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UNE TENTATIVE DE PUTSCH DE « L’EUROPE » CONTRE ATHÈNES !

wurtz-l-humanite-dimancheOn n’avait encore jamais vu cela : l’Eurogroupe excluant de fait l’un de ses membres en toute illégalité ! Nous sommes face à une forme de putsch contre un gouvernement démocratiquement élu et majoritairement soutenu par son peuple. Ce coup de force perpétré le 27 juin se préparait depuis plusieurs jours. Ainsi, au milieu de la semaine dernière, a eu lieu une série de conciliabules entre des dirigeants européens et les principaux leaders de l’opposition grecque, à commencer par l’ancien Premier Ministre de droite battu aux dernières élections, Samaras. Il circulait déjà le nom d’un possible remplaçant d’Alexis Tsipras à la tête d’un nouveau gouvernement : celui de Yannis Stourmaras, le Gouverneur de la Banque centrale de Grèce. Présenté comme un technocrate apolitique, celui-ci est en réalité un proche de Samaras, très bien vu des créanciers européens. C’est lui qui, le 27 juin dernier, outrepassant ses fonctions, avait jeté un pavé dans la mare en sommant quasiment le gouvernement grec d’accepter les exigences des dirigeants européens.

 

Mais pour ouvrir la voie à un nouveau Premier Ministre, encore fallait-il trouver le moyen de faire chuter l’actuel chef du gouvernement. Ce moyen -imaginé à Berlin- était de faire éclater Syrisa en poussant Tsipras à des concessions jugées inacceptables par une partie de sa majorité. Voilà pourquoi , le 22 juin, alors que le Président de la Commission européenne lui-même, Jean-Claude Juncker, avait jugé qu’avec les dernières propositions d’Alexis Tsipras , « les bases d’un accord sont aujourd’hui réunies », Angela Merkel estima que le compte n’y était pas et qu’il fallait encore pousser plus loin les concessions d’Athènes à ses créanciers. Pour achever l’humiliation, un ultimatum fut même lancé au Premier Ministre grec. Bref : c’était la capitulation ou la porte ! C’est le refus de celui-ci de se laisser entraîner dans le reniement de son mandat et sa décision de donner la parole aux citoyens de son pays qui poussèrent l’Eurogroupe à prendre la scandaleuse décision du 27 juin. N’arrivant pas à faire céder l’intrus, et voulant éviter à tout prix le risque d’être publiquement désavoué par une majorité de citoyens grecs , il a pris la lourde responsabilité de mettre fin au programme d’ « aide » avant même la tenue du référendum du 5 juillet. (1)

 

Cette décision ahurissante n’est évidemment pas dictée par des raisons financières : que représente un prêt de 7,2 milliards à la Grèce quand la Banque centrale européenne (BCE) crée par ailleurs … 1140 milliards d’euros pour les prêter quasi gratuitement et sans condition aux banques européennes ! C’est un choix exclusivement politique : celui de tenter le tout pour le tout pour étouffer dans l’oeuf le souffle démocratique venu d’Athènes et appelé à se diffuser ailleurs jusqu’à mettre en péril le pouvoir de quelques potentats de plus en plus délégitimés.

 

L’inspirateur politique de ce coup de force est clairement Berlin. Son bras financier sera la BCE . S’ajoute à ce duo la jusqu’au-boutiste du FMI -dont la seule préoccupation est, paraît-il, de se faire réélire, ce qui suppose de donner des gages d’intransigeance. Mais , ils ne sont pas les seuls en cause : tous les gouvernements de la zone euro ont co-signé le communiqué scélérat contre Athènes -y compris le nôtre ! François Hollande avait pourtant repris textuellement à son compte l’appréciation de Juncker selon laquelle « les bases d’un accord sont maintenant réunies » ! Désormais la boîte de Pandores est ouverte. Et si la Grèce est la première victime, les dégâts économiques et politiques menacent toute la zone euro. Il n’est plus temps de finasser : entre le coup de force et la démocratie, il faut choisir son camp !

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(1) Déjà en 2011, les dirigeants européens avaient décidé de remplacer le chef du gouvernement grec et italien par des hommes de leur choix ! La différence avec aujourd’hui est qu’ils avaient alors affaire à des responsables discrédités tandis qu’Alexis Tsipras bénéficie du soutien de son peuple !

