Archive for juin, 2014

IL FAUT RESSORTIR LA CHARTE DES NATIONS UNIES !

wurtz-l-humanite-dimancheCe 26 juin, il y a 69 ans, était signée à San Francisco la Charte des Nations Unies. Elle entrera en vigueur quatre mois plus tard. De 51 en 1945, le nombre d’Etats membres de l’ONU -qui ont, en conséquence, reconnu la Charte comme référence fondamentale du droit international- est passé à 193 aujourd’hui. Face aux innombrables violations de ce droit, aux déchaînements de violence et à la prolifération des guerres qui font notre quotidien sans que les Nations Unies ou la « Communauté internationale » n’y changent rien, la tentation est grande de ranger la Charte au rayon des utopies d’une époque révolue. Le moment me paraît , tout en contraire, propice à sa promotion.

Rappelons d’un mot le saut qualitatif qu’a représentée son adoption au lendemain de la victoire des démocratie sur la barbarie nazie. Alors que la Société des Nations, fondée après la Première Guerre mondiale, ne reposait que sur quelques puissances , ce n’est qu’avec la Charte de 1945 qu’apparaît un droit universel et proclamé au nom de tous les « peuples des Nations Unies ». Son Préambule, magnifique, reflète l’attachement indéfectible de ses initiateurs à une paix durable,au respect de la dignité humaine et à la coopération internationale : la guerre est mise hors la loi et le recours à la force ou à la menace de la force interdit. Quant à la solution des différends entre États membres ,elle doit être recherchée « avant tout par voie de négociation, d’enquête ,de médiation ,de conciliation, d’arbitrage, de règlement judiciaire, de recours aux organismes ou accords régionaux, ou par d’autres moyens pacifiques de leur choix » insiste la Charte. Ce n’est qu’en tout dernier recours que le Conseil de Sécurité -sous réserve que 9 de ses 15 membres dont la totalité des ses cinq membres permanents partagent cette option ultime- peut entreprendre « toute action qu’il juge nécessaire » et encore seulement s’il s’agit du « maintien » ou du « rétablissement de la paix et de la sécurité internationales » (Chapitre VII , article 42 -le plus cité des 111 articles de la Charte…).

Le lancement de la guerre en Afghanistan bénéficia de ce feu vert (après l’attentat du 11 septembre 2001) puis elle dévia de ses justifications initiales jusqu’à conduire à l’épouvantable fiasco que l’on sait. La guerre en Libye fut également autorisée ,cette fois au nom de la « responsabilité de protéger » la population de Bengazi menacée par Kadhafi, puis dériva à son tour, entraînant le pays et la région du Sahel dans le chaos que tout le monde reconnaît aujourd’hui. À l’inverse, la guerre en Irak , faute d’une caution onusienne, fut lancée sans cet accord : après plus de dix ans de destructions qui se sont soldées d’après la revue scientifique américaine  » Plos Médecine » par le bilan effroyable de…500 000 (!) morts , elle aboutit , sous les yeux médusés du monde entier, à la décomposition politique du pays, à la déstabilisation de toute la région, et au risque de voir s’installer un État fondamentaliste au cœur du monde arabe!

Or, ce constat -tellement insupportable que le Président américain, soucieux de coller à son opinion publique, fustige ceux qui se sont « précipités dans ces aventures militaires sans penser aux conséquences » et promet de « tourner la page d’une décennie vouée aux guerres »- tout le monde est en train de le faire. Et ce alors que viennent d’avoir lieu les commémorations de la Première Guerre mondiale puis celles du Débarquement en Normandie qui contribua à mettre fin à la seconde Guerre. C’est dire si le moment est indiqué pour ouvrir un débat de fond avec nos concitoyens sur l’exigence -partout !- de proscrire la guerre comme moyen de régler les problèmes du monde. Ressortons la Charte des Nations Unies !

