Archive for mai, 2016

LA CHINE S’AFFIRME ET SE TOURNE VERS L’EUROPE

wurtz-l-humanite-dimancheA peine un an après la disparition de l’Union soviétique, l’administration américaine publiait un document-clé qui continue de servir de référence à Washington : la « Defense strategic guidance » de 1992. Sa ligne directrice : empêcher désormais coûte que coûte l’émergence d’une nouvelle puissance capable de menacer le leadership des Etats-Unis. Ce texte ciblait naturellement, au départ, avant tout la Russie, mais sa doctrine dominatrice vise également, et de plus en plus, la Chine. Or, force est de constater que les déconvenues s’accumulent depuis quelques temps à cet égard pour tous ceux qui, outre-Atlantique, rêvent d’une hégémonie éternelle pour la « Nation indispensable ».

On se souvient ainsi du lancement, par Pékin, il y a un an, de la « Banque asiatique d’investissements pour les infrastructures » ( BAII ) qui arracha ce cri du coeur à l’ex-Secrétaire au Trésor américain, Larry Summers : « On s’en souviendra peut-être comme du moment où les Etats-Unis ont cessé d’être le garant final de l’économie globale ». C’est que, malgré les pressions de la Maison Blanche sur ses alliés, notamment européens, la plupart d’entres eux -y compris Londres !- finirent par céder au principe de réalité en rejoignant les BRICS au grand complet ( Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud ) et bien d’autres pays dans le capital de ce qui n’est autre qu’une amorce d’alternative -non hégémonique- au Fonds Monétaire International.

Moins flamboyant mais non sans portée symbolique était déjà auparavant l’élargissement successif, aussi discret qu’impressionnant, de « l’Organisation de Coopération de Shanghaï » ( OCS ). Créée il y a 20 ans entre la Chine, la Russie et quelques pays d’Asie centrale, cet ensemble a, entretemps, aggloméré nombre d’Etats au statut varié -membres, observateurs, partenaires- parmi lesquels l’Inde et l’Iran. Ensemble, ils représentent pas moins de 40% de l’humanité, possèdent d’importantes ressources énergétiques et disposent de forces armées dissuasives…Et ensemble, ils ont dénoncé « le renforcement unilatéral des systèmes de défense antimissile par un quelconque Etat » ( Suivez leur regard ).

Mais le projet chinois le plus impressionnant -et qui nous concerne directement- est celui de la « nouvelle route de la soie ». Lancée en 2013, l’initiative renoue avec un symbole d’échanges entre l’Orient et l’Occident vieux de 2000 ans. Elle vise rien de moins que de « favoriser l’interconnexion entre les continents asiatique, européen et africain ainsi que les mers et océans adjacents » (1) . Tout au long de cet immense parcours, un dialogue est proposé à chaque pays riverain ou proche en vue de développer les infrastructures régionales, de bâtir un réseau de transport, mais aussi de multiplier les échanges culturels, avec la volonté affichée avec insistance par les autorités chinoises d’ « asseoir l’approfondissement de la coopération sur une base populaire solide » (2). Il fallait entendre à ce propos le nouveau responsable du département international du PC chinois, Song Tao : « Travaillons ensemble ; chacun a besoin de l’autre; il nous faut un développement commun dans la paix et la concertation; nous devons échanger régulièrement sur les grands dossiers internationaux communs; nous pouvons réduire nos malentendus; renforçons le dialogue culturel entre l’Orient et l’Occident »…(3) Cela nous change des négociations transatlantiques sur le TAFTA ! Certes, les rapports Chine-Europe ne sont pas sans problèmes : abordons-les en toute clarté. Mais sachons saisir résolument la main qui nous est tendue.

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(1) Voir « Construisons ensemble la ceinture économique de la Route de la soie et la Route de la soie maritime du XXI ème siècle » ( Éditions en langues étrangères – Beijing 2015 )
(2) Idem
(3) Le 18/5/2016 à Pékin devant près de 80 responsables politiques de nombreux pays européens.

