Archive for décembre, 2006

2007: Le grand bras de fer

L’année 2007 – en particulier son premier semestre – pèsera lourd dans la bataille pour déterminer les orientations du futur traité européen. Je rappelle que le Conseil européen des Chefs d’Etats et de gouvernement a confié à la présidence allemande de l’Union – premier semestre 2007 – le soin d’ouvrir un processus de pourparlers sur ce sujet hautement sensible, et à la future présidence française de l’Europe – second semestre 2008 – la responsabilité de conduire les négociations finales à ce propos. Eh, bien, les grandes manœuvres ont commencé…

J’ai eu l’occasion, avant Noël, de rencontrer – avec les autres présidents des groupes politiques du Parlement européen – la Chancelière fédérale Angela Merkel, entourée de son gouvernement au grand complet, moitié chrétien-démocrate, moitié social-démocrate. Leur son de cloche est unanime: la « priorité numéro un » d’ici juin prochain, c’est la relance du projet de constitution! Il faut « convaincre les citoyens » que ce « traité est bon »… Ils sont prêts à quelques aménagements, mais pas sur la « substance ». Dans ce contexte est prévue, le 25 mars prochain, la célébration du cinquantenaire de la création du « Marché commun » (Traité de Rome), qui sera l’occasion d’une Déclaration solennelle vantant les « valeurs », les « principes » et le bilan de l’actuelle construction.

Sur le même sujet, le Premier ministre, socialiste, d’Espagne, Zapatero et le Chef du gouvernement, chrétien-démocrate, luxembourgeois Junker, ont pris une initiative conjointe: ils invitent le 26 janvier à Madrid les seuls dirigeants des pays qui ont ratifié le projet constitutionnel (!) puis, un mois plus tard à Luxembourg, l’ensemble des « 27 » Etats membres, comme pour montrer du doigt les mauvais élèves de la classe européenne. Faut-il rappeler au Premier Ministre luxembourgeois ce qu’il écrivait deux jours avant que le NON ne triomphe? « La perspective du référendum a déclenché en France un débat vertueux dont la qualité impressionne – soulignait alors celui qui assurait la fonction de Président du Conseil européen – (…) Une fois de plus, le peuple français donne un exemple à suivre; une fois de plus, il prouve sa maturité démocratique. » Dommage qu’il ait fait mauvais usage de cette « maturité », le jour du vote, en donnant un « exemple » à ne pas suivre …

De son côté, la Commission Barroso, ne voulant être en reste, vient de publier un « document de travail » sur « le coût de l’absence de Constitution ». On y apprend tout ce que nous perdons à ne pas avoir ratifié ce texte « refondateur ». Tout y passe: les droits fondamentaux; la politique sociale et de la santé; la démocratie participative; une politique extérieure globale; jusqu’à la capacité de l’Union de « répondre aux attentes des citoyens » en matière de « lutte contre le terrorisme ou le crime organisé » ou de « faire face de façon appropriée » aux « fortes pressions migratoires »! Si après cela, vous ne votez toujours pas OUI, c’est à désespérer de ce « peuple français » et de son « débat vertueux ».

Toute cette agitation a un objectif central: jouer sur tous les tableaux – la peur de l’isolement, la lassitude, voire l’illusion de changements – pour aider les futurs dirigeants français issus des élections du printemps prochain à « faire passer la pilule » d’un traité européen qui ne s’appellerait peut-être plus « constitution » mais conserverait la « substance » du projet repoussé en 2005. La Chancelière allemande est claire: ce n’est qu' »après les élections en France » qu’on entrera dans le vif du sujet. Son ministre des affaires étrangères (SPD) ne l’est pas moins: « nous tenterons de présenter en fin de présidence (c’est à dire en juin – F.W.) une esquisse de texte (…) dont nous serons surs qu’il pourra s’appliquer »

D’ici là, aucun de ces dirigeants européens ne semble s’émouvoir du subit émoi de Nicolas Sarkozy s’écriant « l’Europe était un projet, c’est devenu une machine! » pas plus des admonestations verbales de Ségolène Royal à l’égard du Président de la Banque centrale européenne… Il est temps que s’ouvre le débat de fond sur l’Europe que nous voulons et sur les responsabilités que les futurs dirigeants français s’engagent à assumer dans le grand bras de fer engagé. Le programme élaboré par le rassemblement de la gauche antilibérale reste, à cet égard, d’une pleine actualité. Je fais confiance à Marie-George Buffet pour le porter avec nous toutes et nous tous.

