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QUI A PEUR DU PLAN DE PAIX DE LA CHINE ?
Joe Biden ne voyant dans le plan de paix de la Chine rien « qui puisse bénéficier à qui que ce soit d’autre que la Russie », ses alliés européens ont fidèlement repris la même antienne : pour M. Stoltenberg, Secrétaire général de l’OTAN, « la Chine n’est pas très crédible », tandis que pour Mme Von der Leyen, Présidente de la Commission européenne, il s’agit d’examiner les positions de Pékin « en tenant compte du fait que la Chine a pris parti » pour Moscou. Quant au Chancelier allemand, Scholz, il a conseillé à ses pairs de « nous faire aucune illusion sur la Chine »…Le porte-parole du Secrétaire général des Nations-Unies a eu beau souligner que le document publié par la Chine constituait une « importante contribution » en insistant notamment sur le fait que « l’appel sur la nécessité d’éviter l’utilisation de l’arme nucléaire (était) particulièrement important », rien n’y fit.
Même la tonalité inattendue de la réaction du Président Zelensky, jugeant « très positif que la Chine envoie certains signaux » et affirmant qu’il était « dans l’intérêt de l’Ukraine d’avoir une réunion avec la Chine » n’ a pas suffi à amener les dirigeants européens à déroger à leur docilité moutonnière à l’égard de Washington.
Au royaume des aveugles, les borgnes étant rois, Emmanuel Macron passerait presque , dans ce contexte affligeant, pour courageux ! Tout cela pour avoir « osé » convenir d’une évidence en soulignant que « le fait que la Chine s’engage dans des efforts de paix est tout à fait bon » et en annonçant un prochain voyage à Pékin pour amorcer « le temps de la reconnexion ». À suivre…
Rappelons quelques points forts de la Déclaration chinoise : « Respecter la souveraineté de tous les pays »; prendre au sérieux « les intérêts et préoccupations sécuritaires des différents pays »; « cesser les hostilités (et ) promouvoir progressivement la désescalade; lancer des pourparlers de paix »; « accroître les aides humanitaires »; « protéger effectivement les civils et les prisonniers de guerre »; « préserver la sécurité des centrales nucléaires »; « s’opposer à la menace ou à l’emploi d’armes nucléaires (comme) à la recherche, au développement et à l’utilisation des armes chimiques et biologiques par quelque pays que ce soit, dans quelques circonstances que ce soit »; « faciliter l’exportation des céréales »…
Beaucoup de ces positions rejoignent celles de l’Ukraine et pourraient s’avérer de précieux points d’appui pour faire pression sur la Russie -à commencer par l’exigence de « respect de la souveraineté » (La Chine n’a d’ailleurs jamais reconnu l’annexion de la Crimée par Moscou). D’autres propositions répondent aux demandes de longue date de la Russie -en particulier la prise en considération de ses enjeux de sécurité, autrement dit l’arrêt de l’extension de l’OTAN. N’est-ce pas le propre d’un règlement politique -et la condition sine qua non d’une paix durable- de chercher à répondre aux intérêts légitimes des différentes parties en conflit ?
Ceux qui attendent comme seule issue la capitulation sans condition de Moscou veulent-ils vraiment la paix ?
A l’inverse, qui veut vraiment arrêter -à temps- l’insupportable massacre devrait se saisir sérieusement de la chance que représenterait une médiation chinoise .
CES QUESTIONS QUE LES OCCIDENTAUX REFUSENT DE SE POSER
Cette année encore, la « Conférence de Munich sur la sécurité » a fait le plein de dirigeants occidentaux. Pas moins d’une quarantaine de Chefs d’Etat et de gouvernement mais aussi le secrétaire général de l’OTAN, la Présidente de la Commission européenne, etc…, ont fait le déplacement : bref, la « famille occidentale » fut au grand complet, élargie à quelques hôtes de marque.
La Russie, quant à elle, n’a pas été invitée cette année -ce qui se comprend aisément . Ce qui se conçoit moins, c’est que jamais, aucun des « ténors » de la Conférence annuelle de Munich n’ait osé poser la question : « si nous avions réagi différemment que nous l’avons fait au discours de Poutine devant notre Conférence en 2007, resté dans toutes les mémoires, cela aurait-il pu éviter la guerre en 2022 ? » Se poser cette question ne gomme en rien la terrible responsabilité du Poutine des années qui suivirent. « Ce n’est pas parce qu’on a créé un monstre qu’il ne faut pas le combattre », comme dit Hubert Védrine.
