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La face cachée 
des « eurobonds »

L’Euro et l’Europe actuels sont « au bord du gouffre » (Jacques Delors), mais leurs dirigeants et leurs idéologues ne peuvent se résoudre à envisager une refondation de cette construction. Alors, ils échafaudent une cascade de « solutions » qui ont toutes pour points communs d’abord de chercher à « rassurer les marchés financiers », ensuite de considérer comme la priorité absolue la lutte acharnée contre les déficits au détriment du développement social, enfin de préconiser une concentration de pouvoirs coercitifs au plus haut niveau (européen), court-circuitant de fait les organes démocratiques nationaux et 
la souveraineté populaire.

Dans ce contexte, la panacée en cette rentrée semble être la création d’« eurobonds » (obligations européennes). Il s’agirait de mettre en commun une partie de la dette de tous les 
pays de la zone euro et d’émettre dès lors des titres de dettes non plus au nom d’un État mais de toute la zone. On mélangerait ainsi des dettes très recherchées par les « investisseurs », car sans risque, et des dettes de pays aux finances fragiles mais désormais garanties par les autres États. Dès lors, le taux d’intérêt – uniforme – exigé par les créanciers serait moins élevé que celui imposé aujourd’hui à la Grèce ou à l’Espagne, mais certainement plus haut que celui concédé jusqu’ici à l’Allemagne (et à la France). 

Voilà donc une mesure qui a l’apparence de la « solidarité européenne », sinon la marque de la gauche… D’ailleurs, le PS, toutes tendances confondues, en est partisan. Daniel Cohn-Bendit tout comme Eva Joly s’en réclament. Les socialistes allemands et grecs sont unis pour l’exiger. Il faut pourtant y voir de plus près. D’abord, les « marchés », eux aussi, trépignent d’impatience d’en disposer, et les premiers à avoir lancé l’idée sont M. Juncker, le président du groupe des ministres des Finances de la zone euro, et M. Trémonti, le grand argentier du gouvernement Berlusconi.

Ce ne sont pas des références indiscutables…

Mais surtout, si l’Allemagne était finalement poussée à accepter d’affaiblir sa propre position sur les marchés en intégrant à sa dette AAA des dettes de pays financièrement menacés, on a froid dans le dos en imaginant la contrepartie imposée à ces derniers ! Leur politique économique et budgétaire, leur législation sociale et un solide programme de privatisations seraient immanquablement pilotés d’en haut au nom d’une « gouvernance européenne » capable d’inspirer confiance aux « investisseurs »… Un tel saut dans le renoncement à la démocratie et à la souveraineté serait à la « règle d’or » ce que le plat de résistance est au hors-d’œuvre. À gauche, les thuriféraires des « eurobonds » seraient donc bien inspirés de dévoiler les deux faces de la médaille et de passer de l’illusion d’un aménagement de l’« Europe » actuelle à sa profonde transformation.

Cet été, trois personnages hors du commun nous ont quittés : Léo Figuères, maire honoraire de Malakoff (Hauts-de-Seine), figure de la Résistance et du combat anticolonial, s’est éteint à 93 ans ; Serge Tarassioux, jeune et brillant maire de Pierre-Bénite (Rhône) « incarnant une nouvelle génération d’élus et de responsables », 
a été foudroyé par un infarctus à 41 ans ; Allain Leprest, poète et chanteur révolté, écorché et généreux, ami de Jean Ferrat et cher à notre cœur à tous, s’est donné la mort à 57 ans. Trois communistes, différents par leur âge, leur sensibilité, leur parcours, mais dont l’engagement force dans chaque cas le respect 
et la sympathie. Comme tous leurs innombrables amis, je voulais leur rendre hommage.

4 septembre 2011 at 9:24 Laisser un commentaire

TROIS PISTES CONTRE LA CRISE

Faut-il que l’actuelle Union européenne soit moribonde et sa légitimité épuisée parmi les citoyens pour qu’un Jacques Delors,l’un des concepteurs du marché unique,de la libre circulation des capitaux,de la monnaie unique,de la Banque centrale européenne (BCE) « indépendante »…en viennne à affirmer que « l’euro et l’Europe sont au bord du gouffre » et à qualifier de « gadget farfelu » une proposition solennelle de Jean-Claude Trichet, le président de la sacro-sainte BCE ( il s’agit de l’idée de nommer un ministre européen des finances doté d’un droit de veto sur des décisions des Etats membres!)!Ce type d’épisode en dit long sur le désarroi qui rêgne désormais aussi bien parmi les dirigeants de cette « Union » que chez les idéologues d’une construction en situation de pré-implosion.

Cette situation,tout à la fois,recelle de grands dangers et peut ouvrir des opportunités à l’action pour un vrai changement.Les dangers sont évidents:celui d’une fuite en avant sans limite autre que celle de la résistance des peuples dans des politiques de régression sociale phénoménales,mais aussi,et de plus en plus,celui d’un démontage sans précédent depuis la création de la Communauté européenne de fondements essentiels de la démocratie et de la souveraineté,au nom de la nécessité de « rassurer les marchés ».Les « propositions » pernicieuses qui circulent de toutes parts à cet égard sont à décrypter avec soin et à combattre résolument.

Qu’en est-il à présent des « opportunités » à saisir pour faire partager largement des idées alternatives?Les décideurs actuels et leurs idéologues perdant tous les jours un peu plus de leur crédibilité auprès des Européens, et les mesures préconisées étant aux antipodes des attentes populaires et citoyennes,les idées alternatives,pour peu qu’elles aillent au fond des problèmes et prennent en considération les exigences légitimes qui montent de toutes les sociétés européennes,sont susceptibles de recueillir un écho tel qu’elles peuvent devenir incontournables.L’exemple de la taxation des transactions financières,dont le principe est aujourd’hui retenu par ceux-là même qui naguère en écartaient l’idée d’un revers de manche,est éclairant. Une fois la brèche ouverte,les luttes peuvent permettre de l’élargir toujours plus.Cela ne vaut pas que pour la « taxe Tobin ».

