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Depuis le calamiteux accord de mars dernier entre Angela Merkel et Recep Tayyp Erdogan, les dirigeants européens sont plus paralysés que jamais face aux dérives dictatoriales, nationalistes et criminelles du maître d’Ankara. Faute de se montrer capables d’accueillir sur leur vaste territoire une ( petite ) partie des réfugiés fuyant la guerre et la misère ( rappelons qu’un million de demandeurs d’asile représente…0,2% de la population de l’Union européenne ! ), les Etats de l’UE sont tétanisés par la peur de voir le maître-chanteur du Bosphore relacher ces « intrus » à la moindre incartade de leur part à son égard. Dès lors, le tyran mégalomane a beau s’employer à liquider méthodiquement les fondements de la démocratie en Turquie : ils adoptent un honteux « profil bas », se contentant jusqu’ici de se déclarer « extrêmement inquiète » ( Moghérini, en charge des affaires étrangères pour les 28″ ) ; « alarmée » ( Merkel ) ; ou « vivement préoccupé » ( Ayrault ) , sans autre initiative commune voire internationale à la hauteur du coup de force en cours.
Avant même la tentative de coup d’Etat du 15 juillet, ce potentat néo-ottoman avait pourtant déjà ordonné les massacres de civils kurdes à Cizre et organisé de véritables pogroms contre ce peuple martyr : silence assourdissant en Occident ! Et ce malgré les preuves accablantes de ce forfait, fournies par des ONG, publiées et même déposées au Haut-Commissariat des Nations Unies aux Droits de l’Homme ! L’honneur fut sauvé par les manifestations de solidarité des forces progressistes dans toute l’Europe et par des parlementaires allemands ( de Die Linke ) qui ont déposé plainte pour crimes de guerre devant le parquet fédéral de leur pays.
Un mois après le putsch raté, la même complaisance coupable s’est manifestée en Europe lorsqu’Erdogan entreprit de « nettoyer » -comme il le déclara- le nord de la Syrie des forces kurdes du PYD , dont la courageuse et efficace offensive contre Daech contrecarrait sa volonté d’empêcher à tout prix l’émergence d’une entité kurde à la frontière de la Turquie. Depuis l’été , l’inertie des gouvernements européens s’est poursuivie tandis que le putsch raté fournissait à l’aspirant-sultan un prétexte en or pour engager l’éradication de toute opposition en Turquie même, et singulièrement de celle qui fait obstacle à la réalisation de son obsession hégémoniste : conquérir une majorité suffisante au parlement pour changer la Constitution et instituer un régime ultra-présidentiel lui conférant les pleins-pouvoirs. Cette suprématie, le parti HDP et son remarquable leader Selahattin Demirtas l’ont empêché de la conquérir par les urnes en 2015, en le privant pour la toute première fois de majorité absolue et en faisant, à l’inverse, émerger une nouvelle et prometteuse force progressiste. Ce qu’il n’a pu conquérir par les élections, Erdogan se l’est accordé par la force en instaurant l’état d’urgence. On connaît la suite : arrestations massives d’élus notamment du HDP, de journalistes, de syndicalistes, d’intellectuels, de magistrats; purge systématique des opposants dans l’administration ; réécriture réactionnaire de l’Histoire; annonce du rétablissement de la peine de mort…Et , comme un point d’orgue, incarcération de la figure emblématique du renouveau démocratique : Selahattin Demirtas ! La Turquie bascule vers une dictature obscurantiste où tout devient possible. L’heure n’est plus à l’expression de son « inquiétude » mais à l’action politique pour sauver la démocratie.
10 novembre 2016 at 8:04
Jusqu’où la paranoïa antirusse va-t-elle conduire l’Union européenne ? Le Parlement européen va avoir à se prononcer au mois de novembre sur un projet de rapport de sa commission des Affaires Etrangères littéralement inqualifiable. Consacré à « la communication stratégique de l’Union visant à contrer la propagande dirigée contre elle par des tiers », ce texte place sur le même plan la Russie et…Daech ( le groupe terroriste « Etat islamique » )! La rapporteure du projet, Madame Anna Elzbieta Fotyga, n’est autre qu’une ancienne « Cheffe de la Chancellerie » du Président polonais ultra-nationaliste Lech Kaczynski. A l’assemblée de Strasbourg, elle s’estime référente sur les questions de « Sécurité-Défense » et fait partie de la Délégation permanente pour les relations avec l’OTAN…Rien d’étonnant, donc, à trouver sous sa plume des outrances nauséabondes vis-à-vis de Moscou. Le problème est qu’elle parvient à recueillir sur son rapport les voix d’une majorité de parlementaires de la Commission qui est, en principe, en charge… des enjeux diplomatiques européens !
Quel est, en l’occurrence, le crime de la Russie qui lui vaille d’être assimilée à Daech en ce qui concerne « la guerre d’information contre l’Occident » ? Elle s’efforce, figurez-vous, « d’instiller le doute, de paralyser le processus décisionnel, de discréditer les institutions de l’Union dans l’esprit des citoyens et de ronger les valeurs occidentales et les liens transatlantiques » ! Et pour ce faire, « la Russie fait un usage agressif d’un panel étendu d’outils et d’instruments, tels que des fondations spécialisées, des chaînes de télévisions multilingues, des agences d’information, des groupes sociaux et religieux, des réseaux sociaux et des trolls internet ». Sachez-le donc : si les citoyens grecs manifestent leur colère contre Bruxelles et Berlin, c’est sous l’effet des actions des fondations russes ! Si les Wallons ne veulent pas du traité de libre-échange avec le Canada, c’est dû à l’influence des chaînes manipulées par Moscou ! Et si le Premier Ministre italien, Mateo Renzi, a refusé, lors du dernier Conseil européen, il y a une semaine, l’imposition de nouvelles sanctions à la Russie, c’est qu’il est tombé sous le charme des trolls du Kremlin ! La russophobie rend débile.