26 mai 2016 at 3:49 Laisser un commentaire

DANGEREUSE ESCALADE DE L’OTAN A L’EST DE L’EUROPE

wurtz-l-humanite-dimancheQue cherche Washington ? Et surtout qu’espèrent gagner les dirigeants européens à s’embarquer dans cette nouvelle et dangereuse provocation vis à vis de Moscou ? Est-ce donc de plus de tensions que nous avons besoin sur notre continent dans cette période ! L’OTAN vient d’inaugurer en Roumanie ( le 12 mai dernier ) un premier site, qualifié de « stratégique » par l’organisation elle-même, de missiles antimissiles, tandis que les travaux d’un second site ont été lancés le lendemain en Pologne. Sont appelés à suivre des installations de radars en Turquie et des navires de guerre américains en Méditerranée . Les Pays-Bas , le Danemark seront également associés sous différentes formes à cette aventure ! Quant au QG du « bouclier antimissile », il sera à la base de Ramstein en Allemagne. Or chacun sait depuis de longues années que ce projet est, avec l’élargissement de l’OTAN jusqu’aux frontières de la Russie, la pomme de discorde par excellence entre l’Ouest et l’Est, Moscou y voyant une rupture de l’équilibre stratégique, et, par conséquent, une menace pour la sécurité du pays. Désormais, « une partie du potentiel nucléaire américain (est) implanté en Europe de l’Est » a aussitôt déclaré Vladimir Poutine. Il n’y a aucun doute pour personne sur le fait que le Kremlin va répliquer, sous une forme ou une autre, à cet acte délibérément hostile à son encontre. L’escalade est en marche.

D’autant que ce nouvel épisode de la « néo-guerre froide » s’inscrit dans une série de décisions de même inspiration. Ainsi, en ce moment même se déroulent en Estonie -et plus précisément dans une zone frontalière de la Russie- des exercices de grande ampleur, mobilisant 6000 soldats de dix pays de l’OTAN ainsi que des bombardiers, des chasseurs et des hélicoptères. Des manœuvres navales de l’OTAN sont, par ailleurs, annoncées , à partir du même pays, dans la mer Baltique dans quelques semaines . Pour la toute première fois, des blindés américains paraderont sous peu en Finlande, autre frontière de la Russie. Sans oublier l’accueil favorable  réservé par le Pentagone à la demande des Pays baltes et de la Pologne de voir déployer quatre bataillons supplémentaires sur leur territoire -une mesure qui a, naturellement, aussitôt entraîné une « riposte appropriée » de la Russie sous la forme de la création de trois divisions militaires supplémentaires . Spirale mortelle.

Rappelons que « L’Acte fondateur OTAN-Russie », signé en 1997, engage notamment l’OTAN à ne pas déployer de forces importantes ni d’infrastructures supplémentaires dans les nouveaux pays membres de l’Alliance occidentales. Mais, pour le ministre des Affaires étrangères polonais, il ne s’agit là que d’une « Déclaration politique et non d’un document contraignant ». A ses yeux, la Russie est un « adversaire géopolitique » : il a donc demandé d’annuler ce passage du texte en question ! L’OTAN a décidé de tenir son prochain Sommet des 8 et 9 juillet prochains …à Varsovie . Celui-ci fixera en particulier la mission des troupes occidentales dans les pays baltes ainsi qu’en Pologne et en Roumanie . Selon « Der Spiegel », il est prévu que chacun ( vous avez bien lu ) des 28 pays membres de l’OTAN  envoie un bataillon pouvant comporter jusqu’à 1000 soldats. Qu’en pensent nos concitoyens ? Les Européens en général ? En sont-ils seulement informés ? Il est temps de les aider à ouvrir les yeux.