26 juin 2014 at 10:09 Laisser un commentaire

QUELQUES LUEURS D’ESPOIR,QUAND MÊME …

wurtz-l-humanite-dimancheLa situation internationale n’incite guère à l’optimisme . Raison de plus pour ne pas bouder les timides contre-tendances,qui se sont manifestées dans la toute dernière période dans des domaines aussi divers que celui de la guerre ou de la paix; de la lutte contre le réchauffement climatique; ou des négociations sur le projet de « grand marché transatlantique ».

Concernant le premier de ces enjeux, trois événements récents au moins méritent de retenir notre attention. D’abord, l’accord conclu entre le Fatah et le Hamas qui a abouti à la constitution d’un gouvernement d’unité nationale est un succès majeur pour le mouvement palestinien. L’intelligence politique – et le sens des réalités – des dirigeants de toutes les parties en présence ont, en outre, permis de satisfaire aux conditions (reconnaissance d’Israël; renonciation à la violence; acceptation des accords d’Oslo…) d’un soutien international au nouvel exécutif : les ministres ne sont membres d’aucun parti; la politique suivie sera celle du Président Abbas; la mission du gouvernement est de préparer des élections en Cisjordanie et à Gaza. La « profonde déception » manifestée par Tel Aviv à l’encontre de Washington suite à l’ engagement des USA à travailler avec le « cabinet de consensus » palestinien, confirme la portée de l’étape franchie. Quelles que soient les lourdes interrogations qui demeurent, c’est une lueur d’espoir qui doit stimuler notre solidarité. Le sort de la paix se joue également ces jours-ci à Vienne, où ont repris les négociations entre l’Iran et les États membres permanents du Conseil de sécurité plus l’Allemagne. Là non plus, rien n’est joué, mais les chances d’un accord sur le dossier nucléaire sont sérieuses. Enfin, la tonalité résolument anti-guerre du récent discours de politique étrangère tenu par le Président américain devant les cadets de l’école militaire de West Point a ceci de prometteur qu’il traduit (nous sommes à quelques mois des élections de mi-mandat…) l’aversion du peuple américain pour les aventures militaires après les fiasco retentissants qu’elles ont provoqués en Afghanistan,en Irak,en Libye et ailleurs.

Par ailleurs, à l’approche de la Conférence internationale de Paris (décembre 2015) qui doit aboutir à un accord mondial sur les réductions des émissions de gaz à effet de serre, on ne peut être indifférent au projet de directive que vient d’annoncer le Président Obama, visant à réduire de 30% par rapport à 2005 (c’est à dire de 12% par rapport à 1990, qui est l’année de référence internationale) les émissions de CO2 des centrales américaines au charbon d’ici 2030. Certes, on est loin du compte, mais cette décision -fût-elle tardive et modeste- fixe enfin une limite aux émissions polluantes, ce qu’a toujours vigoureusement refusé la majorité du Congrès américain .

Enfin, une contradiction de taille vient inopinément de s’ajouter à celles que l’on connaissait dans les négociations euro-américaines sur le « grand marché transatlantique »: c’est la menace du procureur général de Washington… d’imposer une amende-record de 10 milliards de dollars à BNP Paribas (pour avoir effectué des transactions en dollars vers des pays sous embargo américain !). La levée de boucliers est telle à Paris -cette fois parmi les habituels champions du libre-échange- que la France a évoqué la possibilité d’user de son droit de véto pour bloquer le traité transatlantique en raison de ce que « Le Figaro » appelle « La nouvelle hégémonie américaine » et « Les Échos »: « Cette Amérique d’Obama qui n’aime plus l’Europe »! Autant d’évolutions à suivre de près…

19 juin 2014 at 11:38 Laisser un commentaire

LES KURDES DE TURQUIE ENTRE DOUTES ET ESPOIR

wurtz-l-humanite-dimancheUn conflit vieux de 30 ans et qui a déjà couté la vie à quelque 45 000 personnes va-t-il prendre définitivement fin ou cette chance historique risque-t-elle d’être gâchée?

