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Afghanistan : Il faut tirer enfin toutes les leçons de ce fiasco

L’Interview paru le  5  Août 2010 dans l’Humanité

Francis Wurtz, député honoraire du Parlement européen, dénonce l’impasse d’une guerre décidée par les États-Unis qui, aujourd’hui, veulent remettre en selle les talibans au nom d’une prétendue «réconciliation nationale».

Pour quelles raisons la France doit-elle cesser de participer à la guerre en Afghanistan ?

Francis Wurtz. Cette guerre est un fiasco de toutes les stratégies successives mises en œuvre par l’Otan. C’est une guerre américaine où l’Europe et les autres participants sont des suivistes. L’évaluation de cette stratégie globale est terrible. On le savait, mais ce bilan a été confirmé de façon spectaculaire par les révélations des archives militaires secrètes du Pentagone (voir page3). Le bilan des victimes civiles, c’est-à-dire dans la population afghane, a été délibérément sous-estimé. Il y a également des allégations de crimes de guerre commis, notamment, par les troupes américaines. C’est extrêmement grave. D’autre part, le pays connaît un regain d’influence des talibans. Pis encore, la coalition, engagée avec les hommes forts du Pakistan, qui hébergent des chefs talibans, ambitionne une «grande réconciliation nationale» avec «les ennemis d’hier», comme le dit Bernard Kouchner, le ministre français des Affaires étrangères. Cette réconciliation annonce le retour en force de ceux-là mêmes que la coalition voulait chasser pour libérer le peuple afghan. Voilà pourquoi il faut mettre fin à ce fiasco et en tirer toutes les leçons pour ne pas ajouter de l’abandon aux maux que l’on a déjà imposés au peuple afghan.

 Comment ce retrait pourrait-il s’organiser ?

Francis Wurtz. Depuis le début, nous demandons que s’instaure un dialogue avec les forces démocratiques afghanes et les pays de la région pour prendre en compte leurs exigences. Ces forces sont persécutées et contraintes de s’exiler en raison d’un pouvoir corrompu, soutenu par la coalition de l’Otan. Ces persécutions ne sont pas que le seul fait du président Karzai mais également des chefs de guerre de l’Alliance du Nord. Si l’on veut réellement être solidaire du peuple afghan, il faut parler avec ces forces et recueillir leur avis sur ce qu’il convient d’entreprendre. C’est-à-dire trouver les solutions et les moyens qui permettent à la fois de développer le pays, qui est l’un des plus pauvres au monde même si son sous-sol regorge de richesses, et de créer les conditions pour mettre en place un État digne de ce nom. Un véritable État dont l’objectif est d’assurer une vie décente et sûre à sa population. Il faut un investissement financier considérable qui aide à construire et non à détruire le pays. Il faut également des moyens sécuritaires, mais à discuter avec les forces démocratiques, et mis en œuvre sous l’égide de l’ONU. Il s’agit de créer les conditions favorables au développement réel de l’Afghanistan, de ses potentialités et de son État.

 Que peut-on attendre du sommet européen de septembre prochain consacré à la politique étrangère des Vingt-Sept ?

Francis Wurtz. À ce stade on a hélas toutes les chances d’avoir la confirmation de l’épilogue scandaleux d’une guerre dévastatrice, avec le retour des forces moyenâgeuses talibanes. Les États-Unis ont désigné comme interlocuteur privilégié l’homme fort du Pakistan, qui est un de leurs alliés dit incontournables. Le général Kayani, chef de l’armée et des services secrets, est même présenté comme un médiateur de la « réconciliation » ! Cet homme, qui offre un sanctuaire aux chefs talibans, est surtout obsédé par l’ambition de mettre en place à Kaboul un pouvoir soumis au Pakistan dans sa rivalité avec l’Inde. C’est dire si l’on est vraiment aux antipodes d’une approche humaine et éthique de développement et d’avenir pour le peuple afghan. C’est pourquoi je n’attends rien du sommet européen. En revanche, il faut mettre en garde la partie de l’opinion publique qui a longtemps estimé que la guerre d’Afghanistan était différente de celles de l’Irak ou du Vietnam. Car les véritables buts poursuivis par les États européens ont été déclarés. On a entendu le président allemand, Horst Köhler, qui a d’ailleurs dû démissionner depuis, parler de défense de « nos intérêts économiques ». Quant au président polonais, il a, lui, évoqué l’exigence de prouver « la crédibilité » de la Pologne en tant qu’«alliée » des États-Unis. Tout cela montre que les motivations initialement présentées pour justifier cette guerre, c’est-à-dire la libération du peuple afghan de la tyrannie des talibans, n’ont rien à voir avec la réalité des actions de la coalition de l’Otan, qui a mené le pays au désastre, et avec, la région.

