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QUEL AVENIR POUR NOTRE SYSTÈME INTERNATIONAL ?
Si les Etats-Unis décidaient d’attaquer militairement le Groenland, « ce serait la fin de tout », déclarait récemment la Première Ministre du Danemark. On imagine que, dans l’esprit de cette alliée, jusqu’ici inconditionnelle, de Washington, le « tout » désigne l’OTAN. Mais qu’en est-il de notre système international lui-même ?
Il est durement mis à l’épreuve, en particulier par des États membres permanents du Conseil de sécurité des Nations unies, censés veiller au maintien de la paix et à la sécurité internationale ! Ce n’est que trop évident depuis quatre ans de la part de la Russie de Poutine en Ukraine. Quant à « l’Amérique » de Trump, en plus d’avoir apporté un soutien militaire et politique au génocide perpétré par l’armée israélienne à Gaza, d’avoir bombardé les installations nucléaires de l’Iran, d’avoir pulvérisé le droit international au Venezuela et menacé Cuba, elle envisage de s’approprier de gré ou de force un territoire lié à un pays allié au motif que « les Etats-Unis en ont besoin ». Le Président de la première puissance mondiale vient, par ailleurs, de retirer son pays de 66 organisations internationales, au prétexte qu’ « elles ne servent plus les intérêts américains » ! Ce nationalisme prédateur exacerbé s’était déjà manifesté avec l’annulation de 83% des financements de l’USAID destinés à l’étranger, menaçant la vie de plus de…6 millions de personnes dans les quatre années à venir (selon Amnesty International) !
Dans ce contexte toxique pour les relations internationales, rien ne serait pire que la démobilisation des citoyennes et les citoyens eux-mêmes à l’égard de la construction d’une politique du bien commun. « Nous voulons encore croire au rôle du droit dans les relations internationales, aux fonctions utiles des institutions internationales, à l’esprit de coopération entre les peuples », souligne à cet égard Guillaume Devin, spécialiste reconnu de ces enjeux, dans son récent ouvrage consacré à « Notre système international » (1).
Mais sur qui compter aujourd’hui pour promouvoir ces valeurs ? L’auteur estime que ce serait « une vision très partielle » que de « réduire ce qui se passe dans le système international à une lutte interétatique pour le pouvoir ». Il met en exergue « l’irruption des sociétés sur la scène internationale » et la « multiplicité d’acteurs nationaux et internationaux » de toute nature et de toute obédience : ONG, réseaux sociaux, médias, acteurs économiques, mouvements sociaux et autres lanceurs d’alerte : toutes et tous « pèsent directement ou indirectement sur et dans le système international ». Bref, nous vivons dans un monde dans lequel « les sociétés comptent autant que les chancelleries ». Ce « monde en commun » est inévitablement hétérogène et traversé de contradictions. Pourtant, « malgré les vicissitudes, il s’est plutôt consolidé depuis 1945: les espaces de délibérations internationales se sont multipliés, le droit comme référence commune a gagné en autorité, les sociétés sont mieux connectées et plus facilement mobilisables ». Certes, les grandes puissances sont toujours tentées de faire cavalier seul, mais l’interdépendance a atteint un degré tel qu’il leur est de plus en plus difficile d’agir -dans la durée- isolément.
Ne nous laissons pas paralyser par les insuffisances du multilatéralisme : agissons pour renforcer ses atouts : « l’action collective et solidaire, la négociation et la régulation ». Oui, Trump est dangereux, il faut stopper sa fuite en avant impérialiste, mais non : il n’a pas le pouvoir de provoquer « la fin de tout ».
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(1) NOTRE SYSTÈME INTERNATIONAL (Le Cavalier Bleu, Éditions), 2025
Guillaume Devin est professeur émérite des Universités à Sciences Po Paris .
10 ÉVÉNEMENTS DE CET ÉTÉ A SUIVRE AVEC ATTENTION
Le fait d’assister impuissant, jour après jour, à un génocide de plus en plus avéré à Gaza et à la poursuite impitoyable de la guerre en Ukraine pèse sur notre capacité à apprécier à leur juste valeur d’autres événements significatifs de cet été dont les développements sont pourtant à suivre avec attention.
Tout d’abord, des accords de paix ont mis fin à plusieurs conflits : entre la RDC (Congo) et le Rwanda; l’Arménie et l’Azerbaïdjan; la Thaïlande et le Cambodge, l’Inde et le Pakistan…Certes, la situation y reste souvent fragile et la médiation américaine, là où elle s’est réellement exercée, laisse des traces délétères. La vigilance s’impose donc, mais le progrès est sensible.
Par ailleurs, le fait que les présidents des deux principales puissances nucléaires se parlent est en soi une bonne chose, même s’il ne leur appartient pas de décider de l’avenir de l’Ukraine.
Un autre événement de portée considérable est le rapprochement spectaculaire entre la Chine et l’Inde, qui, tout comme le Brésil de Lula, ont tenu tête à l’autocrate de la Maison Blanche. C’est une défaite politique majeure pour Washington et un gage de coopération et de paix au cœur du Sud global.
A l’inverse, la soumission de Madame Von der Leyen à Trump dans l’affaire des taxes douanières et les flagorneries des dirigeants européens à l’égard de leur « papa » (dixit le secrétaire général de l’OTAN !) ont humilié l’Europe dans le monde et risquent de coûter très cher aux Européens.
