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NE LAISSONS PAS BRULER LA CHARTE DES NATIONS UNIES !

« L’Europe ne peut plus être la gardienne de l’ancien ordre mondial, qui a vécu et ne reviendra pas ». L’autrice de cette formule dangereusement ambiguë n’est autre que la présidente de la Commission européenne, devant tous les ambassadeurs de l’UE dans le monde, réunis à Bruxelles le 9 mars dernier ! Ursula von der Leyen, pauvre en convictions mais riche en opportunisme politique, estimait sans doute que, le trumpisme ayant le vent en poupe en Occident, c’est le moment de prendre la tête de sa variante européenne. Elle, qui ne jurait (légitimement) que par le respect du droit international lors de chacune des 20 annonces de nouvelles sanctions contre la Russie, prétend enterrer, à propos de la guerre américano-israélienne au Moyen-Orient, ce qui constitue la matrice des règles en vigueur depuis 80 ans : la Charte des Nations unies. 

Rappelons que celle-ci interdit à tous les États, « dans leurs relations internationales, de recourir à la menace ou à l’emploi de la force, soit contre l’intégrité territoriale ou l’indépendance politique de tout État, soit de tout autre manière incompatible avec les buts des Nations unies » (article 2, paragraphe 4) sauf en cas de légitime défense. La « guerre préventive » invoquée par Washington et Tel Aviv n’est donc rien d’autre qu’une agression. Il appartient à tout responsable politique européen de le souligner en toute clarté, sauf à laisser le terrain libre aux visées dévastatrices d’un Trump, résumées dans sa réponse à des journalistes du New York Times qui lui demandaient s’il voyait des freins à son pouvoir sur la scène internationale : « Ma propre moralité, mon propre esprit, c’est la seule chose qui peut m’arrêter -asséna le locataire de la Maison Blanche- Je n’ai pas besoin du droit international ». Faut-il prendre acte de cet unilatéralisme désinvolte et toxique ou, au contraire, sonner l’alarme et engager une offensive politique pour le respect de l’ordre juridique et démocratique international, gage de notre sécurité commune et d’une paix durable ? Poser la question, c’est y répondre.

Il est encourageant de constater que le pas de clerc de la  présidente de la Commission lui a valu une volée de bois vert, preuve qu’il reste, dans les opinions publiques européennes, un attachement au droit international suffisamment fort pour que nombre d’élus ou de dirigeants politiques, spontanément peu enclins à résister au trumpisme triomphant, se soient sentis obligés de réagir à la sortie irresponsable de Madame Von der Leyen. Elle, qui avait humilié l’Europe en capitulant en rase campagne face aux taxes douanières de Trump, puis tenu à se faire représenter à l’inauguration du grotesque « Conseil de la paix » du milliardaire, avant d’applaudir aux bombardements sur Téhéran et d’appeler à un « changement de régime » par la force, en oubliant les leçons des aventures néoconservatrices en Irak ou en Libye, a dû faire face à un tollé de protestations, tant de nombreux parlementaires européens que du Président du Conseil européen en personne, le socialiste portugais, Antonio Costa, pour qui « la liberté et les droits de l’homme ne peuvent être obtenus à coup de bombes » et « l’unilatéralisme ne peut en aucun cas être la voie à suivre ». 

Il faut, à partir de là, engager sur le fond, une authentique contre-offensive politique. Nous ne laisserons banaliser ni le coup de force de Caracas, ni l’asphyxie de Cuba, ni les menaces sur le Groenland ! Tolérer de fait le génocide à Gaza, la tentative de ré-annexion de la Cisjordanie, la sauvagerie en cours au Liban et la guerre à fragmentation au Moyen-Orient serait un affront à toute l’humanité. Ne laissons pas bruler la Charte des Nations unies !

19 mars 2026 at 3:48 Laisser un commentaire

QUEL AVENIR POUR NOTRE SYSTÈME INTERNATIONAL ?

Si les Etats-Unis décidaient d’attaquer militairement le Groenland, « ce serait la fin de tout », déclarait récemment la Première Ministre du Danemark. On imagine que, dans l’esprit de cette alliée, jusqu’ici inconditionnelle, de Washington, le « tout » désigne l’OTAN. Mais qu’en est-il de notre système international lui-même ?

 Il est durement mis à l’épreuve, en particulier par des États membres permanents du Conseil de sécurité des Nations unies, censés veiller au maintien de la paix et à la sécurité internationale ! Ce n’est que trop évident depuis quatre ans de la part de la Russie de Poutine en Ukraine. Quant à « l’Amérique » de Trump, en plus d’avoir apporté un soutien militaire et politique au génocide perpétré par l’armée israélienne à Gaza, d’avoir bombardé les installations nucléaires de l’Iran, d’avoir pulvérisé le droit international au Venezuela et menacé Cuba, elle envisage de s’approprier de gré ou de force un territoire lié à un pays allié au motif que « les Etats-Unis en ont besoin ».  Le Président de la première puissance mondiale vient, par ailleurs, de retirer son pays de 66 organisations internationales, au prétexte qu’ « elles ne servent plus les intérêts américains » ! Ce nationalisme prédateur exacerbé s’était déjà manifesté avec l’annulation de 83% des financements de l’USAID destinés à l’étranger, menaçant la vie de plus de…6 millions de personnes dans les quatre années à venir (selon Amnesty International) !

