Posts filed under ‘France’
LA COUPE DU MONDE, LA FRANCE ET L’EUROPE
Les réactions suscitées par la finale de la Coupe du monde de football nous ont ramenés, à leur manière, au débat sur la relation nation-Europe .
Nous ne nous appesantirons pas ici sur la posture abjecte et ouvertement raciste défendue sans vergogne dans un certain nombre de messages postés sur les réseaux sociaux : contrairement à l’équipe de France, par trop « africaine », l’équipe croate, elle, aurait eu le mérite d’être « véritablement européenne » (sous-entendu : blanche et chrétienne ). A en juger par l’incroyable liesse populaire honorant collectivement et individuellement les Bleus dans tout le pays, ces éructations identitaires ont fait « pschitt ».
Arrêtons-nous , justement, sur l’impressionnant engouement manifesté par les Françaises et les Français à « leur » équipe. Ce phénomène donne une idée de la profondeur de l’attachement de ce peuple, dans toute sa diversité, à une certaine France, égalitaire, solidaire, fraternelle -si éloignée, hélas, du vécu quotidien, souvent discriminatoire sinon humiliant, de millions de ses citoyennes et de ses citoyens ! « Grâce à cette équipe, on se sent fiers d’être français » titrait « l’Humanité », citant l’un des innombrables jeunes fans massés sur les Champs-Elysées, qui entonnant la Marseillaise, qui agitant le drapeau tricolore. « Vive la République ! Vive la France ! » lançaient, comme en écho, les vainqueurs de la Coupe du monde. Tout aussi parlants furent les résultats du sondage Odoxa réalisé à chaud : 84 % des personnes interrogées estimaient que la victoire de cette équipe engendrait un progrès du « sentiment de fierté des Français » et 74 % une promotion de l’image de la France dans le monde (1).
Voilà de quoi faire réfléchir les adeptes d’un « patriotisme européen », refoulant comme autant de tares dépassées tout ce qui est du domaine de la nation. Cela étant, ce n’est pas une France repliée sur elle-même qui vient de connaître son heure de gloire ! La plupart de ces joueurs évoluent d’ailleurs dans un club d’un autre pays européen . Et surtout, la France qu’ils célèbrent n’est pas obnubilée par les frontières ni ne cultive la peur de « l’autre ». Elle est généreuse et ouverte sur le monde !
Quelle vision de « l’Europe » s’accorde-t-elle dès lors à ce double marqueur : le respect des nations et l’ouverture sur les autres peuples ? Les communistes parlent d’une « Union de nations et de peuples souverains et associés ». Autrement dit, un cadre européen émanant des peuples et respectant la souveraineté populaire dans chaque nation. Donc sans modèle unique issu d’un compromis de sommet entre les Etats les plus puissants, mais un faisceau de coopérations volontaires reposant sur des choix démocratiques des citoyennes et des citoyens de chaque pays.
————
(1) Sondage Odoxa-Dentsu Consulting (15/7/2018)
AQUARIUS : LES BONS, LA BRUTE ET LES FAUX-JETONS
La décision du gouvernement italien de refouler l’ « Aquarius » et ses 629 réfugiés a placé sous les feux des projecteurs l’action exemplaire des bénévoles de « SOS Méditerranée ». C’est cette magnifique association qui réalise sans relâche des sauvetages en mer avec ce navire depuis 2016, l’année où plus de 4500 personnes (!) fuyant la Libye sont mortes en tentant de traverser la Méditerranée . De nombreux autres anonymes financent par leurs dons ces onéreuses opérations. D’autres encore prennent le relai à terre en bravant le « délit de solidarité ». Chapeau bas à ces citoyens et ces citoyennes solidaires, modestes et courageux : ils et elles sauvent l’honneur de l’Europe.
A l’opposé, un pays fondateur de l’Union européenne, longtemps pays d’émigration, s’est donné comme nouvel « homme fort » un personnage abject, qui a promis d’expulser 500 000 « sans-papiers » et qui traite les ONG recueillant des rescapés de « vice-passeurs » , désormais bannis des côtes italiennes. Les Italiens se sont, pourtant, longtemps montrés particulièrement ouverts aux réfugiés. J’ai pu le constater naguère auprès de la population de l’île de Lampedusa, la plus directement confrontée à l’arrivée quasi-ininterrompue de rescapés de leur périlleuse traversée de la Méditerranée.
Lourde est la responsabilité des Etats qui ont obstinément refusé toute mutualisation de l’accueil, quitte à faire d’une partie des populations exaspérées et débordées des proies faciles des démagogues fascisants de « la Ligue » . La « patrie des droits de l’homme » n’est pas la dernière à avoir acculé l’Italie en instaurant le « verrou de Vintimille » et en renvoyant de l’autre côté de la frontière, par dizaines de milliers, des exilés africains, hommes, femmes -y compris enceintes- et enfants confondus !
