Archive for juillet, 2018

LA COUPE DU MONDE, LA FRANCE ET L’EUROPE

Les réactions suscitées par la finale de la Coupe du monde de football nous ont ramenés, à leur manière, au débat sur la relation nation-Europe .

Nous ne nous appesantirons pas ici sur la posture abjecte et ouvertement raciste défendue sans vergogne dans un certain nombre de messages postés sur les réseaux sociaux : contrairement à l’équipe de France, par trop « africaine », l’équipe croate, elle, aurait eu le mérite d’être « véritablement européenne » (sous-entendu : blanche et chrétienne ). A en juger par l’incroyable liesse populaire honorant collectivement et individuellement les Bleus dans tout le pays, ces éructations identitaires ont fait « pschitt ».

Arrêtons-nous , justement, sur l’impressionnant engouement manifesté par les Françaises et les Français à « leur » équipe. Ce phénomène donne une idée de la profondeur de l’attachement de ce peuple, dans toute sa diversité, à une certaine France, égalitaire, solidaire, fraternelle -si éloignée, hélas, du vécu quotidien, souvent discriminatoire sinon humiliant, de millions de ses citoyennes et de ses citoyens ! « Grâce à cette équipe, on se sent fiers d’être français » titrait « l’Humanité », citant l’un des innombrables jeunes fans massés sur les Champs-Elysées, qui entonnant la Marseillaise, qui agitant le drapeau tricolore. « Vive la République ! Vive la France ! » lançaient, comme en écho, les vainqueurs de la Coupe du monde. Tout aussi parlants furent les résultats du sondage Odoxa réalisé à chaud : 84 % des personnes interrogées estimaient que la victoire de cette équipe engendrait un progrès du « sentiment de fierté des Français » et 74 % une promotion de l’image de la France dans le monde (1).

Voilà de quoi faire réfléchir les adeptes d’un « patriotisme européen », refoulant comme autant de tares dépassées tout ce qui est du domaine de la nation. Cela étant, ce n’est pas une France repliée sur elle-même qui vient de connaître son heure de gloire ! La plupart de ces joueurs évoluent d’ailleurs dans un club d’un autre pays européen . Et surtout, la France qu’ils célèbrent n’est pas obnubilée par les frontières ni ne cultive la peur de « l’autre ». Elle est généreuse et ouverte sur le monde !

Quelle vision de « l’Europe » s’accorde-t-elle dès lors à ce double marqueur : le respect des nations et l’ouverture sur les autres peuples ? Les communistes parlent d’une « Union de nations et de peuples souverains et associés ». Autrement dit, un cadre européen émanant des peuples et respectant la souveraineté populaire dans chaque nation. Donc sans modèle unique issu d’un compromis de sommet entre les Etats les plus puissants, mais un faisceau de coopérations volontaires reposant sur des choix démocratiques des citoyennes et des citoyens de chaque pays.

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(1) Sondage Odoxa-Dentsu Consulting (15/7/2018)

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26 juillet 2018 at 4:48 Laisser un commentaire

BREXIT : LONDRES TANGUE MAIS MANŒUVRE DANGEREUSEMENT

« On ne sort de l’ambiguïté qu’à ses dépens » : la formule du Cardinal de Retz s’applique parfaitement à la situation présente de Theresa May ! Jusqu’ici, faute de position franche de sa part, les discussions avec ses « partenaires » européens étaient quasiment bloquées alors qu’approchait dangereusement la date-limite pour la conclusion d’un accord avec l’UE : décembre 2018, pour une « sortie » officielle fin mars 2019. La Première Ministre a donc décidé de « bouger ». Les partisans d’une rupture complète avec l’UE ont aussitôt déterré la hache de guerre…sous les applaudissements de Donald Trump ! Londres tangue. Cela fait-il de Mme May une « Brexiter modérée » ? Nullement !

Pourquoi ce revirement de la Première Ministre britannique ? D’abord, en raison de préoccupations économiques qui se confirment de jour en jour. L’économie du Royaume-Uni est, en effet, très dépendante de ses voisins européens. Selon un rapport interne au gouvernement britannique publié il y a plusieurs mois, la situation économique du pays se détériorerait sérieusement après sa sortie de l’UE, tout particulièrement en cas d’absence d’accord avec l’UE (1). D’ores et déjà, la croissance est revue à la baisse; le cours de la Livre chute; l’investissement recule, tout comme la production manufacturière. Tributaire du continent pour ses composants, l’industrie automobile ( BMW, Honda,Jaguar…) envisage de se délocaliser et Airbus, pour des raisons analogues, menace de faire de même. Y compris dans le secteur des banques , les départs se multiplient; tandis que Galileo, le GPS européen, (conformément à des règles naguère agréées par Londres) exclut les entreprises de pays extérieurs à l’UE des appels d’offre les plus stratégiques. Quant à la « relation spéciale » entre Londres et Washington, censée ouvrir une perspective alternative flamboyante à la Grande-Bretagne après le « Brexit », elle semble pour le moins grevée de lourdes incertitudes … Des raisons politiques s’ajoutent à ces menaces pour l’économie et pour des dizaines , voire des centaines de milliers d’emplois. C’est notamment le cas, inextricable, de la frontière (ouverte depuis 20 ans et gage de paix) entre l’Irlande du Nord (toujours rattachée au Royaume-Uni donc appelée à quitter l’UE) et la République d’Irlande décidée à rester « européenne ». Impossible de refermer ces 500 km de passages et tout aussi impossible de les laisser ouverts sans un accord spécial entre Londres et l’UE ! En outre, plus le temps passe, plus la (courte) majorité favorable au « Brexit » semble quelque peu s’effriter .

