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VERS UN « 1968 EN EUROPE » ?

wurtz-l-humanite-dimanche« L’atmosphère aujourd’hui est très similaire à 1968 en Europe. Je sens un état d’esprit (…) d’impatience. Mais quand l’impatience devient un sentiment collectif, elle peut conduire à une révolution  » : le Président du Conseil européen, le conservateur polonais Donald Tusk, vient d’exprimer tout haut son désarroi face à la crise de légitimité de l’actuelle « Union » européenne , qui vient de franchir un cap vraisemblablement irréversible (1). L’ « impatience » en question est celle d’un changement radical .

Après Jean-Claude Juncker , qui, l’an dernier, avait estimé que la Commission qu’il préside était celle « de la dernière chance », voici donc un deuxième haut dignitaire européen qui dit s’attendre carrément à une insurrection populaire ! Entre-temps, il y a eu , en plus de tout le reste, l’incroyable coup de force de l’Etat le plus puissant de la zone euro contre l’un de ses « partenaires » les plus faibles. Et cela ne passe vraiment pas ! Ce « degré de mise sous tutelle d’un Etat , du jamais vu depuis la fin des empires coloniaux » (selon les termes du Directeur du département d’économie de l’Ecole Normale Supérieure, Daniel Cohen…) laissera des traces profondes dont Berlin , en tout premier lieu, et l’actuelle UE en général, auront à payer le prix politique : « J’ai noté, concède Donald Tusk, l’accueil du Parlement européen quand Alexis Tsipras y a été auditionné « , en particulier quand le Premier Ministre grec a rappelé que « l’Allemagne a beaucoup profité de la solidarité européenne après la seconde guerre mondiale »… Le Président du Conseil européen se serait-il pris de sympathie pour Syrisa et sa vision pro-européenne mais alternative à l’actuelle UE ? Ce serait mal connaître ce leader de droite , qui se dit lui-même « proche de l’ordolibéralisme allemand d’après-guerre » (2) . Le voilà donc qui tente de brouiller les repères en recourant au vieil amalgame scélérat entre la gauche transformatrice et l’extrême droite nationaliste : « La menace idéologique vient des deux côtés », ose-t-il. Que dit-il alors des innombrables personnalités de tous horizons -économistes de renom, philosophes prestigieux, anciens ministres- ou encore des grands journaux , y compris allemands , tous anti-nationalistes et réputés « modérés » , qui fustigent une Chancelière qui a « réussi à raviver l’image d’une Allemagne laide, avare, et au coeur sec, qui commençait seulement à s’estomper » (3) , sans parler des Nobel américains très durs envers les dirigeants européens en général et allemands en particulier ? Le Président du Conseil européen est bien obligé d’en convenir : « Les principaux acteurs du débat actuel sont intellectuellement brillants et leurs arguments semblent très séduisants ». Mais ils ont tous tort.

Quelle leçon tirer, à gauche, de ce galimatias de l’un des principaux responsables de cette « Union » en pleine dérive ? A mes yeux, celle-ci : cette petite caste est, en fait, terriblement sur la défensive car elle voit l’avenir lui échapper. Si elle s’acharne sur le peuple grec et sur ses dirigeants, c’est qu’elle cherche désespérément à mettre un coup d’arrêt au mouvement de contestation qu’elle sent monter de partout au point de craindre un « 1968 en Europe » ! C’est dire si c’est le moment, pour les forces progressistes favorables à une refondation de l’Europe, de se rassembler pour reprendre l’initiative! Cette indignation qui s’exprime tous azimuts peut être une force considérable au service de vrais changements. Elle doit être transformée en débats de fond sur l’alternative à toutes les « règles » invoquées pour justifier l’injustifiable . Elle doit nous aider à construire les larges convergences -en France-même et très au-delà- qui nous manquent cruellement, car sans elles, les rapports de force resteront encore longtemps favorables à nos adversaires communs. La meilleure solidarité avec nos amis grecs, c’est cela.

