND LES EUROPÉENS SE METTENT À DOUTER DE L’OTAN…

wurtz-l-humanite-dimanche« Les Etats-Unis semblent s’acharner à affaiblir leurs alliés (…) Ce ne sont pas seulement leurs alliés kurdes qu’ils trahissent, c’est la notion même d’alliance. Après l’abandon spectaculaire des Kurdes, comment les Alliés de l’Amérique ne pourraient-ils se sentir déstabilisés jusqu’au plus profond d’eux-mêmes (…) La confiance se gagne lentement et se perd très vite, de manière brutale et parfois définitive. » (1) L’auteur de ces propos alarmistes n’a rien d’un contestataire invétéré de l’ordre euro-atlantique : ancien disciple de Raymond Aron, co-fondateur du très classique « Institut français des relations internationales » (IFRI) , européen convaincu, Dominique Moïsi exprime ici une forme de désarroi aujourd’hui très répandue dans l’UE, jusque dans ses milieux dirigeants.

Certes, les interrogations sur la fiabilité du « protecteur » américain de datent pas d’hier. Un malaise se manifestait déjà sous la présidence Obama. Mais il s’agissait alors de tout autre chose : des va-t-en guerre européens reprochaient à Washington de les stopper dans leur élan ! On se souvient de la tempête déclenchée dans les cercles atlantistes par ce qui fut qualifié, en 2013, de grave « reculade » de Barack Obama : la « faute stratégique » imputée au Président américain avait été -face à l’utilisation d’armes chimiques par Bachar al Assad- d’avoir opté, non pour une très dangereuse intervention militaire en Syrie, vivement souhaitée par Paris, mais pour un accord de dernière minute avec la Russie sur la destruction de l’arsenal chimique syrien. « Il nous a lâchés sur la Syrie » lança, amer, Laurent Fabius, qui vit dans cette décision rien moins qu’ « un tournant pour le monde ».

Mais avec le nouveau locataire de la Maison-Blanche, le problème a changé de nature. Il ne s’agit plus d’un cas de faiblesse supposée du « chef du monde libre », mais d’un bouleversement complet des relations entre « partenaires » dans le monde occidental, désormais dominé par un personnage totalement imprévisible, adoptant une posture sinon franchement hostile envers les « Alliés » du vieux continent (n’hésitant pas à qualifier l’UE d' »ennemie »), à tout le moins cyniquement unilatérale et étrangère à toute forme de solidarité. Une situation sans précédent depuis la Seconde guerre mondiale…et la création de l’OTAN ! Il ne manquait, pour finir de déstabiliser les dirigeants européens vis-à-vis de Washington, qu’une expérience concrète de trahison caractérisée d’alliés dans la lutte contre Daech. C’est désormais chose faite avec l’irresponsable lâchage des combattantes et combattants kurdes de Syrie, par Trump.

Difficilement avouable, le doute stratégique s’installe dans les esprits d’un certain nombre de dirigeants européens sur la pertinence d’une OTAN dans ces conditions. Mais pour quelle alternative ?  C’est le moment ou jamais de relancer le débat sur les conditions d’une sécurité collective européenne et internationale, sans allégeance à une quelconque grande puissance et avant tout fondée sur la prévention des conflits, les mesures de confiance et les accords multilatéraux.

———
(1) « Les Échos » (14/10/2019)

25 octobre 2019 at 10:54 Laisser un commentaire

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