En fait, ce rapport caricatural ouvre une nouvelle étape dans un processus lancé le 20 mars 2015, sous la pression des jusqu’au boutistes d’Europe orientale, par les Chefs d’Etat et de gouvernement de l’UE. Les « 28 » avaient donné trois mois à la « Haute-Représentante pour les Affaires Etrangères et la sécurité européenne », Federica Mogherini, pour trouver le moyen de « contrecarrer la campagne de désinformation de la Russie » et de soutenir « les valeurs européennes » dans ce pays ! Huit fonctionnaires ont été chargés de préparer un « plan d’action ». C’est à ces élucubrations qu’ont été consacrés des efforts qui ont cruellement manqué dans la recherche d’une réouverture du dialogue , franc mais constructif, avec Moscou.
Loin de moi la tentation de nier les manquements graves à la démocratie du régime de Vladimir Poutine, de valider sa gestion du conflit ukrainien, ou de banaliser -hier à Grosny, aujourd’hui à Alep- son indifférence criminelle au sort des populations civiles dans les guerres qu’il mène ( même s’il est loin d’être le seul dans ce cas ! ) . Mais ce constat lucide ne doit pas nous rendre aveugles sur les lourdes responsabilités des occidentaux -USA, OTAN, UE- dans le raidissement de la Russie . Rien de plus urgent que de sortir de cet engrenage mortifère et de travailler à créer, notamment entre les deux grands acteurs de notre continent, les conditions d’un authentique partenariat pour la sécurité en Europe et la construction d’une solution politique au chaos syrien !
27 octobre 2016 at 5:55
Les thuriféraires du « modèle allemand » avaient déjà dû calmer leurs ardeurs suite aux révélations concernant Volkswagen, quand l’icône du « made in Germany » ( « Das Auto » ) avait été prise la main dans le sac à propos de tricheries sur les émissions de CO2 de moteurs diesel. Avec l’affaire « Deutsche Bank », les dommages causés à l’image de « l’excellence allemande » prennent une dimension incommensurablement plus dramatique. Dans le premier cas, certes, la confiance dans la fiabilité de l’un des fleurons de l’ industrie d’outre-Rhin était rompue pour d’innombrables usagers à travers le monde. Mais, dans le second, il est question du « plus gros risque systémique » de la planète finance selon les dires du Fonds Monétaire International ! Autrement dit , l’on ne peut exclure un scénario catastrophe comparable à la crise de 2007-2008 , mais dont l’épicentre se situerait cette-fois à Frankfort, dans la première banque privée allemande !
Il serait naturellement infantile et irresponsable de se réjouir de l’équation quasi-insoluble à laquelle se trouvent ainsi confrontés la Chancelière et son intraitable ministre des finances, Wolfgang Schaüble : renflouer une fois de plus les banques aux frais du contribuable à la veille d’élections générales ( et en violation des règles européennes inspirées par Angela Merkel elle-même ) ! Le malheur des uns ne fait, en l’occurrence, nullement le bonheur des autres ! D’abord, le mal qui ronge le mastodonte allemand touche à des degrés divers nombre d’autres établissements bancaires européens : en Italie, au Portugal, mais aussi en France et ailleurs. Et surtout , comme nous l’a enseigné l’expérience dévastatrice de la faillite de Lehman Brothers il y a huit ans, l’implosion d’un tel géant risque d’entraîner dans son sillage tout le système financier international. Précisons que la taille de la Deutsche Bank est de l’ordre du triple de celle de la défunte banque d’affaires de New-York…
En revanche, il y a d’ores et déjà plusieurs leçons à tirer et à faire tirer de cette lamentable affaire . D’abord, il est grand temps de cesser de s’incliner devant les injonctions de l’équipe dirigeante à Berlin au nom de sa sacro-sainte « culture de la stabilité » et de la « démocratie conforme au marché » ! Rappelons que la Deutsche Bank fut, jadis, la « banque-industrie » par excellence, ancrée dans l’économie du pays -l’une des caractéristiques positives d’un « modèle allemand » aujourd’hui révolu. C’est son basculement dans le tout-spéculatif depuis les années Schröder qui a progressivement transformé ce pilier de l’économie allemande en bombe financière européenne. Ce qui n’empêche pas les dirigeants de Berlin de prodiguer des leçons de « rigueur » à l’Europe du Sud qui « n’a pas la stabilité des banques » ! (1) Ensuite, les dirigeants européens vont devoir nous expliquer comment un établissement bancaire qui a passé avec succès tous les « tests de résistance » aux chocs éventuels et qui est soumise aux nouvelles règles censées garantir la stabilité financière de la zone euro peut à nouveau menacer de faire exploser le système ! Enfin, n’ayons pas la naïveté de croire que l’amende phénoménale de 12 milliards d’euros -opportunément réduite de plus de moitié après négociations…- infligée par la justice des Etats-Unis à la reine (déchue) des banques allemandes ne relèverait que de la probité des élites américaines : la guerre entre les frères ennemis de la finance est une dangereuse réalité ! La refondation démocratique de la construction européenne est décidément un impératif catégorique .
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(1) Le président de la Banque centrale allemande lors du Conseil économique et financier franco-allemand du 9/2/2016
13 octobre 2016 at 10:35
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