2007: Le grand bras de fer

27 décembre 2006 at 1:00 Laisser un commentaire

L’année 2007 – en particulier son premier semestre – pèsera lourd dans la bataille pour déterminer les orientations du futur traité européen. Je rappelle que le Conseil européen des Chefs d’Etats et de gouvernement a confié à la présidence allemande de l’Union – premier semestre 2007 – le soin d’ouvrir un processus de pourparlers sur ce sujet hautement sensible, et à la future présidence française de l’Europe – second semestre 2008 – la responsabilité de conduire les négociations finales à ce propos. Eh, bien, les grandes manœuvres ont commencé…

J’ai eu l’occasion, avant Noël, de rencontrer – avec les autres présidents des groupes politiques du Parlement européen – la Chancelière fédérale Angela Merkel, entourée de son gouvernement au grand complet, moitié chrétien-démocrate, moitié social-démocrate. Leur son de cloche est unanime: la « priorité numéro un » d’ici juin prochain, c’est la relance du projet de constitution! Il faut « convaincre les citoyens » que ce « traité est bon »… Ils sont prêts à quelques aménagements, mais pas sur la « substance ». Dans ce contexte est prévue, le 25 mars prochain, la célébration du cinquantenaire de la création du « Marché commun » (Traité de Rome), qui sera l’occasion d’une Déclaration solennelle vantant les « valeurs », les « principes » et le bilan de l’actuelle construction.

Sur le même sujet, le Premier ministre, socialiste, d’Espagne, Zapatero et le Chef du gouvernement, chrétien-démocrate, luxembourgeois Junker, ont pris une initiative conjointe: ils invitent le 26 janvier à Madrid les seuls dirigeants des pays qui ont ratifié le projet constitutionnel (!) puis, un mois plus tard à Luxembourg, l’ensemble des « 27 » Etats membres, comme pour montrer du doigt les mauvais élèves de la classe européenne. Faut-il rappeler au Premier Ministre luxembourgeois ce qu’il écrivait deux jours avant que le NON ne triomphe? « La perspective du référendum a déclenché en France un débat vertueux dont la qualité impressionne – soulignait alors celui qui assurait la fonction de Président du Conseil européen – (…) Une fois de plus, le peuple français donne un exemple à suivre; une fois de plus, il prouve sa maturité démocratique. » Dommage qu’il ait fait mauvais usage de cette « maturité », le jour du vote, en donnant un « exemple » à ne pas suivre …

De son côté, la Commission Barroso, ne voulant être en reste, vient de publier un « document de travail » sur « le coût de l’absence de Constitution ». On y apprend tout ce que nous perdons à ne pas avoir ratifié ce texte « refondateur ». Tout y passe: les droits fondamentaux; la politique sociale et de la santé; la démocratie participative; une politique extérieure globale; jusqu’à la capacité de l’Union de « répondre aux attentes des citoyens » en matière de « lutte contre le terrorisme ou le crime organisé » ou de « faire face de façon appropriée » aux « fortes pressions migratoires »! Si après cela, vous ne votez toujours pas OUI, c’est à désespérer de ce « peuple français » et de son « débat vertueux ».

Toute cette agitation a un objectif central: jouer sur tous les tableaux – la peur de l’isolement, la lassitude, voire l’illusion de changements – pour aider les futurs dirigeants français issus des élections du printemps prochain à « faire passer la pilule » d’un traité européen qui ne s’appellerait peut-être plus « constitution » mais conserverait la « substance » du projet repoussé en 2005. La Chancelière allemande est claire: ce n’est qu' »après les élections en France » qu’on entrera dans le vif du sujet. Son ministre des affaires étrangères (SPD) ne l’est pas moins: « nous tenterons de présenter en fin de présidence (c’est à dire en juin – F.W.) une esquisse de texte (…) dont nous serons surs qu’il pourra s’appliquer »

D’ici là, aucun de ces dirigeants européens ne semble s’émouvoir du subit émoi de Nicolas Sarkozy s’écriant « l’Europe était un projet, c’est devenu une machine! » pas plus des admonestations verbales de Ségolène Royal à l’égard du Président de la Banque centrale européenne… Il est temps que s’ouvre le débat de fond sur l’Europe que nous voulons et sur les responsabilités que les futurs dirigeants français s’engagent à assumer dans le grand bras de fer engagé. Le programme élaboré par le rassemblement de la gauche antilibérale reste, à cet égard, d’une pleine actualité. Je fais confiance à Marie-George Buffet pour le porter avec nous toutes et nous tous.

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Attention: Bruxelles veut « moderniser » le droit du travail La gauche européenne et les élections françaises

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