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REFONDATION DE L’EUROPE, AN 1 ?
Il y a un avant et un après 5 Juillet 2015. Le séisme politique qui vient de se produire en Grèce -et de se propager à toute l’Europe !- vient de loin. Chacun pouvait -à moins de se voiler la face- constater au fil des dernières années que la construction européenne s’enfonçait sous nos yeux dans une crise existentielle. Le fossé ne cessait de s’élargir entre la petite caste dirigeante des institutions actuelles et la majorité des citoyens. Le caractère intenable , à terme, d’un tel hiatus était si évident que même le Président de la Commission européenne avait, le jour de son investiture, en 2014, évoqué , en parlant de son mandat de cinq ans, de « Commission de la dernière chance ».
Pour une partie de la gauche -en particulier le Parti communiste français, le Front de gauche et le Parti de la Gauche européenne ( dont Alexis Tsipras fut vice-président jusqu’à son élection )- il était de longue date évident qu’une « refondation » de toute la construction européenne était la seule issue positive à cette dramatique impasse. Il était clair pour tous que cette transformation radicale ne pourrait se frayer son chemin qu’au travers d’affrontements politiques extrêmement durs avec les tenants du pouvoir, tant au niveau des institutions européennes qu’à celui des Etats membres. Nul ne s’attendait à ce que ce combat -car c’en est nécessairement un , eu égard aux enjeux colossaux qui opposent les tenants de l’ordre libéral aux partisans d’une alternative progressiste- aboutisse à un illusoire « grand soir ». Il connaîtra , disions-nous, des succès et des revers et avancera par des ruptures progressives, plus ou moins profondes. Où et comment émergeraient les secousses capables d’ébranler le molosse , nul ne pouvait le prédire. Il revenait à chaque force politique favorable à cette issue « d’encourager les citoyens à contester les fondements de classe et de domination des peuples qui ont fait de l’Union européenne ce qu’elle est progressivement devenue ». (1) Après, rien n’était écrit d’avance : l’expérience nous apprend que l’étincelle a souvent lieu là où on ne l’attendait pas.
Ce fut encore une fois le cas cette fois-ci avec, dès le scrutin européen de mai 2014, l’irruption foudroyante de Syrisa, puis sa victoire historique du 25 Janvier 2015 et enfin la révélation des qualités de véritable homme d’Etat de gauche du nouveau Chef du gouvernement grec -« personnage tout à fait exceptionnel en ce sens qu’il essaie, avec une grande force, de tenir ses promesses » ! (2) Admirable peuple grec qui, après avoir su éviter les pièges mortels qui lui étaient tendus , en choisissant de porter au pouvoir une authentique force de gauche, vient de résister aux innombrables sirènes de la capitulation en votant NON ! Chacun en est conscient : la nouvelle étape ouverte par cette belle victoire de la démocratie sur la loi de l’argent et la morgue des puissants s’annonce encore plus impitoyable que la précédente. Quiconque aspire à un vrai changement en Europe a désormais vis-à-vis de ce peuple et de ses dirigeants un immense devoir de solidarité. N’oublions pas qu’en se mobilisant pour leurs droits et leur dignité, nos amis grecs sont au tout premier rang d’un engagement qui nous concerne tous . Il dépend des Européens dans leur ensemble de faire de 2015 l’An 1 de la refondation de l’Europe.
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(1) « Refonder l’Europe -Contribution au débat et à l’élaboration par les communistes d’un nouveau projet européen » (16/11/2013)
(2) Costa-Gavras, grand cinéaste franco-grec (« Le Monde » – 5/7/2015)
2005-2015 : LES ACQUIS ET LES DÉFIS DE LA GAUCHE
C’est une sorte d’hommage du vice à la vertu : le dixième anniversaire de la victoire du NON au projet de traité constitutionnel européen a donné lieu à une multitude d’articles de presse, de sondages d’opinion, voire de savantes études. Manifestement, tous ces organes, hier engagés dans une virulente défense et illustration du OUI et jusqu’alors habitués à prendre de haut les minorités -fatalement incultes- qui osaient mettre en doute leurs certitudes , ne semblent toujours pas totalement remis du choc psychologique que représenta pour eux , le 29 mai 2005, cette sorte d’insurrection démocratique majoritaire faisant fi des conseils généreusement prodigués par les gourous de la pensée dominante.
Alors, cela donne par exemple ceci : « Parmi les électeurs du NON, 52% ont fait leur choix sur la base d’enjeux nationaux , notamment la position prise à l’époque par le président de la République, Jacques Chirac, et seulement 42% en fonction d’enjeux européens. A l’inverse, les électeurs du OUI ont été (…) 81% (à se déterminer) d’après les questions européennes » (1) Comprenez : » les « nonistes » sont primaires, l’Europe, ça les dépasse. Quand il y a un référendum, le peuple vote contre le pouvoir en place , sans s’occuper de la question posée ». Or, si l’on se reporte à l’étude qui a inspiré cette affirmation, on découvre que « la position à l’égard de Jacques Chirac » a motivé…10% des électeurs du NON contre 6% de ceux du OUI ! Ce que recouvre avant tout la catégorie « problèmes nationaux », c’est « la situation sociale en France » (55%), autrement dit un sujet étroitement corrélé à l’ « Europe libérale » que le NON entendait précisément mettre en cause au profit d’une « Europe sociale ». (2) Est-ce donc si dur, dix ans après, de reconnaître que la campagne de gauche en faveur d’une autre Europe fut une expérience de démocratie citoyenne sans pareille ? Et qu’en l’occurrence, les faits ont donné raison à ces citoyens , dûment informés des enjeux cachés dans les discours officiels ? Le problème serait-il que cette longue et riche campagne de débats ait démontré qu’on pouvait être résolument « pour l’Europe » et radicalement opposé à celle que nous subissons ? C’est là , désormais, un acquis majeur que la gauche européenne a intérêt à faire vivre de façon très offensive.
