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PALESTINE: L’UE FACE À UNE RESPONSABILITÉ HISTORIQUE

Quoi de plus « parlant » sur la situation au bord de l’explosion en Palestine que le silence poignant et la colère rentrée des dizaines de jeunes secouristes en veste du « Croissant rouge » venus rendre un dernier hommage à leur camarade tombé sous les balles d’un soldat israélien en venant soigner un blessé dans le camp de réfugiés de Dheisheh , près de Béthléem (où l’armée d’occupation n’a, en principe, aucun droit de pénétrer) ! On en apprend plus sur la Palestine durant une visite de cinq jours sur le terrain avec l’AJPF (1) qu’à travers tous les reportages sur le sujet dans les grands médias français et européens . Comme nous l’a dit un couple de touristes devant le mausolée du Président Arafat : « On est venu pour comprendre. On a vu et on a compris… » A plus forte raison lorsqu’on a la possibilité d’échanger avec les réfugiés de quelques uns des 59 camps où vivent les plus pauvres d’entre eux , de génération en génération depuis 1948…

Évoquant la situation à Gaza, bien pire encore que celle de Cisjordanie, l’un de nos interlocuteurs fit ce constat terrifiant : « À 12 ans, un enfant y a déjà vécu trois guerres : les enfants grandissent ici dans la violence et le ressentiment. » Aussi les enfants bénéficient-ils de la part des familles en Palestine d’une attention toute particulière : « Pourriez-vous demander aux responsables de l’UNRWA (2) , que vous allez rencontrer, si les écoles ouvriront encore leurs portes à partir de 2020 ? » nous interrogea avec une angoisse clairement perceptible le responsable d’un camp. C’est que cet organisme des Nations-Unies, entièrement dédié aux cinq millions de réfugiés palestiniens, traverse une crise financière sans précédent depuis sa création en 1949 , suite à la décision de Donald Trump de faire passer la contribution financière des Etats-Unis à cet Office de 360 millions à…60 millions de dollars par an ! Le « chef du monde libre » brandit en outre la menace de pousser à une révision du statut de réfugié pour ne faire bénéficier de l’aide internationale que les 50 000 survivants directs de l’exil forcé de 1948 tout en refusant toute idée de « droit au retour » ou de compensation financière de l’Etat responsable de l’interminable exil forcé de tous leurs descendants ! Tous attendent de l’UE qu’elle prenne le contre-pied de Washington et qu’elle renforce son aide humanitaire aux réfugiés -ce qui est loin d’être gagné.

Et comme si toutes ces souffrances et ces humiliations quotidiennes ne suffisaient pas, voilà que monte dans les milieux dirigeants européens eux-mêmes l’idée irresponsable selon laquelle, face à la multiplication des obstacles à l’existence d’un État palestinien -prolifération des colonies, crise économique dans les territoires occupés , divisions entre Palestiniens- , la question d’un renoncement progressif des États européens à cet objectif stratégique se posait ! Notre mobilisation s’impose plus que jamais!
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(1) L’Association pour la promotion des jumelages entre des villes françaises et des camps palestiniens (fondée par le regretté Fernand Tuil) vient d’organiser un séjour de découverte et de coopération pour une quarantaine d’élues et d’élus à Jérusalem et en Cisjordanie (28/3-2/4).
(2) Office des Nations-Unies pour le secours et les travaux pour les réfugiés au Proche-Orient

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11 avril 2019 at 9:43 Laisser un commentaire

LES GILETS JAUNES : MENACE OU CHANCE POUR L’EUROPE ?

« Cet embrasement français pourrait accélérer le délitement de l’Europe » se plaint Bernard Guetta, l’ex-chroniqueur de France-Inter. En fait de « délitement », ce sont plutôt les bases du modèle européen actuel -la fuite en avant libérale sur le plan économique et autoritaire en matière politique- qui commencent à vaciller. Plusieurs faits en témoignent : le profond mouvement en cours en France peut -je dis bien « peut »- déboucher sur l’ouverture de brèches significatives dans le carcan réputé inamovible des règles actuelles de l’UE.

Un premier signe encourageant est l’évolution du débat sur les fameux « 3% » (des richesses produites) que ne doivent en aucun cas dépasser les déficits publics. « Ouvrir les vannes budgétaires, une voie périlleuse face à l’Europe » titraient encore « Les Echos » , le 4 décembre dernier. De fait, la Commission avait, fin novembre, critiqué publiquement la France pour n’avoir prévu qu’ une réduction du déficit structurel de 0,2% du PIB en 2019 au lieu de 0,6% demandé par Bruxelles ! (1) Seulement voilà : les événements, ont, depuis lors, changé la donne. Au point que Moscovici affirme désormais qu’il « n’a pas à dicter à Paris sa conduite » face à la crise des « Gilets jaunes ». Mieux, le membre « de loin le plus à gauche de la Commission européenne », comme il s’est présenté -ce qui en dit long sur le progressisme de l’exécutif de l’UE- vient de donner raison à l’un des membres les plus à droite du gouvernement, Gérald Darmanin, qui venait de faire cette hallucinante découverte : « 2,9% ou 3,1% , l’enfer n’est pas d’un côté et le paradis de l’autre (…) Je ne suis pas fétichiste des chiffres » (2). Dans la bouche de ces intégristes de l’un des mythes les emblématiques de « Bruxelles », c’est une reconnaissance de taille : face à un mouvement de cette ampleur, les règles les plus sacrées « se délitent ».