A suivre également la voie ouverte par le dirigeant kurde Öcalan vers le désarmement du PKK au profit de la lutte politique pour la pleine reconnaissance des droits de son peuple. Significatif est également le mandat d’arrêt émis par le Tribunal pénal international à l’encontre du chef suprême des talibans pour « persécution » des femmes afghanes.
Concernant l’Ukraine, faut-il taire plusieurs faits entachant l’image de Volodimyr Zelensky, comme la tentative avortée de mettre fin à l’indépendance de deux organisations de lutte contre la corruption, ou l’arrestation en Italie du responsable présumé de l’attentat perpétré en 2022 contre le gazoduc Northstream , qui s’avère être le chef d’un commando ukrainien , ou encore le lancement par l’armée ukrainienne d’un drone sur la centrale nucléaire de la ville russe de Koursk ? Je ne le pense pas : la solidarité légitime avec le peuple ukrainien agressé ne doit pas se traduire par un renoncement à l’esprit critique à l’égard de ses dirigeants. Pas de justice sans vérité.
Dans un tout autre domaine : quiconque voit dans la lutte pour le climat l’une des priorités de notre époque ne peut que se réjouir de la décision de la Cour Internationale de Justice (23/7/2025) de considérer la violation des obligations climatiques comme un « fait internationalement illicite » engageant la responsabilité des États.
Enfin, on appréciera hautement les différentes formes de sursaut humaniste qui se manifestent face aux vents mauvais qui balaient le monde : depuis ces figures du Parti social-démocrate allemand qui ont lancé un manifeste pour s’opposer au surarmement et « arrêter la course insensée à la guerre », jusqu’aux désormais innombrables initiatives de solidarité avec le peuple palestinien, y compris de la part de personnalités israéliennes de référence. Leur dignité nourrit notre espoir.
LE 9ème FORUM CHINE-AFRIQUE : UN ÉVÉNEMENT MONDIAL
Tous les trois ans, depuis 2000, se tient un important « Forum sur la coopération sino-africaine ». Celui qui vient d’avoir lieu à Pékin, du 4 au 6 septembre derniers, mérite, pour de multiples raisons, de retenir notre attention.
D’abord, sur les plans « géopolitique » et diplomatique, il s’agit indéniablement d’un événement majeur puisque 53 Chefs d’Etat ou de gouvernement sur les 54 que compte le continent y ont pris part. Seul le roi de l’Eswatini, un petit État d’Afrique australe, unique allié africain de Taïwan, a boudé ce rendez-vous entre deux géants du « Sud global », représentant, ensemble, quelque 2, 7 milliards de personnes ! Significatifs de la portée de ce Sommet furent également la présence du Secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, et les attentes formulées par celui-ci en matière de retombées concrètes de cette coopération Sud-Sud hors normes « dans un contexte de tensions géopolitiques croissantes, de conflits qui font rage et d’aggravation de la pauvreté et de la faim ».
Que dire, à cet égard, des orientations économiques et sociales de ce 9ème Forum Chine-Afrique ? Le soutien financier supplémentaire de 50 milliards de dollars sur trois ans annoncé par Pékin est censé permettre de créer « au moins un million d’emplois » en Afrique, selon le Président chinois, qui dit vouloir « approfondir la coopération dans l’industrie, l’agriculture, les infrastructures, le commerce et les investissements ». La Chine apporte, d’une façon générale, des réponses à « toute une série de besoins que les Occidentaux n’ont pas apportées » note Valérie Niquet, spécialiste de l’Asie à la Fondation pour la recherche stratégique, à Paris. En retour, la Chine trouve en Afrique les matières premières et les minerais stratégiques -cuivre, or, cobalt, lithium…- dont elle a besoin, en particulier pour son industrie technologique et la transition énergétique. Si elle est massivement saluée par les pays africains, cette coopération, asymétrique, a suscité ces dernières années du mécontentement dans plusieurs d’entre eux. En cause, ici le surendettement, là l’« accaparement de terres ». Soucieux de prouver sa proximité avec les pays du Sud, Pékin se dit décidé à être attentif à la grande diversité des situations.
Au demeurant, ce partenariat sans équivalent ne se limite pas à l’économie. Pour le Secrétaire général de l’ONU, il peut « mener la révolution des énergies renouvelables (dont la Chine est le leader mondial) et être le catalyseur de transitions-clés dans le domaine des systèmes alimentaires et dans celui de la connectivité numérique ».
Au total, « comment la Chine est-elle perçue en Afrique ? » a demandé « Le Monde » à Xavier Aurégan, spécialiste des relations entre la Chine et l’Afrique. « Son image est globalement positive » répondit le chercheur. « Quand la Chine paraît contribuer au développement, elle est bien vue; les entrepreneurs privés chinois le sont beaucoup moins ». Pour Bertrand Badie, par-delà ces aspects, la relation de l’Afrique avec ce grand pays qui fut lui-même « victime de marginalisation pendant un siècle d’humiliation » répond à la volonté de la société africaine « d’exister sur la scène internationale » et crée « un certain enthousiasme parmi la jeunesse africaine », sans se traduire par un alignement de ces pays sur la Chine. Autant d’enjeux colossaux à prendre très au sérieux car ils concernent toute la planète.




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