Dans ce contexte toxique pour les relations internationales, rien ne serait pire que la démobilisation des citoyennes et les citoyens eux-mêmes à l’égard de la construction d’une politique du bien commun. « Nous voulons encore croire au rôle du droit dans les relations internationales, aux fonctions utiles des institutions internationales, à l’esprit de coopération entre les peuples », souligne à cet égard Guillaume Devin, spécialiste reconnu de ces enjeux, dans son récent ouvrage consacré à « Notre système international » (1). 

Mais sur qui compter aujourd’hui pour promouvoir ces valeurs ? L’auteur estime que ce serait « une vision très partielle » que de « réduire ce qui se passe dans le système international à une lutte interétatique pour le pouvoir ». Il met en exergue « l’irruption des sociétés sur la scène internationale » et la « multiplicité d’acteurs nationaux et internationaux » de toute nature et de toute obédience : ONG, réseaux sociaux, médias, acteurs économiques, mouvements sociaux et autres lanceurs d’alerte : toutes et tous « pèsent directement ou indirectement sur et dans le système international ». Bref, nous vivons dans un monde dans lequel « les sociétés comptent autant que les chancelleries ». Ce « monde en commun » est inévitablement hétérogène et traversé de contradictions. Pourtant, « malgré les vicissitudes, il s’est plutôt consolidé depuis 1945: les espaces de délibérations internationales se sont multipliés, le droit comme référence commune a gagné en autorité, les sociétés sont mieux connectées et plus facilement mobilisables ». Certes, les grandes puissances sont toujours tentées de faire cavalier seul, mais l’interdépendance a atteint un degré tel qu’il leur est de plus en plus difficile d’agir -dans la durée- isolément.

 Ne nous laissons pas paralyser par les insuffisances du multilatéralisme : agissons pour renforcer ses atouts : « l’action collective et solidaire, la négociation et la régulation ». Oui, Trump est dangereux, il faut stopper sa fuite en avant impérialiste, mais non : il n’a pas le pouvoir de provoquer « la fin de tout ». 

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(1) NOTRE SYSTÈME INTERNATIONAL (Le Cavalier Bleu, Éditions), 2025

 Guillaume Devin est professeur émérite des Universités à Sciences Po Paris .

15 janvier 2026 at 12:20 Laisser un commentaire

RÉGRESSIONS EN SÉRIE EN EUROPE AU NOM DU « REARMEMENT » !

La culture de guerre qui règne, ces temps-ci, parmi les dirigeants des États membres de l’Union européenne n’en finit pas de tirer vers le bas ce qui restait comme acquis positifs de la construction européenne. 

Le « Pacte vert » destiné à stimuler la lutte contre le changement climatique ? Sa  déconstruction a commencé au profit de la nouvelle priorité: la défense. La Banque européenne d’investissements, dont la mission est de financer notamment les actions dans des domaines tels que « les infrastructures sociales », l’agriculture, « le climat et la durabilité environnementale », « l’innovation technologique », « le développement dans le monde », etc…, mais dont le mandat lui interdit d’investir dans « les munitions et les armes (…) ainsi que dans les équipements ou les infrastructures militaires » ? 19 Etats membres -dont la France- lui demandent une « réévaluation de la liste des activités exclues » afin de pouvoir financer de nouveaux projets de défense ! Les « fonds de cohésion » dédiés à la réduction des inégalités de développement entre les régions de l’UE ? La Présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, propose officiellement de piocher dans les 350 milliards d’euros de ces fonds, restant à dépenser d’ici 2027, pour financer le « réarmement » de l’Europe ! 

Et comme si toute cette ignominie ne suffisait pas, la dernière des régressions en série qu’entraîne la militarisation obsessionnelle de l’Europe est le rapprochement spectaculaire que sont en train d’opérer les dirigeants européens -ces vigies autoproclamées du « monde libre » –  avec le dictateur Erdogan  ! Alors que le président turc , après avoir jeté en prison les principaux responsables du parti progressiste HDP/DEM (pro-Kurdes) et destitué nombre de maires de ce parti, vient d’arrêter le maire d’Istanbul, du Parti républicain du peuple (CHP), principal opposant et rival du président en vue des prochaines élections; et tandis que, depuis ce coup de force, de véritables marées humaines défilent dans les villes de Turquie pour défendre la démocratie, …« dans les couloirs du pouvoir bruxellois, circule désormais l’idée que la Turquie reste un partenaire et un allié partageant les mêmes valeurs, et que les intérêts de sécurité à long terme devraient l’emporter sur les intérêts à court terme de quelques uns » ! (1) 

L’initiative de ce « rapprochement » reviendrait au Secrétaire général de l’OTAN, Mark Rutte, qui aurait exercé des pressions sur l’Union européenne afin qu’elle resserre sa coopération avec « la deuxième plus grande armée permanente de l’OTAN ». Ankara devrait donc bénéficier du tout nouveau programme de défense de 150 milliards d’euros (le « Security action for Europe »-SAFE-). En retour, Erdogan serait prêt à envoyer des « soldats de la paix » en Ukraine pour garantir un cessez-le-feu…Les plus cyniques soulignent sans vergogne que l’équipement militaire turc a fait ses preuves sur le terrain, comme…en Azerbaïdjan (contre l’Arménie) ! La honte !

Fénelon avait raison : « la guerre est un mal qui déshonore le genre humain ».

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(1) «Relations UE-Turquie: le temps du rapprochement » (Euractiv, 24/3/2025)

3 avril 2025 at 5:47 Laisser un commentaire

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