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LE COÛT HUMAIN ET ÉCOLOGIQUE DE LA COURSE AU PROFIT

Il y a des coïncidences parlantes : le 6 mai dernier s’est ouvert le procès « France Télécom » qui doit juger une entreprise du CAC 40 et sept de ses anciens dirigeants pour « harcèlement moral » ayant poussé à bout nombre de salariés jusqu’à conduire à une consternante vague de suicides ; le même jour, le Sommet mondial de la biodiversité lançait, depuis Paris, son appel solennel à éviter la première extinction de masse des espèces causée par les humains ! Qu’est-ce qui rapproche ces deux événements ? La course au profit à n’importe quel prix ! Dans le premier cas, l’ancien patron, Didier Lombard, a notamment évoqué « l’agressivité de la concurrence » pour justifier les « transformations pas agréables imposées à l’entreprise », au prix d’une déstabilisation organisée des salariés destinée à pousser 22 000 personnes vers la sortie… »d’une façon ou d’une autre, par la fenêtre ou par la porte », selon l’élégante formule du PDG en 2007. « Management par la terreur » écrira un technicien avant de se donner la mort ! L’enjeu du « crash programme » de l’ex-direction ? Confirmer la pleine réussite de la privatisation de l’ex-service public en dégageant « sept milliards de cash flow », selon le directeur dit « des ressources humaines » ! Insoutenable.

La même logique prédatrice et irresponsable conduit à ce que « la santé des écosystèmes dont nous dépendons (…) se dégrade plus vite que jamais » car « nous sommes en train d’éroder les fondements mêmes de nos économies, nos moyens de subsistance, la sécurité alimentaire, la santé et la qualité de vie dans le monde entier », selon l’avertissement du président du « GIEC de la biodiversité », Robert Watson. Agriculture intensive et agro-business ; sur-pêche; déforestation massive; marchandisation du vivant; croissance non soutenable; pollutions non contrôlées… sont autant de pratiques relevant de différentes formes de « néolibéralisation de la nature ».

Et l’Europe dans tout cela ? La tragédie de France Télécom a directement à voir avec le grand virage libéral de « l’économie de marché ouverte où la concurrence est libre » engagé dans les années 90. En matière de biodiversité, la réalité européenne est plus contradictoire : l’Union européenne dispose d’une politique en ce domaine depuis plusieurs décennies, le problème réside dans le manque de volonté des Etats membres d’aller au bout de l’ambition affichée, précisément parce que celle-ci se heurte à la logique néolibérale en vigueur. En 2011, elle a adopté une nouvelle stratégie sur 10 ans pour la préservation de la biodiversité, conformément aux engagements pris lors de la Convention internationale de Nagoya (Japon) (1). Problème -illustré spectaculairement par l’affaire du glyphosate où la Commission a épousé les thèses de Monsanto contre l’avis de l’Organisation mondiale de la santé !- : la politique européenne en matière de biodiversité « constitue un exemple classique de politique qui ne tient pas ses promesses (…) bien qu’elle ait parfaitement cerné les problèmes ». (2)Pour le social comme pour l’écologie, la rupture avec la logique libérale est la condition du changement.

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(1) Voir Chronique de F. WURTZ (Humanité-Dimanche du 4/11/2011)
(2) CESE (septembre 2016)

16 mai 2019 at 10:50 Laisser un commentaire

EN HOMMAGE À JULIEN LAUPRÊTRE SOUTIEN AUX PLUS DÉMUNIS DANS L’UE !

« Nous sommes inquiets pour l’avenir du Fonds Européen d’Aide aux plus Démunis (FEAD), alors que les Etats membres vont commencer à négocier le budget de l’Union européenne pour les années 2021-2027 » alertait il y a un an Julien Lauprêtre, au nom du Secours populaire français (SPF) et des organisations-partenaires telles que la Croix-Rouge, les Banques alimentaires ou les Restos du cœur . Préserver coûte que coûte cette aide d’urgence, hélas indispensable pour permettre aux organisations humanitaires de soulager les plus déshérités, faisait l’objet , ces dernières années, d’une intense mobilisation de l’emblématique Président du « Secours ».

En effet, l’un des grands échecs du modèle économique libéral en vigueur dans l’actuelle Union européenne est son incapacité persistante dans l’ensemble des pays membres, y compris les plus riches, d’éliminer la pauvreté . Même si l’on se réfère aux statistiques officielles de la Commission, les chiffres sont accablants : en 2015, un Européen ou une Européenne sur six, soit 87 millions de personnes, y vivait sous le seuil de pauvreté ! Encore ce chiffre sous-estimait-il amplement l’étendue de ce désastre d’après les acteurs de terrain contre l’exclusion , qui situaient  plutôt le nombre des victimes de cette plaie intolérable à plus de 120 millions !