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27 décembre 2006 at 1:00 Laisser un commentaire

Attention: Bruxelles veut « moderniser » le droit du travail

« Les contrats à durée déterminée, les contrats à temps partiel, les contrats de travail intermittent, les contrats « zéro heure », les contrats proposés aux travailleurs recrutés par des agences d’intérim, les contrats proposés aux travailleurs indépendants, etc. font aujourd’hui partie intégrante des caractéristiques des marchés du travail européens ». « En utilisant ces contrats atypiques, les entreprises cherchent à rester compétitives dans une économie mondialisée, en évitant notamment le coût qu’implique le respect des règles relatives à la protection de l’emploi, les délais de préavis et les coûts liés aux cotisations sociales qui y sont associés (…) Les travailleurs, quant à eux, ont plus d’options, notamment en ce qui concerne les aménagements du temps de travail, les possibilités de carrière, un meilleur équilibre entre la vie familiale et professionnelle et la formation´, et une plus grande responsabilité personnelle ».

Voilà le genre de prose que l’on trouve dans un document officiel de la Commission européenne, publié le 22 novembre dernier, et intitulé: « livre vert: moderniser le droit du travail pour relever les défis du 21ème Siècle ». Un « livre vert » est un texte qui est sensé ouvrir une consultation (des « partenaires sociaux » en particulier). Quatre mois plus tard vient l’étape des propositions de la Commission européenne. Enfin, arrive le moment des décisions pratiques. Mais compte tenu de la gravité du sujet, mieux vaut prendre le taureau par les cornes sans retard…

L’objectif explicite de ce « livre vert » est, en effet, de « réfléchir à la manière de faire évoluer le droit du travail ». La Commission rappelle à ce propos que, depuis plus de trois ans, des experts européens ont « demandé aux Etats membres d’évaluer, et s’il y a lieu de revoir, le degré de flexibilité prévu dans les contrats standards (autrement dit les CDI à temps plein – F.W.) en ce qui concerne les délais de préavis, les coûts et les procédures de licenciement individuels ou collectifs ou encore la définition du licenciement abusif. »!

La Commission européenne regrette manifestement que jusqu’ici, les « réformes de la législation nationale » se soient contentées de « développer une flexibilité marginale ». Les marchés du travail sont « devenus en conséquence de plus en plus segmentés ». Pour y remédier, la Commission souligne donc… « la nécessité d’accroître la flexibilité ». On ne pourrait mieux définir le nivellement par le bas des droits sociaux! L’orientation politique de ce texte est limpide: c’est un alignement complet sur la philosophie libérale à l’anglo-saxonne: la relation de travail, c’est un travailleur individuel face à son employeur, qui doivent se mettre d’accord sur un contrat. Le droit du travail, c’est de la bureaucratie archaïque qui nuit à la productivité des entreprises face à leurs concurrents…

Les choses sont quasiment écrites en ces termes dans ce « livre vert ». Ainsi, l’une des « questions » posées dans le cadre de cette « consultation » est ainsi libellée: « la réglementation existante – sous la forme de lois et/ou de conventions collectives – freine-t-elle ou stimule-t-elle les entreprises et les travailleurs dans leurs efforts pour saisir les opportunités d’accroître leur productivité et de s’adapter aux nouvelles technologies et aux changements liés à la concurrence internationale? » Soyez « modernes », que diable! Brûlez le code du travail!

Je rappelle que le premier des « engagements » de Marie-George Buffet pour « une politique de gauche qui change vraiment la vie », tout comme la première proposition du programme des « collectifs antilibéraux » prennent précisément le contre-pied de cette dérive, en affirmant l’exigence d’un système assurant à tous soit un emploi soit une formation leur permettant de revenir par la suite à un meilleur emploi, avec une garantie de leurs revenus et de leurs droits. Un bon conseil: entre ces deux visions de la relation de travail, ces deux projets de société, ces deux conceptions de l’Europe, faites entendre votre choix!

11 décembre 2006 at 12:52 Laisser un commentaire

Plus d’Europe, mais une autre Europe !

