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MONTI : DE « SUPER MARIO » AU SUPER FIASCO
La contre-performance électorale du Chef du gouvernement italien sortant est tout sauf anecdotique. Elle offre de multiples sujets de méditation à tous les dirigeants européens qui avaient vu en Mario Monti le « sauveur » de l’Italie et dans sa trajectoire politique atypique un modèle pour l’Europe « postdémocratique ». Ils ne peuvent que constater aujourd’hui que, dans leur laboratoire politique italien, l’opération « Super Mario » vient de déboucher sur un super fiasco.
Pourtant, jusqu’à une période récente, il n’y avait chez eux aucune place aux doutes. Le Président du Conseil européen, M. Van Rompuy, assurait il y a peu qu’ « il n’y a pas d’alternative à M. Monti pour l’Italie ». Pour le grand argentier allemand, Wolgang Schäuble, Mario Monti était « le bon dirigeant, au bon endroit,au bon moment ». Quant à François Hollande, il lui paraissait incontestable qu’il avait « permis à l’Italie de se redresser ». Vraiment?
Le chômage y a bondi au-delà de 11% sans compter un sous-emploi colossal.114 000 entreprises y ont fermé pour la seule année 2012. Des milliers de jeunes diplômés s’exilent . Tout le pays s’est appauvri et le Sud du pays s’enfonce dans la misère. Aux 200 milliards d’euros d’ « économies » déjà décidées sous Berlusconi, le sauveur Monti a rajouté une purge de 100 milliards au prix de nouvelles réductions drastiques de dépenses publiques et d’une lourde taxe sur le logement. L’âge de la retraite a été repoussé à 66 ans et l’indexation des pensions sur l’inflation supprimée. Le marché du travail a été fortement « flexibilisé » et les licenciements facilités. « Ce qu’il a fait -souligne le directeur-adjoint de campagne de M. Monti…pour louer son courage- c’est Thatcher multiplié par mille »! Et pourquoi tous ses sacrifices? A la place de la croissance annoncée, l’économie plonge dans la récession. Quant à l’écrasante dette publique, loin d’amorcer sa décrue, elle a…augmenté de quelque 120 milliards d’euros! On marche sur la tête. Des révisions déchirantes s’imposent aux croisés de l’austérité. Telle est la première exigence qui émerge du bilan des quinze mois de régime expérimental Monti.
Mais il faut aller plus loin, en éclairant la nature de la mission confiée par les principaux dirigeants européens à leur ancien Commissaire: rassurer à n’importe quel prix les marchés financiers vis-à-vis de la troisième économie de la zone euro. Une responsable de l’Union bancaire privée , à Genève, Mme Christel Rendu de Lint (citée par l’Expansion), résume bien l’enjeu de l’opération Monti: « Ce que veulent les marchés, c’est un gouvernement stable qui applique à la lettre les exigences de l’Union européenne, et au final de l’Allemagne. C’est ce que M.Monti a fait à la lettre. « Ce qui l’a fait trébucher. De là, une deuxième leçon d’envergure pour qui veut regarder en face l’avenir de l’UE: même avec un « homme providentiel » et le soutien résolu de Bruxelles, la loi des marchés, ça ne passe pas. Donc, pas d’échappatoire à une profonde réforme de la Banque centrale européenne, propre à donner aux Etats de la zone euro les moyens de se libérer de la dictature des marchés financiers.
Enfin,l’avenir de la démocratie en Europe est le troisième enjeu mis au jour par l’expérience Monti. Au plus haut niveau de l’UE, on a cru que le fait de propulser l’un des leurs -qui plus est un ancien de Goldman Sachs- sans élection à la tête d’un gouvenement « technique » grâce aux pressions des « investisseurs » sur les taux d’intérêts, était la solution idéale pour se libérer des contraintes de la démocratie élective. Une sorte de tutelle, en somme. Eh bien, c’est raté!
LES FOSSOYEURS DU PROJET EUROPEEN
Dira-t-on un jour du 8 février 2013 – où a été conclu le « bon compromis » entre les Chefs d’Etat et de gouvernement sur le budget européen pour la période 2014-2020- qu’il fut un signe annonciateur de l’effondrement du projet européen? A moins d’un véritable sursaut, c’est plausible. Car, loin de tirer du bilan effroyable de la cure d’austérité de ces dernières années (12% de chômeurs dans la zone euro et un quart de la population de l’UE menacé de pauvreté!) la conclusion qu’un changement de cap est vital, les principaux dirigeants européens viennent d’engager leur « Union » dans une descente aux enfers.
Tout budget est l’expression de choix politiques. Comment qualifier ceux qui ont abouti à ce fiasco: pour la première fois, le cadre financier pour les sept prochaines années est en recul absolu sur celui des sept années précédentes? (Moins 3% en chiffres nets, moins 10% par rapport aux richesses produites) et ce malgré l’explosion des besoins, les promesses de « croissance » …et l’arrivée, cette année d’un 28 ème pays membre (La Croatie) !
