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LES TROIS PILIERS DE LA « REFONDATION DE L’ EUROPE »

wurtz-l-humanite-dimancheLes développements des mouvements sociaux dans tout le pays et le large soutien que leur témoignent nos concitoyens font renaître l’espoir d’une possible nouvelle donne à gauche en 2017. Cette situation en pleine évolution renforce la pertinence du débat autour de la question de l’Europe que nous voulons. La dimension européenne de nos luttes pèsera lourd, en effet, pour réussir à imposer de vrais changements. C’est là une vaste question sur laquelle nous reviendrons abondamment dans la prochaine période.

Mais tout d’abord, qu’entendons-nous par « refondation de l’Europe ». Il convient d’autant plus de clarifier ce point que l’expression est aujourd’hui galvaudée tous azimuts : Sarkozy lui-même se l’est attribuée ! Il me semble qu’il est possible de résumer l’essentiel des transformations que cette notion représente à nos yeux en nous concentrant sur trois piliers : la question sociale; la question démocratique; la question éthique. C’est, en effet, avant tout sur ce triple terrain qu’a pris racine la défiance de masse des Européens -tous pays confondus- vis à vis du modèle européen actuel. Chacun de ces enjeux a été évoqué ces dernières semaines dans le cadre de cette « chronique ». Rappelons-en schématiquement l’esprit :

La question sociale : la priorité des politiques communes doit radicalement changer. Elle est aujourd’hui centrée sur « l’économie de marché ouverte où la concurrence est libre et non faussée » dont on constate les effets ravageurs. Il s’agit d’engager -en solidarité avec le plus de forces possibles d’autres pays européens- des batailles en rupture avec cette orientation et en faveur d’un nouveau modèle social et environnemental répondant aux attentes populaires. Cela pose , à l’échelle européenne, la question cruciale du pouvoir sur l’argent et son utilisation. Pour se libérer de la toute-puissance des marchés financiers et de leurs diktats anti-sociaux, le changement des missions de la Banque centrale européenne est décisif. Sa capacité à créer de l’argent gratuitement (80 milliards d’euros par mois actuellement !) doit servir aux dépenses publiques utiles à la société au lieu d’alimenter les opérations financières des banques. (1)

La question démocratique. On assiste , notamment depuis la crise de la zone euro en 2010, à une hyper-centralisation du pouvoir européen qui remet gravement en cause la souveraineté populaire ( mais à laquelle nos gouvernements participent activement ! ). « Refonder l’Europe » passe par l’inversion de cette verticalité de plus en plus insupportable. Les citoyens doivent être dûment impliqués dans les grands choix qui déterminent leur avenir. Le droit de chaque peuple de choisir son destin est imprescriptible. Nous voulons que les nations s’associent en choisissant ce qu’elles veulent faire ensemble pour gérer leur interdépendance de façon libre et solidaire. (2)

La question éthique. A l’opposé du naufrage moral de l’UE qu’illustre son rejet des réfugiés, une « Europe refondée » doit se fixer de grands desseins mobilisateurs : porter un modèle social avancé dans la mondialisation; rebâtir un système de sécurité collective sur le continent européen; user de son poids pour contribuer, avec des alliés des pays du Sud et des « émergents », à changer les règles dans les relations internationales…(3) . Autant de pistes qui devraient permettre de ranimer le débat démocratique européen. Et de faire renaître l’espoir.

(1) Voir notamment HD du 21/4/2016
(2) Voir notamment HD du 25/2/2016
(3) Voir notamment HD du 4/5/2016

2 juin 2016 at 6:20 Laisser un commentaire

LA CHINE S’AFFIRME ET SE TOURNE VERS L’EUROPE

wurtz-l-humanite-dimancheA peine un an après la disparition de l’Union soviétique, l’administration américaine publiait un document-clé qui continue de servir de référence à Washington : la « Defense strategic guidance » de 1992. Sa ligne directrice : empêcher désormais coûte que coûte l’émergence d’une nouvelle puissance capable de menacer le leadership des Etats-Unis. Ce texte ciblait naturellement, au départ, avant tout la Russie, mais sa doctrine dominatrice vise également, et de plus en plus, la Chine. Or, force est de constater que les déconvenues s’accumulent depuis quelques temps à cet égard pour tous ceux qui, outre-Atlantique, rêvent d’une hégémonie éternelle pour la « Nation indispensable ».

On se souvient ainsi du lancement, par Pékin, il y a un an, de la « Banque asiatique d’investissements pour les infrastructures » ( BAII ) qui arracha ce cri du coeur à l’ex-Secrétaire au Trésor américain, Larry Summers : « On s’en souviendra peut-être comme du moment où les Etats-Unis ont cessé d’être le garant final de l’économie globale ». C’est que, malgré les pressions de la Maison Blanche sur ses alliés, notamment européens, la plupart d’entres eux -y compris Londres !- finirent par céder au principe de réalité en rejoignant les BRICS au grand complet ( Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud ) et bien d’autres pays dans le capital de ce qui n’est autre qu’une amorce d’alternative -non hégémonique- au Fonds Monétaire International.

Moins flamboyant mais non sans portée symbolique était déjà auparavant l’élargissement successif, aussi discret qu’impressionnant, de « l’Organisation de Coopération de Shanghaï » ( OCS ). Créée il y a 20 ans entre la Chine, la Russie et quelques pays d’Asie centrale, cet ensemble a, entretemps, aggloméré nombre d’Etats au statut varié -membres, observateurs, partenaires- parmi lesquels l’Inde et l’Iran. Ensemble, ils représentent pas moins de 40% de l’humanité, possèdent d’importantes ressources énergétiques et disposent de forces armées dissuasives…Et ensemble, ils ont dénoncé « le renforcement unilatéral des systèmes de défense antimissile par un quelconque Etat » ( Suivez leur regard ).