2 juillet 2015 at 8:10 Laisser un commentaire

2005-2015 : LES ACQUIS ET LES DÉFIS DE LA GAUCHE

wurtz-l-humanite-dimancheC’est une sorte d’hommage du vice à la vertu : le dixième anniversaire de la victoire du NON au projet de traité constitutionnel européen a donné lieu à une multitude d’articles de presse, de sondages d’opinion, voire de savantes études. Manifestement, tous ces organes, hier engagés dans une virulente défense et illustration du OUI et jusqu’alors habitués à prendre de haut les minorités -fatalement incultes- qui osaient mettre en doute leurs certitudes , ne semblent toujours pas totalement remis du choc psychologique que représenta pour eux , le 29 mai 2005, cette sorte d’insurrection démocratique majoritaire faisant fi des conseils généreusement prodigués par les gourous de la pensée dominante.

Alors, cela donne par exemple ceci : « Parmi les électeurs du NON, 52% ont fait leur choix sur la base d’enjeux nationaux , notamment la position prise à l’époque par le président de la République, Jacques Chirac, et seulement 42% en fonction d’enjeux européens. A l’inverse, les électeurs du OUI ont été (…) 81% (à se déterminer) d’après les questions européennes  » (1) Comprenez :  » les « nonistes » sont primaires, l’Europe, ça les dépasse. Quand il y a un référendum, le peuple vote contre le pouvoir en place , sans s’occuper de la question posée ». Or, si l’on se reporte à l’étude qui a inspiré cette affirmation, on découvre que « la position à l’égard de Jacques Chirac » a motivé…10% des électeurs du NON contre 6% de ceux du OUI ! Ce que recouvre avant tout la catégorie « problèmes nationaux », c’est « la situation sociale en France » (55%), autrement dit un sujet étroitement corrélé à l’ « Europe libérale » que le NON entendait  précisément mettre en cause au profit d’une « Europe sociale ». (2)  Est-ce donc si dur, dix ans après, de reconnaître que la campagne de gauche en faveur d’une autre Europe fut une expérience de démocratie citoyenne sans pareille ? Et qu’en l’occurrence, les faits ont donné raison à ces citoyens , dûment informés des enjeux cachés dans les discours officiels ? Le problème serait-il que cette longue et riche campagne de débats ait démontré qu’on pouvait  être résolument « pour l’Europe » et radicalement opposé à celle que nous subissons ? C’est là , désormais, un acquis majeur que la gauche européenne a intérêt à faire vivre de façon très offensive.

La même question se pose aujourd’hui à l’échelle de toute une nation, gouvernement compris : la Grèce . Voilà un peuple et ses dirigeants qui, ensemble, font face à la ligue des puissants pour, tout à la fois, exiger la fin d’une politique insoutenable que « l’Europe » officielle leur impose et défendre leur droit de rester membres à part entière de l’Union européenne et de la zone euro, avec l’objectif d’agir pour les transformer . « C’est incompatible » leur répliquent  en substance ceux qui se voient comme les « patrons » . C’est « la capitulation ou la sortie! » menacent, à mots à peine couverts, les Schaüble et consorts. Faire échec à cet intolérable chantage est, aujourd’hui, un défi de premier ordre à relever par la gauche en Europe. Le week-end dernier, place de la République, à Paris, clôturant le magnifique « Forum européen pour les alternatives », Pierre Laurent l’a souligné en reprenant la formule chère à Alexis Tsipras, le Premier Ministre grec : « Dans l’Europe, il n’y a pas des propriétaires et des locataires . Nous sommes tous des copropriétaires « .

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(1) Le Monde (29/5/2015)
(2) Il s’agit de l’étude de M. Yves Bertoncini -« Dix ans après le NON »- pour la Fondation Jean Jaurès, proche du Parti socialiste: une étude qui, par ailleurs , n’échappe pas à cette difficulté à reconnaître l’évidence concernant la signification et la portée du vote de 2005.

4 juin 2015 at 12:35 1 commentaire

UE-UKRAINE : LA VERITE SE FRAYE UN CHEMIN

wurtz-l-humanite-dimancheLa vérité se frayerait-elle son chemin à propos des responsabilités européennes dans la désastreuse crise ukrainienne ? Il y a un an et demi, nous étions souvent rangés du côté des « inconditionnels de Poutine » quand nous fustigions la politique de guerre froide menée par l’Union européenne ainsi que les illusions mensongères semées par certains de ses dirigeants en direction notamment du peuple ukrainien dans le cadre du « Partenariat oriental »!

