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UN « GRAND DESSEIN » EUROPEEN EST-IL ENCORE POSSIBLE ?

wurtz-l-humanite-dimancheL’Union européenne s’est longtemps targuée d’avoir permis d’établir la paix entre d’anciens ennemis . Même si cette réputation était largement surfaite (1), elle a longtemps tenu lieu de « grand dessein » européen dans l’esprit d’un grand nombre de citoyens. Aujourd’hui, c’est plutôt de naufrage moral qu’on parle à propos de l’UE, après le spectacle affligeant qu’elle a offert avec l’attitude de ses Etats membres à l’égard des réfugiés à la recherche d’un havre de paix.

Est-ce à dire qu’une Europe nouvelle -« refondée »- ne pourrait plus , à l’avenir, incarner de grandes causes mobilisatrices ? Certes, non ! Mais cela passera par de vraies ruptures avec des dogmes passéistes qui ont décidément la vie dure. Barack Obama lui-même vient encore d’en administrer la preuve avec le discours-testament à destination de l’Europe qu’il a tenu il y a quelques jours à Hanovre. Certes, aucun Président américain n’avait, avant lui, chanté à ce point les louanges du projet européen , mais sur le fond, le message délivré est d’une grande banalité ! Loin de renouer à cette occasion, avec les accents volontaristes de ses débuts (avril à juillet 2009) -« Pour un monde sans arme nucléaire » ; « Pour le Redémarrage d’une coopération solide entre Moscou et Washington »; discours du Caire fustigeant « le colonialisme et la guerre froide » et exigeant que « les colonies israéliennes cessent » !- le locataire de la Maison Blanche a, cette fois, choisi de conforter les partisans les plus orthodoxes de l’Europe atlantiste et tournée vers le passé ( Eloge du Plan Marshall; ode à l’OTAN « plus forte qu’elle ne l’a jamais été »; appel à augmenter partout les dépenses d’armements; diatribe contre la Russie…) Certains n’en retiendront que le ton lyrique. Quant au passage-vedette : « Peut-être vous faut-il quelqu’un d’extérieur pour vous rappeler ce que vous avez accompli » , il restera sans doute dans les annales officielles , à côté de l’emblématique « Ich bin ein Berliner » de John Kennedy . Mais on chercherait en vain dans ce laborieux plaidoyer de quoi redonner espoir dans la construction européenne ! Et ce n’est pas le projet de traité de libre-échange transatlantique ( qui plus est tourné contre la Chine ) , que le Président américain presse ses partenaires européens de signer au plus vite , qui risque de faire rêver à une Europe nouvelle…

A contrario, que de grandes choses une « Europe » reconstruite sur d’autres bases -même limitée , au départ, à l’initiative de quelques Etats pionniers- pourrait lancer ! A commencer par une grande campagne publique en faveur de la négociation d’un traité de coopération et de sécurité collective avec tous les pays du continent européen -un « Helsinki 2 », dont, au demeurant, l’ex-Président russe Medvedev avait relancé l’idée en 2008, sans recevoir la moindre réponse de l’UE !- Voilà qui serait un grand projet pour une « Union » nouvelle ! Autre finalité alternative à l’alignement actuel sur la « famille occidentale » et à son parrain américain : l’engagement d’un processus de démilitarisation des relations internationales et de relance d’un authentique multilatéralisme dans le cadre des Nations Unies. Combien de pays du sud et de nations émergentes sont demandeurs de rapports nouveaux : respectueux de leur souveraineté et libérés de toute domination militaire ou financière ! Ou encore : quel prestige recueillerait, notamment dans le monde arabe, le groupe de pays européens qui déciderait enfin de prendre le taureau par les cornes au sujet de l’emblématique conflit du Proche-Orient pour une solution juste et durable du problème palestinien !
Le combat pour une autre Europe, c’est aussi cela.
——–
(1) « Ce n’est pas l’Europe qui a fait la paix, c’est la paix qui a fait l’Europe » ( Jean-Louis Bourlanges, responsable politique pourtant chrétien-démocrate -Le Monde 3/12/2007)

