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UKRAINE : LA NEGOCIATION OU LE CHAOS.

wurtz-l-humanite-dimancheL’explosion en plein vol d’un avion de ligne au-dessus de l’Ukraine constitue une épouvantable tragédie . Elle nous rappelle l’urgence absolue d’une solution politique à la crise -en fait, à la guerre- ukrainienne . Car aujourd’hui, le pire devient possible. Les apprentis-sorciers responsables de ce tir meurtrier devront répondre de leur crime. Ils seront disqualifiés pour défendre la cause qu’ils prétendent servir -et ce quel que soit le « camp » auquel ils appartiennent. D’une façon générale, ni les dirigeants de Kiev (et leur irresponsable illusion d’une solution militaire au conflit ukrainien) , ni les aventuriers armés de la partie orientale du pays (qui plongent chaque jour un peu plus profondément la population de la région dans une dramatique impasse) ne méritent notre confiance ou notre sympathie. C’est d’abord à leur niveau que se situe la cause des derniers développements du plus grand désastre que notre continent ait connu depuis la guerre en ex-Yougoslavie.

Mais qu’en est-il des acteurs officiellement extérieurs à l’Ukraine et pourtant directement impliqués dans l’engrenage qui a conduit le pays dans la situation inextricable qu’il connait aujourd’hui? Ils ont pris une part notable sinon décisive , à des moments-clés de l’enchainement des événements. C’est le cas de la Russie, mais il n’y a pas qu’elle !

« Vladimir Poutine a décidé que les règles du jeu fixées dans l’après-guerre froide par les Occidentaux sont caduques » s’insurge un expert en recherche stratégique (1). Le problème n’est-il pas précisément que les « règles » régissant les relations entre l’ « Occident » et la Russie aient été fixées unilatéralement par les « vainqueurs de la guerre froide »? Cela vaut pour l’Union européenne avec son « Partenariat oriental ». Voulue notamment par la Pologne et les Pays baltes, cette politique vise à disputer à la Russie le maximum d’influence sur les pays de l’ex-Union soviétique. Elle s’ajoute au harcèlement pratiqué à l’encontre de Moscou par l’OTAN. Bras armé des Etats-Unis en Europe, celle-ci n’a de cesse, depuis la chute du Mur, de chercher à s’élargir à l’Est , puis d’installer son « Bouclier anti-missiles »en Pologne et en République tchèque au grand dam de Moscou. Nul ne pouvait imaginer que cette fuite en avant contribuerait à une relation constructive avec la Russie.

Dans une Ukraine au bord de la faillite, et dominée par des oligarques sans scrupules , le fameux « accord d’association » proposé par l’Union européenne laissait espérer à la population -malgré un contenu en réalité fort modeste- un avenir meilleur en échange de la renonciation à un accord du pays avec la Russie. Tentant pour les Ukrainiens de l’Ouest , de culture plus européenne , mais redouté par ceux qui, à l’Est, n’entendaient pas se détacher de la Russie , ce cadeau empoisonné fut le déclencheur d’une crise qui couvait de longue date dans toute la région. La Russie de Vladimir Poutine, s’estimant une fois de plus provoquée sinon humiliée par « l’Occident », a réagi « à la russe »…avec le soutien massif de sa population .

Ce rappel ne vaut pas approbation de la politique du Kremlin, loin de là ! La conception du pouvoir incarnée par Vladimir Poutine est , à maints égards, aux antipodes de ce que à quoi peut aspirer un homme ou une femme de gauche. Mais cela ne doit pas nous faire perdre de vue cette évidence : sanctionner la Russie pour des initiatives jugées condamnables , tout en ignorant les actions occidentales qui les nourrissent, cela ne conduit en rien à une issue à la crise. C’est tout le cercle vicieux des « règles du jeu fixées dans l’après-guerre froide par les Occidentaux » qu’il faut briser. Dans cet esprit, les Européens seraient bien inspirés d’agir en faveur d’un arrêt total des opérations militaires en Ukraine : difficile ou pas, il n’y a pas d’autre chemin que celui de négociations sérieuses, prenant en considération les différences -devenues à certains égards des fossés !- entre les deux parties du pays.Et au-delà, rien ne préparerait mieux la stabilisation du continent que le lancement d’un processus de normalisation durable des relations entre les deux grands ensembles européens, l’Union européenne et la Russie, dans le respect mutuel et sur un pied d’égalité.