Scandale suprême: les maigres dépenses de solidarité sont les plus cruellement rabotées. L’aide aux plus démunis? Elle chute de 40% tout en concernant huit pays de plus que jusqu’ici ! Le fonds de secours aux victimes de grosses restructurations ? Il est réduit des deux tiers ! Les crédits de solidarité en cas de catastrophe naturelle ? Moitié moins ! En revanche, les Etats qui, à l’instar de la Grande- Bretagne (depuis l’ère Thatcher en 1984 !), ont exigé et obtenu un rabais annuel de leur versement au budget européen (De l’ordre de quatre milliards d’euros par an pour la seule Grande-Bretagne !) le conservent: Allemagne, Pays-Bas, Finlande, Suède, Autriche, et désormais aussi Danemark. C’est bien de « dé-construction européenne » qu’il faut parler.
A qui la faute? A l’horrible Camerone, bien sûr, et à son chantage thatchérien destiné à séduire l’électorat le plus conservateur et europhobe d’outre-Manche. Mais tout autant à ceux qui lui ont cédé par complicité (Merkel partage sur le fond sa conception purement libre-échangiste de l’Europe) ou qui ont capitulé par manque de vision sinon de courage politique. Le Président français aurait pu -aurait dû- prendre la tête d’une contre-offensive en en appelant tant au Parlement européen (qui n’aurait pu que le suivre) qu’aux peuples européens eux-mêmes. « Quelle Europe voulons-nous? C’est le moment de choisir et d’agir ! » Cela aurait provoqué une crise? Oui, mais une crise salutaire, à même de mobiliser les Européens pour leurs aspirations communes. Quant au budget, en attendant, c’est l’actuel qui aurait, selon les traités, été prolongé -ce qui aurait été provisoirement acceptable. Trois jours plus tôt, François Hollande se faisait applaudir par les parlementaires de Strasbourg en déclarant: « Où serait la cohérence d’avoir défini au mois de juin un pacte de croissance et de faire ensuite un pacte de déflation à travers le cadre financier européen? « En effet ! Belle occasion perdue de faire suivre des paroles fortes par des actes clairs! Désormais, c’est aux députés européens de prendre leurs responsabilités en refusant d’entériner ce budget de fossoyeurs du projet européen. Ils ont le pouvoir de ré-ouvrir le jeu. Tout doit être fait pour qu’ils résistent aux pressions que certains gouvernements ne manqueront pas d’exercer sur eux pour les faire rentrer dans le rang.
La morale de l’histoire est que, décidément, il est temps que la gauche de transformation s’empare avec détermination du drapeau européen pour lui donner de tout autres couleurs !
2013: L’ANNEE DES REVOLTES POPULAIRES ?
« L’euro est sauvé! » Tel est le dernier cri de victoire des dirigeants européens.On souhaiterait pouvoir se réjouir de ce type d’annonce et de l’espoir qu’il véhicule.Nous n’avons,en effet,jamais sous-estimé les risques immenses que ferait courir aux peuples un éclatement de la zone euro: déchainement des spéculateurs; hyper-concurrence entre les travailleurs des pays de l’ex-zone; « dévaluations compétitives » en séries; sans oublier la flambée des nationalismes et des populismes de tout poil…
Pour autant,le message officiel sur la « fin de la crise » est à la fois cynique et inquiétant.
Il est cynique en ce qu’il banalise les souffrances inouïes que ces mêmes dirigeants sont décidés à continuer d’imposer aux Européens au nom de ce « sauvetage » qu’ils prétendent réussi. Les Grecs?La cure d’austérité délirante qui vient encore de faire plonger leurs revenus de 22,6% en un an (!) et prive 40% de la population d’assurance-maladie (!) se poursuit en 2013.Les Portugais?Eux aussi à bout ,à force d’ « économies » et de « réformes » ,vont,en 2013,voir alourdir encore leurs impôts tandis que les sociétés espèrent voir le leur s’alléger de 25% aujourd’hui à 10% demain -un record!Les Irlandais ?Bruxelles les félicite vivement pour la sévérité du « choc de compétitivité » enduré depuis plus de quatre ans…mais les enjoint fermement à poursuivre ce plongeon social cette année.Les Chypriotes?Ils payent au prix fort l’exposition des banques du pays à la dette de la Grèce si proche et subissent à leur tour le coup de massue exigé par la « troïka »,tout en attendant dans la douleur depuis juillet dernier le premier euro d’ « aide »européenne.Plus près de nous,les Espagnols et les Italiens voient-ils s’éloigner le spectre de la crise? Les premiers viennent de qualifier leur loi de finances 2013 de « budget le plus austère depuis le retour de la démocratie ». Les seconds font le bilan de l’action du « sauveur de l’Italie »(Mario Monti) qui a placé son pays « à l’épreuve de la survie » (titre d’un rapport qui fait grand bruit à Rome) .Or le voeu le plus cher de ses pairs européens est qu’il puisse continuer son œuvre cette année.Quant aux Français,le Président les a lui-même prévenus que,du fait de ses « choix pas faciles pour la compétitivité », « ça va être très dur » en 2013.




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