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4 mai 2016 at 6:56 1 commentaire

DE LA DEMOCRATIE A L’HEURE DU NUMERIQUE

wurtz-l-humanite-dimancheQuel avenir nous réserve la « révolution numérique » en cours ? Le Parti communiste français vient de prendre l’heureuse initiative d’organiser, deux jours durant, pas moins de seize ateliers de discussion autour des principaux enjeux de société que pose cette formidable mutation du monde contemporain (1). Des sociologues, des philosophes, des économistes, des ingénieurs, des enseignants, des chercheurs, des lanceurs d’alerte, des journalistes, des syndicalistes, des activistes de réseaux sociaux , des élus y ont croisé leurs expériences et leurs réflexions avec un public où les « geeks », accros à l’informatique, se mêlaient aux « gens normaux », simplement désireux d’en savoir plus sur un phénomène qui ne fait rien moins que de bouleverser notre vie et de nous interroger sur l’humanité de demain…

A ne voir que les pouvoirs tentaculaires qu’ont acquis dans ce contexte les grandes sociétés capitalistes capables de placer ces nouveaux outils au service de leur stratégie de conquête du monde, on est pris de vertige et tenté par le fatalisme. L’initiative du PCF -« des débats de fond comme on en voit peu, de nos jours, dans les partis », souligna l’un des invités- visait précisément à aider à surmonter ce blocage. Les risques d’aliénation liés à l’explosion du numérique ne doivent pas nous cacher les chances d’émancipation que peuvent, à l’inverse, offrir  ces outils d’informations désormais à la disposition des citoyens. « Chacun, là où il est, doit être en position d’initiative, d’exercice de ses responsabilités et pouvoir participer à la définition puis à la réalisation des projets communs et de son avenir » -expliqua Jean-Michel Treille, l’un des intervenants, ancien haut responsable au Commissariat général du Plan (2).

Créer les conditions de ce sursaut : voilà un grand défi démocratique de notre temps ! Pour le relever, des actions sont requises à tous les échelons du territoire : de celui de l’entreprise et de la commune jusqu’à celui de l’Etat et de l’Europe . A l’entreprise, la conquête de droits des salariés à l’information est essentiel pour stimuler la motivation et modifier les rapports de force. Dans la commune, l’objectif doit être d’obtenir « pour chaque foyer l’accès au très haut débit »; « pour chaque scolaire son ordinateur », « pour chaque patient sa clé USB contenant son dossier santé , avec un code d’accès pour la personne et un code pour le médecin afin de sécuriser les données » expliqua Isabelle Lorand, Maire-adjointe au numérique à Vitry-sur-Seine, en insistant sur l’exigence de « repenser les métiers pour y revaloriser la place de l’humain ». Au niveau national, il faut « un Etat-stratège -souligna encore JM Treille- capable d’introduire dans l’éducation ce que représentent les potentialités du numérique pour analyser un problème, réaliser une synthèse , simuler un choix…; capable aussi de promouvoir aux citoyens les informations leur permettant d’exprimer leurs capacités ». Sur le plan européen enfin, l’enjeu de civilisation que représente le développement exponentiel du numérique rend tout à la fois plus pertinent que jamais une construction commune à même de contrer l’hégémonie des géants du web, et la refondation du cadre existant, foncièrement dédié aux « marchés ». Sur ces nouveaux terrains, l’expérience récente montre d’ailleurs que des succès significatifs sont d’ores et déjà possibles suite à la prise de conscience citoyenne provoquée par les révélations de lanceurs d’alerte ( 3 ). Un chantier que nous serons amenés à explorer de plus en plus.

