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PAROLE DE MACRON ! L’EXEMPLE DU TRAITÉ CETA.
Est-ce parce qu’un problème politique chasse l’autre que cette énorme tromperie d’Emmanuel Macron n’a pas provoqué davantage de réactions ? Ou est-ce le signe d’une défiance si profonde envers la parole présidentielle qu’une entourloupe de plus du premier dirigeant politique du pays est considérée comme un non-événement ? Toujours est-il que l’affaire est suffisamment grave pour mériter de ne pas passer inaperçue . Il s’agit des conditions très particulières de l’entrée en vigueur du traité de libre-échange Union européenne-Canada (le fameux traité CETA) grâce à une décision indigne du Président de la République. Rappel des faits.
Durant la campagne pour l’élection présidentielle, assailli de critiques au sujet des risques que ferait courir ce traité , notamment à l’environnement et à la santé humaine, le candidat d’ « En marche » s’engagea à créer « une commission d’experts scientifiques irréprochables pour dire ce qu’il en est exactement ». Il précisa qu’il était prêt, le cas échéant, à revoir sa position sur le texte européen. Et, de fait, au mois de juillet, le gouvernement missionna dans ce but neuf experts. Ceux-ci effectuèrent en plein été un véritable travail de titans en passant au crible les 2300 pages du traité. Ils remirent leur rapport début septembre à Matignon.
Leurs conclusions furent édifiantes : 1) « les chapitres concernant l’environnement ne contiennent aucun engagement contraignant »; 2) « le grand absent de l’Accord est le climat »; 3) « l’absence de référence explicite au principe de précaution créé une incertitude » ( autrement dit, des multinationales canadiennes, ou états-uniennes installées au Canada, pourraient profiter de ce flou juridique pour contester de futures lois jugées trop protectrices ); 4) les experts suggérèrent en conséquence neuf modifications très concrètes du texte , dont l’institution d’un « veto climatique » de nature à dissuader des grands groupes de se lancer dans des procès contre les Etats européens « coupables » d’édicter des normes environnementales jugées trop strictes.
Que croyez-vous qu’il arriva ? Le gouvernement s’est assis sur les conclusions et les recommandations des experts qu’il avait lui-même nommés et donna, comme si de rien n’était, son feu vert à l’application tel quel de l’accord ! Voilà qui en dit long sur ce que vaut la parole de M. Macron.
Ironie du sort : quasiment au même moment, le Président de la République annonça dans son discours d’Athènes le lancement prochain (dans tous les pays de l’UE) -en vue de créer les conditions d’une « refondation de l’Europe »- de « Conventions démocratiques » évoquées elles aussi durant la campagne présidentielle. Celles-ci , insista-t-il, seraient inspirées par le sens du « débat » et de la « construction par l’esprit critique et le dialogue ». Une belle idée, en vérité, qui ressemble à première vue à la proposition du Parti communiste français, en 2012, de réunir à l’initiative de la France des « Etats généraux de la refondation de l’Europe » . Mais si , dans le projet du PCF -à l’époque repris par tout le Front de gauche dans le programme « L’humain d’abord »- il s’agissait d’inviter l’ensemble des forces de progrès, des organisations syndicales, des ONG, des réseaux citoyens de l’Union européenne afin de lister ensemble les principales transformations de la construction européenne susceptibles de les rassembler dans l’action, les conclusions des « Conventions Macron » risquent, elles, de s’enliser comme celles de la Commission d’experts sur le CETA dès lors qu’elles contreviendraient aux vues du Jupiter de l’Elysée ! A moins que, le moment venu, les progressistes , dûment avertis, ne réussissent à y faire vivre réellement « l’esprit critique » et le « débat »…
LE PIÈGE DES « VALEURS COMMUNES » TRANSATLANTIQUES.
« Je ne vois aucune équivalence entre ceux qui ont des opinions (sic) fascistes et ceux qui s’y opposent. Je pense qu’il est important que tous ceux qui occupent des postes de responsabilité condamnent les positions d’extrême droite partout où ils les entendent » : la très conservatrice Première Ministre britannique s’est sentie contrainte de réagir aux scandaleux propos de Donald Trump après les violences criminelles des néo-nazis à Charlottesville . Et pour cause : elle s’était précipitée à Washington au lendemain de l’arrivée du milliardaire raciste à la Maison Blanche pour célébrer la « spécial relationship » à établir entre les deux pays à l’issue du « Brexit ». Theresa May n’est, cependant, pas seule parmi les dirigeants européens à se sentir gênée aux entournures face au spectacle hideux qu’offre au monde une partie de « l’Amérique », encouragée par le Président en personne. C’est que le mythe des « valeurs communes » entre l’Union européenne et les Etats-Unis était jusqu’il y a peu , à Bruxelles, une composante incontournable des discours officiels, quels que soient les circonstances et les interlocuteurs.
Cela vaut au demeurant pour les 27 ou 28 Etats membres de l’UE eux-mêmes ! On attend qu’on nous détaille les valeurs que nous partagerions avec les politiciens nationalistes et xénophobes au pouvoir en Pologne et en Hongrie (entre autres) tout comme avec des dirigeants de Lettonie qui autorisent à défiler à Riga, chaque 16 mars, des vétérans et des sympathisants de la « légion lettone » qui a combattu dans les rangs de la Waffen SS contre l’armée soviétique pendant la seconde guerre mondiale (3) ! La grande manifestation anti-raciste de Boston tout comme les récentes mobilisations anti-nationalistes a Budapest et à Varsovie nous le rappellent : le lieu ne change rien à l’affaire ; construire une communauté de valeurs, c’est un combat.
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(1) RTBF 26/3/2014
(2) Donald Tusk, Président du Conseil européen, 25/5/2017.
(3) Le Parisien 16/3/2014




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