Le hasard du calendrier vient de faire se succéder à 48 heures d’intervalle – et dans la même ville: Bruxelles – la puissante manifestation européenne de solidarité avec les travailleurs de Volkswagen (samedi 2 décembre) et un « Forum parlementaire », réunissant des élus nationaux et européens pour réfléchir à l’avenir de l’Union et de son ex-projet de Constitution (lundi 4 et mardi 5 décembre).

Quel rapport entre les deux évènements? Le principal délégué syndical de l’usine VW de Forest a, en quelque sorte, répondu à cette question, en me disant, à la fin de notre chaleureux et émouvant entretien dans l’entreprise occupée: « En Fait, – avait-il dit en conclusion – nous n’avons pas assez d’Europe. Mais c’est une autre Europe qu’il nous faut! » Auparavant, lui-même et ses camarades avaient décrit avec exaspération la stratégie de mise en concurrence systématique des travailleurs européens qui fait actuellement fureur. « Nos camarades allemands ont subi un chantage énorme à l’emploi, pour leur faire accepter de rallonger la durée du travail sans augmentation de salaire. Ils sont des victimes, comme nous » – avait souligné dignement l’un d’eux.

« On nous fait miroiter, à notre tour, l’arrivée possible d’un nouveau modèle sur notre site… en 2009, mais en nous rappelant… que le salaire horaire est aujourd’hui de 40 euros en Belgique contre 7 à 8 euros en Europe centrale et orientale! » ajouta, indigné, un autre. La menace est grossière! « Les gens ne comprennent pas que l’Europe laisse le champ libre aux manœuvres des multinationales. On veut que cela bouge au niveau européen, qu’il y ait de vraies avancées sociales pour tous. On ne veut pas de libéralisme. La gauche doit se prononcer clairement! » avait insisté le responsable du syndicat socialiste, la FGTB…

Je me suis naturellement saisi de cette expérience toute fraiche pour mettre quelques « pendules à l’heure » lors de la Conférence parlementaire qui a suivi. Inutile, en effet, de chercher midi à quatorze heures pour s’avoir où la crise de confiance des citoyens vis à vis des institutions européennes prend sa source. Si cette stratégie de « réduction des coûts salariaux »; de « flexibilité » des conditions de travail, de primat des actionnaires; de chantage à la délocalisation continuait de se développer librement, quel bond en arrière en perspective! Personne ne peut accepter cela! Même les plus modérés se disent: si l’Europe n’est pas capable d’empêcher les grands groupes de raboter tous nos acquis sociaux, à quoi sert-elle?

Quant aux plus lucides, ils mettent, avec raison, directement en cause les orientations et les structures libérales de l’actuelle construction européenne ainsi que les responsables politiques qui les mettent en œuvre. La Commission européenne ne prépare-t-elle pas, en ce moment même, un document sur l' »adaptation » ou la « modernisation »… du droit du travail? Le Conseil (des ministres européens) ne vient-il pas d’échouer à réviser la scandaleuse directive sur le temps du travail qui permet aux pays qui le demandent de dépasser le maximum de 48 heures par semaine pour le porter à 67 heures voire davantage? Le Parlement européen ne vient-il pas d’adopter la « directive Bolkestein » dans une mouture encore en recul sur son premier vote?

Voilà où il faut porter le fer quand on veut parler sérieusement d' »avenir de l’Europe »: quelles ruptures sont-elles nécessaires pour répondre à des aspirations qui ne cessent de grandir dans toute l’Europe: la sécurisation de l’emploi pour tous, des moyens pour vivre et de vrais droits sociaux. Parmi les salariés rencontrés, en tous cas, il y a un vif intérêt pour nos propositions en la matière: le crédit sélectif (peu cher pour les investissements créateurs d’emplois et très cher pour les opérations financières) pour responsabiliser les entreprises; une politique économique volontariste (recherche; énergie; développement harmonieux des territoires; services publics; gigantesque effort de formation…) pour anticiper les mutations nécessaires; et aussi des mesures de défense commerciale contre la guerre économique et les attaques des grands prédateurs du « marché mondial ».

Au fait, personne n’a « tiqué » parce que le président de notre groupe de la Gauche unitaire européenne est communiste….

4 décembre 2006 at 12:55 Laisser un commentaire


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