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(1) François Heisbourg (Libération 20/7/2014)

24 juillet 2014 at 7:06 Laisser un commentaire

LA LÉGION DU DÉSHONNEUR

Wurtz-L-humanité-dimanche

 

« Il appartient au gouvernement israélien de prendre toutes les mesures pour protéger sa population face aux menaces »(1). Ce monument d’hypocrisie restera comme un marqueur du quinquennat de François Hollande .Prise au pied de la lettre, c’est une phrase de bon sens, mais appliquée à son destinataire -le gouvernement Nétanyahou- c’est une inimaginable caution et un encouragement aveugle accordés à des personnages dangereux, connus pour être des faucons prêts à tout pour perpétuer l’occupation et la colonisation des Territoires palestiniens. Le Président français rejoint ainsi la Chancelière allemande et le Premier Ministre britannique parmi les leaders occidentaux qui peuvent méditer jour après jour l’étendue de la tragédie que « toutes les mesures » en question ont engendrée.BsrIwQKCMAAz7XB

Les uns et les autres auraient été dans leur rôle en condamnant les tir de roquettes sur Israël .A condition de mettre en perspective toute la chaîne des responsabilités qui a conduit à ce nouveau désastre et de faire clairement apparaître l’incommensurable disproportion des « menaces » évoquées ! La vérité, comme vient de le rappeler l’historien Ran Halévi, analyste reconnu de l’histoire politique d’Israël, c’est que : « Cela fait des mois que le gouvernement israélien est alerté sur la situation explosive dans les Territoires palestiniens : un processus de paix au point mort; une conjoncture économique précaire; l’accroissement spectaculaire des implantations; et pour finir, la multiplication des vexations et des exactions, souvent impunies, commises par des colons jusqu’au-boutistes » (2) . La vérité, c’est aussi que Nétanyahou a vu il y a peu sa stratégie de l’affrontement permanent contrecarrée par la réconciliation entre le Fatah et le Hamas, la constitution d’un gouvernement de consensus , et surtout par la décision américano-européenne de reconnaître ce gouvernement et de travailler avec lui. Ouvertement révulsé par cette décision qui l’isolait sur la scène internationale , le chef de la droite israélienne était à la recherche d’un prétexte pour étouffer dans l’œuf cet espoir de normalisation. Aussi n’a-t-il pas hésité à instrumentaliser la tragédie de l’enlèvement et de l’assassinat des trois jeunes Israéliens pour justifier une nouvelle guerre, au risque de précipiter une implosion du Proche-Orient .

Voilà ce qu’ont délibérément passé sous silence les alliés européens du gouvernement le plus extrémiste de l’histoire de l’Etat d’Israël. Ce message de complaisance du Président français à l’un des pouvoirs les déstabilisateurs de notre époque se situe en quelque sorte aux antipodes du « discours de Pnom Penh » par lequel le Général De Gaulle signifia, en son temps, avec lucidité et courage, à son allié (américain) qu’il faisait fausse route en livrant à un autre peuple (viêtnamien) une guerre injuste et, quel que fût le déséquilibre des forces, perdue d’avance.

La France et l’Union européenne seraient bien inspirées d’écouter les voix qui s’élèvent en Israël même, à travers le fracas des bombes, contre les forfaits de leur gouvernement. Certaines d’entre elles sont des figures de toujours du camp de la paix ,comme Uri Avneri , pour qui « une extrême droite violente, dangereuse, a poussé à l’ombre d’un gouvernement qui est lui-même d’extrême droite ». D’autres sont plus surprenantes : ainsi Eli Barnavi, ancien ambassadeur d’Israël à Paris… reconnaît aujourd’hui que « c’est notre incapacité à résoudre le problème palestinien qui constitue la principale menace pour notre sécurité », que « nous payons le prix de l’occupation, qui ronge notre ressort moral et obère notre avenir », et que « la paix sera imposée de l’extérieur ou ne sera pas » ! D’autres enfin , comme David Grossman , considéré comme l’écrivain le plus doué de sa génération, ne cachent pas leur meurtrissure face à ce que la politique de ses leaders a fait de leur pays, « une démocratie satisfaite d’elle-même, affichant des prétentions de libéralisme et d’humanisme, et qui occupe, humilie et écrase un autre peuple depuis des décennies » (2). Messieurs les dirigeants européens, réveillez-vous!

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(1) François Hollande à Benyamin Nétanyahou : entretien téléphonique du 9/7/2014.
(2) Ran Halévi (Le Figaro 10/7/2014); Uri Avneri (L’Humanité 10/7/2014); Eli Barnavi (Le Figaro 9/7/2014); David Grossman (Libération 9/7/2014).

