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ISRAEL-PALESTINE LE CONFLIT « OUBLIE »
Le drame syrien mobilise légitimement l’attention de l’opinion publique internationale.Pour autant,il serait extrêmement dangereux de laisser « oublier » un autre foyer de crise aigüe du Proche-Orient -en vérité,le conflit central de la région,sinon du monde actuel- :celui de l’occupation des territoires palestiniens par Israel. La discrétion des principaux dirigeants européens au sujet des derniers développements de la politique israélienne et,plus encore,à propos de leurs propres initiatives en direction de M. Netanyahou est donc fort suspecte!
En effet,prenons bien la mesure de l’opération « légalisation des colonies » engagée par le chef du gouvernement israélien. En bon défenseur de l’Etat de droit » dans « la seule démocratie du Moyen-Orient »,celui-ci a désigné trois « juristes » pour rédiger un rapport sur le statut des « colonies sauvages » en Cisjordanie.Construites » sans autorisation » sur des terres prises à des Palestiniens,ces « implantations » étaient les seules en principe non reconnues jusqu’ici par les autorités d’occupation.C’est cet ultime tabou que vient de briser ce rapport (89 pages d’arguties pseudo-juridiques).Les « juristes » désignés estiment,en effet, qu’Israel n’est pas une puissance « occupante » et que,par conséquent,les Isréliens « ont le droit de s’installer partout en Cisjordanie ».Cette position,faut-il le rappeler,est en contradiction absolue avec celle de la Communauté internationale (qui ne reconnait aucune colonie,qu’elle soit considérée par l’occupant comme « légale » ou « sauvage »)Elle illustre la volonté de M. Nétanyahou de faire franchir un nouveau palier à la colonisation de la Cisjordanie. Certains observateurs voient même dans cette opération une tentative de préparer l’ annexion pure et simple des territoires palestiniens .
La réaction du Président du pays,Shimon Péres -qui passe pour le « sage » par excellence- en dit long sur la nature du débat politique parmi les « élites » actuelles en Israël.L’ex-Prix Nobel de la Paix (1994) a certes critiqué ce rapport -c’était la moindre des choses!- mais il l’a fait pour la raison que… »sans une majorité juive,il est douteux qu’un Etat juif puisse rester juif ».Or,aux 1,6 million de Palestiniens d’ores et déjà citoyens israéliens (de seconde zone) s’ajouteraient,en effet,en cas d’annexion complète de la Cisjordanie,quelque 2,6 millions de Palestiniens supplémentaires,ce qui risquerait de » provoquer un changement démographique »,avertit le vieux leader.C’est donc là que réside le problème! On a déjà entendu pensée démocratique plus élevée…
Comme l’avait déclaré avec lucidité et courage Monsieur Avraham Burg,le très digne ex-Président de la Knesset à l’occasion du 50 ème anniversaire du Parlement israélien,en 2002: »Un peuple d’occupants (…) finit par être défiguré par les tares de l’occupation(…).L’occupation corrompt et peut-être nous a-t-elle déjà corrompus. Nous ne sommes plus la même nation qui aspire à la justice et nous ne sommes plus la société exemplaire que nous étions.Le cycle infernal d’attentats et de ripostes,de morts et de vengeances,nous a transformés en des gens aigris et insensibles,qui ne voient aucune autre alternative que le bâton ou le poing. »Depuis cet émouvant témoignage,dix longues années d’aveuglement coupable ont dramatiquement confirmé le message prémonitoire de Monsieur Burg.
Hélàs, la même sagesse n’éclaire pas les dirigeants politiques occidentaux en général ni européens en particulier.C’est ce que je vais essayer de montrer dans ma prochaine chronique.