——–
(1) Le Monde (18/7/2015)
(2) Courant de pensée foncièrement libéral selon lequel le rôle de l’Etat est avant tout d’assurer le respect d’une concurrence libre et non faussée entre les entreprises.
(3) Suddeutsche Zeitung (14/7/2015)

23 juillet 2015 at 8:28 1 commentaire

REFONDATION DE L’EUROPE, AN 1 ?

wurtz-l-humanite-dimanche Il y a un avant et un après 5 Juillet 2015. Le séisme politique qui vient de se produire en Grèce -et de se propager à toute l’Europe !- vient de loin. Chacun pouvait -à moins de se voiler la face- constater au fil des dernières années que la construction européenne s’enfonçait sous nos yeux dans une crise existentielle. Le fossé ne cessait de s’élargir entre la petite caste dirigeante des institutions actuelles et la majorité des citoyens. Le caractère intenable , à terme, d’un tel hiatus était si évident que même le Président de la Commission européenne avait, le jour de son investiture, en 2014, évoqué , en parlant de son mandat de cinq ans, de « Commission de la dernière chance ».

Pour une partie de la gauche -en particulier le Parti communiste français, le Front de gauche et le Parti de la Gauche européenne ( dont Alexis Tsipras fut vice-président jusqu’à son élection )- il était de longue date évident qu’une « refondation » de toute la construction européenne était la seule issue positive à cette dramatique impasse. Il était clair pour tous que cette transformation radicale ne pourrait se frayer son chemin qu’au travers d’affrontements politiques extrêmement durs avec les tenants du pouvoir, tant au niveau des institutions européennes qu’à celui des Etats membres. Nul ne s’attendait à ce que ce combat -car c’en est nécessairement un , eu égard aux enjeux colossaux qui opposent les tenants de l’ordre libéral aux partisans d’une alternative progressiste- aboutisse à un illusoire « grand soir ». Il connaîtra , disions-nous, des succès et des revers et avancera par des ruptures progressives, plus ou moins profondes. Où et comment émergeraient les secousses capables d’ébranler le molosse , nul ne pouvait le prédire. Il revenait à chaque force politique favorable à cette issue « d’encourager les citoyens à contester les fondements de classe et de domination des peuples qui ont fait de l’Union européenne ce qu’elle est progressivement devenue ». (1) Après, rien n’était écrit d’avance : l’expérience nous apprend que l’étincelle a souvent lieu là où on ne l’attendait pas.

Ce fut encore une fois le cas cette fois-ci avec, dès le scrutin européen de mai 2014, l’irruption foudroyante de Syrisa, puis sa victoire historique du 25 Janvier 2015 et enfin la révélation des qualités de véritable homme d’Etat de gauche du nouveau Chef du gouvernement grec -« personnage tout à fait exceptionnel en ce sens qu’il essaie, avec une grande force, de tenir ses promesses » ! (2) Admirable peuple grec qui, après avoir su éviter les pièges mortels qui lui étaient tendus , en choisissant de porter au pouvoir une authentique force de gauche, vient de résister aux innombrables sirènes de la capitulation en votant NON ! Chacun en est conscient : la nouvelle étape ouverte par cette belle victoire de la démocratie sur la loi de l’argent et la morgue des puissants s’annonce encore plus impitoyable que la précédente. Quiconque aspire à un vrai changement en Europe a désormais vis-à-vis de ce peuple et de ses dirigeants un immense devoir de solidarité. N’oublions pas qu’en se mobilisant pour leurs droits et leur dignité, nos amis grecs sont au tout premier rang d’un engagement qui nous concerne tous . Il dépend des Européens dans leur ensemble de faire de 2015 l’An 1 de la refondation de l’Europe.