En France -6ème économie du monde- , entre quatre et cinq millions d’hommes, de femmes et d’enfants dépendent en partie de cette aide alimentaire européenne. Et surtout, les contacts ainsi créés permettent à une organisation comme le SPF d’accompagner ces personnes dans leur insertion sociale et la défense de leurs droits comme de leur dignité. Or, la pérennité de ce Fonds fut, à plusieurs reprises, menacé par ceux-là même dont l’obsession du profit financier et la politique restrictive et inégalitaire le rendent si nécessaire. C’est ainsi qu’en 2011, ce programme faillit être supprimé sous prétexte qu’il s’agissait d’une forme d’aide sociale , juridiquement du ressort des Etats membres et non de l’UE. Il a fallu l’engagement décisif de parlementaires européens -au premier rang desquels figura Patrick Le Hyaric-  pour sauver et le Fonds et son montant de…3,2 milliards d’euros entre 2014 et 2020 !

Le problème est désormais d’arracher la prorogation et l’augmentation de ce montant dans le prochain budget pluriannuel 2021-2027, sur lequel le Parlement européen qui sortira des urnes le 26 mai prochain aura à se prononcer. La négociation de ce « cadre financier » est actuellement en cours entre les 27 gouvernements et elle s’annonce ardue : entre le coût du « Brexit » et celui des « nouvelles dépenses » (« protection des frontières » et défense européenne…), les pressions en vue de diminuer nombre de prestations (crédits aux agriculteurs, fonds de cohésion pour les pays les plus pauvres…) sont très fortes. Raison de plus pour apporter -parallèlement à notre action en faveur de la nécessaire éradication de la pauvreté dans toute l’UE- notre total soutien  à l’Appel commun des Associations européennes  lancé le 20 mars dernier pour , dans l’immédiat, « renforcer l’aide alimentaire européenne ». Ce faisant, nous rendrons l’hommage mérité au grand humaniste que fût notre ami et camarade Julien Lauprêtre.

2 mai 2019 at 9:44 Laisser un commentaire

UE : LIBERALISME ET NATIONALISMES ONT PARTIE LIÉE

 » Il est minuit moins cinq à l’heure européenne » : tel est l’avertissement sans appel lancé par Bruno Odent dès les premiers mots de l’ouvrage qu’il vient de publier (1). Le lecteur ou la lectrice y retrouvera avec intérêt la grande compétence du germaniste et la rigueur du journaliste, déjà appréciées dans ses précédents écrits.

L’auteur part d’un constat tragiquement incontestable : la montée quasi-générale de l’extrême-droite dans l’UE et la contamination du débat public par les thèmes nauséabonds dont cette peste brune est porteuse, comme en témoigne notamment la banalisation de la xénophobie à propos des migrants. Mais l’apport de ce livre réside avant tout dans la mise à nu des liens qui conduisent de cette forme particulièrement nocive du libéralisme qu’on nomme « l’ordoliberalisme » jusqu’ à l’enracinement des différents nationalismes.

« L’ordolibéralisme », Bruno Odent en propose une analyse historique fondée sur sa connaissance approfondie du pays dont la classe dirigeante a fait, de longue date, de ce « modèle » sa marque de fabrique : l’Allemagne. Ce « système de contrôle et de contrainte très stricts est destiné à garantir le libéralisme sans entrave, celui de la concurrence « libre et non faussée » inscrite en exergue du traité de Lisbonne ». Au lendemain de la réunification, rappelle l’auteur, le Chancelier Helmut Kohl « fit chanter l’Europe : ou bien l’Allemagne unifiée prend le large, ou bien, fit-il comprendre en substance, l’Europe accepte toutes ses conditions dans la mise en œuvre de sa future monnaie unique. Après une longue nuit de négociations à Maastricht en 1992, il l’emporta sur toute la ligne ». Les déséquilibres inter-européens qui en ont résulté alimentent les nationalismes, argumente Bruno Odent : « Principe de compétition et discipline monétariste poussent toute l’Europe vers un « chacun pour soi » mortifère ». Il ne faut pas chercher ailleurs les raisons de la flambée « nationale-libérale » en Allemagne même. Les pages du livre consacrées à l’émergence de l’AfD et aux dangereux ravages qui en résultent sous nos yeux sont , à cet égard, remarquables de clarté.

Pour autant, Bruno Odent n’est pas de ceux qui versent dans l’anti-germanisme primaire ! Il n’est pas davantage tenté par le raccourci de la « sortie de l’euro » , qualifiée -arguments à l’appui- de « vraie fausse solution ». A ses yeux, « une Europe refondée serait l’échelle pertinente dans le traitement de plusieurs grands défis du moment pour la démocratie, la paix et, indissociablement, pour la survie de l’espèce humaine ». C’est dire que l’ouvrage est une contribution très utile à la réflexion de quiconque veut dépasser les slogans sur des dimensions complexes mais essentielles des réalités contemporaines.

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(1) « Libérons l’Europe ». Le national-libéralisme est au bout du modèle. (Éditions du Croquant)

21 février 2019 at 10:45 Laisser un commentaire

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