Les nouvelles voies d’une politique étrangère de gauche…
165 personnalités progressistes originaires de 32 pays ont récemment signé un appel international en faveur du Front de gauche. Elles y déclaraient vouloir se solidariser avec une France qui s’inscrive « dans la tradition des Lumières, de la Révolution de 1789, de la Commune,du Front populaire,de la Résistance. » Ce type d’initiative,qui traduit une attente perceptible dans bien des régions du monde,révèle « a contrario » les frustrations sinon le dégoût suscités parmi les nombreux amis de la France par l’image déplorable qu’en aura répandue Nicolas Sarkozy durant son quinquennat. De l’alignement servile sur Washington (dès l’ère Bush) à la complaisance ostentatoire affichée à l’égard des dirigeants israéliens quel qu’ils fûssent; de la circulaire Guéant contre les étudiants étrangers à la stigmatisation des migrants et à l’expulsion des Roms ; de la poursuite de la « Françafrique » au déshonorant « Discours de Dakar » méprisant « l’homme africain insuffisamment entré dans l’histoire », l’on ne compte plus les occasions où cet avocat décomplexé de cet « Occident » jugé supérieur aux autres « civilisations » ,adepte des coups médiatiques mais dépourvu d’éthique autant que de vision,a fait honte au pays qu’il était censé représenter.En politique étrangère aussi, les scrutins à venir doivent permettre de changer la donne.

Il faut donc souhaiter, non seulement que le prochain Président soit de gauche,mais que celui-ci se sache porteur d’un mandat exigeant de son peuple. Il aura,en effet,à peine élu,à prendre ses responsabilités.
Ainsi, dès le mois de mai, se tiendra un important Sommet de l’OTAN à Chicago.Pour le nouveau Président ,ce devrait être l’occasion d’ annoncer ne serait-ce que le retrait de la France du commandement intégré de l’Organisation,autrement dit la simple mais symbolique annulation de la décision de Nicolas Sarkozy. Le même mois (20-21 mai),se tiendra par ailleurs, toujours aux États-Unis, à Camp David,un Sommet du G8,en marge duquel doit être relancé le projet ultra-libéral de création d’un gigantesque « marché transatlantique ». Le nouveau chef de l’État a le devoir de s’opposer radicalement à ce saut sans précédent dans un monopoly planétaire touchant les marchandises,les produits agricoles,les services,les produits culturels,les investissements,la propriété intellectuelle,l’accès aux marchés publics…Un mois plus tard (20-22 juin),aura lieu au Brésil le nouveau « Sommet de la Terre »,appelé « Rio + 20 » parce qu’il se déroule vingt ans après la grande Conférence des Nations Unies sur le changement climatique,la biodiversité et le développement durable.La nouvelle voix de la France devra exprimer une ambition forte, tant auprès de ses partenaires européens que dans le cadre du Sommet lui-même, pour la défense des biens communs de l’humanité et l’exigence d’avancées réelles vers une gouvernance écologique de la planète.
Ce ne sont là,évidemment, que quelques exemples de défis immédiats et déjà programmés qui attendent le futur locataire de l’Elysée. D’autres s’imposeront d’eux-même, hors de tout calendrier pré-établi. Parmi eux,celui des conséquences imprévisibles mais à coup sûr dramatiques de l’aventure militaire occidentale en Libye dont Nicolas Sarkozy fut si fier d’être l’initiateur.En fait de « protection de la population », ce conflit aura non seulement fini par plonger la Libye dans le chaos, mais il est en passe de conduire à la déstabilisation du Mali, voire -dans le contexte d’une crise alimentaire déjà tragique en elle-même- des autres pays de la région,en particulier le Niger. Le futur Président devrait,espérons-le,tirer comme leçon de ce nouveau bourbier,après le fiasco afghan et face aux menaces d’une intervention militaire contre l’Iran,que les problèmes du monde ne se règlent décidément pas par la guerre. Aura-t-il,par ailleurs,le courage de prendre le taureau par les cornes sur la question ,aujourd’hui scandaleusement reléguée à l’arrière-plan, de la création d’un État palestinien dans les frontières de 1967, en paix durable avec son voisin israélien ?
