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LA « FEUILLE DE ROUTE » DE M. VAN ROMPUY

Pendant que les députés et les sénateurs de la majorité gouvernementale sont fermement invités à ratifier le traité budgétaire puis à voter la « loi organique » garantissant le strict respect de la « règle d’or » (l’équilibre des comptes publics quel qu’en soit le prix),le Président de la République prépare l’étape suivante,dont il s’est bien gardé,jusqu’ici,d’évoquer publiquement les enjeux. Je veux parler de la « Feuille de route » dont les Chefs d’État et de gouvernement examineront les grandes lignes dès les 18 et19 octobre prochains,avant de l’adopter en décembre.

Rappelons ici de quoi il s’agit. C’est le 23 mai dernier qu’a été décidée la mise en place d’un groupe de travail de haut niveau,composé -excusez du peu…- de Mario Draghi,président de la Banque centrale européenne,de Jean-Claude Juncker, président de l’Eurogroupe (réunissant les ministres des finances de la zone euro),de José-Manuel Barroso,président de la Commission européenne et de M. Van Rompuy, président du Conseil européen.Ces quatre sommités ont été invités à rédiger un rapport précisant les « éléments essentiels » des transformations à opérer pour consolider durablement la zone euro.

Puis,fin juin ,lors du sommet européen « historique » qui adopta le « pacte de croissance » (et a ainsi tenu lieu de « renégociation » du traité budgétaire pour François Hollande),il y eut un autre point à l’ordre du jour, moins médiatisé que le précédent: la présentation ,par M. Van Rompuy, de la synthèse des réflexions de son groupe de travail sur les changements à apporter,selon les quatre dirigeants en question,à la construction européenne,une fois le traité budgétaire adopté.

Une phrase résume l’esprit de ce document de 7 pages: »Progresser vers une plus grande intégration des prises de décisions budgétaires et économiques entre les pays ».Ainsi, »les instances au niveau de la zone euro seront aptes à exiger le changement des enveloppes budgétaires », ou encore,il serait créé « un cadre pour une coordination des politiques plus contraignantes » pour éviter « les politiques inadaptées » et « pour s’assurer de la capacité de s’adapter aux chocs et de pouvoir être compétitifs dans une économie mondialisée ». Invité à préciser sa pensée par un journal allemand,M. Van Rompuy répondait : »On peut engager tous les 27 pays à réformer leur système de retraite dans un temps déterminé,en lien avec l’espérance de vie (…). Pas seulement avec des recommandations pour qu’après chacun fasse ce qu’il veut,mais plutôt de manière contraignante »! (1)

Enfin,conscients de ce que ces « décisions au niveau européen  » risquent d’avoir « un impact fort sur la vie quotidienne des citoyens »,nos grands démocrates centralisés ont senti la nécessité de… »construire un soutien populaire » (à leurs décisions) grâce à une « implication étroite du Parlement européen et des parlements nationaux »,dans le cadre des modalités prévues dans le traité de Lisbonne.C’est dire l’audace de leur innovation démocratique.

« C’est très contraignant dans le sens de l’austérité.On renforce l’Europe uniquement dans le sens libéral », commenta aussitôt un ministre socialiste…belge,Paul Magnette. On attend toujours le point de vue du gouvernement français.Le Conseil européen des 18 et 19 octobre devrait nous en apprendre davantage.

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(1) « Welt am Sonntag » cité par l’AFP 24/6/2012

15 octobre 2012 at 8:43 Laisser un commentaire

LES LOURDES CONTRADICTIONS DU CAMP DU « OUI »

Pour le Président de la République,son gouvernement et la direction du Parti socialiste,le vote de ratification du traité budgétaire européen ouvre une période marquée par de lourdes contradictions.

D’abord,avoir été élus sur la base du « changement,c’est maintenant! »,pour se retrouver,cinq mois plus tard,au côté de la droite sur un sujet aussi structurant constitue une faute qui,tôt ou tard,aura un prix politique.A plus forte raison sera-t-il sévèrement  reproché aux dirigeants du pays la méthode -indigne de la gauche- qu’ils ont choisie pour atteindre leur objectif: à savoir la stratégie d’évitement de tout débat national sur les enjeux de civilisation que recellent ce traité et l’offensive de longue haleine des plus hautes autorités européennes dans  laquelle ce texte s’inscrit.(« Le traité budgétaire ,c’est le début » avait prévenu dès février dernier Mario Draghi,le président de la Banque centrale européenne,avant d’illustrer sa vision de l’avenir en reprenant à son compte les caricatures éculées sur ces « Européens (qui) pouvaient se permettre de payer tout le monde pour ne pas travailler »! « Ce temps-là est révolu » avait-il lancé,ajoutant,pour être bien clair: »Le modèle social européen est mort. »)

Imposer dans ces conditions une ratification du traité par la voie parlementaire en ayant pris soin d’étouffer préalablement toute campagne d’information et de sensibilisation du pays ,en particulier toute confrontation d’idées à même d’éclairer les enjeux de ce vote de nos représentants revient à infantiliser les citoyens pour mieux instrumentaliser leurs élus.C’est une mauvaise action contre la démocratie.Les députés et les sénateurs qui se seront pliés sans coup férir à cette manipulation auront contribué à nourrir la grave défiance populaire à l’égard de l’institution parlementaire.Attention,danger!

