Posts filed under ‘Allemagne’

SYNDICATS : L’AUTRE « AXE » FRANCO-ALLEMAND

La mise en scène de la lune de miel Macron-Merkel n’en finit pas de se dérouler sous nos yeux : rencontre rituelle d’après élection présidentielle à Berlin en mai ; conférence de presse commune à Bruxelles en juin ; Conseil des ministres franco-allemand à Paris en juillet…On ne pourrait que se réjouir de cette bonne entente entre deux pays voisins , assumant qui plus est d’importantes responsabilités , si les projets rapprochant leurs dirigeants n’allaient pas à rebours des aspirations de leur peuple respectif tels que le rationnement des dépenses publiques; les « réformes » structurelles ou encore « l’Europe de la défense » ! Très intéressant à cet égard est de constater l’état des relations entre un autre type d’interlocuteurs de part et d’autre du Rhin : les organisations syndicales. C’est ainsi qu’on vient d’apprendre que des représentants de la CGT, de la CFDT, de FO, de la CFTC, de la CFE-CGC d’une part, et de la grande fédération syndicale allemande DGB d’autre part, ont eu une réunion commune avec les ministres du travail des deux pays, à l’issue de laquelle ils ont publié une Déclaration commune. Sa lecture mérite attention et réflexion.

Certes, il ne surprendra personne que certaines formulations de ce type de texte nous paraissent timides, voire parfois contestables. Mais l’arbre ne doit pas nous cacher la forêt. Ainsi, comment rester indifférent à une remise en cause aussi large de la « logique des marchés libéralisés et dérèglementés » ou de la « stratégie ratée des politiques d’austérité » ? Il y a là de quoi aider à faire converger des analyses de fond et à crédibiliser des perspectives de changement en France, en Allemagne et dans l’Union européenne ! Les propositions énoncées dans ce texte commun parlent à tous les progressistes. Exemples : la directive sur le détachement des travailleurs ? Dans la révision de ce texte (en cours dans l’UE), il faut imposer le respect du principe : « A travail égal, salaire égal sur le même lieu de travail » ainsi qu’ « un contrôle effectif et la lutte contre les entreprises boîtes aux lettres (propres à) générer du dumping social ». Les droits sociaux en Europe ? Il faut obtenir pour le « socle de droits sociaux » (récemment énoncés par Bruxelles) une « force juridique contraignante » et soumettre « toute nouvelle politique à une évaluation de son impact sur les droits sociaux ». La question migratoire ? « Le principe de la solidarité dans la répartition des réfugiés doit être rappelé et appliqué » et « l’intégration des travailleurs migrants dans le marché du travail européen » garantie « à travers une reconnaissance de leurs compétences ». L’emploi des jeunes ? Il faut notamment « créer des passerelles verticales et horizontales dans les systèmes de formation » et mettre « l’accent sur l’apprentissage ». L’avenir du travail ? Face à  » la multiplication de nouvelles formes de travail dites atypiques », il faut se saisir des propositions de l’Organisation Internationale du Travail (OIT) pour dépasser celles de la Commission européenne. Etc…

Le plus intéressant dans ces propositions est l’esprit de coopération, la recherche de convergences, la volonté de rassemblement qui les traversent. A l’heure où, en France, à droite, « L’exécutif envisage des négociations sans syndicat dans les PME » (Les Echos 11/7/2017) pour imposer sa politique, et où, y compris dans une partie de la gauche, « les politiques rêvent souvent de doubler les syndicats » au lieu de les « écouter » (Philippe Martinez sur RMC 10/7/2017), cette Déclaration franco-allemande constitue un repère utile à la réflexion et au débat.

 

XXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXX
JE RENDS HOMMAGE À HENRI MALBERG, QUE J’AI CONNU ET APPRÉCIÉ DEPUIS LE MILIEU DES ANNÉES 1970. JE N’AI JAMAIS OUBLIÉ LE DIRIGEANT COMMUNISTE NOVATEUR ET ENTHOUSIASMANT QUI A OUVERT L’ESPRIT DU JEUNE MILITANT QUE J’ETAIS. J’EXPRIME A SES PROCHES TOUTES MA SYMPATHIE.

20 juillet 2017 at 10:33 Laisser un commentaire

QUE SE PASSE-T-IL DANS LES BANQUES EUROPÉENNES ?