Entretien réalisé par Cathy Ceïbe

7 août 2010 at 9:57 Laisser un commentaire

Afghanistan : questions sur un fiasco

À la rentrée doit se tenir le premier sommet européen entièrement consacré à la politique étrangère afin de doter l’Union européenne d’une « vision stratégique ». Difficile, dès lors, d’éluder ce qui apparaît d’ores et déjà comme un fiasco humain, éthique, politique et militaire de toute la « coalition » engagée dans la guerre d’Afghanistan derrière les États-Unis et sous la bannière de l’OTAN. Quelques questions méritent, à ce propos, de faire l’objet d’un vrai débat.

Une première interrogation porte sur les buts poursuivis par les États européens qui ont répondu à l’appel du président américain et de l’OTAN. S’agit-il, comme l’avait laissé entendre une résolution de l’ONU après l’attentat du 11 septembre 2001, de chasser al-Qaida de son sanctuaire d’alors ? Il y a bien longtemps que c’est chose faite. Ou bien de libérer le peuple afghan de la tyrannie moyenâgeuse des talibans ? Ils furent évincés du pouvoir et considérablement affaiblis dès 2002. L’objectif est-il plutôt de renforcer « notre crédibilité en tant qu’alliés » des États-Unis, comme l’a souligné le président polonais (en phase sur ce point avec son homologue français) ? Voire de protéger « nos intérêts économiques », et non pas « simplement de défendre les libertés ou de combattre le terrorisme » comme l’a proclamé le président allemand avant de démissionner ? On attend une réponse européenne claire à ce sujet.

Les Européens sont également en droit d’attendre de leurs dirigeants des clarifications au sujet des informations diffusées fin juillet émanant d’archives militaires américaines tenues secrètes jusqu’alors, et qui éclairent d’un jour cru les réalités de cette guerre : sous-estimation délibérée du nombre de victimes civiles dont 40 % sont imputables aux forces occidentales ou aux forces afghanes qu’elles encadrent ; allégations de crimes de guerre perpétrés par des forces américaines ; exaspération de la population afghane vis-à-vis des troupes de la « coalition » ; corruption endémique du régime Karzai ; regain de crédit, dans ce contexte, des talibans, revenus au sommet de leur puissance…

Une dernière question apparaît fondamentale : devant l’échec patent de cette guerre américaine et du suivisme européen, quel avenir prépare la « coalition » au peuple afghan et aux peuples de la région en général ? Est-ce le grand retour des talibans, auréolés du prestige de résistants ? Est-ce cela qu’avait à l’esprit Bernard Kouchner, appelant à faire la paix « avec les ennemis d’hier » ? Est-ce pour aboutir à ce scénario catastrophe que la « coalition » vient d’inviter l’homme fort de l’armée et des services secrets pakistanais, le général Kayani, à jouer le rôle de « médiateur » pour négocier la « grande réconciliation nationale » annoncée à Kaboul ? Faut-il rappeler que cet « allié incontournable » de Washington dans « la lutte contre le terrorisme » offre dans le même temps un sanctuaire aux chefs talibans, recrute et entraîne des groupes armés qui préparent des attentats dans la capitale afghane ? Son obsession est d’installer en Afghanistan un pouvoir soumis au Pakistan dans sa rivalité avec l’Inde. Dans cette optique, les talibans constituent pour lui un atout décisif. Est-il l’homme de la situation ?