Mais le projet chinois le plus impressionnant -et qui nous concerne directement- est celui de la « nouvelle route de la soie ». Lancée en 2013, l’initiative renoue avec un symbole d’échanges entre l’Orient et l’Occident vieux de 2000 ans. Elle vise rien de moins que de « favoriser l’interconnexion entre les continents asiatique, européen et africain ainsi que les mers et océans adjacents » (1) . Tout au long de cet immense parcours, un dialogue est proposé à chaque pays riverain ou proche en vue de développer les infrastructures régionales, de bâtir un réseau de transport, mais aussi de multiplier les échanges culturels, avec la volonté affichée avec insistance par les autorités chinoises d’ « asseoir l’approfondissement de la coopération sur une base populaire solide » (2). Il fallait entendre à ce propos le nouveau responsable du département international du PC chinois, Song Tao : « Travaillons ensemble ; chacun a besoin de l’autre; il nous faut un développement commun dans la paix et la concertation; nous devons échanger régulièrement sur les grands dossiers internationaux communs; nous pouvons réduire nos malentendus; renforçons le dialogue culturel entre l’Orient et l’Occident »…(3) Cela nous change des négociations transatlantiques sur le TAFTA ! Certes, les rapports Chine-Europe ne sont pas sans problèmes : abordons-les en toute clarté. Mais sachons saisir résolument la main qui nous est tendue.

———
(1) Voir « Construisons ensemble la ceinture économique de la Route de la soie et la Route de la soie maritime du XXI ème siècle » ( Éditions en langues étrangères – Beijing 2015 )
(2) Idem
(3) Le 18/5/2016 à Pékin devant près de 80 responsables politiques de nombreux pays européens.

26 Mai 2016 at 3:49 Laisser un commentaire

DANGEREUSE ESCALADE DE L’OTAN A L’EST DE L’EUROPE

wurtz-l-humanite-dimancheQue cherche Washington ? Et surtout qu’espèrent gagner les dirigeants européens à s’embarquer dans cette nouvelle et dangereuse provocation vis à vis de Moscou ? Est-ce donc de plus de tensions que nous avons besoin sur notre continent dans cette période ! L’OTAN vient d’inaugurer en Roumanie ( le 12 mai dernier ) un premier site, qualifié de « stratégique » par l’organisation elle-même, de missiles antimissiles, tandis que les travaux d’un second site ont été lancés le lendemain en Pologne. Sont appelés à suivre des installations de radars en Turquie et des navires de guerre américains en Méditerranée . Les Pays-Bas , le Danemark seront également associés sous différentes formes à cette aventure ! Quant au QG du « bouclier antimissile », il sera à la base de Ramstein en Allemagne. Or chacun sait depuis de longues années que ce projet est, avec l’élargissement de l’OTAN jusqu’aux frontières de la Russie, la pomme de discorde par excellence entre l’Ouest et l’Est, Moscou y voyant une rupture de l’équilibre stratégique, et, par conséquent, une menace pour la sécurité du pays. Désormais, « une partie du potentiel nucléaire américain (est) implanté en Europe de l’Est » a aussitôt déclaré Vladimir Poutine. Il n’y a aucun doute pour personne sur le fait que le Kremlin va répliquer, sous une forme ou une autre, à cet acte délibérément hostile à son encontre. L’escalade est en marche.

D’autant que ce nouvel épisode de la « néo-guerre froide » s’inscrit dans une série de décisions de même inspiration. Ainsi, en ce moment même se déroulent en Estonie -et plus précisément dans une zone frontalière de la Russie- des exercices de grande ampleur, mobilisant 6000 soldats de dix pays de l’OTAN ainsi que des bombardiers, des chasseurs et des hélicoptères. Des manœuvres navales de l’OTAN sont, par ailleurs, annoncées , à partir du même pays, dans la mer Baltique dans quelques semaines . Pour la toute première fois, des blindés américains paraderont sous peu en Finlande, autre frontière de la Russie. Sans oublier l’accueil favorable  réservé par le Pentagone à la demande des Pays baltes et de la Pologne de voir déployer quatre bataillons supplémentaires sur leur territoire -une mesure qui a, naturellement, aussitôt entraîné une « riposte appropriée » de la Russie sous la forme de la création de trois divisions militaires supplémentaires . Spirale mortelle.

Rappelons que « L’Acte fondateur OTAN-Russie », signé en 1997, engage notamment l’OTAN à ne pas déployer de forces importantes ni d’infrastructures supplémentaires dans les nouveaux pays membres de l’Alliance occidentales. Mais, pour le ministre des Affaires étrangères polonais, il ne s’agit là que d’une « Déclaration politique et non d’un document contraignant ». A ses yeux, la Russie est un « adversaire géopolitique » : il a donc demandé d’annuler ce passage du texte en question ! L’OTAN a décidé de tenir son prochain Sommet des 8 et 9 juillet prochains …à Varsovie . Celui-ci fixera en particulier la mission des troupes occidentales dans les pays baltes ainsi qu’en Pologne et en Roumanie . Selon « Der Spiegel », il est prévu que chacun ( vous avez bien lu ) des 28 pays membres de l’OTAN  envoie un bataillon pouvant comporter jusqu’à 1000 soldats. Qu’en pensent nos concitoyens ? Les Européens en général ? En sont-ils seulement informés ? Il est temps de les aider à ouvrir les yeux.

19 Mai 2016 at 8:57 1 commentaire

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