Plus d’Europe, mais une autre Europe !

4 décembre 2006 at 12:55 Laisser un commentaire

Le hasard du calendrier vient de faire se succéder à 48 heures d’intervalle – et dans la même ville: Bruxelles – la puissante manifestation européenne de solidarité avec les travailleurs de Volkswagen (samedi 2 décembre) et un « Forum parlementaire », réunissant des élus nationaux et européens pour réfléchir à l’avenir de l’Union et de son ex-projet de Constitution (lundi 4 et mardi 5 décembre).

Quel rapport entre les deux évènements? Le principal délégué syndical de l’usine VW de Forest a, en quelque sorte, répondu à cette question, en me disant, à la fin de notre chaleureux et émouvant entretien dans l’entreprise occupée: « En Fait, – avait-il dit en conclusion – nous n’avons pas assez d’Europe. Mais c’est une autre Europe qu’il nous faut! » Auparavant, lui-même et ses camarades avaient décrit avec exaspération la stratégie de mise en concurrence systématique des travailleurs européens qui fait actuellement fureur. « Nos camarades allemands ont subi un chantage énorme à l’emploi, pour leur faire accepter de rallonger la durée du travail sans augmentation de salaire. Ils sont des victimes, comme nous » – avait souligné dignement l’un d’eux.

« On nous fait miroiter, à notre tour, l’arrivée possible d’un nouveau modèle sur notre site… en 2009, mais en nous rappelant… que le salaire horaire est aujourd’hui de 40 euros en Belgique contre 7 à 8 euros en Europe centrale et orientale! » ajouta, indigné, un autre. La menace est grossière! « Les gens ne comprennent pas que l’Europe laisse le champ libre aux manœuvres des multinationales. On veut que cela bouge au niveau européen, qu’il y ait de vraies avancées sociales pour tous. On ne veut pas de libéralisme. La gauche doit se prononcer clairement! » avait insisté le responsable du syndicat socialiste, la FGTB…

Je me suis naturellement saisi de cette expérience toute fraiche pour mettre quelques « pendules à l’heure » lors de la Conférence parlementaire qui a suivi. Inutile, en effet, de chercher midi à quatorze heures pour s’avoir où la crise de confiance des citoyens vis à vis des institutions européennes prend sa source. Si cette stratégie de « réduction des coûts salariaux »; de « flexibilité » des conditions de travail, de primat des actionnaires; de chantage à la délocalisation continuait de se développer librement, quel bond en arrière en perspective! Personne ne peut accepter cela! Même les plus modérés se disent: si l’Europe n’est pas capable d’empêcher les grands groupes de raboter tous nos acquis sociaux, à quoi sert-elle?

Quant aux plus lucides, ils mettent, avec raison, directement en cause les orientations et les structures libérales de l’actuelle construction européenne ainsi que les responsables politiques qui les mettent en œuvre. La Commission européenne ne prépare-t-elle pas, en ce moment même, un document sur l' »adaptation » ou la « modernisation »… du droit du travail? Le Conseil (des ministres européens) ne vient-il pas d’échouer à réviser la scandaleuse directive sur le temps du travail qui permet aux pays qui le demandent de dépasser le maximum de 48 heures par semaine pour le porter à 67 heures voire davantage? Le Parlement européen ne vient-il pas d’adopter la « directive Bolkestein » dans une mouture encore en recul sur son premier vote?

Voilà où il faut porter le fer quand on veut parler sérieusement d' »avenir de l’Europe »: quelles ruptures sont-elles nécessaires pour répondre à des aspirations qui ne cessent de grandir dans toute l’Europe: la sécurisation de l’emploi pour tous, des moyens pour vivre et de vrais droits sociaux. Parmi les salariés rencontrés, en tous cas, il y a un vif intérêt pour nos propositions en la matière: le crédit sélectif (peu cher pour les investissements créateurs d’emplois et très cher pour les opérations financières) pour responsabiliser les entreprises; une politique économique volontariste (recherche; énergie; développement harmonieux des territoires; services publics; gigantesque effort de formation…) pour anticiper les mutations nécessaires; et aussi des mesures de défense commerciale contre la guerre économique et les attaques des grands prédateurs du « marché mondial ».

Au fait, personne n’a « tiqué » parce que le président de notre groupe de la Gauche unitaire européenne est communiste….

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Bolkestein : trois questions à méditer Attention: Bruxelles veut « moderniser » le droit du travail

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