A plus long terme,la France sera jugée sur son engagement,par elle-même comme dans le cadre européen,dans la construction de relations internationales plus justes avec ses partenaires du Sud et les pays émergents,y compris sur le terrain ardu mais crucial de la lutte pour en finir avec la domination du dollar,au profit d’une véritable monnaie commune mondiale mise au service de l’émancipation humaine. En politique étrangère aussi: « l’humain d’abord » !
PALESTINE: LA NOUVELLE DONNE
Il faut avoir eu l’occasion de mesurer sur le terrain le degré de frustration, d’humiliation, de rage rentrée, ainsi que la profondeur des blessures nées des multiples espoirs déçus et du sentiment d’abandon de la part des puissants de ce monde, pour imaginer la fierté et la dignité qu’ont dû ressentir les Palestiniens en suivant le discours – ovationné – de leur Président aux Nations Unies.
Il aura donc tenu bon, Mahmoud Abbas! On sait combien ont été fortes – et menaçantes – les pressions américaines. Plus subtile mais très pernicieuse fut la proposition de Sarkozy, saluée par Obama comme « complémentaires à (son) action », puis reprise par le « Quartet » (USA, UE, ONU et Russie). Elle visait, sinon à faire fléchir le leader palestinien, du moins à limiter l’isolement des USA et de leurs alliés. L’attribution du statut d’ « Etat non membre » par l’Assemblée générale présenterait, en effet, aux yeux des dirigeants occidentaux, l’avantage d’éviter tout vote au Conseil de sécurité (veto américain ou abstention européenne) qui les placerait en porte-à-faux non seulement vis à vis des pays arabes en plein « printemps », mais à l’égard de la grande majorité des nations du monde. En outre, le « compromis » sarkozyste prétend obtenir des Palestiniens qu’ils renoncent aussi bien au droit accordé à tout « Etat non membre » de l’ONU de saisir la Cour pénale internationale qu’à leur exigence légitime d’un arrêt de la colonisation avant toute nouvelle négociation avec Israël. Ajoutons surtout que ni l’hôte de l’Elysée ni celui de la Maison Blanche n’ont dit à quel type de pression ils seraient prêts à recourir pour arracher, en l’espace d’un an, au gouvernement le plus ultra qu’ait jamais connu l’Etat hébreu un accord de paix conforme au droit international! Or, sans remise en cause de l’impunité systématiquement accordée à l’occupant par les Etats-Unis et l’Union européenne, il n’y a aucune chance qu’une négociation entre Ramallah et Tel Aviv aboutisse à la création d’un Etat palestinien digne de ce nom. 
La nouvelle donne que vient de créer l’initiative palestinienne à l’ONU tient précisément à ceci: l’affirmation publique et solennelle par Mahmoud Abbas qu’il ne se pliera plus à ce jeu de dupes. Désormais, les anciens « parrains » du « processus de paix » sont placés devant leurs responsabilités: ou ils mettront fin au régime de « deux poids, deux mesures » ou ils auront à assumer devant les nations et les citoyens du monde leur complicité directe avec un pouvoir qui viole structurellement tous les principes dont ils se parent si volontiers.
Ne nous le cachons pas: c’est là un bras de fer à l’issue incertaine. Le Président américain n’a pas hésité, à l’ONU, à ruiner l’image qu’il s’était forgée au début de son mandat en tenant un discours digne de Nétanyahou. L’Union européenne est-elle prête à se laisser entrainer dans ce fiasco? La France – dont plus de 80% des citoyens se déclarent favorables au soutien de la requête palestinienne – sortira-t-elle de son ambigüité, au côté d’autres alliés européens potentiels, pour favoriser le nécessaire sursaut? Qui est attaché au droit et à la paix est appeler à réagir! À nouveau, la cause palestinienne est à sa place sur l’agenda politique international: la première.




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