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PEUT-ON ÊTRE DE GAUCHE ET « PRO-EUROPÉEN » ?
Dix ans ! Depuis exactement dix ans , la direction de « l’Humanité-Dimanche » m’offre la chance de partager chaque semaine avec vous, amies lectrices et amis lecteurs, quelques informations et réflexions sur les enjeux de « l’Europe » et du monde . Avec un double objectif : décrypter les travers et les dangers de la construction actuelle , mais aussi donner à voir des pistes alternatives et les possibilités de convergences à saisir pour changer la donne de ce « grand combat de classe de notre temps ». (1)
Que d’eau -pas très limpide- a coulé sous les ponts de l’Europe depuis ce 8 mars 2006 où parut mon premier papier ! Nous avions alors, toutes et tous, encore à l’esprit l’ardent souvenir de cette expérience exemplaire de démocratie citoyenne que fut , quelques mois auparavant, la campagne en faveur du « non de gauche » au projet de traité constitutionnel. Y compris dans le camp de nos adversaires, des voix s’étaient élevées pour reconnaître l’originalité de ce « débat vertueux dont la qualité impressionne », et même pour y voir un « exemple à suivre » par lequel « le peuple français prouve sa maturité démocratique » ( Jean-Claude Juncker, alors Président en exercice du Conseil de l’UE ! ) (2). C’ est qu’il était alors difficile de nier l’évidence : jamais l’Union européenne n’ avait connu un tel engagement citoyen , non pas contre l’Europe, mais pour sa transformation profonde -« l’Europe sociale » contre « l’Europe libérale ». Ce fut la première expression d’envergure de la crise de légitimité de l’Union européenne telle qu’elle existait, mais au nom d’une vision alternative -solidaire et coopérative- de l’Europe. Les dirigeants tant français qu’européens ont décidé d’ ignorer superbement cette expression éclatante de la souveraineté populaire , pourtant « pro-européenne », parce qu’elle était… »alter-européenne ». Ils feront de même avec toutes celles qui suivront dans d’autres pays , jusqu’au cas paroxystique de la Grèce après la victoire de Syrisa. Ce cynisme irresponsable a ouvert la voie à la descente aux enfers à laquelle nous assistons aujourd’hui , avec la montée générale des populismes europhobes .
Faut-il conclure de l’expérience de l’extrême difficulté de ce combat pour changer l’Europe qu’il faut renoncer à ce projet ? Qu’il faut « sortir » de l’UE ? Voire qu’il faut souhaiter sa désintégration prochaine ? Ces questions ne sont désormais plus abstraites ! Le chantage de Cameron au « Brexit » risque d’alimenter ici ou là des courants sécessionnistes. Et surtout, avec le refus indigne de la plupart des pays d’accueillir les réfugiés arrivés sur le sol européen, avec la vague de fermetures des frontières nationales qui s’ensuit , avec la constitution de véritables coalitions d’Etats xénophobes au sein de l’UE , le risque est réel que nous nous dirigions vers un éclatement de l’ UE ! Soyons-en conscients : dans le contexte actuel, cela risquerait fort de se traduire par une flambée des nationalismes . Un cauchemar ! Aussi, ma conviction se résume-t-elle en deux phrases : espérer la désintégration de l’UE ou la provoquer en la quittant ? Moins que jamais ! Travailler à des convergences entre forces progressistes européennes pour reprendre l’initiative collective du combat pour une sortie par le haut de la crise existentielle de l’UE ? Toujours plus ! En Grèce, en Espagne, au Portugal, en Irlande -pour n’évoquer que les élections récentes- , en France même, dans le mouvement multiforme qui se dessine contre le projet Hollande-Valls-El Kohmri , ou bien au travers des dialogues politiques en cours pour ouvrir une alternative en 2017, le « peuple de gauche » se réveille. C’est lui qui a entre ses mains l’avenir de l’Europe . Soyons de ce mouvement !
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(1) « Refonder l’Europe » ( Convention du PCF – 15/11/2013 )
(2) Le Figaro (27/5/2005)
LA GAUCHE EUROPÉENNE SOLIDAIRE DU PEUPLE KURDE
Le groupe de la « Gauche Unitaire Européenne » (GUE-NGL) du Parlement européen multiplie , ces jours-ci, les initiatives de solidarité avec le peuple kurde en général, et le grand parti progressiste de Turquie, le HDP, en particulier. D’abord, avec d’autres groupes, il avait demandé et obtenu la tenue d’un débat sur la situation alarmante dans ce pays , lors de la session du Parlement européen qui vient de s’achever. Ensuite, il a apporté son soutien aux intellectuels de Turquie interpellés pour avoir signé une pétition demandant « que l’Etat cesse son massacre délibéré » des Kurdes. Enfin, il s’apprête à accueillir -pour la 12ème année consécutive !- une Conférence internationale sur le thème : « L’Union européenne, la Turquie et les Kurdes », les 26 et 27 janvier prochains à Bruxelles.
