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L’APPEL DES DÉPUTÉS PALESTINIENS ET KURDES EMPRISONNÉS

Alors que nous nous apprêtons à voter et à faire voter pour les femmes et les hommes que nous jugeons les plus dignes de nous représenter dans la future Assemblée Nationale, il y a , en Israël et en Turquie, des députés bénéficiant d’un large soutien de leur peuple qui sont en prison . Les uns et les autres ont adressé à leurs collègues parlementaires du monde entier -et, plus généralement, à tous les démocrates- un vibrant appel à la solidarité . Rappelons qu’il y a actuellement  6500 prisonniers politiques palestiniens en Israël et presqu’autant de démocrates kurdes détenus en Turquie ! Nous ne les oublions pas .

Le premier de ces appels émane de Marwan Barghouthi, figure de premier plan du mouvement palestinien. Cela fait un mois déjà  (!) ce 17 mai qu’à son initiative, plus de mille prisonniers observent une grève de la faim pour arracher des conditions de détention moins inhumaines. Face à cette action courageuse intitulée « Liberté et Dignité », le gouvernement Nétanyahou a choisi la politique du pire. « Nous entrons dans une période extrêmement critique » vient de déclarer le président du Club des prisonniers. Juste avant d’être placé en isolement absolu, celui que les autorités israéliennes savent être aujourd’hui le leader le plus populaire dans toutes les couches de la société palestinienne, avait réussi à faire connaître cette interpellation publique de tous les parlementaires du monde sensibles aux « droits humains fondamentaux tels qu’ils sont garantis par le droit international ». Alors que la santé de tous ces grévistes de la faim se détériore de jour en jour, retour sur ce poignant témoignage : « Je fus le premier parlementaire à être arrêté, en 2002. Depuis, Israël a arrêté 70 parlementaires -plus de la moitié du Conseil législatif, le Parlement palestinien- et 13 d’entre eux restent détenus à ce jour (…) Le sort infligé aux parlementaires palestiniens reflète le sort du peuple qu’ils représentent (…) Aux yeux d’Israël, nous sommes tous coupables et l’accusation non déclarée, c’est notre désir de liberté, notre soif de liberté, notre sacrifice pour la liberté (…) J’en appelle à vous (…) Je vous demande de soutenir la liberté et la dignité du peuple palestinien afin que la paix puisse prévaloir. »

Presqu’au même moment, un autre appel nous parvenait, de parlementaires de Turquie cette fois . Il est lancé par le HDP , le grand parti progressiste , devenu la troisième force politique du pays en 2015 et soumis, depuis lors, à une répression féroce du régime Erdogan. Rassemblés face à la Cour des Droits de l’Homme, à Strasbourg, un groupe de député.e.s et de proches du HDP, s’est, là aussi, adressé, ce 16 mai, aux élus et aux forces démocratiques, notamment d’Europe, pour demander leur soutien. Il est à noter que là encore, les premiers visés par le pouvoir sont celles et ceux qui bénéficient de la confiance la plus large de leur peuple . Comme on le sait, neuf députés de ce parti sont détenus, parmi lesquels ses deux premiers dirigeants : Selahattin Demirtas et Figen Yüksekdag . 27 présidents de district, 85 présidents de province , près de 750 autres responsables et plusieurs milliers de militants ou proches du HDP partagent leur sort ! C’est l’honneur de la gauche d’entendre ces messages et de se montrer à la hauteur du courage admirable de celles et de ceux qui nous les ont adressés. Ce sont des êtres humains. Ils n’ont ni voulu ni cherché à être des héros, mais comme l’avait noté , dans sa grande sagesse, Nelson Mandela : « Le courage n’est pas l’absence de peur, mais la capacité de la vaincre ».

18 mai 2017 at 9:28 Laisser un commentaire

EUROPE : RIEN NE REMPLACE UN VRAI DÉBAT CITOYEN !

« Faut-il modifier les traités pour pouvoir changer les règles européennes? »; « La Banque Centrale Européenne (BCE) ne pourrait-elle pas, grâce à la « planche à billets », contribuer à régler le problème de la dette? »; « Face au chantage financier des dirigeants européens pour faire plier la Grèce, la gauche n’a pas été capable de se mobiliser pour changer les rapports de force ! »; « Le règlement du problème de la dette passe aussi par la lutte sur le terrain de la fiscalité ! »; « Les rapports de force nécessaires pour transformer l’Europe doivent être créés à grande échelle : cela pose la question des liens à développer avec les forces progressistes européennes »; « La concurrence folle organisée entre les peuples européens existe dès aujourd’hui, avec les travailleurs détachés et la concurrence fiscale : qu’est ce qui changerait avec la sortie de l’UE à cet égard? »; « On ne peut pas attendre que tous les Etats membres soient d’accord pour faire de l’Europe une force de paix à l’Est du continent ou au Proche-Orient : je ne vois pas comment on pourra éviter une « Europe à plusieurs vitesses » ! » ; « L’impasse principale, c’est l’Allemagne : elle profite des conditions très favorables que lui offre la zone euro; acceptera-t-elle qu’on change l’Europe ? »…

Voilà quelques unes des questions abordées lors d’un débat parmi d’autres , dans une ville parmi d’autres, par des citoyen.ne.s parmi d’autres : en l’occurence les participants à la soirée organisée le 6 avril dernier à Manosque , dans les Alpes de Haute-Provence, par le parti communiste français. Deux jours auparavant, le débat télévisé entre les onze candidats à l’élection présidentielle avait également abordé les enjeux européens…Sur ce point, entre ces deux moments de démocratie, franchement, « il n’y avait pas photo » !
Certes, des réflexions justes avaient été faites dans cette émission par Jean-Luc Mélenchon (exemple : « le travailleur détaché, ce n’est pas la personne qui est en cause, ce n’est pas sa nationalité qui compte ») et par Benoît Hamon (comme : « Il manque un point à ce débat : que se passe-t-il si nous sortons de l’Europe ? »), mais les problèmes européens se prêtent décidément mal au système des répliques à la mode anglo-saxonne, en 90 secondes, imposé par les médias ! Rien ne remplacera jamais, en la matière, les échanges vivants, sérieux, et approfondis avec des citoyens !