C’est dans ce contexte que Theresa May vient de proposer de conclure avec l’UE un « partenariat » , en réalité très intéressé et , à mes yeux, clairement inacceptable par les Européens . Il consisterait à créer une zone de libre-échange commune, mais réservée aux seuls produits industriels et agricoles (pour faciliter les importations britanniques et régler le casse-tête irlandais). Les services , autrement dit 80 % de l’économie britannique, force de frappe de ses exportations, entreraient, eux, en concurrence directe, voire sauvage, avec l’UE ! Et bien sûr, aucune avancée n’est proposée sur la circulation des personnes…Il serait temps d’associer les citoyens et citoyennes à ces redoutables conciliabules !

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(1) Le rapport fut révélé fin janvier 2018 par le site « Buzzfeed News ».

19 juillet 2018 at 5:05 Laisser un commentaire

LE NAUFRAGE MORAL DES GOUVERNEMENTS DE L’UE

« L’accord de Bruxelles est l’incarnation d’une Europe solidaire, responsable et digne » : on a beau se frotter les yeux, c’est bien Jean-Yves Le Drian, ministre français des Affaires étrangères, qui a, sans ironie, salué en ces termes le résultat du Sommet des Chefs d’Etat et de gouvernement du 28 juin dernier sur la question de l’accueil des migrants ! (1)

Si solidarité il y eut entre les dirigeants des 28 Etats membres, ce fut une solidarité de voyous ! Leurs seuls points d’accord sont de verrouiller les frontières extérieures de l’UE aux réfugiés ; de transférer les personnes secourues en Méditerranée vers des « centres contrôlés » ( à créer dans les pays européens volontaires ) d’où la grande majorité sera vouée à la « reconduite »; de tenter d’installer en Afrique du Nord -y compris dans l’enfer libyen- ou dans les Balkans des « plateformes de débarquement », sorte de centres de tri pour sélectionner hors des frontières européennes ceux des demandeurs d’asile jugés « éligibles » ; enfin de n’imposer à aucun Etat membre d’accueillir le moindre réfugié !

« Responsable », l’accord auquel sont ainsi parvenus les leaders de nos pays respectifs ? Bien malin qui peut y entrevoir le début d’une solution durable à un enjeu pourtant incontournable ! Où seront ouverts ces fameux « centres européens contrôlés » ? Aucun pays, à l’exception de la Grèce, n’a annoncé qu’il y consentait. L’Italie a, sans surprise, exclu toute participation à ce projet. Quant à Emmanuel Macron -à l’origine de cette proposition- , il a d’emblée précisé que « la France n’ouvrira pas de centre de ce type » ! De leur côté, l’Algérie, la Tunisie, le Maroc , tout comme l’Albanie ont , à ce stade, clairement refusé l’hypothèse d’ ouvrir sur leur sol des « centres » destinés dans les faits à empêcher le départ des migrants transitant par leur pays. La Libye réclame de l’argent pour s’acquitter de la basse besogne…

Tout cela nous renvoie à la « dignité » : où le chef de la diplomatie de la « patrie des droits de l’homme » la trouve-t-il dans ce naufrage moral de la quasi-totalité des 28 gouvernements de l’UE ? Dans la bouche du ministre italien, Salvini, annonçant que les ports de son pays seraient fermés « tout l’été » aux navires des ONG engagées dans le sauvetage des réfugiés ? Dans les propos d’Orban soulignant que « la Hongrie restera un pays hongrois et ne deviendra jamais un pays de migrants »? Dans le recul d’Angela Merkel , prête à renvoyer en Grèce ou en Espagne les migrants enregistrés dans ces pays s’ils ont été interpellés entre la frontière germano-autrichienne, elle qui s’était écriée naguère : « Si l’on commence maintenant à devoir s’excuser de montrer un visage ami face à des situations d’urgence, alors ce pays n’est plus le mien » (2) ?

Pendant le sommet des dirigeants européens, la guerre se poursuivait au Sahel; l’épidémie du virus Ebola s’étendait en République démocratique du Congo; 100 personnes se noyaient au large des côtes libyennes.

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(1) « Ouest-France », 30/6/2018
(2) Conférence de presse, 15/9/2015

8 juillet 2018 at 6:44 Laisser un commentaire


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