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Palestine à l’ONU : l’Europe au pied du mur
C’est, on le sait, le 20 septembre prochain que l’Assemblée générale des Nations unies se prononcera – vraisemblablement à une écrasante majorité– pour la reconnaissance de l’État palestinien sur la base des frontières de 1967, puis que le Conseil de sécurité aura à statuer sur l’admission du nouveau membre de l’ONU. À ce jour, la position de la France reste très ambiguë. Certes, on voit mal Nicolas Sarkozy, tout occupé à se refaire une virginité « euroméditerranéenne », emboîter le pas aux États-Unis en opposant son veto à une demande de simple respect du droit international. On est moins assuré, en revanche, de sa détermination à user de son influence auprès de ses partenaires européens – à commencer par sa plus proche alliée, la chancelière allemande – pour obtenir un soutien uni et inconditionnel des 27 à la requête palestinienne. 
Passablement décrédibilisée en matière économique et sociale, de plus en plus délégitimée sur le plan de la démocratie et de la souveraineté populaire, l’Union européenne est à présent au pied du mur en ce qui concerne sa politique internationale, en particulier dans le contexte du « printemps arabe ». Va-t-elle une fois de plus se laisser influencer par les pressions proprement hallucinantes du pouvoir israélien, selon lequel l’initiative des Palestiniens « constitue, dixit Netanyahou, une violation des engagements pris » ?
« Violation des engagements » ? Le premier ministre israélien parle de corde dans la maison d’un pendu ! Il n’y a pas un gouvernement au monde à avoir violé autant que le sien ou celui de ses prédécesseurs aussi bien les obligations internationales que leurs propres promesses faites aux Palestiniens, aux Américains, au « quartet », etc. Je rappelle notamment que la résolution 242 du Conseil de sécurité (22 novembre 1967) soulignait déjà « l’inadmissibilité de l’acquisition de territoires par la guerre » et demandait « le retrait des forces armées israéliennes des territoires occupés au cours du récent conflit » ; que la Cour internationale de justice a exigé le 9 juillet 2004 le démantèlement du « mur qu’Israël, puissance occupante, est en train de construire dans le territoire palestinien occupé, y compris à l’intérieur et sur le pourtour de Jérusalem-Est (car son) édification et le régime qui lui est associé sont contraires au droit international » ; que la 4e convention de Genève proscrit la colonisation, qui pourtant ne cesse de s’étendre, tant en Cisjordanie qu’à Jérusalem-Est, elle-même « annexée » en toute illégalité.
Si donc l’Union européenne veut se présenter comme « une communauté de droit », sa position se doit d’être univoque dans la reconnaissance de l’État palestinien que l’occupant s’acharne à rendre impossible à établir. Dore Gold, ancien ambassadeur d’Israël à l’ONU, met l’Union européenne en garde contre les problèmes pouvant survenir « lorsque de nouveaux États sont… trop vite reconnus » (!) et rappelle, telle une menace, que dans les territoires palestiniens se trouvent… « des installations militaires israéliennes et des localités juives ». Ce genre de discours insupportable de morgue coloniale devrait lever les dernières hésitations devant un vote européen unanime, le 20 septembre, pour la reconnaissance de l’État palestinien.
EUROPE-PALESTINE : UNE EMBELLIE ?
Le très dynamique et très politique premier ministre de Palestine, Salam Fayyad, vient d’effectuer à Bruxelles, le 13 juillet dernier, une visite officielle réussie. L’accueil reçu, après plusieurs autres initiatives européennes récentes, peut laisser espérer une embellie dans l’engagement – longtemps décevant – des 27 en faveur d’une solution juste du problème palestinien.
La visite du chef du gouvernement palestinien avait un triple objet. D’abord obtenir un soutien européen plus appuyé
à son plan : « Mettre fin à l’occupation ; construire l’État palestinien », lancé il y a un an. Il s’agit, selon Salam Fayyad, de « créer (en deux ans) l’infrastructure appropriée à l’État palestinien et (de) nous préparer à l’acquisition de ce statut. » Y compris en posant les jalons d’un État de droit, en assumant ses responsabilités sur le plan sécuritaire et surtout en favorisant l’appropriation de ce processus préétatique par la population. Il apparaît ainsi que la seule condition à remplir pour la création de l’État est le déblocage du processus politique visant l’arrêt de l’occupation des territoires palestiniens par Israël. Sur le terrain, là où ce plan a pu être mis en œuvre, les premiers résultats sont très encourageants. Le soutien international est, à ce stade, déterminant.
Le deuxième objectif de la visite de Salam Fayyad était de presser ses interlocuteurs d’agir pour la levée du blocus de Gaza. Enfin, l’autorité palestinienne a un besoin impérieux d’obtenir de chaque acteur du « Quartet » (États-Unis, Union européenne, Russie, ONU) qu’il use de son influence sur Israël en faveur de négociations dignes de ce nom.
Les réactions européennes se sont avérées plus positives qu’à l’accoutumée ! Y compris de la part du président de la Commission européenne. Ainsi M. Barroso a-t-il rendu un hommage public et appuyé au travail du premier ministre palestinien qui est, à ses yeux, « d’une incroyable importance », et débloqué une aide substantielle « en soutien direct à la construction de l’État ». Puis, au sujet de Gaza, il a souligné que l’Europe n’attendait pas d’Israël qu’il « laisse simplement passer l’aide ». Ce qu’il faut, a-t-il rappelé, c’est le développement du territoire et donc « l’ouverture de passages frontaliers l’infrastructure, les hôpitaux et les écoles puissent être reconstruites, que les matières premières puissent entrer et les exportations sortir. « Enfin, évoquant la colonisation à Jérusalem-Est et les récentes démolitions de maisons palestiniennes, le chef de l’exécutif bruxellois a qualifié ces politiques israéliennes de « contre-productives », « illégales », et d’« obstacle à la paix ».
Ce ton nouveau du président de la Commission s’inscrit dans un ensemble de faits encourageants de la dernière période, de la part de toutes les institutions européennes, et même du Conseil (qui représente les 27 gouvernements). En son nom, la nouvelle haute représentante pour la politique étrangère et la sécurité, Mme Catherine Ashton, ne vient-elle pas de se rendre pour la seconde fois en Palestine, y compris à Gaza, appelant à « un changement urgent et fondamental » de la politique d’Israël vis-à-vis de ce territoire ? » Tout comme le premier ministre (palestinien) Fayyad, a-t-elle précisé à ce propos, « je pense que le mouvement des personnes et des biens entre Gaza et la Cisjordanie doit devenir un des objectifs clés. » L’exaspération de millions d’Européens devant l’impunité accordée jusqu’ici aux dirigeants israéliens commencerait-elle à produire son effet ? On veut l’espérer. Tout en amplifiant les actions pour une issue juste et durable au drame palestinien




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