Et maintenant ? Il faut sortir d’urgence de cette hypocrisie ! A défaut d’une contre-offensive démocratique et solidaire des principaux Etats européens, la gangrène risque de s’étendre rapidement. Déjà, un « axe » anti-migrants vient d’être constitué entre les ministres de l’intérieur italien, autrichien et allemand, décidés à ouvrir des… « camps d’accueil » de réfugiés à l’extérieur des frontières de l’UE ! Cessons d’attendre de « l’Europe » des décisions qui relèvent pour l’essentiel , dans les traités actuels, des seuls Etats membres ! Même l’exécrable « Règlement de Dublin » n’oblige aucun pays à renvoyer un demandeur d’asile vers le pays par lequel il est entré en Europe, comme l’avait montré Angela Merkel en 2015. Ne faisons pas non plus dépendre toute action d’un impossible consensus des 28 Etats de l’UE. Paris s’honorerait à décider tout de suite : d’abord de respecter les timides engagements de la France en matière de « relocalisation» des réfugiés bloqués dans les pays dits « de première arrivée »; ensuite, de se résoudre enfin, avec tous les pays qui y sont prêts, à une gestion solidaire de l’accueil des réfugiés -les Etats refusant d’assumer cette co-responsabilité devant payer le prix de leur unilatéralisme- ; enfin de dissiper le fantasme de l’ « invasion » en rappelant par exemple que les 650 000 personnes ayant obtenu le droit d’asile en 2017 dans toute l’Union européenne représentent moins de 0,13% de la population des 28 Etats membres !
ITALIE : CHRONIQUE D’UN DÉSASTRE ANNONCÉ !
Longtemps profondément « européiste », l’opinion italienne a basculé lors de la crise de la zone euro et de sa gestion calamiteuse , tant par la « classe politique » de la péninsule que par l’UE.
2011 (Juillet) : l’Italie est attaquée à son tour. Berlusconi et ses alliés font adopter un deuxième plan d’austérité (48 milliards d’économies) censé éponger les déficits d’ici 2014. Cette purge suscite un tollé dans le pays…sans convaincre les « marchés »: les taux d’intérêt grimpent.
-2011 (5 août) : paniqués, Jean-Claude Trichet , encore président de la Banque centrale européenne (BCE) , et Mario Draghi, son successeur désigné, adressent au Chef du gouvernement italien une lettre en forme d’ultimatum d’une arrogance inouïe. Afin de « restaurer la confiance des investisseurs », ils exigent « des mesures immédiates et courageuses » (à prendre par décrets ) telles que : « la libéralisation des services publics locaux » et des « privatisations à grande échelle »; une « baisse des salaires » des fonctionnaires ; une « réforme des conventions collectives » permettant d’ « adapter les salaires et les conditions de travail »; un « passage en revue en profondeur des règles concernant embauches et licenciements »; un « durcissement de la législation fiscale » et une réforme de l’administration publique pour la rendre plus « favorable aux entreprises » (« business friendly ») ! Berlusconi (et sa coalition) s’exécutent aussitôt en accélérant l’application des mesures déjà décidées et en en rajoutant une double couche : 20 milliards d’euros d’économies supplémentaires en 2012 et 25 autres en 2013. Rien n’y fait : les taux d’intérêt continuent de monter, la consommation et les investissements de baisser. La récession s’installe. Berlusconi est poussé vers la sortie et remplacé en novembre 2011 par…un ex-commissaire européen, Mario Monti, qui poursuit aussitôt la fuite en avant austéritaire, avant d’être balayé à son tour aux élections de 2013, marquées par le succès de la rhétorique (alors de gauche) du mouvement « 5 étoiles » . L’année suivante, c’est Matteo Renzi qui devient le nouvel « Homme providentiel » : son parti de « centre-gauche » recueille 40% aux élections…européennes, avant que cette nouvelle illusion ne se dissipe à son tour, laissant la place au désarroi. La « Ligue » comme les « 5 étoiles » changeront de leader et feront alliance. On connait la suite (provisoire).
De quoi faire réfléchir à une légitime « obsession » du PCF : rassembler en France et dans l’UE les forces prêtes à faire appel à l’intelligence des citoyens dans le combat décisif pour changer l’ « Europe » et notamment les missions de la BCE, afin d’en finir avec la dictature des « marchés » et d’imposer le respect de la souveraineté des peuples, ce droit imprescriptible de choisir son destin.




Commentaires récents