Le 21 mars 2013, à l’occasion de Newroz, la grande fête du Nouvel An kurde, le message du leader historique kurde, Abdullah Öcalan, détenu depuis 15 ans sur une île près d’Istanbul, à son peuple fit l’effet d’un coup de tonnerre dans tout le pays : il appela les combattants de son organisation, le PKK, à cesser le feu et à quitter la Turquie. La perspective d’une « ère nouvelle » souleva un immense espoir, particulièrement dans la population kurde, qui attendait, en retour, non seulement la fin de la répression mais la reconnaissance de ses droits. Près de quinze mois plus tard, les doutes sont perceptibles, en particulier chez les jeunes,frustrés de ne pas voir se réaliser les changements attendus de la part du gouvernement.

Dans ce contexte, l’ « Initiative Internationale pour la Paix et la Réconciliation » (IPRI), lancée suite à un appel de l’archevêque sud-africain, lauréat du Prix Nobel de la Paix, Desmond Tutu, et soutenue par d’éminentes personnalités, telles que l’ancien Président des Etats-Unis, également lauréat du Prix Nobel de la Paix, Jimmy Carter, ou Gerry Adams, Président de Sinn Fein (Irlande), a décidé d’envoyer une mission d’enquête en Turquie. Son objectif était de rencontrer toutes les parties concernées: le parti AKP du Premier Ministre Erdogan; les différents partis d’opposition -dont le parti à majorité kurde BDP/HDP- ainsi qu’un large éventail d’organisations et de personnalités de la « société civile »; puis de tirer des conclusions de ces entretiens dans un rapport circonstancié destiné à être publié et largement diffusé (1).

Sans anticiper sur le rapport en question, on notera d’une part,avec intérêt, des ouvertures prometteuses de la part du gouvernement, tout en pointant, de l’autre, avec inquiétude, la tentation de ces mêmes autorités de reporter les mesures les plus attendues aux lendemains des prochaines élections présidentielles (août 2014) et législatives (2015).

Au titre des décisions encourageantes, on évoquera par exemple le fait qu’un vice Premier Ministre, Monsieur Besir Atalay, dont l’attitude est jugée plutôt modérée,a été chargé du suivi du « processus de paix »; le fait que le projet d’autoriser le retour au pays des militants Kurdes exilés dès lors qu’ils ne sont pas recherchés pour « crimes » a été évoqué; le fait qu’ une « Commission de Sages », comprenant des personnalités très respectables, a pu organiser pendant trois mois des consultations et établir des propositions destinées au gouvernement; le fait que des rencontres entre des représentants du parti kurde et Abdullah Öcalan ont été facilitées…Ce n’est pas rien. Le leader emprisonné aurait même annoncé à des proches que « le gouvernement s’apprête à faire un pas important ».

Le problème est que ces annonces tardent à se concrétiser: l’éducation en langue kurde n’est autorisée que dans les écoles privées; les lois « antiterroristes » sont toujours en vigueur; la barre des 10% permettant l’entrée d’un parti au Parlement est toujours en vigueur; les retards de développement de la région kurde sont toujours aussi évidents; les mesures répressives continuent d’y sévir; les prisonniers politiques malades ne sont pas libérés. Quant au « dialogue » entre le gouvernement et Öcalan, il reste informel et sa substance secrète: pour créer un climat de confiance, on peut mieux faire! Le moment est critique. Au moment où nous quittions la Turquie,on enterrait deux jeunes, tués par l’armée au cours d’une manifestation à Dijarbakir, la grande métropole kurde…

———
(1) La mission d’enquête s’est déroulée du 2 au 9 Juin dernier à Istanbul,Ankara et Dijarbakir. Elle a été conduite par Monsieur Essa Moosa, ancien avocat de Nelson Mandela puis juge à la Haute Cour d’Afrique du Sud. Elle comprenait, en outre, Monsieur Osman Kavala, une personnalité du monde économique et culturel de Turquie et moi-même, FW.

12 juin 2014 at 6:34 1 commentaire

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