Posts filed under ‘Allemagne’

BON ANNIVERSAIRE, HANS MODROW !

Hans Modrow, ancien Premier Ministre de RDA (novembre 1989-mars 1990) entré dans l’Histoire comme artisan de la gestion pacifique des lendemains de la chute du mur de Berlin, vient de fêter ses 90 ans. C’est l’occasion de rendre hommage à un homme que j’ai le privilège de connaître depuis près d’un demi-siècle et dont la droiture ne s’est jamais démentie .

Ce fut le cas dès le début de sa carrière de premier dirigeant du parti SED de la région de Dresde, où son attitude tranchait singulièrement avec celle d’autres « apparatchiks » de l’époque. Comme je lui faisais remarquer, alors qu’il venait d’être investi de hautes fonctions, combien j’appréciais le respect qu’il témoignait aux employés des administrations placées sous sa responsabilité, il eut cette réplique prémonitoire : « Je me conduis avec les gens que je croise pendant mon ascension de telle manière que je puisse encore les regarder dans les yeux le jour où je perdrai ma position ». Et, de fait, me promenant avec lui dans les rues de Berlin-Est aux lendemains de la la fin de la RDA, je fus frappé par la déférence et même la cordialité que lui témoignaient les passants, « après » comme « avant ».

Dans les années 80, sa franchise sur les dysfonctionnements du système lui valut d’être popularisé dans la presse de la République Fédérale d’Allemagne comme un « contestataire de la ligne Honecker » (alors 1er Secrétaire du SED). Cette « promotion » contribuera à nourrir toujours plus le ressentiment que lui vouait sa direction nationale. Ironie de l’Histoire : c’est la chute du mur qui empêchera Honecker de faire tomber Modrow ! En effet, à l’occasion des cérémonies du 40ème anniversaire de la création de la RDA -en octobre 1989, donc à la veille de l’ouverture de la frontière- , Hans Modrow souhaita me voir et me confia avec gravité : « Demain, je vais avoir la visite d’une centaine d’inspecteurs envoyés par Berlin. Ils sont chargés de passer au peigne fin tous mes champs d’activités pour me mettre en accusation… » Mais « Berlin » n’en eut pas le temps. Au contraire, c’est au pestiféré de Dresde que l’équipe dirigeante fera appel pour prendre les rênes d’un navire prenant l’eau de toutes parts. Modrow réussira, avec tout l’esprit de responsabilité qui l’a toujours caractérisé, à gérer sans effusion de sang la phase si délicate séparant la fin du régime de la réunification.

« Je voulais une réunification entre égaux », dira-t-il, mais dut se résoudre à ce qui s’apparentera à une annexion. Cette profonde frustration -et le climat de revanche impitoyable que fit régner le pouvoir de Kohl à l’encontre des « vaincus »- n’empêcheront pas Hans Modrow de poursuivre son action dans les nouvelles conditions. En particulier, en contribuant à l’émergence du « Parti du socialisme démocratique », le PDS, dirigé par Gregor Gysi, et dont Modrow sera le Président d’honneur, comme il le sera, plus tard, de « Die Linke ».

Quelques années -et deux procès politiques (gagnés)- plus tard, Hans Modrow fera partie des premiers élus de l’Allemagne unifiée au Parlement européen, où il gagna une large estime. Désormais « retraité », l’infatigable acteur politique écrit des livres, tient des conférences, parcourt le monde…et continue de susciter des événements : à la réception donnée à l’occasion de ses 90 ans, les ambassadeurs des deux Corées ont tenu à poser ensemble à ses côtés ! Sacré bonhomme. Bon anniversaire, Hans Modrow !

Publicités

8 février 2018 at 9:18 Laisser un commentaire

GUERRE OU PAIX : 3 GRAVES MENACES A SUIVRE EN 2018

Le monde hérite en 2018 de nombreuses zones de conflits ou susceptibles de s’embraser suite à l’irresponsabilité effarante de « dirigeants » de premier plan, au premier rang desquels figure  le chef de la « puissance indispensable », Donald Trump. Trois graves menaces du point de vue de la sécurité internationale sont à suivre tout particulièrement : dans la péninsule coréenne ; en Palestine; en Ukraine .

