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EUROPE : UNE AVANCÉE DÉMOCRATIQUE INATTENDUE !

Une fois n’est pas coutume : l’on ne peut que se réjouir de la décision de la Cour de Justice de l’Union Européenne publiée le 16 mai dernier. Elle qui nous a habitués à des arrêts d’inspiration ultra-libérale vient de décider que, dorénavant, tous les traités commerciaux du type TAFTA (UE-USA) ou CETA (UE-Canada) devront être adoptés non seulement par les institutions européennes (Parlement et Conseil des Ministres) mais aussi par la totalité des parlements nationaux (et même des parlements régionaux dans les Etats à système fédéral) pour pouvoir entrer pleinement en vigueur ! En particulier, les dispositions visant à « protéger les investisseurs » -les fameux « tribunaux d’arbitrage » spéciaux et privés, destinés à trancher les litiges entre multinationales et Etats membres- , ne pourront désormais voir le jour que si chacun des 28 parlements nationaux et de la dizaine de parlements régionaux de l’UE donne explicitement son accord avec ces mesures !

C’est l’histoire de l’arroseur arrosé ! En effet, c’est le Commissaire européen qui était en charge des négociations de l’un des tout premiers accords de ce type ( l’accord de libre-échange UE-Singapour ) avant de diriger celles concernant le traité transatlantique TAFTA , le Belge Karel de Gucht, qui avait lui-même, en 2014, saisi la plus haute juridiction de l’UE avec un seul objectif : faire établir une fois pour toutes que ce type d’accord relevait de la « compétence exclusive » de l’UE, et que, par conséquent, cela ne regardait pas les parlements nationaux. Il pensait ainsi faire taire définitivement les nombreuses voix -y compris celle de certains Etats membres- qui contestaient ce déni de démocratie. Trois ans plus tard, le voilà spectaculairement désavoué. Et avec lui, tous ceux qui l’avaient clairement soutenu dans sa volonté de court-circuiter les représentations nationales -depuis les services juridiques de la Commission jusqu’à une majorité de députés européens !

Et lorsque le Président de la Commission européenne , Jean-Claude Juncker, a finalement cédé, en 2016, aux pressions des défenseurs de la souveraineté des parlements nationaux en acceptant que le traité CETA (UE-Canada) soit ratifié dans chaque pays membre, il a été sévèrement critiqué par les « ténors » du commerce international. Ainsi, Pascal Lamy, ancien Directeur général de l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC), lui avait reproché d’avoir commis « une erreur grossière » mettant en danger la politique commerciale européenne ! C’est dire si la récente décision de la Cour européenne a fait l’effet d’un coup de tonnerre dans les milieux « pro-business » des institutions européennes ! Quant à la Première Ministre de Sa Gracieuse Majesté, Theresa May, qui envisage de négocier avec l’UE un accord de libre-échange post-Brexit, la voilà prévenue : pour arracher un accord axé sur les « investissements », il lui faudra convaincre…38 Parlements nationaux et régionaux de l’UE. Pas gagné !

Quelle est la morale de cette histoire ? Que rien n’est inamovible dans cette construction européenne à la réputation de forteresse imprenable ! Que des forces de progrès, des citoyens en grand nombre (et de plusieurs pays), et si possible quelques gouvernements influents se mobilisent et se fassent entendre, et aussitôt les « certitudes » s’effritent et une vraie confrontation d’options contradictoires devient possible… jusqu’au sein de ce sanctuaire du libéralisme qu’est la Cour de l’UE ! Une expérience inattendue qui mérite réflexion.

25 mai 2017 at 11:14 Laisser un commentaire

CE QUE LES PRÉSIDENTIELLES ONT CHANGÉ SUR L’EUROPE

La bataille d’idées sur les enjeux européens en général et l’euro en particulier ne sera plus tout à fait la même après ces élections présidentielles qu’avant cette campagne.

D’abord, les thèses présentant la sortie de l’euro ou de l’UE comme une solution possible, voire souhaitable, aux problèmes de notre société ont désormais du plomb dans l’aile. « L’Europe, on la change »…mais pas question de la quitter, aux yeux d’une majorité -de plus en plus large- de Français (1). C’est là un acquis des débats de tous ces derniers mois. Les défenseurs du retour au Franc en ont pris acte en battant en retraite. Et ce ne sont pas les élucubrations de Madame Le Pen sur le sujet lors du débat télévisé du second tour qui auront apporté à ces thèses la crédibilité qui leur fait défaut aux yeux du plus grand nombre. L’approfondissement des réflexions sur une stratégie réaliste et efficace de transformation sociale et démocratique de l’actuelle Union européenne n’en devient que plus crucial.

Or, à l’opposé de cette aspiration, le nouveau Président français est aussi néolibéral dans ses orientations européennes que dans sa politique nationale . Ne s’est-il pas engagé à gagner la confiance d’Angela Merkel en respectant scrupuleusement ses deux obsessions : la discipline budgétaire et les « réformes structurelles » ? Si on lui laissait le champ libre, il irait encore plus loin que son prédécesseur : en témoigne son idée d’aller vers une zone euro de type fédéral , comprenant, en particulier, la création d’un poste de « ministre européen des finances » . Cette forme de tutelle renvoie à un projet hyper-dangereux du pire membre de l’équipe de la Chancelière, Wolfgang Schäuble : le nouveau grand argentier de la zone euro disposerait, en effet, d’un droit de veto sur les décisions budgétaires des parlements nationaux qui dévieraient de la « ligne » austéritaire ! Rudes batailles en perspective ! Cet état de fait va rendre plus vital que jamais le rassemblement des progressistes favorables à une inversion du cours de l’actuelle construction européenne.