Il serait grand temps de donner la parole aux forces démocratiques d’Afghanistan – aujourd’hui persécutées ou condamnées à s’exiler – et des pays de la région, notamment de l’Inde.

5 août 2010 at 7:55 Laisser un commentaire

Nos libertés face aux « intérêts supérieurs »

«Il nous faut un Kyoto des données personnelles ! » C’est le cri lancé par le président de la Commission nationale informatique et libertés (CNIL), Alex Turk, face aux risques grandissants de mise en cause de la protection des données personnelles. Le développement d’Internet fait de cette question un enjeu démocratique à l’échelle du monde. C’est naturellement toujours au nom d’objectifs louables en eux-mêmes que sont justifiées les menaces sur le respect de la vie privée et des libertés publiques. Ainsi les initiateurs du projet ACTA (anti-contrefaçon) affichent-ils comme but la lutte contre les violations de la propriété intellectuelle, et notamment des droits d’auteur, sujet effectivement sérieux. Mais ils prévoient, à ce titre, la possibilité d’accéder aux informations personnelles de tout internaute suspecté d’avoir téléchargé illégalement un contenu, et ce sans avoir besoin d’un juge.

Autre exemple très actuel de ce risque de dérive évoqué ici même (voir « HD » du 15 juillet 2010) : l’accord SWIFT. Il permet, à partir du 1er août prochain, la fourniture de millions de données par jour (touchant à la vie privée de simples clients de banques comme vous et moi) depuis l’Europe vers les États-Unis, voire vers les services répressifs de pays tiers. Au nom de… la lutte contre le terrorisme (1). Le même objectif, cette fois élargi à la chasse à de vagues « infractions pénales graves », a conduit les États-Unis à exiger des compagnies aériennes européennes qu’elles communiquent au département de sécurité intérieure de Washington jusqu’à 34 informations personnelles sur tout passager à destination des États-Unis : nom, téléphone, date et heure de vol, classe choisie, tarif payé, repas pris…, service obtenu lié à la santé,

réservation d’hôtel ou de voiture, et tout autre renseignement jugé utile. Qui plus est Washington entend stocker ces informations durant 15 ans ! La Commission européenne avait signé cet accord dit PNR (Passenger Name Record) en mai 2004, mais il fut annulé par la Cour européenne de justice pour des raisons juridiques. Relooké, l’accord se heurte à présent aux fortes réticences du Parlement européen. Pour le moment…

Mais le plus intéressant est l’attitude de l’autorité européenne chargée de contrôler le respect de la protection des données, qui travaille étroitement avec les commissions nationales similaires, telle la fameuse CNIL en France. Sur ces accords, cette autorité européenne ne cesse de soulever des objections. Elle regrette notamment la non-prise en considération de l’article 16 du traité sur le fonctionnement de l’Union (traité de Lisbonne) qui stipule que « toute personne a droit à la protection des données à caractère personnel la concernant ». Comme quoi, face aux « intérêts supérieurs », les rares passages positifs de ce traité sont négligés par ceux-là mêmes qui les ont négociés.

Une leçon se dégage de ces expériences : dans le combat pour les libertés, l’Union européenne doit mieux faire ! Parallèlement aux grandes questions sociales, économiques ou environnementales, voilà un autre terrain à occuper avec force par la gauche. C’est ce à quoi s’emploie notamment, au Parlement européen, notre amie Marie-Christine Vergiat, l’une des trois députés du groupe de la Gauche unitaire européenne (GUE-GVN), avec le Portugais Ruy Tavares et l’Allemande Cornelia Ernst, en charge de ces dossiers brûlants.

(1) SWIFT : société privée contrôlée par les plus grosses banques du monde, par où passent 90 % des données concernant les transactions interbancaires mondiales. Le Parlement européen, qui avait rejeté une première mouture de l’accord UE-USA à ce sujet, a finalement voté un nouvel accord critiquable.

29 juillet 2010 at 6:04 Laisser un commentaire

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