En Corée, un espoir de détente s’est levé à l’occasion du Nouvel An, quand le leader nord-coréen a, à la surprise générale, proposé de rencontrer son homologue du Sud « pour discuter de la participation » de Pyongyang aux Jeux Olympiques qui se dérouleront à Séoul en février prochain et , plus généralement, de « l’amélioration des relations inter-coréennes ». Le « téléphone rouge » entre les deux capitales va d’ailleurs rouvrir. Le Président sud-coréen a aussitôt saisi la balle au bond en proposant de tenir ces pourparlers dès le 9 janvier et en priant Washington de suspendre les méga-manoeuvres militaires prévues sous peu -comme chaque année !- dans la péninsule . « On verra, on verra » a répondu Trump, envisageant au mieux de décaler de quelques semaines cette gigantesque provocation et non  d’y renoncer comme l’y invitent depuis longtemps Pékin et Moscou ! Arrivera-t-on à empêcher la Maison Blanche de gâcher cette chance de relancer le dialogue dans la poudrière coréenne ? On aimerait entendre la France et l’Europe s’exprimer fortement sur cet enjeu crucial…

Au Proche-Orient, non content d’avoir, le mois dernier, scandaleusement encouragé les pires ultras en Israël en leur accordant sa caution sur l’annexion de Jérusalem, le pyromane de Washington vient de menacer de suspendre la contribution américaine -369 millions de dollars par an !- à l’Agence des Nations-Unies en charge des réfugiés palestiniens (l’UNRWA) si l’Autorité palestinienne… « refuse de négocier le traité de paix qui se fait attendre depuis trop longtemps avec Israël » ! La concrétisation de cette incroyable menace risquerait de pousser à bout ces 5,2 millions de Palestiniens les plus fragilisés, qui vivent, de génération en génération, depuis 1948, dans 59 camps répartis en Cisjordanie, à Gaza, à Jérusalem-Est, mais aussi dans les autres pays de la région. Rappelons que c’est pour suppléer au refus d’Israël d’assumer ses responsabilités de puissance occupante qu’a été créée l’UNRWA, afin d’assurer les services sociaux, la santé, l’éducation et l’aide humanitaire indispensable aux  Palestiniens chassés de leur terre. Voudrait-il provoquer l’explosion du désespoir que l’inqualifiable personnage américain ne s’y prendrait pas autrement. Là encore, l’inertie de Paris et de Bruxelles est consternante.

En Ukraine enfin, on notait avec un peu d’espoir un léger bouger, le 27 décembre dernier, lorsqu’a fini par aboutir le très attendu échange massif de prisonniers, sans précédent, entre Kiev et le Donbass. Il s’agissait enfin d’un début de mise en oeuvre d’un point des accords de paix de Minsk. C’était compter sans l’incommensurable irresponsabilité de Washington qui annonça quasiment au même moment son intention de fournir des armes létales lourdes -lance-roquettes; missiles antichars…- au pouvoir ukrainien, au risque de déclencher une nouvelle escalade meurtrière dans la région. Ce à quoi Emmanuel Macron et Angela Merkel ont réagi en se contentant de rappeler, sans autre considération, « leur attachement à la mise en oeuvre intégrale des Accords de Minsk »… Voilà pourquoi il est si important que l’enjeu de la guerre ou de la paix devienne ou redevienne une grande question populaire.