Rappelons la question que nous posions alors : « Quel objectif stratégique motive-t-il les dirigeants européens dans leur empressement à attirer l’Ukraine dans l’orbite de l’UE, alors même qu’ils n’envisagent nullement de consentir aux investissements lourds qui seraient nécessaires pour répondre aux attentes, et encore moins d’intégrer dans l’Union un Etat de 45 millions d’habitants au bord du défaut de paiement ? Réponse: créer une « zone tampon » face à Moscou et réduire sensiblement l’influence de la Russie dans l’ancien espace soviétique et, par là même, en Europe et sur la scène internationale. Quitte à diviser l’Ukraine, voire à la déstabiliser; et au risque de provoquer sur le continent des tensions d’une autre époque. Cela ressemble fort à une grande manipulation . C’est tout le sens du « Partenariat oriental » – lancé en 2009 sur l’insistance des dirigeants polonais-  dont l’accord avec l’Ukraine devait être la pièce maîtresse » (1) .

Plusieurs milliers de morts plus tard, la stratégie aventureuse des dirigeants européens vient d’apparaître au grand jour à l’occasion du dernier Sommet du « Partenariat oriental » qui s’est tenu à Riga (Lettonie) les 21 et 22 mai 2015 avec pas moins de 25 Chefs d’Etat ou de gouvernement de l’UE ainsi que les représentants des pays « partenaires » de l’Est, au premier rang desquels l’Ukraine. « L’Union se retrouve sur la défensive », reconnaît « Le Figaro » , qui insiste sur le « coup d’arrêt » donné par les « 28 » aux « illusions » qu’ils avaient semées auprès des pays de l’ex-URSS (2).  En clair, ils viennent de doucher leurs « partenaires » de l’Est en leur annonçant que , contrairement à un mirage qu’ils ont laissé se répandre pour amadouer ces peuples désorientés, il n’est pas question qu’ils adhèrent à l’UE. « Le Sommet oriental de l’Union européenne a mis fin à une pratique qui, en diplomatie, peut avoir  ses mérites mais qui a aussi ses limites: l’ambiguïté constructive » note , pour sa part, et dans le style qui lui est propre, « Le Monde » .Celui-ci convient aujourd’hui, à propos de la stratégie européenne à l’égard des Ukrainiens, que « la catastrophe a été de leur suggérer (sic) qu’ils devaient choisir entre l’Union et la Russie ». Problème, selon notre fin analyste: l’idée du Partenariat oriental « s’est fracassée sur deux pénibles réalités auxquelles ses auteurs, dans leur naïveté, n’avaient visiblement pas pensé. (Re-sic !) La première a été l’opposition immédiate de Moscou. (…) L’autre a tenu à la manière qu’a pu avoir l’UE de laisser entendre aux impétrants qu’ils étaient des candidats potentiels à l’adhésion ». (3) Non seulement ces fausses promesses viennent-t-elles d’être très tardivement -et brutalement- démenties, notamment par Angela Merkel à Riga, mais les Ukrainiens découvrent qu « avec une récession qui frôle les 18%, l’économie ukrainienne est dans un tel état de délabrement qu’elle fait plutôt figure de repoussoir à l’égard de l’UE » estime un observateur bien au fait de la « vision » orientale des dirigeants européens (4) . Même la libéralisation des visas d’entrée dans l' »Union », qui paraissait acquise à l’Ukraine comme à la Géorgie à partir de 2016, restera finalement lettre morte.
Une tout autre « partenariat » avec nos voisins de l’Est est à construire de toute urgence ! Et d’abord avec l’Ukraine, vue comme une passerelle entre les deux grands acteurs du continent et non comme l’otage d’une bataille d’influence entre « l’Occident » et la Russie.
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(1) Voir Humanité Dimanche (23/12/2013)
(2) Voir Le Figaro (22/5/2015)
(3) Voir Le Monde (Editorial du 24/5/2015)
(4) Pierre Avril (Le Figaro du 22/5/2015)

28 Mai 2015 at 7:27 Laisser un commentaire

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