————
(1) « Refonder l’Europe -Contribution au débat et à l’élaboration par les communistes d’un nouveau projet européen » (16/11/2013)
(2) Costa-Gavras, grand cinéaste franco-grec (« Le Monde » – 5/7/2015)

9 juillet 2015 at 9:24 Laisser un commentaire

LA GRÈCE A BESOIN DE BEAUCOUP PLUS DE SOLIDARITÉ !

wurtz-l-humanite-dimancheJamais, depuis le début de la construction européenne, un tel affrontement -disons le mot : « de classe »- entre les autorités les plus puissantes de l’UE et un pays membre n’avait encore eu lieu. Alors que les principaux dirigeants en place avaient l’habitude de traiter avec des interlocuteurs consentants ou des contestataires malléables, voilà un gouvernement issu de la mobilisation populaire et fermement décidé à rester fidèle à ses engagements. Pour le « directoire » européen, l’enjeu du conflit dépasse de loin la question, financièrement insignifiante, des 7,2 milliards de prêts si souvent évoqués ! Il porte sur l’essentiel : le pouvoir. L’aristocratie en place sent depuis trois ou quatre ans le consensus sur lequel reposait traditionnellement sa suprématie fondre comme neige au soleil. Elle craint comme la peste de se voir submerger par une vague populaire qui pourrait devenir irrésistible grâce à la force de l’espoir d’une « autre Europe ». Il est donc vital aux yeux de ces hobereaux de casser cet espoir -avec pour seule limite à leur hargne l’inquiétude quant aux conséquences de leurs actes sur la construction européenne elle-même.

On comprend dès lors combien il est devenu décisif pour notre avenir à tous -hormis les nantis arc-boutés sur leurs privilèges et leur pouvoir hégémonique ou les populistes qui spéculent sur le chaos pour creuser leur trou- que le difficile combat de Syrisa finisse par réussir. Mais pour cela, la solidarité avec la Grèce doit prendre une tout autre dimension ! Nous avons besoin d’une bataille d’idées large, rassembleuse, authentiquement populaire ! Il faut en particulier rendre visible l’évolution « souterraine » du rapport de force en popularisant les nombreuses prises de position récentes suffisamment significatives pour crédibiliser la lutte du peuple grec et de son gouvernement.

Exemple : les conclusions des travaux des experts du « Comité pour la vérité sur la dette » mis en place par le Parlement grec (et qui juge une bonne partie de celle-ci « illégale, illégitime et odieuse ») sont prises très au sérieux dans certains milieux économiques , qui y voient « une arme utile pour Athènes » et « une déconstruction en règle du storytelling (conte ) européen sur la Grèce depuis 2010 » (1) De même, l’idée tend à s’imposer que « Les créanciers devraient reconnaître que la stratégie basée sur l’austérité a échoué » . La citation est de Paul De Grauwe, une personnalité belge clairement libérale qui enseigne à la fameuse « London School of Economics », fréquentée par nombre de sommités mondiales ! Et celui-ci d’enfoncer le clou : « Les pays créanciers imposent des conditions qui sont de nature à rendre un compromis tout à fait impossible » et il serait « inacceptable » que la Banque centrale européenne « cesse de fournir des liquidités » poussant ainsi la Grèce à quitter l’euro (2). Encore plus étonnant : un ancien conseiller économique du Président de la Commission européenne (jusqu’en février 2014) a pris il y a peu le contre-pied des pressions officielles en expliquant « Pourquoi la Grèce devrait refuser la dernière offre de ses créanciers » (3) . Qui sait, par ailleurs, que le Chancelier social-démocrate d’Autriche, Werner Faymann, vient de se rendre à Athènes en solidarité avec Alexis Tsipras après avoir souligné que « Ce qui se passe en Grèce devrait servir d’alerte sur ce qui se passera si on n’impose que de l’austérité « ? (4). Qui connaît, enfin,  l’Appel de 58 personnalités progressistes françaises à François Hollande afin que le message de la France ne se réduise pas « à un rappel des « règles » à respecter quand la maison brûle « ? (5). Le seul « plan B », c’est la solidarité !

———–
(1) La Tribune (18/6/2015)
(2) Le Soir -Bruxelles (12/6/2015)
(3) Philippe Legrain : foreignpolicy.com (12/6/2015)
(4) 16-17/6/2015
(5) www.pcf.fr

25 juin 2015 at 11:07 Laisser un commentaire

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