11 janvier 2018 at 4:31 Laisser un commentaire

METTONS MERKEL ET SCHULTZ DEVANT LEURS RESPONSABILITÉS

Devant l’échec des négociations pour la formation d’une coalition CDU-CSU-Libéraux-Verts en Allemagne, Emmanuel Macron avait usé de l’une de ces expressions lumineuses dont il a le secret : « Nous, on doit avancer ». Bon, mais encore ? Il y aurait pourtant des sujets majeurs à aborder dans le contexte de la crise politique de la principale puissance économique de la zone euro. Un seul exemple : celui des dommages considérables que le modèle Schroeder-Merkel des vingt dernières années cause à la fois en Allemagne -dont l’irruption de l’extrême droite et le désaveu des partis de la « grande coalition » (CDU-SPD) est le symptôme- et dans les pays du sud de l’Europe, parmi lesquels la France. En effet, ce modèle est fondé, comme on le sait, sur la « modération salariale » ; sur des restrictions draconiennes des dépenses publiques, notamment en matière d’infrastructures ( écoles, ponts, installations ferroviaires…) ; ainsi que sur des réformes libérales et impitoyables de l’assurance-chômage et des retraites. En Allemagne-même, ces mesures ont permis de doper la « compétitivité » et d’accumuler des excédents commerciaux-records (261 milliards d’euros en 2016 !) , mais au prix d’une extension de la pauvreté et de la précarité dans le pays le plus riche d’Europe. Et dans la zone euro, en particulier chez ses partenaires du sud, il en résulte mécaniquement plus de chômage, plus de déficits, plus de dettes.

 

Certes, il ne s’agit pas de minimiser les responsabilités écrasantes des gouvernements français successifs dans l’alourdissement du chômage, la désindustrialisation et le déficit commercial  que connaît notre pays ! Mais il est indéniable que la stratégie mercantiliste et anti-coopérative que pratique Berlin n’est pas tolérable entre « partenaires » d’une union monétaire telle que la zone euro. L’Allemagne « vole ses voisins » accusait déjà il y a plusieurs années le Nobel américain d’économie, Paul Krugman (1). En effet, à partir du moment où, du fait de la monnaie unique, il est devenu impossible de dévaluer sa monnaie (en concertation avec ses voisins) pour corriger un déséquilibre commercial, il faut assurer le nécessaire rééquilibrage par d’autres moyens : par exemple, des crédits sélectifs de la Banque centrale européenne en faveur de la résorption des inégalités de développement . Mais, en tout premier lieu, les économies les plus productives doivent bannir toute forme de « dumping social » au détriment de leurs « partenaires » et tendre vers l’équilibre entre leurs exportations et leurs importations, notamment dans la zone euro. D’ailleurs, les règles européennes elles-mêmes prévoient qu’aucun pays n’ait d’excédents commerciaux dépassant 6% de son PIB (richesses produites en une année) , ce qui est déjà énorme (Ce devait être 4% et fut porté à 6% à la demande de…Berlin.) Problème : les excédents de l’Allemagne dépassent aujourd’hui allègrement les 8% et continuent d’augmenter ! Et, jusqu’ici, Angela Merkel est restée sourde aux admonestations (très diplomatiques, il est vrai) de la Commission européenne. Son rival (et probable futur allié ) social-démocrate, Martin Schultz, a pris le contre-pieds de sa politique ultra-restrictive durant la campagne électorale. Il a besoin de « s’acheter une conduite » auprès de ses électeurs perdus. C’est le moment ou jamais de lancer publiquement le débat sur ce problème en Europe ! Le fait que la France ne saisisse pas l’occasion des nouveaux pourparlers engagés en Allemagne en vue d’une « grande coalition »-bis CDU-SPD pour soulever ce lièvre en dit long sur la politique européenne d’Emmanuel Macron en général et sur sa vision du « couple franco-allemand » en particulier.

 

———-

(1) Dans sa chronique du « New York Times », rapporté par Huffpost (12/11/2013)

30 novembre 2017 at 7:27 Laisser un commentaire

Articles précédents


Entrer votre adresse e-mail pour vous inscrire à ce blog et recevoir les notifications des nouveaux articles par courriel.

Rejoignez 5 192 autres abonnés

Chronique européenne dans l’Humanité Dimanche

Intervention au Parlement européen (vidéo)

GUE/NGL : vidéo

février 2018
L M M J V S D
« Jan    
 1234
567891011
12131415161718
19202122232425
262728  

Catégories

Pages

Pages