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L’EUROPE DE l’AUSTERITE ET L’ALIBI GREC

François Fillon a annoncé son plan d’austérité pour les trois prochaines années dans la foulée de la « crise grecque » et du psychodrame qui a suivi,avec Madame Merkel ,le Président de la Banque centrale européenne, M. Trichet,et le Conseil européen.On nous a fait comprendre que, si,après le Portugal,l’Espagne,voire l’Italie, nous ne voulons pas attirer,à notre tour,les foudres des marchés financiers,nous devons,au plus vite,rassurer les « investisseurs » et leurs agences de notations,en nous attelant à l’assainissement de nos comptes publics.Le même scénario servit dans d’autres pays européens.

En vérité,le drame de la Grèce a servi d’alibi pour « faire passer » un programme concocté de longue date avec les autorités de Bruxelles.La Commission Barroso,soucieuse de ramener au plus vite tous les pays dans « les clous »du Pacte de stabilité après les déficits publics sans précédent creusés par le sauvetage des banques en perdition,en 2008-2009,a adressé au gouvernement français – dès le 28 Avril…2009 – des « recommandations » solennelles la sommant notamment d’ « accélérer les efforts d’assainissement budgétaire (…) en respectant ses objectifs (…) de croissance zéro des dépenses publiques.Cet effort devrait aller de pair – avait dûment précisé Bruxelles – avec une nouvelle amélioration (!) des systèmes de retraite afin d’assurer la viabilité à long terme des finances publiques. » (Traduction:les pensions doivent coûter moins cher à la Sécurité sociale…)Nicolas Sarkozy accepta d’emblée de se plier à ces injonctions (dont il avait lui-même contribué à élaborer les principes),mais tenta,dans un premier temps – calendrier électoral oblige – d’étaler sur quatre ans au lieu de trois le retour aux sacro-saints 3% de déficits publics.La Commission refusa net et demanda – dès Octobre dernier – que la France,ainsi que…19 autres pays membres sur 27,soient placés en procédure de « déficits excessifs » (1).

La France s’engagea alors à diminuer en trois ans (2011,2012,2013) de 100 milliards d’Euros les déficits de l’Etat,mais aussi des collectivités territoriales et de la Sécurité sociale.Cet engagement fut consigné par écrit en Janvier 2010.Ce « paquet »représente pas moins de 5% de l’ensemble des richesses produites en France en une année – un degré de « rigueur » jamais atteint jusqu’ici dans notre pays en temps de paix -.Il toucherait jusqu’aux catégories les plus modestes ou les plus vulnérables de la société : aide au logement;allocation adulte handicapé; prestations sociales des communes,des départements et des régions;dépenses de santé et, bien sûr,retraites.Pourtant,ces derniers jours,le Commissaire européen aux Affaires économiques et monétaires,M.Ohly Rehn,a émis des doutes sur le fait que les mesures prévues – y compris la suppression de 100 000 postes supplémentaires de fonctionnaires et d’agents publics sur trois ans – suffiraient,en l’absence de croissance,à atteindre les 100 milliards d’Euros en question.Il n’est donc pas exclu que le gouvernement prépare,dans l’ombre,des « économies » additionnelles…

Cette cogestion de l’austérité entre Bruxelles et Paris va d’ailleurs connaitre sous peu un moment fort qui doit attirer notre attention : à la mi-Juin,la Commission fera connaitre son jugement définitif sur la viabilité des « efforts » de la France.Quelle sera la réaction du gouvernement ? Et celle de nos concitoyens et concitoyennes?Ce combat ne fait décidément que commencer.

—(1)—
J’avais explicité ces faits à l’époque dans deux chroniques de l’ « Humanité-Dimanche (28/5/2009 et 22/10/2009)

10 juin 2010 at 10:07 Laisser un commentaire

Face à la crise, « chercher des voies nouvelles »

L’Interview paru le  4 juin 2010 dans l’Humanité
 
Le député honoraire (GUE-NGL) au Parlement de Strasbourg participe, ce soir, au forum coorganisé par l’Humanité. Il nous livre quelques pistes de réflexion qui seront développées lors du débat « Traité de Lisbonne, comment sortir de l’impasse politique ? ».

Face à la crise du capitalisme, qu’est-ce qui fait aujourd’hui débat au sein des forces de gauche européennes  ?