Parmi toutes les mesures alternatives en débat, certaines paraissent particulièrement rassembleuses dans le contexte présent. Citons trois pistes.

Le refus de l’austérité,tout d’abord,qui,en plus d’être profondément injuste,est à l’opposé d’une solution à la crise.La logique alternative passe par une profonde réforme fiscale;une nouvelle politique du crédit (le crédit sélectif,favorable aux investissements créateurs d’emplois et très dissuasif en cas d’opérations financières);le développement des services publics;la responsabilisation des entreprises en matière d’emploi,de formation,de salaire,d’environnement.

La mise en cause de la toute-puissance des marchés financiers,ensuite.A cet égard,l’interdiction des parafis fiscaux et l’interdiction des instruments purements spéculatifs est nécessaire mais pas suffisant. Il faut le recours au pouvoir (illimité !) de création monétaire de la BCE. Celle-ci peut, en plus de l’achat de titres publics,assurer,sans risque d’inflation non maitrisée,assurer le financement (par prêts à des taux très faibles voire nuls et à long terme) d’investissements publics massifs en faveur du développement social et écologique.La constitution de pôles financiers publics va dans le même sens. De même que l’organisation d’une bataille internationale pour mettre en cause la domination du dollar.

Le troisième axe allant de pair avec tout ce qui précède est la défense et la promotion des droits démocratiques,depuis les droits d’intervention des salariés dans les entreprises jusqu’à l’exercice effectif de la citoyenneté dans la vie sociale,y compris en matière de souveraineté nationale. Cette fois , l’Europe est bien placée devant un choix de civilisation.

25 août 2011 at 12:53 1 commentaire

L’INSATIABLE APPETIT DES MARCHÉS

La douloureuse expérience de cet été aura -espérons le!- définitivement prouvé à qui en aurait douté que l’appétit des marchés financiers est décidément insatiable et que toute stratégie visant à les « rassurer » plutôt qu’à s’en émanciper entrainera l’Europe entière dans un engrenage fatal, tant sur le plan social qu’en ce qui concerne la démocratie. Petit retour en arrière. « C’est une nouvelle ère qui commence dans l’histoire de l’euro » se rassurait « Die Tageszeitung » de Berlin au lendemain de l’accord « historique » du 21 juillet entre les chefs d’Etat et de gouvernement de la zone euro. Pour tous les responsables, la contagion de la crise était enfin enrayée. Nicolas Sarkozy célébrait « l’ébauche d’un Fonds monétaire européen ». De fait, ce 21 juillet, les dirigeants européens avaient décidé de mesures qui, dans leur logique -rassurer les marchés- paraissaient plus audacieuses que jamais : nouveau « plan d’aide » à la Grèce de 160 milliards d’euros, et surtout pouvoir confié au Fonds européen de stabilité financière (FESF, garanti par les Etats membres à hauteur de 440 milliards d’euros, dont 89 milliards par la France) de racheter des titres de dettes ou d’accorder des prêts à des pays de la zone en difficulté. Et ce dès fin septembre, après ratification des parlements nationaux. 

Moins de quinze jours après, pourtant, la tempête financière se déchainait de plus belle, touchant à présent le cœur de la zone : Espagne et Italie. M. Barroso, le président de la Commission européenne, dut reconnaitre piteusement que « les décisions audacieuses du 21 juillet n’ont pas eu les effets escomptés ». Devant cet échec, le président de la BCE, Jean-Claude Trichet, crût calmer le jeu en rachetant des titres de dette publique en attendant que le FESF soit autorisé à le faire. Il accorda aussi des crédits supplémentaires aux banques qui hésitent à nouveau à se prêter de l’argent entre elles. Rien n’y fit : même « la BCE n’a pas réussi à modifier l’humeur des marchés », titrait « Les Echos » le 5 août. Les « investisseurs » avaient remarqué qu’elle s’était contentée de racheter de la dette des petits pays. Ils exigeaient qu’elle fasse de même pour les gros. « Standard & Poor’s », l’agence de notation qui avait dégradé la note des USA, s’en mêla, soulignant que « la BCE doit continuer à se montrer rassurante » pour les marchés. Ce qu’elle fit, en acceptant le 8 août ce qu’elle avait strictement refusé le 4 : racheter des titres espagnols et italiens. Mais avec, en contre-partie, une quasi-mise sous tutelle de l’Italie, qui a conduit l’ancien et illustre commissaire européen, pourtant libéral, italien, Mario Monti, à lancer ce terrible cri du cœur : « Désormais l’Italie est dirigée par un podestat étranger »!(Sous le fascisme, le podestat, nommé par décret royal, concentrait tous les pouvoirs normalement dévolus aux organes démocratiques dans chaque commune). 

Quelle sera la prochaine étape dans cette descente aux enfers pour les peuples et la démocratie destinée à rassurer les marchés ? Un ministre des finances européen doté d’un droit de véto sur les choix nationaux ? Un Président européen (de préférence allemand a suggéré un ex- économiste du FMI…)? Un  » Conseil de stabilité » chargé de surveiller, gérer, sanctionner des Etats « laxistes »? Comment contribuer à contrer cette fuite en avant redoutable et sans limite? Nous y reviendrons dans la prochaine chronique.

22 août 2011 at 11:41 Laisser un commentaire

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