Autre « bouger » remarquable : alors que la Commission européenne soulignait, pour s’en féliciter, dans ses « recommandations » à la France , en mai 2018, « la croissance modérée des salaires », une autre foudre de guerre de la justice sociale, Muriel Pénicaud, exhortait les entreprises, le 7 décembre dernier, à « montrer l’exemple » en augmentant les salaires ! Encore de quoi voir se « déliter » les règles européennes. Ajoutons que des initiatives du type des « Gilets jaunes » commencent à apparaître en Belgique (pour la fin du « carnage social »), aux Pays-Bas, et jusqu’en Bulgarie, tandis qu’en Allemagne, la presse suit avec inquiétudes « la lutte de classe » en France…(3)

On le voit : nul besoin de négocier de nouveaux traités européens pour commencer à ébranler le carcan libéral de l’UE. Il faut agir en nombre et avec détermination, si possible en convergence avec d’autres peuples. Reste qu’on ne peut pas, pour réussir, faire l’économie de la clarification politique, et, à cet égard, rien n’est joué.

———
(1) Avis de la Commission sur le budget 2019 (21/11/2018)
(2) France Inter (7/12/2018)
(3) Tagespiegel (7/12/2018)

13 décembre 2018 at 1:54 Laisser un commentaire

RUSSIE-UKRAINE : QUELLE ISSUE ?

Cela va faire cinq ans que dure et s’enkyste le conflit entre la Russie et l’Ukraine. Après la crise de la place Maïdan, les affrontements meurtriers du Dombass, l’annexion de la Crimée, voici l’incident naval dit « de la mer d’Azov ». À chaque fois, Kiev et Moscou se rejettent mutuellement la responsabilité de la brusque dégradation de la situation. Et à chaque fois, les dirigeants de l’UE , parallèlement à leurs homologues des Etats-Unis et de l’OTAN, désignent les bons et les méchants, prodiguent des leçons de morale, voire infligent des sanctions. Mais, évidemment, cela n’a aucune incidence sur le conflit lui-même. Celui-ci poursuit son pourrissement , jusqu’au jour où le dérapage de trop fera basculer les tensions répétées dans un embrasement aux conséquences incalculables. Cette menace est si évidente qu’il est difficile de comprendre l’obstination des dirigeants européens, et occidentaux en général, à ne pas le reconnaître : le conflit entre la Russie et l’Ukraine n’a aucune chance d’être surmonté tant qu’on ne comptera, pour y parvenir, que sur ses deux protagonistes directs , voire qu’on soufflera sur les braises de l’extérieur.

Certes, il y a eu la bonne initiative diplomatique franco-allemande de 2015 qui avait conduit aux Accords de Minsk, censés aboutir -outre le cessez-le-feu immédiat- à un retrait des armes lourdes, à une amnistie totale, à la création d’un statut spécial pour les régions de l’Est de l’Ukraine et à la restauration du contrôle par l’Ukraine de ses frontières extérieures. Mais, quoiqu’on pense de la part de responsabilité des uns et des autres en la matière, force est de constater que ces engagements n’ont pas été tenus, tandis que les risques pour la sécurité internationale -très au-delà de la région concernée- ne cessent de croître. Aussi, au risque de nous répéter, soulignons l’urgence, désormais reconnue par de nombreux experts en relations internationales, de tenir une Conférence réunissant tous les Etats du continent et se fixant pour double objectif l’examen de l’ensemble des contentieux existant ou couvant entre nos pays et l’établissement -sous l’égide des Nations-Unies- de règles communes de sécurité et de coopération à l’échelle des 51 Etats européens, sans distinction de régime.

Une référence vient à l’esprit à cet égard. Elle a marqué tout un pan de notre histoire contemporaine : c’est la Conférence d’Helsinki, qui a réuni de 1973 à 1975, donc en pleine guerre froide, les Etats d’un continent pourtant coupé en deux camps antagoniques. Comment ce qui était possible dans ces conditions ne le serait-il pas aujourd’hui ! L’idée d’une « Conférence paneuropéenne de sécurité et de coopération » a d’ailleurs été émise , il y a dix ans, par le Président russe de l’époque, Dmitri Medvedev. Il mettait en particulier l’accent sur un principe qui mérite effectivement d’être discuté -ce que les dirigeants de l’UE ont refusé de faire pour ne pas gêner l’élargissement de l’OTAN vers l’Est ou l’installation du « bouclier anti-missile » en Pologne et en République tchèque, cher à Washington. Ce principe est celui de « l’indivisibilité de la sécurité » : chaque État signataire d’un tel traité s’engage à ne prendre aucune mesure pour sa propre sécurité si elle contrevient à la sécurité d’un autre État signataire du traité. Voilà un débat qu’ il serait plus qu’urgent d’ouvrir ! Non seulement pour trouver une issue au conflit russo-ukrainien, mais parce qu’une paix durable sur notre continent est à ce prix.

6 décembre 2018 at 7:23 Laisser un commentaire

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