Posts filed under ‘Franciswurtz.net’

« COMMENT SOMMES-NOUS DEVENUS PAUVRES? »

« Comment sommes-nous devenus pauvres? »  C’est le thème choisi par un très dynamique cercle progressiste hongrois pour un colloque qui vient de se tenir à Budapest avec la coopération du réseau de  fondations de la gauche européenne « Transform! ».  Le cercle en question, le « Kossuth Klub », mériterait en lui-même qu’on lui consacre toute notre attention – ce sera chose faite à une prochaine occasion.  Concentrons-nous aujourd’hui sur le sujet traité lors de cette riche confrontation d’idées et d’expériences. 

            « Année de la lutte contre la pauvreté » oblige: le Commissaire européen aux affaires sociales avait fait le  déplacement.  A l’entendre, le constat est, certes, navrant: 84 millions de personnes étaient considérées comme pauvres dans l’Union européenne …avant la crise de 2008!  Mais, grâce à la nouvelle stratégie adoptée cette année, « UE2020 », on peut, selon Bruxelles, se fixer l’objectif « non pas de l’élimination de la pauvreté, ce ne serait pas réaliste, mais de la réduction de 20 millions du nombre de personnes  » touchées par ce fléau.  Des raisons de l’augmentation constante de l’étendue de ce drame il ne fut pas question.  Pas plus que des changements politiques à opérer pour en enrayer la prolifération, « UE2020 » n’étant que la poursuite de la funeste « stratégie de Lisbonne 2000-2010 » qui a conduit où l’on sait. 

            Apportons donc quelques éclaircissements au sujet de ce qu’est devenu, dans toute l’Union européenne, un problème de société des plus brûlants.  D’abord, contrairement aux dires du Commissaire, l’Union européenne affiche depuis un demi-siècle l’ambition d’éradiquer la pauvreté.  Mais c’est en 2000 qu’elle s’était engagée le plus clairement à « donner un élan décisif à l’élimination de la pauvreté » (d’ici…2010) et d’ « assurer l’inclusion sociale active de tous ».  L’existence, alors, de 55 millions de pauvres dans l’Europe des « 15 » (avant l’élargissement à l’Est) avait été déclarée « inacceptable ».  Des moyens financiers furent mobilisés, des instruments juridiques créés et même une « clause sociale » intégrée au traité de Lisbonne prévoyant que soit évalué l’impact social de toutes les politiques européennes. 

            C’est donc à l’aune de cette expérience de 10 ans d’une stratégie économique de plus en plus libérale, matinée d’un « volet social » qu’il faut apprécier les résultats obtenus: la pauvreté n’a pas disparu, elle n’a pas même reculé, elle a augmenté jusqu’à frapper – avant le krach de 2008-2009 et l’hyper austérité qui a suivi! – un Européen ou une Européenne sur six…  La vérité si difficile à reconnaitre par les promoteurs des orientations européennes actuelles est celle-ci: à force de laisser de plus en plus de pouvoirs aux marchés financiers; d’encourager la mise en concurrence des peuples et le « dumping social »; d’affaiblir encore et encore les capacités d’intervention des citoyens et des acteurs sociaux, les politiques coordonnées par les gouvernements européens, la Commission, la Banque centrale…sont devenues une véritable machine à fabriquer de la richesse insolente et de la pauvreté scandaleuse.  C’est donc à ces niveaux-là que doivent être imposées des ruptures si l’on veut que la « Charte des droits fondamentaux » ait un sens lorsqu’elle affirme: « la dignité humaine est inviolable.  Elle doit être respectée et protégée. »

18 novembre 2010 at 8:22 1 commentaire

LE « MODELE ALLEMAND » VU PAR…DES ALLEMANDS

Je reviens encore une fois sur un sujet qui me tient à cœur et qui est instrumentalisé sans vergogne par Nicolas Sarkozy et ses disciples: « le modèle allemand ». Notre voisin n’affiche-t-il pas une croissance record et une diminution du chômage? Les travailleurs d’outre-Rhin n’apportent-ils pas la preuve que la modération vaut mieux que la protestation? Dans un monde dominé par la concurrence et la compétitivité, le champion de l’export ne représente-t-il pas, par excellence, dans toute l’Europe, l’avenir? Toutes les questions étaient au cœur d’un débat public organisé, la semaine dernière, à Fribourg, en Allemagne, par nos amis de la « Linke ». Pour en parler, ils avaient invité Michael Schlecht qui fut, jusqu’à l’an dernier, l’un des principaux dirigeants du grand syndicat VERDI avant d’être élu député au Bundestag, le parlement de Berlin.

Sur le premier point, le syndicaliste s’employa à démonter le mythe de la « réussite allemande » qualifié par lui de « scandale social massif ». Il interrogea le public. « Qui parmi vous sent quelque chose de la croissance? » Une main se leva. Fanfaron? Exception? Car voilà la réalité: »ces dix dernières années, les profits ont grimpé de 35% tandis que, dans le meilleur des cas, en 2011, les salaires seront au niveau où ils étaient en 2000! » Quant au nombre de chômeurs, miraculeusement « passé sous la barre des trois millions » selon le gouvernement Merkel qui se vante que « toute l’Europe nous admire! », il a été atteint en éjectant des statistiques officielles les centaines de milliers de personnes ayant un « mini-job », ces petits boulots misérables inventés par l’ancienne équipe SPD-Verts et prorogés depuis, ainsi que bien d’autres chômeurs de fait. « Nombre de personnes ne s’inscrivent plus comme chômeurs parce qu’ils ont perdu tout espoir de retrouver un emploi. La réalité avoisine les six millions de personnes privées de travail » précise-t-il. Nous connaissons ce phénomène.