L’exemple du débat de Manosque l’a, une nouvelle fois, illustré : intéresser les Français aux affaires européennes, c’est possible ! Susciter une confrontation d’idées sur le fond , sans invectives ni caricatures , c’est possible ! Donner envie de s’investir dans un projet européen novateur et constructif, c’est possible ! A condition de faire appel à l’intelligence et à la réflexion de nos interlocuteurs , en bannissant résolument les slogans simplistes censés plaire à l’auditoire. En proposant aussi des repères simples permettant la convergence des sensibilités progressistes. C’est le cas de la question sociale et écologique (ainsi que des leviers permettant d’orienter les moyens financiers dans cette nouvelle direction, en particulier un changement radical des missions de la BCE). C’est également le cas de la question démocratique : chaque peuple doit pouvoir participer au choix des projets à faire vivre en commun avec ses partenaires européens , puis à l’élaboration des grandes orientations  correspondant à ces choix. Enfin, une Europe nouvelle doit se montrer solidaire avec les autres peuples du monde en usant de son poids pour agir avec le plus d’alliés possibles pour faire émerger des règles plus justes et plus pacifiques dans les relations internationales. Ce débat ne sera pas clot le 7 mai prochain !

13 avril 2017 at 8:28 Laisser un commentaire

« PAS DE CIVILISATION FRANÇAISE SANS L’ACCESSION DES ÉTRANGERS » !

 

En ces temps de crispations identitaires et de bouffées nationalistes, il est bon de rappeler la vision ouverte et en évolution permanente de l’identité de notre pays que défendait l’historien de référence en la matière, Fernand Braudel. Parmi les conditions du « rayonnement de civilisation » de la France, il citait « la présence, dans ce carrefour que la France est en Europe, d’un nombre considérable d’étrangers. Il n’y a pas de civilisation française sans l’accession des étrangers; c’est comme ça », insistait-il. Et d’ajouter -il y a exactement 32 ans- cette vérité à l’actualité si cruciale : « Ce qui compte, c’est de faire l’Europe des peuples et non pas celle des patries, des gouvernements ou des affaires. Et ce ne sera possible que par la générosité et la fraternité ». (1)

Je me suis remémoré ces paroles à l’occasion de la « Rencontre nationale sur l’Europe » organisée par le Parti communiste français, le 17 mars dernier, à Villerupt, en Meurthe-et-Moselle. Il n’y a, en effet, guère de région où cette diversité des apports à « l’identité française » -ainsi que la fraternité dans les luttes pour leur reconnaissance- ne se soient mieux vérifiées que dans cette région lorraine, et particulièrement ce bassin de Longwy, depuis plus d’un siècle. Aux immigrants polonais des années 1920, et italiens une décennie plus tard, ont succédé les réfugiés espagnols et portugais des années 1050-1960, puis les travailleurs algériens. Leur insertion n’a pas été réalisée sans heurts ni injustices. Mais elle s’est bel et bien faite. En témoignent, par exemple, les noms de rue ou des cités, notamment dans les secteurs longtemps dominés par les industries sidérurgiques et minières. Autre signe tangible de ce métissage réussi : des manifestations culturelles, tel le toujours très prisé « Festival du film italien de Villerupt ». Sans oublier le grand nombre de personnalités publiques au rayonnement incontesté, dont seule la consonance du nom rappelle les origines « étrangères ». Je me souviens y avoir rencontré, comme jeune député européen, deux Français comme les autres, qui m’ont fait connaître et aimer leur région, tant ils en parlaient avec passion : l’un était secrétaire du Parti communiste, véritable figure de la vie politique en Lorraine ; l’autre venait, à la surprise générale, de se faire élire Président (communiste) du Conseil général. Le premier était fils d’immigré italien ayant fui le fascisme : Roland Favaro ; le second d’ascendance polonaise : Bogdan Politanski. Une leçon à méditer par tous les apprentis-sorciers qui n’hésitent pas à nourrir le fantasme de l’ « invasion des migrants » dans l’espoir de gagner des voix aux élections.

 

Dans une récente conférence, Marie-Christine Vergiat, députée du Front de gauche au Parlement européen, rappelait à juste titre à ce propos qu’aucun des 28 Etats membres de l’Union européenne n’avait, à ce jour, ratifié la « Convention internationale sur la protection des droits de tous les travailleurs migrants et des membres de leur famille » -un texte de l’ONU datant de 1990 et en vigueur depuis 2003 ! Le fait que des Etats qui se présentent comme des modèles de démocratie rechignent eux-mêmes à leurs devoirs de solidarité envers les migrants ne peut qu’apporter de l’eau au moulin des démagogues racistes et xénophobes travestis en « patriotes ». Puissent les trop nombreux Français, aujourd’hui près de tomber dans leur panneau revisiter ces expériences d’un passé somme toute assez récent, qui ont valu à la France son « rayonnement de civilisation » ! Le moment est venu de sonner le tocsin !

——–
(1) Entretien avec Fernand Braudel – « Le Monde » (24/3/1985)

23 mars 2017 at 10:57 Laisser un commentaire

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