A l’époque, le chef du Kremlin avait énoncé plusieurs vérités que les dirigeants occidentaux n’ont pas voulu entendre : « Je suis certain qu’en ce moment crucial, il faut repenser sérieusement l’architecture globale de la sécurité (…) Le rôle de la diplomatie multilatérale s’accroît considérablement (…) Le risque potentiel de déstabilisation des relations internationales tient également à l’absence évidente de progrès dans le domaine du désarmement. La Russie se prononce pour la reprise du dialogue à ce sujet ». Après avoir énuméré une série de propositions concrètes à ce propos, Poutine s’arrêta sur la question-clé de l’élargissement de l’OTAN : « C’est une provocation qui sape la confiance mutuelle et nous pouvons légitimement nous demander contre qui cet élargissement est dirigé ». Rappelant un discours du secrétaire général de l’OTAN, à Bruxelles, le 17 mai 1990, dans lequel l’organisation atlantique se disait prête « à ne pas déployer les troupes de l’OTAN à l’extérieur de la République fédérale allemande » et soulignait que « cela donne à l’Union soviétique des garanties sûres de sécurité », Poutine interrogea l’assistance : « Où sont aujourd’hui ces garanties ? »
Si, au lieu d’ignorer ces interpellations légitimes, les dirigeants occidentaux s’étaient remémorés les mises en garde de stratèges américains eux-mêmes , comme Georges Kennan, jadis pourtant théoricien de la guerre froide, qui sonna l’alerte dès 1997 par ces mots : « l’élargissement de l’OTAN vers l’Est risque d’être la plus fatale erreur de la politique américaine depuis la guerre »; si les mêmes n’avaient pas récidivé l’année suivante en rejetant la proposition de la Russie, le 6 juin 2008, de conclure un « traité paneuropéen de sécurité » sous l’égide de l’ONU et traitant de tous les différends Est-Ouest à la seule condition de ne pas prendre , au nom de leur sécurité, des mesures mettant en cause la sécurité de la Russie -autrement dit, avant tout, de stopper l’extension de l’OTAN…, cela aurait-il permis d’éviter l’exacerbation continue de la crise jusqu’à la folie criminelle à laquelle nous assistons aujourd’hui de la part du Kremlin ? Nul ne peut apporter une réponse définitive à cette question, mais peut-on éviter de poser la question ?
LES OUBLIÉS DE LA SOLIDARITÉ INTERNATIONALE
L’élan de solidarité avec le peuple ukrainien restera dans l’Histoire contemporaine comme une expérience exemplaire. Il donne à voir ce dont est capable, en matière de mobilisation, la conjonction de l’engagement populaire, étatique et médiatique en faveur d’une même cause. De fait, l’agression militaire russe contre un pays souverain est, en elle-même, un crime particulièrement révoltant et inacceptable. Quant aux innombrables vies sacrifiées dans cette guerre absurde et à l’ampleur des violences et des destructions infligées à la population ukrainienne, elles dépassent l’entendement et soulèvent l’indignation générale. Le mouvement de solidarité exceptionnel que l’on observe est donc pleinement légitime et tout à fait bienvenu.
Ce qui interroge, en revanche, c’est le contraste saisissant entre cette mobilisation spectaculaire et le faible degré d’implication -pour le moins- des mêmes gouvernements comme de nombre de grands médias dans le soutien aux victimes des multiples tragédies à travers le monde, sur lesquels est jeté depuis quelques temps un voile pudique proprement insupportable. Arrêtons-nous sur quelques uns de ces cas d’oubliés de la solidarité, qui, par dizaines de millions, interpellent quotidiennement la communauté internationale dans un silence assourdissant !
Un exemple emblématique : le Proche-Orient. « Il ne faut pas parler du conflit israélo-palestinien et/ou de l’effondrement de la démocratie israélienne ! » -ironisait récemment Charles Enderlin sur son blog, en énumérant tous les prétextes avancés ou les réactions redoutées par ceux qui se taisent sur les inavouables réalités de cette région.
Autre cas révélateur : l’abandon des Kurdes. « Il est important et prioritaire de nettoyer le long de la frontière des terroristes , sur au moins 30 km de profondeur », vient d’affirmer Erdogan, le trublion de l’OTAN, en parlant des Kurdes de Syrie, nos anciens alliés dans la lutte contre Daech, aujourd’hui lâchés par les dirigeants occidentaux face aux raids aériens turcs et à la menace d’une opération militaire terrestre du tyran d’Ankara. Le même Erdogan apporte , par ailleurs, ouvertement son concours à l’Azerbaïdjan dans ses attaques répétées contre l’Arménie, tandis que l’Union européenne conclut de juteux contrats gaziers avec Bakou…
Et puis, qui ose aujourd’hui rappeler à la grande puissance si fière de sa mission civilisatrice le sort réservé au peuple afghan -en particulier les femmes et les filles- brutalement livrés aux talibans, à leur obscurantisme et à la misère absolue après 20 ans d’occupation ? Ou encore, se rappelle-t-on qu’au Yémen, après 8 ans de guerre, 23 millions de personnes dépendent de l’aide humanitaire pour leur survie et un enfant perd la vie toutes les 10 minutes en raison de maladies parfaitement évitables ? Et la RDC, la Somalie, le Soudan du Sud, le Tigré, la RCA, la Libye ? Et les innombrables laissés-pour-compte de la sécurité alimentaire, sanitaire, climatique…? Espérons, à tout le moins, que les victimes de tous ces drames oubliés qui chercheront un havre de paix en Europe ne se heurteront pas à un tri selon leur religion ou leur couleur de peau… La solidarité vraie ne se divise pas.




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