Archive for janvier, 2022

FEU, LE  DOGME  SACRO-SAINT  DES  « 3 % » ?


Les règles européennes ont beau être réputées intouchables, quand les circonstances l’exigent, elles peuvent être contournées, voire voler en éclats. C’est ainsi qu’en mars 2020, toute « discipline budgétaire » devenant incompatible avec la gestion d’une crise sanitaire aux implications financières incalculables, la Commission européenne prit la décision inédite de proposer aux Etats membres de suspendre le Pacte de stabilité : exit l’obligation de limiter les déficits publics à 3 % des ressources nationales ; finie la chasse aux « dettes publiques excessives »; place au « quoiqu’il en coûte » ! Puis, la pandémie se prolongeant, il fut décidé, un an plus tard, de prolonger ce moratoire jusqu’à la fin 2022. Qu’en sera-t-il à partir de l’année prochaine ? Reviendra-t-on peu ou prou au carcan de l’austérité budgétaire ? Tirera-t-on, au contraire, les leçons de l’étroitesse de vue économique et de l’impasse politique qu’illustre cette règle arbitraire devenue un véritable repoussoir ? Et si oui, de quelle nature seront les réformes adoptées ? Ces questions seront à l’ordre du jour du Conseil européen des 10 et 11 mars prochains, à Paris. Et les avis restent partagés sur les choix à opérer.
Le climat social et politique dans les différents pays pèsera sur les débats. L’exemple de l’évolution du positionnement d’Emmanuel Macron sur la question en est une bonne illustration. En 2017, le candidat à la présidence prônait sans état d’âme « le respect de nos engagements européens en restant dans l’épure des 3% de déficit ». Deux ans plus tard, le même estimait a  contrario tellement évidente la nécessité d’en finir avec cette même règle qu’il jugea que les débats à son propos étaient « d’un autre siècle ». C’est sans doute qu’entretemps, confronté au mouvement des « Gilets jaunes »,  il dût se résoudre à des dépenses non prévues de l’ordre de 17 milliards d’euros, creusant d’autant le déficit public de la France…Or, dans l’avenir, si l’on veut tenir les « objectifs stratégiques » que les « 27 » se sont fixés à la lumière des failles béantes révélées par la crise sanitaire  -renforcement de la « souveraineté européenne » en matière de santé, d’énergie, de puces électroniques, de conquête spatiale…- , ce n’est pas en dizaines mais en centaines de millards d’euros que se compteront les nouveaux investissements nécessaires, dont il ne faudra pas escompter une rentabilité à court terme. 
Reste une interrogation clé : à quoi seront destinées les aides publiques massives envisagées dans ce contexte pour soutenir les « investissements d’avenir » ? Serviront-elles une fois encore à « faire baisser le coût du travail » pour « préserver l’emploi » et « améliorer la compétitivité » des groupes européens face à leurs concurrents américains ou asiatiques ? Dans ce cas, la fin de la règle des  3% ne changerait pas la donne pour le plus grand nombre. Dit autrement : quelle  part de ces fonds publics d’envergure exceptionnelle est-elle destinée aux investissements dans l’emploi de qualité , à des programmes massifs de formation ou à des services publics performants ? A quels critères sociaux, écologiques et démocratiques répondront ces nouvelles aides aux entreprises ? Ces enjeux sont devant nous : c’est l’autre face de la présidence française du Conseil européen.

28 janvier 2022 at 6:52 Laisser un commentaire

LA DANGEREUSE TENSION EST-OUEST EST-ELLE FATALE ?