La même question se pose aujourd’hui à l’échelle de toute une nation, gouvernement compris : la Grèce . Voilà un peuple et ses dirigeants qui, ensemble, font face à la ligue des puissants pour, tout à la fois, exiger la fin d’une politique insoutenable que « l’Europe » officielle leur impose et défendre leur droit de rester membres à part entière de l’Union européenne et de la zone euro, avec l’objectif d’agir pour les transformer . « C’est incompatible » leur répliquent en substance ceux qui se voient comme les « patrons » . C’est « la capitulation ou la sortie! » menacent, à mots à peine couverts, les Schaüble et consorts. Faire échec à cet intolérable chantage est, aujourd’hui, un défi de premier ordre à relever par la gauche en Europe. Le week-end dernier, place de la République, à Paris, clôturant le magnifique « Forum européen pour les alternatives », Pierre Laurent l’a souligné en reprenant la formule chère à Alexis Tsipras, le Premier Ministre grec : « Dans l’Europe, il n’y a pas des propriétaires et des locataires . Nous sommes tous des copropriétaires « .
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(1) Le Monde (29/5/2015)
(2) Il s’agit de l’étude de M. Yves Bertoncini -« Dix ans après le NON »- pour la Fondation Jean Jaurès, proche du Parti socialiste: une étude qui, par ailleurs , n’échappe pas à cette difficulté à reconnaître l’évidence concernant la signification et la portée du vote de 2005.
VERS UNE EUROPE SANS LA GRANDE-BRETAGNE ?
David Cameron s’est trop engagé sur ce point pour reculer : il y aura un référendum sur l’appartenance de la Grande-Bretagne à l’Union européenne d’ici fin 2017. Conçu initialement pour enrayer la progression de l’influence de son concurrent europhobe (le leader de l’UKIP) , ce défi politique sans précédent place désormais Londres et Bruxelles au pied du mur . Cameron doit obtenir de ses pairs européens suffisamment de concessions pour pouvoir appeler ses partisans à voter pour le maintien du Royaume Uni dans l’UE ( Car, c’est ce que lui demandent les milieux d’affaires ). Les autres dirigeants européens devront, quant à eux, assumer les conséquences de leur choix final: accepter de s’engager dans une redoutable dérive ou prendre le risque de perdre l’un de leurs principaux membres. La gauche européenne ne saurait assister en spectatrice à ces tractations .
Quelles sont, en effet, les principales exigences des conservateurs anglais ? D’abord, loin de souhaiter se retirer du marché unique européen, ils demandent à y exercer un rôle central, pour y défendre les intérêts de la place financière de Londres contre toute « entrave ». L’an dernier, ils avaient déjà obtenu à cet égard le poste clé de Commissaire à la « stabilité financière, aux services financiers et à l’Union des marchés de capitaux ». La City, qui voyait dans le précédent titulaire de cette charge, le Français Michel Barnier (UMP), un insatiable « régulateur », avait applaudi à la nomination d’un homme « sûr », le conservateur britannique et ancien lobbyste, Jonathan Hill. Mais ils veulent (toujours) plus.
L’autre but majeur que s’est assigné Cameron dans cette négociation, c’est la remise en cause de la libre circulation des travailleurs des pays membres au sein de l’UE. Plus précisément, ce sont les ressortissants des pays pauvres de l’UE ( ceux dont le PIB par habitant est inférieur à un seuil donné ) qui verraient leur droit de libre circulation restreint ! Notamment en matière d’accès aux prestations sociales. Semblable mesure, non seulement nécessiterait une révision des traités -ce qui en soi n’est évidemment pas un problème, sauf pour les Etats qui craignent que cela ouvre la boîte de Pandore !- mais retirerait à cette « Europe » le peu de droits des personnes qu’elle est encore censée garantir. Impensable, et pourtant…
Voilà un casse-tête de plus -et de taille- dont se seraient passés les Chefs d’Etat et de gouvernement du Conseil européen. Il risque pourtant de s’inscrire à leur ordre du jour dès le mois de juin prochain et pour longtemps. Ironie de l’Histoire : c’est au moment où l’Union européenne est devenue plus anglo-saxonne que jamais que ces mêmes « tories » jouent à « quitte ou double » une Europe encore plus anglaise ou une Europe sans la Grande-Bretagne .
Les réflexions sur l’avenir de la construction européenne ne doivent en aucun cas, dans la période qui s’ouvre, se limiter aux exigences des conservateurs britanniques ni rester l’apanage des principaux dirigeants.
Le Forum européen des alternatives se présente à point nommé les 30 et 31 mai prochains, à Paris, pour relancer l’indispensable débat citoyen sur la refondation du projet européen.




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