Concernant la prétendue vertu de la « modération » qui caractériserait les travailleurs allemands par opposition à la protestation observée en France, nos amis de la Linke de Fribourg y avaient répondu par avance, en invitant, en même temps que le syndicaliste député allemand, un représentant du Parti communiste français, en l’occurrence moi-même, pour en savoir plus sur les mobilisations sociales chez nous, qu’ils suivent avec intérêt et admiration. D’autant qu’ils ont l’expérience d’une « réforme » du même type: la retraite à 67 ans, qui fera perdre à 80% des retraités jusqu’à 14,4% de leur pension dès lors qu’ils n’auront pas d’emploi après 60 ans. « En fait, il s’agit d’un programme d’abaissement des salaires! » expliqua le député de gauche: « les Français voient clair: il faut s’y opposer dans les urnes et dans la rue! »

Alors, un « modèle pour l’Europe? » cette politique-là? « Nous sommes le pays du dumping social! Les profits des patrons allemands réalisés sur le dos des travailleurs allemands mais aussi de ceux des pays voisins! » De fait, précisa-t-il, « 61% de nos exportations sont à destination de nos partenaires européens! Notre gouvernement porte là une double responsabilité » Voilà quelques vérités à rappeler à quiconque – Nicolas Sarkozy en tête – rêve d’instituer le modèle Merkel en référence pour toute l’Europe.

10 novembre 2010 at 7:09 Laisser un commentaire

Hyperaustérité et graves atteintes à la démocratie

L’Interview paru le  30 octobre 2010 dans l’Humanité

Francis Wurtz, député honoraire du Parlement européen, a conduit la bataille contre le traité constitutionnel en 2005.

Que pensez-vous de la décision du Conseil de faire modifier le traité de Lisbonne pour pérenniser le Fonds de stabilisation ?

Francis Wurtz. Quand nous avons dit «non» au traité constitutionnel en 2005, dont celui de Lisbonne est un avatar, nous avions signalé que ce traité interdisait à un État membre de l’UE ou à la Banque centrale européenne (BCE) de venir en aide à un autre État en difficulté. Donc, a priori, on ne va pas se plaindre que cet article soit éventuellement supprimé. Le problème, c’est que le Fonds de stabilisation, ce n’est pas de la solidarité ! Dans le cas de la Grèce, par exemple, l’UE a imposé des conditions draconiennes à ce pays et, pire, certains États, comme la France, ont gagné de l’argent sur le dos du peuple grec !

Quelles sont les autres conséquences ?

Francis Wurtz. Elles sont graves. L’Allemagne n’a accepté la pérennisation de ce Fonds de stabilisation qu’à la condition d’un durcissement des sanctions contre tout État contrevenant à la discipline budgétaire et d’un renforcement du pacte de stabilité. Pour la France, dans l’avenir, en cas de déficit public jugé excessif, la sanction financière pourrait atteindre 10 milliards d’euros. Quant au renforcement du pacte de stabilité, il implique que les budgets nationaux soient soumis au contrôle de la Commission européenne préalablement à leur examen par les Parlements nationaux. Il s’agit là d’une politique d’hyperaustérité et d’une atteinte très grave à la démocratie.

Pourquoi en est-on arrivé là ?

Francis Wurtz. La question est que l’UE n’a tiré aucune leçon de la crise financière. Elle aggrave encore la soumission des États membres aux exigences des marchés. Cette politique a été décidée au moment même où l’Europe est le théâtre de puissantes manifestations contre les politiques actuelles. Les dirigeants européens restent sourds à cette désaffection massive des peuples. Et ce au risque d’encourager le populisme.

Que peut-on faire ?

Francis Wurtz. D’abord, faire converger les actions se déroulant sous différentes formes en Europe contre le démantèlement systématique du modèle social européen. Il faut s’unir à l’échelle européenne contre cette hyperaustérité, les attaques contre les retraites, les services publics, la fermeture des entreprises… Ensuite, mener en même temps un débat partout en Europe sur les causes de cette crise, sur l’extrême dépendance à l’égard des marchés financiers, et montrer qu’on peut s’en émanciper, de sorte à créer les conditions d’une appropriation par les citoyens des vrais enjeux européens. Et aussi aider ces citoyens à faire le lien entre leur difficile quotidien et les orientations néolibérales concoctées par les dirigeants de l’UE. En troisième lieu, il s’agit de faire grandir les alternatives à cette orientation néolibérale en mettant la question sociale et sociétale au cœur du projet européen. En France, par exemple, le PCF préconise une autre mission pour la BCE : racheter les titres publics (la dette publique) à un taux bas ou nul, pour que l’argent puisse être utilisé pour favoriser l’emploi, la création des richesses, les services publics. Autrement dit, nous proposons aussi que la BCE finance des crédits dans des conditions différentes selon qu’il s’agit d’investissements créateurs d’emplois ou destinés à la spéculation. Dans le premier cas, les conditions d’accès au crédit devront être très favorables, dans le second cas, très dissuasives. En conclusion, je pense que, pour soutenir un tel changement, il existe en Europe une aspiration majoritaire. C’est l’un des points qui seront discutés lors du congrès du Parti de la gauche européenne qui se tiendra à Paris au mois de décembre.

Entretien réalisé par Hassane Zerrouky

7 novembre 2010 at 3:40 Laisser un commentaire

Older Posts Newer Posts


Entrer votre adresse e-mail pour vous inscrire à ce blog et recevoir les notifications des nouveaux articles par courriel.

Rejoignez les 5 297 autres abonnés

Chronique européenne dans l’Humanité Dimanche

Intervention au Parlement européen (vidéo)

GUE/NGL : vidéo

mars 2026
L M M J V S D
 1
2345678
9101112131415
16171819202122
23242526272829
3031  

Archives

Catégories

Pages

Pages