Posts filed under ‘Autriche’
VERS UNE EUROPE SANS LA GRANDE-BRETAGNE ?
David Cameron s’est trop engagé sur ce point pour reculer : il y aura un référendum sur l’appartenance de la Grande-Bretagne à l’Union européenne d’ici fin 2017. Conçu initialement pour enrayer la progression de l’influence de son concurrent europhobe (le leader de l’UKIP) , ce défi politique sans précédent place désormais Londres et Bruxelles au pied du mur . Cameron doit obtenir de ses pairs européens suffisamment de concessions pour pouvoir appeler ses partisans à voter pour le maintien du Royaume Uni dans l’UE ( Car, c’est ce que lui demandent les milieux d’affaires ). Les autres dirigeants européens devront, quant à eux, assumer les conséquences de leur choix final: accepter de s’engager dans une redoutable dérive ou prendre le risque de perdre l’un de leurs principaux membres. La gauche européenne ne saurait assister en spectatrice à ces tractations .
Quelles sont, en effet, les principales exigences des conservateurs anglais ? D’abord, loin de souhaiter se retirer du marché unique européen, ils demandent à y exercer un rôle central, pour y défendre les intérêts de la place financière de Londres contre toute « entrave ». L’an dernier, ils avaient déjà obtenu à cet égard le poste clé de Commissaire à la « stabilité financière, aux services financiers et à l’Union des marchés de capitaux ». La City, qui voyait dans le précédent titulaire de cette charge, le Français Michel Barnier (UMP), un insatiable « régulateur », avait applaudi à la nomination d’un homme « sûr », le conservateur britannique et ancien lobbyste, Jonathan Hill. Mais ils veulent (toujours) plus.
L’autre but majeur que s’est assigné Cameron dans cette négociation, c’est la remise en cause de la libre circulation des travailleurs des pays membres au sein de l’UE. Plus précisément, ce sont les ressortissants des pays pauvres de l’UE ( ceux dont le PIB par habitant est inférieur à un seuil donné ) qui verraient leur droit de libre circulation restreint ! Notamment en matière d’accès aux prestations sociales. Semblable mesure, non seulement nécessiterait une révision des traités -ce qui en soi n’est évidemment pas un problème, sauf pour les Etats qui craignent que cela ouvre la boîte de Pandore !- mais retirerait à cette « Europe » le peu de droits des personnes qu’elle est encore censée garantir. Impensable, et pourtant…
Voilà un casse-tête de plus -et de taille- dont se seraient passés les Chefs d’Etat et de gouvernement du Conseil européen. Il risque pourtant de s’inscrire à leur ordre du jour dès le mois de juin prochain et pour longtemps. Ironie de l’Histoire : c’est au moment où l’Union européenne est devenue plus anglo-saxonne que jamais que ces mêmes « tories » jouent à « quitte ou double » une Europe encore plus anglaise ou une Europe sans la Grande-Bretagne .
Les réflexions sur l’avenir de la construction européenne ne doivent en aucun cas, dans la période qui s’ouvre, se limiter aux exigences des conservateurs britanniques ni rester l’apanage des principaux dirigeants.
Le Forum européen des alternatives se présente à point nommé les 30 et 31 mai prochains, à Paris, pour relancer l’indispensable débat citoyen sur la refondation du projet européen.
BRAS DE FER UE – GRÈCE : QUE FAIT LA FRANCE ?
Les jours passent sans que rien ne bouge du côté des dirigeants européens pour débloquer enfin les crédits promis à la Grèce le 20 février dernier . La condition du règlement de cette mesure d’urgence était la présentation d’un programme de « réformes » à même d’augmenter les recettes de l’Etat. Or, malgré la production successive par Athènes de quatre ou cinq moutures des mesures envisagées et dont la pertinence n’est pas contestable -telles la lutte contre la fraude et l’évasion fiscales, la hausse des taxes sur le tabac et les jeux ou l’amélioration de la collecte de la TVA- , les négociations n’avancent pas. Il est vrai que deux « réformes » chères aux orthodoxes de l’Europe libérale ne figurent pas sur les listes produites par les responsables grecs : celle des retraites et celle du marché du travail …Faut-il rappeler à Bruxelles qu’il y a eu des élections en Grèce, qui ont exprimé une irrépressible exigence de changement ?