19 mai 2016 at 8:57 1 commentaire

« STOP TAFTA » : UNE BATAILLE QUE NOUS POUVONS GAGNER !

wurtz-l-humanite-dimanche« Nous avons tout à gagner à aller vite. Sinon, nous savons bien qu’il y aura une accumulation de peurs, de menaces, de crispations » : ainsi parlait François Hollande en février 2014 , aux côtés de Barack Obama, à propos des négociations sur le « Grand marché transatlantique » -souvent appelé TAFTA. Il y a quelques jours, changement radical de ton : « La France, à ce stade, dit NON » au TAFTA, a osé le Président de la République dans son discours de clôture d’un colloque ( pré-électoral ) marquant le 80 ème anniversaire du Front Populaire. Que s’est-il passé entre ces deux moments qui ait convaincu le locataire de l’Elysée de prendre aujourd’hui au sérieux « les peurs » qu’il voulait court-circuiter hier; de proférer lui-même une « menace » ( celle de refuser de signer le traité transatlantique ») ; bref de faire subitement preuve de « crispations » qu’il fustigeait tant il y a deux ans ?

Entre-temps, il y a eu tout simplement une forte campagne d’information et de sensibilisation des citoyens sur les enjeux concrets ( économiques et sociaux, sociétaux, démocratiques ) de ce projet d’hyper-libre-échangisme d’une ampleur sans précédent . Nous avons, pour notre part, commencé cette campagne dans ces colonnes dès début 2013 sur le thème : « Grand marché transatlantique : attention danger ! » (1) . Menée dans l’ensemble de la France et à l’échelle de toute l’Union européenne -tout comme aux Etats-Unis- par un large éventail d’organisations progressistes , cette mobilisation , à laquelle le PCF, le Front de gauche, le groupe GUE au Parlement européen, le Parti de la Gauche Européenne s’honorent de prendre toute leur part, a réussi à bousculer les rapports de force, au point de mettre désormais les promoteurs du TAFTA sur la défensive. Et c’est dans le pays dont le pouvoir était à la pointe du projet -l’Allemagne d’Angela Merkel- et où le mouvement d’opposition au TAFTA s’est montré, en retour, le plus offensif, que le renversement de situation est le plus spectaculaire : 55% des personnes interrogées outre-Rhin étaient favorables au TAFTA il y a deux ans; 17% le restaient en avril 2016 (2) ! Et l’évolution de l’opinion est sensiblement la même outre-Atlantique .

Gageons que ce ne sont pas les « révélations » de Greenpeace sur l’état des négociations UE-USA qui vont changer la donne à cet égard . Elles confirment en effet tous les dangers sur lesquels la campagne « Stop TAFTA » ne cesse d’alerter : l’intransigeance des négociateurs américains sur leurs normes ( sanitaires, environnementales…), souvent incompatibles avec celles en vigueur en Europe; leur refus de respecter les appellations d’origine européennes; le piège du « donnant-donnant » qui pousse à des concessions européennes inacceptables; la non-reconnaissance du « principe de précaution » par Washington; l’absence de garantie sur la protection des données personnelles; l’exigence des Etats-Unis de prévoir des « tribunaux d’arbitrage » privés pour trancher les litiges entre multinationales et Etats signataires du traité; la préférence américaine pour la « reconnaissance mutuelle » des produits et des services ( ce qui circule librement sur le marché américain doit pouvoir accéder librement au marché européen ) plutôt que l’harmonisation négociée…L’envie est grande, à Bruxelles comme dans maints gouvernements, de s’entendre malgré tout, au plus vite, avec leurs « partenaires » américains. Problème : un tel traité est aujourd’hui « invendable » à une majorité d’Européens…

Ne vendons cependant pas la peau du TAFTA avant de l’avoir réellement mis en échec ! Ce n’est pas le moment de poser le baluchon ! Particulièrement en France : trop de nos concitoyens restent insuffisamment informés de tout ce qui est en jeu avec ce projet. Or, pour transformer la posture pré-électorale de François Hollande en décision effective, il faut y mettre le poids . On ne lâche rien !

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(1) voir « Humanité Dimanche »- 24/2/2013
(2) Institut YouGov pour la Fondation Bertelsmann -21/4/2016

12 mai 2016 at 6:04 Laisser un commentaire

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