Les Européens sont paradoxalement les premiers concernés par les résultats des pourparlers de Genève entre diplomates russes et américains, en cours depuis le 10 janvier. L’avenir de la sécurité de notre continent dépend en grande partie de la réponse finale de Washington à la demande essentielle de Moscou : l’arrêt définitif du processus d’extension de l’OTAN aux frontières de la Russie. Jusqu’ici, la position officielle est : « Nous n’acceptons pas qu’un pays dispose d’un veto sur un autre, lorsqu’il s’agit de faire partie de l’alliance de l’OTAN ».  Est-ce aussi simple ?
Pourquoi, si ce principe allait de soi en matière de sécurité internationale, James Baker,  le Secrétaire d’Etat de George Bush (senior) aurait-il promis à Mikhaïl Gorbatchev, en 1990, que « La juridiction militaire actuelle de l’OTAN ne s’étendra pas d’un pouce vers l’Est » ? Le Secrétaire général de l’OTAN de l’époque, en personne, Manfred Werner, avait d’ailleurs souligné, de son côté, en des termes tout aussi dénués d’ambiguïté : « Que nous soyons prêts à ne pas déployer les troupes de l’OTAN à l’extérieur du territoire de la République fédérale allemande, cela donne à l’Union soviétique des garanties sûres de sécurité ». 
On rétorquera peut-être que la Russie de Poutine n’est pas l’URSS de Gorbatchev. C’est vrai : le dernier Président soviétique prônait « la Maison commune européenne », tandis que l’actuel maître du Kremlin est en conflit ouvert avec ses voisins alliés à « l’Occident ». Pourtant, l’élargissement de l’OTAN (à la République tchèque , à la Hongrie et à la Pologne) a commencé avant l’ère Poutine : dès 1999, sous le règne de Eltsine, pourtant très accommodant avec les puissances de l’Ouest. Quant à l’adhésion des Pays baltes (en plus de celle des pays d’Europe centrale restant) à l’organisation militaire atlantique, elle a eu lieu en 2004, soit à une époque où Poutine était encore conciliant et visait une alliance russo-américaine fondée sur ce qu’il appelait alors « la communauté de destin » entre son pays et le monde occidental…Quatre ans plus tard  -soit six ans avant le conflit russo-ukrainien-  les dirigeants occidentaux annonçaient que « l’Ukraine deviendra membre de l’OTAN »…
Pourtant, cette stratégie fut critiquée dès le début aux Etats-Unis, et pas que par des pacifistes ! George Kennan, jadis théoricien de la guerre froide, pronostiqua dès l’An 2000 que « l’élargissement de l’OTAN vers l’Est peut devenir la plus fatale erreur de la politique américaine depuis la guerre » ! Robert Gates, ex-directeur de la CIA puis Chef du Pentagone convint, à son tour, en 2014 (dans ses Mémoires…) que cette stratégie « fut une erreur » et regretta « l’arrogance » occidentale. Encore le 9 janvier dernier , un autre ex-haut responsable de la CIA parla, à propos de la stratégie des Etats-Unis vis-à-vis de la Russie, d’une « erreur d’analyse fondamentale » et invita à prendre en considération « l’obsession (de la Russie) de sa sécurité » héritée de son histoire. Selon lui, « il existe une possibilité de désescalade » et, faute de la concrétiser, le risque est que « Poutine estime qu’il n’a plus que la menace de recourir à la force armée pour être entendu »(1).
Puissent les dirigeants occidentaux actuels tirer les leçons de l’expérience et donner toute sa chance à la diplomatie.

——–(1) George Beebe , ex-directeur d’analyse de la Russie à la CIA (Figaro 9/1/2022)

20 janvier 2022 at 11:27 Laisser un commentaire

EUROPE : POUR UNE CRITIQUE RAISONNÉE ET CONSTRUCTIVE

« Présidence française » oblige : nous entendrons beaucoup parler d’Europe d’ici l’été prochain. Emmanuel Macron -en campagne- en fera l’un de ses thèmes de prédilection. Il magnifiera chaque mesure inscrite à l’agenda des « 27 » et fera des discours enflammés sur sa vision d’une « Europe de l’équité sociale », « qui protège », « modèle de développement durable » et, qui plus est, « souveraine ». Ce faisant, il suscitera de l’agacement légitime parmi celles et ceux qui ont de l’ Europe « réellement existante » une tout autre expérience, faite de « discipline budgétaire « , d’ouverture des services publics à la concurrence , de compétition fiscale et sociale, d’allégeance à Washington …
Dès lors, la tentation sera grande de riposter à l’excès d’apologie de l’Europe de la part du chef de l’Etat par un rejet en bloc de toutes les propositions européennes évoquées par le Président-candidat. Ce serait prendre le risque de passer d’une caricature à une autre et de ne pas se faire comprendre d’une majorité de nos concitoyennes et concitoyens. En effet, comme vient de le confirmer une enquête d’opinion : si, globalement, l’UE divise toujours autant les Français, certains projets concrets européens   -dont Emmanuel Macron n’hésite pas à s’attribuer la paternité-  recueillent un soutien massif (autour de 80% !) des personnes interrogées (1) . Et pour cause : si l’Union européenne reste, aujourd’hui comme hier, néolibérale et autoritaire, elle a été néanmoins conduite, sous la pression des événements, à prendre certaines  mesures , sans doute insuffisantes et non exemptes de contradictions, mais allant dans le bon sens pour peu qu’elles ne soient pas dévoyées en cours de route.
 C’est, par exemple, le cas de différentes dispositions -sans précédent- du Plan de relance européen, ou bien du « Pacte vert », ou encore des projets de régulation des géants du secteur numérique et de leur taxation. C’est aussi le cas du projet de salaire minimum européen (même s’il ne faut pas en attendre qu’il mette fin au dumping social en Europe !) ou des mesures visant à encourager la constitution de filières industrielles européennes dans des secteurs d’avenir…Les « 27 » ont manifestement réagi à la crise de défiance des citoyennes et des citoyens européens qui mettaient en péril l’existence même de l’UE; ils ont été échaudés par le « Brexit », ébranlés par les divisions internes entre Etats membres, effrayés par les effets de l’accélération des dérèglements climatiques, sidérés par la déstabilisation due à la crise sanitaire. Ils n’ont pas changé sur le fond, mais ils ont lâché du lest. L’ignorer, c’est en laisser le bénéfice à Emmanuel Macron. Souligner ces avancées en en relevant et les potentialités et les limites -voire, le cas échéant, leurs vices cachés- renforce, à l’inverse, la lutte pour des transformations plus profondes de l’UE. Bref, la situation se prête non aux jugements expéditifs et à l’emporte-pièce, mais à la critique raisonnée et constructive de l’Union européenne.

——–(1) Régulation des GAFAM; taxation des produits importés trop polluants; salaire minimum européen…(Sondage Elabe pour « Les Echos » – 6/1/2022)

13 janvier 2022 at 6:41 Laisser un commentaire

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