Parrainée par plusieurs lauréats du Prix Nobel de la Paix, cette initiative sera notamment marquée par la présence et l’intervention de Selahattin Demirtas, co-Président du parti HDP de Turquie et de Salih Muslim, co-Président du PYD du Kurdistan syrien. Ces deux éminentes personnalités sont aujourd’hui les « bêtes noires » de l’autocrate nationaliste Erdogan. Au premier, le Chef de l’Etat turc ne pardonne pas l’autorité politique et morale acquise en 2015, qui l’ont empêché d’accomplir son rêve obsessionnel : obtenir la majorité nécessaire à l’établissement d’un régime ultra-présidentiel, sorte de néo-sultanat sans contre-pouvoir. Quant au second, il a, aux yeux du maître d’Ankara, commis le crime rédhibitoire de construire , dans la région kurde de Syrie ( Le Rojava , frontalier avec la région kurde de Turquie ), une entité autonome. Pour torpiller cette expérience démocratique -menée à bien au prix d’un combat héroïque de tous les jours contre les terroristes de « Daech »- Erdogan , paniqué à l’idée d’une contagion de l’exemple des Kurdes de Syrie parmi la minorité kurde de Turquie, a manifesté les complaisances ignobles que l’on sait à l’égard du groupe « Etat islamique ». C’est dire si nous suivrons avec un intérêt tout particulier les témoignages de ces deux invités de marque, et si notre soutien leur est acquis !
Il nous appartient aussi de nous tourner vers les dirigeants de la France , qui, dans le même mouvement que ceux de l’Union européenne , apportent au régime Erdogan une caution devenue insupportable dans le contexte actuel. C’est une véritable guerre que ce tyran a relancé contre les Kurdes : avec ses morts et ses blessés par milliers, ses innombrables destructions jusque dans les quartiers historiques des villes, son climat de terreur, ses interminables couvre-feu, ses arrestations de masse , en particulier d’élus du HDP, ses menaces directes contre le leader de ce parti, Demirtas -ce défenseur infatigable d’une solution politique et non militaire du conflit- , et, à présent, sa chasse aux sorcières contre tous ceux qui osent critiquer cette fuite en avant vers le chaos, aussitôt assimilés à des « complices des terroristes » ! Cet homme est irresponsable et dangereux. Il ne peut en aucun cas être notre « allié » !
LE MONDE VA MAL ! ET POURTANT…
Le monde va mal ! De quelque côté que l’on se tourne, la réalité est cruelle sinon désespérante. Le terrorisme de Daech ? « Ce n’est qu’un début » avait averti le groupe « Etat islamique » après la carnage de Tunis , en mars de cette année -ce qui , hélas, se confirme depuis , au même rythme que les gesticulations aussi inefficaces que meurtrières de la coalition militaire sous l’égide des Etats-Unis. La crise des réfugiés ? On a l’impression que rien ne sera épargné aux victimes de cette tragédie de l’exode forcé . Ni le risque de sacrifier leur vie pour tenter de la sauver, ni l’humiliation de se heurter aux murs de barbelés et aux forces de répression là où ils attendaient un accueil digne et un havre de paix. La guerre en Syrie ? Le chaos libyen ? Nul n’en entrevoit le début de la fin. La Palestine ? Les violences et les provocations de l’occupant s’y intensifient et la direction palestinienne est en grande difficulté. L’Ukraine ? On ose à peine évoquer une certaine accalmie dans le Dombass , tant la situation est fragile et dangereuse dans tout le pays …
Dans un monde aussi déstabilisé et déboussolé, le risque est grand de sombrer dans une sorte de nihilisme désabusé : à quoi bon lutter pour changer le monde si tout semble inéluctablement aller à vau-l’eau ? Ce serait pourtant une grave erreur de jugement de la part des gens de progrès, en même temps qu’ une victoire inestimable pour les forces conservatrices -sans parler des populistes d’extrême droite pour qui le désenchantement populaire est le vivier le plus fertile.
Dans ce contexte, un événement international qui se déroule sous nos yeux mérite une attention soutenue : l’ Assemblée Générale des Nations-Unies en cette année du 70ème anniversaire de la création de l’ONU . Chacun connaît les limites de l’influence de l’institution universelle , qui ne sont que le reflet du manque de volonté politique des puissances qui la dominent. Et pourtant, que ressort-il du bilan des fameux « Objectifs du Millénaire pour le Développement » (OMD) adoptés il y a quinze ans et venus à échéance cette année ? Malgré les évidentes faiblesses de leur conception-même et d’indéniables échecs dans leur réalisation, en particulier les scandaleuses inégalités et discriminations auxquelles leur mise en œuvre a donné lieu, mesurons bien la portée de certains résultats obtenus .
Ainsi, essentiellement depuis 2000, plus d’un milliard de personnes sont sorties de l’extrême pauvreté -la référence en ce domaine étant la Chine et le contre-exemple les zones de guerre comme l’Irak, la Syrie ou le Yémen- ! La proportion de personnes sous-alimentées dans les régions en développement a diminué de près de moitié. Le nombre d’enfants non scolarisés a également baissé de l’ordre de 50% -l’amélioration la plus sensible étant le fait de l’Afrique subsaharienne. Le taux de mortalité des enfants de moins de cinq ans, ainsi que la mortalité maternelle, a été réduit dans la même proportion. Plus de six millions de décès dus au paludisme ont été évités entre 2000 et 2015 ! Les infections par le virus VIH/sida a chuté de 35% durant la même période et les décès liés au sida de 41% en dix ans. Il est à noter que Cuba est le premier pays au monde à avoir reçu de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) la validation de l’élimination de la transmission mère-enfant du virus HIV/sida . C’est « une victoire majeure dans notre longue lutte contre le VIH et une importante pour l’avènement d’une génération sans VIH » a souligné la Directrice de l’OMS, Margaret Chan. Pour autant, dira-t-on, cela n’efface pas tout le reste . Pour sûr , l’essentiel du combat à mener est devant nous ! Mais la disponibilité pour la lutte se nourrit aussi de la conscience de son utilité.




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