1000 milliards d’euros ! Tel est le montant astronomique des « créances douteuses » (prêts susceptibles de ne pas pouvoir être remboursés par les emprunteurs ) qui plombent toujours le bilan des banques de la zone euro et peuvent à tout moment menacer de déstabiliser l’économie d’une région, voire d’un pays tout entier, si ce n’est de la zone euro dans son ensemble. Des bombes à retardement au coeur de la zone euro ! Voilà encore un héritage de la frénésie spéculative et des politiques d’austérité des dix dernières années. Il préoccupe aujourd’hui la classe dirigeante qui porte elle-même une large part de responsabilité dans cette situation. Il s’agit à présent de prévenir toute faillite bancaire et le risque de contagion qui l’accompagne . Les autorités européennes de « supervision » des banques et de « résolution » des crises dans ce secteur viennent ainsi d’ordonner coup sur coup plusieurs opérations de « sauvetage » en catastrophe d’établissements financiers « défaillants ». Et ce n’est manifestement pas fini. Mais leurs « solutions » créent de nouveaux problèmes. Rappel des faits :

Début juin, c’est la 6ème banque d’Espagne , « Banco Popular », qui s’avère être au bord de la faillite. Pourquoi ? Du fait d’un bilan plombé par 37 milliards d’ euros d’ « actifs toxiques » liés à des biens saisis à des familles ruinées qui n’étaient plus en mesure de rembourser leurs emprunts . En un temps-record, « Bruxelles » a organisé le rachat de cet établissement…pour 1 euro symbolique par la première banque du pays, Santander (17 millions de clients dont de très nombreuses PME). Qu’adviendra-t-il des 11 000 salariés et des 1700 agences de la banque rachetée ? Nul ne le sait.

Seule consolation : l’Etat n’a rien dépensé dans l’opération. C’était la première application des nouvelles règles européennes en cas de faillite bancaire : le renflouement des banques en perdition ne doit plus se faire avec des fonds publics mais en sollicitant les actionnaires et les créanciers de l’établissement concerné . Cette « première » est alors célébrée dans l’UE comme une réussite prometteuse. Promis, juré : on n’allait plus revoir une situation comme celle du récent sauvetage de la troisième banque d’Italie -et la plus ancienne du monde- , Monte dei Paschi di Siena (MPS), à laquelle l’Etat avait dû verser une aide colossale de 8,3 milliards d’euros pour éviter l’effondrement de la vénérable institution , percluse de 47 milliards de créances douteuses, et surtout pour éteindre la mèche au plus vite. On devait donc en avoir enfin fini avec ces pratiques indéfendables qui voyaient la sphère publique se surendetter pour éteindre les incendies de la sphère financière, tout en taillant sans ménagement dans les effectifs des banques « sauvées » (5000 suppressions de postes dans le cas de MPS !)

Las, la quasi-faillite de deux banques qui vient de se produire en Vénétie vient d’apporter un spectaculaire démenti à ces pronostics rassurants . La seule « solution » trouvée pour circonscrire ce nouveau sinistre est, une fois encore la même que naguère…en pire. Les deux établissements en grande difficulté sont liquidés . Leurs « actifs sains » (les crédits sans problème) -et eux seuls- sont transférés pour 1 € symbolique à la plus grande banque de détail d’Italie, Intesa Sanpaolo, qui bénéficie en plus d’une aide publique de quelque 5 milliards d’euros . Quant aux fameuses « créances douteuses », c’est à nouveau l’Etat qui les prend en charge et en couvre tous les risques ! Coût supplémentaire potentiel pour les contribuables transalpins : 12 milliards d’euros ! Coût social immédiat : fermeture de 600 agences et départ « volontaire » de 3900 employés ! N’attendons pas le prochain « sauvetage » de ce genre pour ouvrir le débat de fond qui s’impose.

6 juillet 2017 at 11:05 Laisser un commentaire

FIN DES « FRAIS D’ITINÉRANCE »: TOUT UN SYMBOLE !