Dernier changement généré par ces présidentielles sur le terrain de l’Europe -et non des moindres : Emmanuel Macron a appris des échecs de François Hollande, comme de ceux de Nicolas Sarkozy avant lui, dans leur tentative laborieuse d’adopter une posture de « réformateurs » de l’Europe. Il sait, quant à lui, jouer de sa « modernité » pour affiner sa communication ! Il se dit « sans complaisance » vis-à-vis de Bruxelles et conscient de ce que « près de la moitié de ce pays est en colère contre l’idée européenne ». Il prévient que « si rien ne bouge, il n’y aura plus de zone euro dans dix ans ». Il préconise « une nouvelle Union européenne, qui protège nos citoyens et règlemente la mondialisation ». Il se paye même le luxe de reprendre à son compte (en l’adaptant…) une proposition-phare des communistes depuis 2012 : l’organisation « de sortes d’Etats généraux » permettant aux citoyens d’exprimer leurs attentes en matière d’Europe ! On le voit : il va falloir aiguiser sérieusement le débat pour aider nos concitoyens à démêler le vrai du faux, à mettre le doigt sur les contradictions , à pousser dans le sens des avancées souhaitables comme des ruptures nécessaires -bref, à s’investir en connaissance de cause dans ce débat central pour notre avenir à tous. Un défi motivant !

JE VEUX ICI RENDRE HOMMAGE A NOTRE AMI JACQUES LE DAUPHIN, INFATIGABLE MILITANT DE LA PAIX, DEVENU UN EXPERT ECOUTÉ ET RESPECTÉ SUR LES ENJEUX DE SÉCURITÉ COLLECTIVE, QUI VIENT DE NOUS QUITTER.

——-
(1) Début mars 2017 (sondage Elabe), 72% des personnes interrogées se sont déclarées opposées à la sortie de l’euro -tout en étant 37% à estimer que l’UE actuelle présente plus d’inconvénients que d’avantages ! : Changer l’Europe, oui ! La quitter, non !

11 mai 2017 at 9:47 Laisser un commentaire

NON , LA CAMPAGNE DE 2005 N’AVAIT RIEN D’EUROPHOBE !

Que la candidate de l’extrême-droite prétende prolonger la campagne de 2005 contre le projet de traité constitutionnel n’est pas pour nous surprendre. On la sait prête à tout pour tenter d’égarer des électeurs de gauche, légitimement remontés contre ce prototype du « ouiiste » qu’est Emmanuel Macron.  Il est, en revanche, regrettable, que des commentateurs « républicains » valident ce type de supercherie.  Or, une lancinante petite musique répand, jour après jour, cette fable pernicieuse : dans le face à face du second tour des présidentielles, il y aurait, « comme en 2005 », d’un côté le « camp du non », représenté par Le Pen ; de l’autre, celui du oui , incarné par Macron. Le quotidien « Libération » nous en offrait une éloquente illustration au lendemain du « coup » médiatique de la candidate du FN devant l’usine Whirlpool d’Amiens , avant la venue sur les lieux de son concurrent d’ « En marche ». Sous le titre évocateur « Un arrière-goût du traité européen de 2005, on a pu y lire : « C’est comme si, douze ans après le « non » au référendum sur le traité européen, la France des « ouistes » et celle des « nonistes » s’étaient donné rendez-vous sur ce parking ». Vraiment ? L’ambition -prêtée (à juste titre) par le reporter à Marine Le Pen- d’ « agréger les souverainistes en tout genre » ou « les antimondialistes convaincus » peut-elle sérieusement être assimilée aux motivations des principaux artisans de la victoire du « non » en 2005 -qui était très majoritairement celle du « non » de gauche ?

Rappelons à ceux qui ont la mémoire courte que le non de gauche défendait la souveraineté populaire (le droit de chaque peuple de choisir son destin) : ce qui n’a rien à voir avec le « souverainisme » au sens du FN, autrement dit, le repli, le rejet des autres, le nationalisme !  C’est pourquoi, dans chacun de nos meetings, nous invitions des amis d’autres pays européens . Nous faisions vivre l’esprit d’une « Europe des peuples » : une « Union » véritable, qui soit fondée  sur leurs aspirations convergentes tout en respectant leurs différences. Nous exprimions , comme nous le faisons toujours, la colère des travailleurs contre « l’Europe libérale » et la concurrence à-tout-va, et non contre les travailleurs « étrangers », victimes des mêmes adversaires de classe. Le thème pervers du « plombier polonais » fut introduit par le très minoritaire Devilliers, l’ami des lepénistes, puis médiatisé par les partisans du oui pour tenter de dénaturer le mouvement. Loin d’entretenir la désespérance, nous nous attachions (comme aujourd’hui) à ouvrir des perspectives positives, constructives, rassembleuses ! Nous ne spéculions pas sur les effets dévastateurs de la mondialisation capitaliste pour prêcher le rejet de l’ouverture au monde. Notre campagne était « altermondialiste », fondée sur le rapprochement des forces de progrès des cinq continents et une vision solidaire de l’interdépendance de notre temps. En un mot, notre campagne n’avait rien d’ europhobe ! Elle s’inscrivait dans la lutte pour un progrès de la civilisation humaine.

Cette lutte n’a rien perdu de son actualité, bien au contraire ! Voilà pourquoi, s’il est évident que nous aurons à combattre d’arrache-pied la conception néolibérale et, par bien des aspects, antidémocratique, de l’Europe d’Emmanuel Macron après son élection, la priorité absolue et radicale est, aujourd’hui, de faire échec au spectre monstrueux que représente pour quiconque se reconnaît toujours dans l’esprit de notre campagne de 2005 le moindre risque d’une victoire lepéniste dimanche prochain.

4 mai 2017 at 10:57 1 commentaire

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