17 juillet 2014 at 8:57 1 commentaire

LES NOUVEAUX ÉLUS EUROPÉENS AU PIED DU MUR

wurtz-l-humanite-dimancheLe Parlement européen issu des élections du 25 mai vient d’entamer, avec la nouvelle législature 2014-2019, une épreuve de vérité sans précédent : cinq années potentiellement explosives, tant le seuil de tolérance du modèle libéral et autoritaire qu’incarne « Bruxelles » est aujourd’hui dépassé !Tous ou presque en ont conscience. Rares sont ceux qui ne promettent pas, la main sur le cœur, d’en tirer pleinement les leçons. Mais qu’entendent-ils par là ?

Nombreux sont ceux, par exemple, à droite comme à gauche, qui ne sont pas loin de penser que la « victoire » qu’ils viennent de remporter sur les Chefs d’Etat et de gouvernement en optant pour un Président de la Commission européenne « choisi par les électeurs » -Jean-Claude Juncker était le candidat des Chrétiens-Démocrates, qui sont arrivés en tête lors du dernier scrutin- est de nature à satisfaire l’exigence d’une implication effective des citoyens dans l’élaboration des politiques européennes, le contrôle de leur mise en œuvre et l’évaluation de leurs effets ! Il faudra aider ces élus à sortir de leur bulle , sans quoi le réveil promet d’être douloureux!

Le même constat vaut pour l’autre demande pressante de dizaines de millions d’Européennes et d’Européens: le choix d’une nouvelle politique tournant résolument le dos à l’austérité, au profit de nouvelles priorités en matière d’emploi et de dépenses sociales. Dans ce domaine aussi, les « ambitions réformatrices » de bien des parlementaires européens sont loin du compte. C’est le cas d’un certain nombre d’élus du groupe des « Socialistes et Démocrates ».

Les uns comptent sur le « contrat de gouvernement » négocié avec Monsieur Juncker en échange de leur soutien à l’élection du Luxembourgeois au poste laissé vacant par Manuel Barroso. L’ancien Président de l’eurogroupe ne nous a pourtant pas habitués à une rébellion décoiffante envers la Chancelière allemande ou le Président de la Banque centrale européenne…Tout pas en avant sera le bienvenu, et nul ne regrettera son prédécesseur , mais de là à en attendre le « changement »…

Les autres attendent beaucoup de Matteo Renzi, l’entreprenant Président du Conseil Italien, qui a promis de « changer les mentalités » , et que même la puissante Angela Merkel a publiquement appelé « le matador » -c’est dire ! Pourtant, hormis son style ,alerte, et son sens de la communication, indéniable, ses priorités pour la présidence italienne de l’Union européenne (juillet à décembre 2014) ne sont pas particulièrement innovantes : » faire des réformes structurelles le pilier d’un nouvel agenda politique européen » fait plus frémir que sourire…Là aussi, toute mesure positive méritera notre soutien, mais gardons les yeux ouverts !

D’autres encore se satisfont plus modestement de la volonté réaffirmée par François Hollande devant les leaders sociaux-démocrates réunis à Paris, d’agir en faveur de « la croissance » et d’une lecture « plus flexible » du Pacte de stabilité…Hé ho, revenez sur Terre, s’il vous plait ! La maison brûle !

Je leur propose de se soumettre à un petit test pour jauger eux-mêmes leur capacité à se remettre en cause : le 4 juillet 2013, autrement dit il y a tout juste un an, leurs groupes ( Droite comme « socialistes et démocrates ») adoptaient une résolution approuvant « l’ouverture des négociations ( entre l’UE, les États-Unis et une vingtaine d’autres États industrialisés) sur un accord multilatéral sur les services » dont un dirigeant de « l’Internationale des services publics », David Boys, disait l’autre jour qu’ « il menace l’existence même des services publics » (1) Question : quelle est, aujourd’hui, votre position sur ces négociations ( au contenu maintenu strictement secret à l’exception des révélations de Wikileaks ) , et, le cas échéant, quelles actions êtes-vous prêts à engager pour alerter les citoyens sur le danger que représente ce projet et faire barrage à sa réalisation ? La même démarche est applicable aux négociations en cours sur le « Grand Marché Transatlantique », à la directive sur le détachement des travailleurs, comme, vraisemblablement à nombre de propositions de la feuille de route de la prochaine Commission. Les occasions vont être nombreuses d’en débattre au grand jour. Ce ne sera pas un luxe.

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(1) Interview dans l’Humanité (26/6/2014)

3 juillet 2014 at 6:33 Laisser un commentaire

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