Depuis le 15 juin dernier, lorsque nous nous servons de notre téléphone portable depuis un autre pays de l’Union européenne, nos appels, nos SMS ou nos MMS ne seront plus surtaxés comme c’était le cas jusqu’alors. Notre forfait national vaudra pour toute l’UE. On pourra également « naviguer sur le web » au même tarif que chez nous (dans certaines limites). C’est le résultat d’une série de votes émis entre 2007 et 2015 par le Parlement européen et le Conseil ( les représentants des 28 gouvernements des Etats membres). C’en est donc fini de ce que l’on appelle les « frais d’itinérance » ( ou « roaming » si l’on est branché ) . On ne va pas s’en plaindre. Ni non plus sauter au plafond : cela ne révolutionnera pas la vie quotidienne de nos concitoyens. Disons que cela ne laissera pas indifférents celles et ceux qui, en nombre croissant, circulent volontiers chez nos voisins et sont accros au smartphone . Tant mieux, mais il y a plus important…

Si je m’arrête néanmoins sur cette mesure, c’est qu’elle est hautement symbolique. Elle illustre à merveille le fait que, dans une Europe libérale, le « consommateur » importe beaucoup plus que le travailleur ou le citoyen. S’il faut lâcher du lest, c’est avant tout lui qu’on ciblera. Aussi, un certain nombre d’acteurs politiques européens qui, d’habitude, ne s’illustrent pas particulièrement par leur parti-pris en faveur des salariés ni par leur résistance aux pressions des grands groupes capitalistes, se sont-ils, sur ce dossier, montrés étonnamment combatifs. Y compris pour faire face aux pressions des compagnies de télécom. L’on ne peut, en l’occurrence, que s’en réjouir, mais mieux vaut être lucide sur leurs motivations.

Voilà une bataille qui dure depuis une bonne dizaine d’années. Pour une fois, députés progressistes et libéraux se sont opposés ensemble aux grands opérateurs privés, qui étaient vent debout contre toute idée de diminuer -à plus forte raison de supprimer- cette confortable rente (aujourd’hui évaluée à 1,2 milliard d’euros par an !) Mieux : la Commissaire européenne alors chargée des télécommunications, la Luxembourgeoise , chrétienne-démocrate, Viviane Reding, avait fait de cette affaire son cheval de bataille. Elle avait d’emblée compris que l’Union européenne tenait là une occasion unique de soigner son image auprès des nombreux jeunes qui voyagent et acceptent mal de devoir payer plus cher leurs conversations téléphoniques et leurs SMS à l’étranger. Elle qui avait moyennement réussi son premier mandat, comme Commissaire à la culture ( Jean-Luc Godard l’avait gratifiée d’un élégant : « Cette dame est une nullité » au Festival de Cannes de 2004…), s’est, par la suite, taillé une flatteuse réputation de championne de la lutte contre les puissants lobbies des télécom et les Etats soucieux de protéger « leurs » opérateurs. Prenant appui sur la mobilisation du Parlement européen sur la question, l’inflexible Luxembourgeoise raconte même avoir forcé la main des ministres du Conseil , en 2007, en annonçant tout de go à la presse « qu’un accord a été trouvé pour baisser les frais de roaming » : mis devant le fait accompli, les dirigeants politiques se seraient alors ralliés à sa position pour ne pas décevoir leur opinion publique ! Par la suite, les grands opérateurs brandirent la menace de la faillite , puis saisirent la Cour de Justice de l’UE , mais rien n’y fit : l’arnaque a été mise en échec. Et aucun opérateur télécom n’a déposé le bilan. Quand « l’Europe » veut, elle peut.

22 juin 2017 at 5:04 Laisser un commentaire

Articles précédents


Entrer votre adresse e-mail pour vous inscrire à ce blog et recevoir les notifications des nouveaux articles par courriel.

Rejoignez 5 172 autres abonnés

Chronique européenne dans l’Humanité Dimanche

Intervention au Parlement européen (vidéo)

GUE/NGL : vidéo

juillet 2017
L M M J V S D
« Juin    
 12
3456789
10111213141516
17181920212223
24252627282930
31  

Commentaires récents

Robert Loiseau sur NON , LA CAMPAGNE DE 2005 N…
Sylvie sur D’ISRAEL À LA TURQUIE :…
de ANDRADE sur LES TROIS PREMIÈRES LEÇONS DU…
Gabriel Legros-Colla… sur FACE À L’ EFFET TRUMP,…
Gabriel Legros-Colla… sur WOLFGANG SCHÄUBLE, «…

Catégories

Pages

Pages