Francis Wurtz. Un certain nombre de gouvernements socialistes, impliqués dans l’appareil européen, partageaient déjà l’obsession de la chasse aux déficits publics avant la crise. Les mêmes ont avalisé des plans d’austérité sans précédent… Néanmoins, deux grands clivages subsistent au sein de la gauche. Le premier oppose ceux qui font leur les règles libérales à ceux qui ne se contentent pas de critiquer leurs excès, mais qui les contestent absolument. Le deuxième concerne le pouvoir sur l’argent. Certains parlent de « régulation », mais la question doit être celle des pouvoirs qui sont confiés aux salariés et aux citoyens. C’est un préalable nécessaire si l’on veut que le rapport de forces dans la conduite de l’économie évolue. Les débats autour du traité de Lisbonne ont d’ailleurs illustré ces clivages. Notre famille politique a contesté l’inscription des canons du libéralisme économique dans le marbre du traité, alors qu’une majorité de la gauche européenne l’a approuvé.

Les traités européens portent-ils 
la responsabilité de la crise actuelle  ?

Francis Wurtz. Oui, les traités 
et ceux qui les ont écrits sont coresponsables de la crise actuelle. Ils ont donné le pouvoir 
aux marchés. Toutes les enquêtes d’opinion, les mobilisations sociales qui se multiplient aujourd’hui partout en Europe montrent 
le rejet massif des politiques conduites par les gouvernements au nom du respect des traités européens. Face à quoi l’ancien commissaire européen Mario Monti, prenant acte que le marché unique n’a jamais été aussi impopulaire, a répondu qu’il fallait davantage de concurrence  !

Les députés français ont récemment entériné les plans d’aide à la Grèce et de sauvegarde de l’euro. Qu’est-ce que cela vous inspire  ?

Francis Wurtz. Avaliser des solutions qui non seulement vont coûter extrêmement cher sur le plan social aux peuples concernés, mais aussi 
au plan économique, donner 
son feu vert à l’intervention du FMI est d’une inconséquence totale. Joseph Stiglitz, économiste libéral, dit lui-même  : « Attention, avec l’austérité, on va dans le mur  ! Vous faites mal aux populations et vous ne pourrez pas rembourser, 
car vous cassez la croissance  ! » Les communistes ont estimé 
que c’était inacceptable et ont donc voté contre. Globalement, les gens sont révoltés 
contre ce type de solutions. 
Il faut désormais que cela 
se traduise au niveau 
des choix.

Pour répondre à la crise 
du capitalisme, certains évoquent l’idée d’une nouvelle gouvernance, voire d’une sortie de l’euro. 
S’agit-il de solutions  ?

Francis Wurtz. Le terme 
de gouvernance est piégé. 
Quand madame Merkel l’évoque aujourd’hui, elle vise à renforcer la surveillance des politiques économiques et budgétaires 
des États membres par l’Union européenne. Il y a là un fil rouge, celui de la dépolitisation 
de l’économie et l’idée que 
les grandes décisions ne feraient plus l’objet d’un choix démocratique 
des peuples. Cela pose la question des droits des salariés, des citoyens, des élus, de la souveraineté populaire au sens large.

Quant à la sortie de la zone euro, c’est une fausse bonne solution. 
Si la Grèce venait à quitter la zone euro, elle aurait à rembourser 
une dette très lourde en monnaie 
de singe et avec tous les spéculateurs du monde sur le dos. L’Europe doit soustraire son développement aux marchés financiers. Dans cette perspective, la Banque centrale 
a un rôle à jouer, notamment 
en servant les États, non plus 
les banques. Elle favoriserait ainsi 
la création de richesses, au service 
du progrès social, de l’emploi, 
de l’environnement…

Comment faire entendre cette alternative  ?

Francis Wurtz. Face à ce démantèlement structurel des acquis de plusieurs générations, il faut mener des mobilisations et une bataille d’idées au niveau exigé par les circonstances, pour enrayer la logique actuelle et faire progressivement avancer une logique alternative. Le forum organisé ce week-end à l’initiative de Patrick 
Le Hyaric tombe à pic, 
dans la mesure où les participants constituent un éventail assez pluriel d’hommes et de femmes qui ont en commun de chercher des voies nouvelles. Il est très important de permettre aux points de vue de se confronter en articulant les débats politiques sur l’action. 
Je suis offensif, parce que l’expérience vécue par tout le monde fait sauter des blocages et favorise 
la réflexion politique et parfois avec un niveau d’exigence inattendu.

Entretien réalisé par Cyril Charon

9 juin 2010 at 4:34 Laisser un commentaire

La sortie de la zone euro, c’est une fausse bonne solution

L’Interview paru le  22Mai 2010 dans l’Humanité

Le député honoraire (GUE-NGL) au Parlement de Strasbourg participe, ce soir, au forum coorganisé par l’Humanité. Il nous livre quelques pistes de réfl exion qui seront développées lors du débat « Traité de Lisbonne, comment sortir de l’impasse politique ? ». 