———
(1) « Les Etats généraux de la révolution numérique : entre émancipation et aliénation » ( 18-19 mars 2016 )
(2) JM Treille, auteur de « La révolution numérique : réinventons l’avenir » ( Éditions Ovadia , 2015 )
(3) Voir notamment « Internet : l’Europe marque un point contre les Etats-Unis » ( Humanité-Dimanche ? 15-21/10/2015 )

26 mars 2016 at 10:05 Laisser un commentaire

UN ÉVÉNEMENT EUROPÉEN A SALUER !

wurtz-l-humanite-dimancheIl s’est produit la semaine dernière un fait assez rare par les temps qui courent : un événement européen a eu lieu dont on ne peut que se réjouir ! Non, nulle allusion ici à la prestation conjointe et naturellement « historique » de François Hollande et d’Angela Merkel au Parlement européen : RAS ! Ce dont il est question est d’une tout autre portée : c’est la décision de la plus haute juridiction européenne -la Cour de Justice de l’Union Européenne ( CJUE )- d’invalider une importante et même emblématique directive européenne en vigueur depuis quinze ans ! Cette mesure intéressera en particulier les internautes , car le texte de loi européen ainsi rendu caduc est celui-là même qui autorisait les géants de l’Internet , basés aux USA, comme Facebook, Google , Amazon , Microsoft, Apple ( entre autres ) à transférer outre-Atlantique leur inépuisable stock d’ informations en leur possession sur leurs usagers et clients européens . La directive en question avait déjà été très contestée dans le passé par nombre de citoyens, d’ONG, d’élus européens, nullement rassurés par la confiance aveugle que la Commission européenne accordait aux « garanties de protection » de ces données prodiguées par les autorités américaines. Les Etats-Unis étaient qualifiés à Bruxelles de pays « sûr »: d’où la dénomination de « Save Harbor » ( sphère de sécurité ) donnée à la directive.

Mais le problème prit une tout autre dimension après les révélations explosives d’Edward Snowden, il y a deux ans. N’apparaissait-il pas au grand jour que la réalité dépassait les pires craintes exprimées jusqu’alors ? Washington exigeait secrètement de toutes ces sociétés un libre accès à ces données pour la NSA dans le cadre de la surveillance de masse exercée au nom de la sécurité des Etats-Unis . La Commission européenne -consciente de l’intensité de la réprobation suscitée dans les opinions publiques par ce scandale sans précédent entre « alliés »- avait bien tenté d’obtenir de Washington des aménagements à l’accord passé en 2000. Sans succès à ce jour. Sa molle résistance à l’arrogance américaine lui vaut aujourd’hui le -rare- camouflet d’être, en quelque sorte, censurée par la Cour de Justice de l’UE. Elle n’est pas seule dans cette situation : les autorités nationales trop complaisantes en la matière envers les géants américains du Net ont, elles aussi, été sèchement désavouées par la Cour européenne . C’est notamment le cas de l’équivalent de la CNIL (1) pour l’Irlande, pays qui abrite jalousement le siège de Facebook pour l’Europe. Saisie par un internaute révulsé par le laxisme européen à l’égard de ces pratiques d’espionnage touchant à sa vie privée, cette Commission, en principe destinée à protéger les droits des usagers des réseaux sociaux, avait jugé cette plainte « irrecevable » en se réfugiant derrière la directive « Save Harbor » . Mal lui en a pris ! Elle saura désormais qu’aucune directive n’est, « a priori » , à l’abri d’une décision de Justice capable de prouver son obsolescence. A retenir…

Mais qu’est-ce qui a bien pu amener cette Cour , habituellement si tendre à l’égard des puissants, à donner raison à un quidam ? Sans aucun doute, le fait que ce simple citoyen exprimait une exigence massivement partagée. Ou comment « la multitude » peut , sans toujours le mesurer elle-même, faire bouger les rapports de force .


BOULEVERSÉ PAR LE SAUVAGE ATTENTAT PERPÉTRÉ CONTRE LES FORCES PROGRESSISTES DE TURQUIE, JE REJOINS ICI LES INNOMBRABLES TÉMOIGNAGES DE SYMPATHIE ET DE SOLIDARITÉ EXPRIMÉS DEPUIS CETTE TRAGÉDIE , EN PARTICULIER À NOS AMIS DU HDP, PREMIERS VISÉS ET PRINCIPALES VICTIMES. OUI, « LA PAIX L’EMPORTERA !  »

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(1) Commission Nationale Informatique et Liberté.

15 octobre 2015 at 8:44 Laisser un commentaire

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