Par ailleurs,viendra (très rapidement),pour nombre de Françaises et de Français qui ont sincèrement crû à l’ambition annoncée par le candidat Hollande de « renégocier le traité »,puis à la satisfaction affichée par le Président élu d’avoir réussi à « engager la réorientation de l’Europe »,l’heure du bilan concret. Dès 2013,les conséquences du budget d’austérité -conforme en tous points aux injonctions du traité budgétaire- révèleront à qui en douterait encore que cette politique conduit la France,comme les autres pays européens,dans une impasse dont on ne peut sortir qu’en changeant de cap. »Il est temps de se rendre à l’évidence:la rigueur ne marche pas » reconnaissait l’autre jour un éditorialiste ,pourtant libéral,tant les expériences tentées ailleurs sont dramatiques.(1)L’objectif de 3% de déficit public l’an prochain est « intenable » reconnaissait ,pour sa part,la semaine dernière,le…président de l’Assemblée nationale,Claude Bartolone,en personne,contredisant son Premier Ministre…quelques jours avant d’inscrire solennellement dans la législation française un texte visant à contraindre le pays à s’inscrire durablement dans cette logique mortifère!

C’est dire si les contradictions à venir s’annoncent explosives!Aussi ce vote ne marque-t-il pas la fin de l’Histoire.Poursuivons,amplifions,élargissons,dans les luttes sociales et sociétales comme sur le terrain des idées,les efforts visant à unir le « peuple de gauche », à partir de chaque expérience du quotidien ,autour d’objectifs s’inscrivant dans la perspective de vrais changements.En France et en Europe.Les propositions du Fronr de gauche se révèlent à cet égard d’une brûlante actualité!

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(1) Jean-Marc Vittori.  Les Echos  20/9/2012

4 octobre 2012 at 8:31 Laisser un commentaire

LE ZELE PEU CONVAINCANT DES « OUI-OUISTES »

Au fur et à mesure que montent,parmi les electeurs,les adhérents et même les parlementaires du Parti socialiste (et d’ « Europe-écologie- les verts ») , des interrogations sinon une franche hostilité vis-à-vis du traité budgétaire européen,des dirigeants et des personnalités du PS multiplient les interventions en faveur de la ratification de ce texte,décidément mal aimé dans le « peuple de gauche ».Il est intéressant de voir de plus près les arguments utilisés…

Ainsi,le Premier Ministre,Jean-Jacques Ayrault,n’a-t-il pas hésité à rappeler aux élus récalcitrants de sa majorité qui les a fait rois : »Je souhaite que les parlementaires,qui sont devenus députés grâce à l’election de François Hollande comprennent que ce qui compte,c’est d’être solidaire avec son action »- leur a-t-il lancé!Le président du groupe PS à l’Assemblée Nationale, Bruno Leroux, a été plus net encore : à l’entendre,avec ce vote,il ne s’agit pas d’un « débat pour ou contre un traité »,mais d’un « débat de soutien ou non au Président de la République »! Pareil rappel à l’ordre peut éventuellement s’avérer efficace pour discipliner tel élu,mais certainement pas pour convaincre des electeurs…Un argumentaire de quatre pages a donc,parallèlement,été distribué à chaque député. Et c’est à un ancien défenseur du « NON de gauche  » au projet de traité constitutionnel en 2005 -aujourd’hui devenu ministre…délégué aux Affaires européennes- ,Bernard Cazeneuve,qu’il est revenu d’en défendre l’idée maîtresse: grâce à François Hollande,la « réorientation européenne » est engagée,et la non-ratification du traité budgétaire casserait cette dynamique pleine d’espoir…Depuis,des ténors socialistes s’empressent,chacun dans son registre,de populariser cette thèse,avec un zèle qui ne contribue guère à sa crédibilité.

 
Ainsi,une étoile montante du parti présidentiel,l’économiste Karine Berger,va-t-elle chercher très loin sa justification du vote favorable au traité budgétaire, en affirmant sans rire que « le Président de la République a su convaincre en l’espace de quelques semaines notre partenaire allemand (de) la réorientation de l’Europe »! Angela Merkel doit se demander s’il s’agit là d’une forme d’humour français.

L’ancienne garde des sceaux du gouvernement Jospin,Elisabeth Guigou,voit,pour sa part,dans cette « réorientation » engagée par François Hollande « une première étape vers une Europe plus juste,plus solidaire et plus forte ».Et naturellement,pour « consolider l’acquis »,il faut valider le traité budgétaire.CQFD.

Quant à l’ineffable Jacques Attali,il se félicite de ce que l’action de l’actuel Président -et « aussi les circonstances »,ajoute-t-il prudemment- aient abouti à « un changement radical ». Et l’ex-président de la commission naguère chargée par Nicolas Sarkozy de réfléchir aux « réformes » à engager en France pour « libérer la croissance »de réitérer quelques unes de ses propositions, qui en disent long sur sa conception de la « réorientation » des politiques à promouvoir: « réduire le nombre,les pouvoirs et les engagements financiers des collectivités territoriales »; « concentrer les allocations familiales sur les personnes qui en ont vraiment besoin »; ou encore « améliorer la compétitivité en réduisant les charges des entreprises et en augmentant la TVA ou la CSG »…Lui aussi considère le traité budgétaire comme une « étape indispensable ». Le traité austéritaire a les laudateurs qu’il mérite…

 
 

27 septembre 2012 at 9:17 Laisser un commentaire

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