Face à la crise du capitalisme, qu’est-ce qui fait aujourd’hui débat au sein des forces de gauche européennes ?
Francis Wurtz. Un certain nombre de gouvernements socialistes, impliqués dans l’appareil européen, partageaient déjà l’obsession de la chasse aux déficits publics avant la crise. Les mêmes ont avalisé des plans d’austérité sans précédent… Néanmoins, deux grands clivages subsistent au sein de la gauche. Le premier oppose ceux qui font leur les règles libérales à ceux qui ne se contentent pas de critiquer leurs excès, mais qui les contestent absolument. Le deuxième concerne le pouvoir sur l’argent. Certains parlent de « régulation », mais la question doit être celle des pouvoirs qui sont confiés aux salariés et aux citoyens. C’est un préalable nécessaire si l’on veut que le rapport de forces dans la conduite de l’économie évolue. Les débats autour du traité de Lisbonne ont d’ailleurs illustré ces clivages. Notre famille politique a contesté l’inscription des canons du libéralisme économique dans le marbre du traité, alors qu’une majorité de la gauche européenne l’a approuvé.

Les traités européens portent-ils la responsabilité de la crise actuelle ?
Francis Wurtz. Oui, les traités et ceux qui les ont écrits sont coresponsables de la crise actuelle. Ils ont donné le pouvoir aux marchés. Toutes les enquêtes d’opinion, les mobilisations sociales qui se multiplient aujourd’hui partout en Europe montrent le rejet massif des politiques conduites par les gouvernements au nom du respect des traités européens. Face à quoi l’ancien commissaire européen Mario Monti, prenant acte que le marché unique n’a jamais été aussi impopulaire, a répondu qu’il fallait davantage de concurrence !

Les députés français ont récemment entériné les plans d’aide à la Grèce et de sauvegarde de l’euro. Qu’est-ce que cela vous inspire ?
Francis Wurtz. Avaliser des solutions qui non seulement vont coûter extrêmement cher sur le plan social aux peuples concernés, mais aussi au plan économique, donner son feu vert à l’intervention du FMI est d’une inconséquence totale. Joseph Stiglitz, économiste libéral, dit lui-même : « Attention, avec l’austérité, on va dans le mur ! Vous faites mal aux populations et vous ne pourrez pas rembourser, car vous cassez la croissance ! » Les communistes ont estimé que c’était inacceptable et ont donc voté contre. Globalement, les gens sont révoltés contre ce type de solutions. Il faut désormais que cela se traduise au niveau des choix.

Pour répondre à la crise du capitalisme, certains évoquent l’idée d’une nouvelle gouvernance, voire d’une sortie de l’euro. S’agit-il de solutions ?
Francis Wurtz. Le terme de gouvernance est piégé. Quand madame Merkel l’évoque aujourd’hui, elle vise à renforcer la surveillance des politiques économiques et budgétaires des États membres par l’Union européenne. Il y a là un fil rouge, celui de la dépolitisation de l’économie et l’idée que les grandes décisions ne feraient plus l’objet d’un choix démocratique des peuples. Cela pose la question des droits des salariés, des citoyens, des élus, de la souveraineté populaire au sens large. Quant à la sortie de la zone euro, c’est une fausse bonne solution. Si la Grèce venait à quitter la zone euro, elle aurait à rembourser une dette très lourde en monnaie de singe et avec tous les spéculateurs du monde sur le dos. L’Europe doit soustraire son développement aux marchés financiers. Dans cette perspective, la Banque centrale a un rôle à jouer, notamment en servant les États, non plus les banques. Elle favoriserait ainsi la création de richesses, au service du progrès social, de l’emploi, de l’environnement…

Comment faire entendre cette alternative ?
Francis Wurtz. Face à ce démantèlement structurel des acquis de plusieurs générations, il faut mener des mobilisations et une bataille d’idées au niveau exigé par les circonstances, pour enrayer la logique actuelle et faire progressivement avancer une logique alternative. Le forum organisé ce week-end à l’initiative de Patrick Le Hyaric tombe à pic, dans la mesure où les participants constituent un éventail assez pluriel d’hommes et de femmes qui ont en commun de chercher des voies nouvelles. Il est très important de permettre aux points de vue de se confronter en articulant les débats politiques sur l’action. Je suis offensif, parce que l’expérience vécue par tout le monde fait sauter des blocages et favorise la réflexion politique et parfois avec un niveau d’exigence inattendu.

ENTRETIEN RÉALISÉ PAR CYRIL CHARON

9 juin 2010 at 2:49 Laisser un commentaire

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