(1) Ces propos sont attribués à Pierre Moscovici par le journaliste Jean Quatremer dans son blog (12/3/2015) . A notre connaissance, il n’y a pas eu de démenti de l’intéressé.
AGRICULTURE PAYSANNE OU AGRO-BUSINESS ?
Le colloque organisé samedi dernier à Paris par la Fondation Gabriel Péri (« Europe : une crise existentielle. Et maintenant ? ») a tenu ses promesses. (1) Les intervenants étaient brillants et les thèmes abordés passionnants. Chacun d’eux mériterait amplement qu’on y revienne. Commençons aujourd’hui par l’un d’entre eux : « Que serait une bonne Politique Agricole Commune (PAC) ? » La question mérite d’être posée au moment où celle en vigueur se libéralise sous nos yeux ! Avons-nous tous pleinement mesuré la signification et la portée de la suppression des quotas laitiers le 1er avril dernier? « La filière laitière française basculera dans un univers de concurrence rimant avec volatilité, mondialisation, industrialisation, économies d’échelle et prises de risque (…) La révolution qui s’annonce fera des gagnants mais aussi incontestablement des perdants. » avertissent les libéraux eux-mêmes (2) Encore la fin des quotas n’est-elle qu’un pas de plus sur la longue voie de la dérégulation de ce secteur emblématique. À cet égard, il est clairement apparu au cours des débats du week-end dernier évoqués plus haut combien le type d’agriculture choisi -agriculture paysanne ou agro-business- constitue le marqueur d’un modèle de société.
Pour l’un des intervenants, le journaliste-expert Gérard Lepuill, toujours concret et pédagogue, une bonne PAC doit « nourrir la population sans manger dans l’assiette des autres (exemple: le poisson); rémunérer correctement le travail des paysans et réduire les émissions de gaz à effet de serre ». Il faut, souligne-t-il, maintenir des droits de douane -à l’opposé d’une tendance poussée à l’extrême par le projet de « grand marché transatlantique »- si l’on veut encourager de bonnes pratiques agricoles telles que la rotation des cultures , la réintroduction de l’élevage là où règne le tout-céréales, ainsi que la relance de l’agroforesterie -l’arbre , en plus de contribuer le cas échéant à l’alimentation , étant un « puits de carbone »(réservoir naturel absorbant le CO2). Dans le même esprit, le redéveloppement de ceintures vertes est, selon lui, souhaitable autour des grandes villes comme en Ile de France. « Une production laitière de qualité et au faible bilan carbone suppose de donner aux vaches de l’herbe et du foin et non du maïs pauvre en protéines et du soja importé des États-Unis ». Et de citer en exemple le mode de fabrication du Comté, au cahier des charges très strict garantissant la qualité du lait et du fromage, seul moyen de justifier un prix rémunérateur dans le grand vent de la concurrence que va provoquer la suppression des quotas laitiers.
Même son de cloche de la part d’Aurélie Trouvé, parlant comme agroéconomiste. Elle aussi fustige la disparition de cet instrument de régulation et met en garde contre ses conséquences. La production de lait va se concentrer là où elle revient moins cher au risque de désertifier par exemple les zones de montagne. Elle aussi plaide pour les circuits courts, la restauration des droits de douane et le rejet du grand marché transatlantique « qui serait catastrophique, notamment pour la viande bovine ». Elle en appelle en outre avec passion au développement du bio. Très critique à l’encontre d’une PAC conçue pour favoriser le capital foncier et non le petit producteur, elle sait aussi reconnaître des mérites à la Commission lorsque Bruxelles se montre plus soucieuse de l’environnement que les États membres. Au final, on retiendra une conviction partagée: les enjeux agricoles appellent un débat de civilisation !
————
(1) voir HD No 21643 : « N’oublions pas les dossiers chauds de l’Europe ».
(2) Les Échos (31/3/2015)




Commentaires récents