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TRAGEDIES EN MÉDITERRANÉE ET RAPPORTS NORD-SUD
Noël 1996 : 283 migrants trouvent la mort au large de la Sicile. Ce fut « le désastre le plus meurtrier en Méditerranée depuis la Seconde Guerre mondiale » (1) . Entre cette tragédie et celles qui viennent de s’y succéder, faisant plus de 1000 victimes en l’espace d’une semaine, ce sont l’équivalent de dix « 11 septembre » qui ont eu lieu aux portes de l’Union européenne. Et l’Organisation Maritime Internationale, qui dépend de l’ONU, prévient solennellement : sans changement de politique, 2015 risque de se solder par un nouveau et terrifiant record de disparus au large de nos côtes! Face à un tel défi de civilisation, les échappatoires sont inacceptables.
Dans un témoignage d’une grande force, notre amie Aminata Traoré , grande figure progressiste malienne et africaine en général, et Nathalie M’Dela-Mounier, soulignent avec raison: « C’est la nature de l’Europe qui est en question. La question n’est pas seulement de savoir si elle a fait assez et comment elle s’y prend pour sauver des vies humaines en Méditerranée. Mais qu’a-t-elle fait et que fera-t-elle en amont dans les pays d’origine des candidats au départ? » (2) A cet égard, on est stupéfait de n’entendre aucun responsable évoquer la lourde part de responsabilité de ceux qui, en Europe, on participé à la désastreuse guerre d’Irak ou pris l’initiative de l’irresponsable aventure militaire en Libye !
De même, on cherchera vainement un début d’autocritique de l’Union Européenne sur son acharnement à faire passer ses anciens « partenaires privilégiés » du Sud sous les fourches caudines de l’Organisation Mondiale du Commerce et des « Accords de Partenariat Économique » qui les privent de ressources vitales (droits de douane) et les exposent au grand vent de la concurrence des multinationales . « Pouvons-nous vraiment prendre la responsabilité de conduire l’Afrique (…) vers davantage de chaos sous couvert de respect des règles de l’OMC? » avertissaient des observateurs lucides il y a près de dix ans ! (3) Or, que peut-on lire dans les conclusions du dernier Sommet Europe-Afrique, qui s’est tenu il y a juste un an pour définir les priorités d’ici 2017, et à l’issue duquel les dirigeants des deux régions se déclaraient « particulièrement fiers de l’étendue et de la profondeur de leur partenariat » ! Au-delà des habituelles pétitions de principe sans rapport avec les orientations réelles, on y retrouve des références éloquentes: « partenariats public-privé »; « zone de libre-échange »; « adhésion à l’OMC »; « Accords de Partenariat Économique »…
Le mal est donc beaucoup plus profond que ne le laisse entendre le discours officiel. Il faut naturellement agir avec détermination pour arracher une vraie politique européenne de sauvetage des migrants en danger! Il faut, bien sûr, obtenir une politique de droit d’asile digne de ce nom à l’échelle des « 28 »! C’est le plus urgent. Mais, au-delà, c’est bien toute la politique européenne vis-à-vis des pays du Sud que les tragédies en Méditerranée appelle à remettre en cause : la paix, la dignité et l’espoir d’un avenir meilleur passent par une priorité absolue à la promotion des capacités humaines et au développement sain de ces pays-partenaires à partir des richesses locales; par le transfert de technologies adaptées et les crédits à long terme; par une coopération de grande envergure dans la lutte contre le réchauffement climatique..! La « refondation » de l’Europe, c’est aussi cela.
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(1) Ferruccio Pastore, Directeur du Forum international de recherche sur l’immigration
(2) voir Humanité (24/4/2015)
(3) Jean-Claude Lefort : Rapport d’information, Assemblée Nationale, Juillet 2006.
ARRETER LE BRAS DES VA-T-EN-GUERRE !
Dans les jours qui viennent va peut-être se jouer le sort d’un conflit latent vieux de 36 ans! Allons-nous vers la normalisation des relations entre les Etats-Unis et l’Iran -ce qui constituerait l’un des rares facteurs de détente au Moyen-Orient- ou sommes-nous au contraire à la veille d’assister à l’un des plus scandaleux gâchis diplomatiques de notre époque dont seuls profiteraient les ultra des deux « camps »?
Une première chance de succès a déjà été torpillée fin 2013. C’est la France qui fit alors capoter la négociation qui était en train d’aboutir entre les cinq pays membres permanents du Conseil de Sécurité de l’ONU plus l’Allemagne (« P5+1 ») et la République islamique ! Avec un zèle suspect, dont s’étaient félicités tant Israël ( lui-même détenteur illégal de l’arme atomique ) que l’Arabie Saoudite, Paris avait jugé le projet de compromis sur le nucléaire iranien trop favorable à Téhéran…
Le second (et probablement dernier) essai sera-t-il le bon ? Rien n’est moins sûr. Ne serait-ce que du fait de l’affaiblissement sensible, entretemps, des partisans d’un accord : aussi bien en Iran -où les plus réactionnaires du régime font payer au Président Rohani l’ échec de sa tentative d’obtenir par des concessions sur le nucléaire l’annulation des sanctions occidentales- qu’aux Etats-Unis, où le Sénat vient de passer aux mains des jusqu’au boutistes Républicains ! Les va-t-en-guerre veillent au grain ! Espérons qu’aucun des négociateurs du P5+1 ne leur apporte, cette fois-ci, de l’eau au moulin…
Presqu’au même moment, le Représentant spécial des Nations Unies pour le processus de paix au Proche-Orient, Robert Serry, présentera à l’ONU les conclusions de …sept ans d’efforts infructueux ! A la veille de ce compte-rendu de mandat, le constat du diplomate est implacable : chaque initiative de paix dans laquelle il a été impliqué a été suivie…par une guerre d’Israël contre Gaza. Dans le même temps, il a assisté à une extension constante des colonies , illégales et contraires à la solution à deux Etats. Par ailleurs, les Israéliens bloquent les taxes perçues au nom de l’Autorité Palestinienne , qui est, de ce fait, en quasi-faillite -autrement dit, ce sont les partisans de la non-violence et des négociations qui sont affaiblis. Enfin, les donateurs ont versé moins de 10% de l’argent promis en octobre dernier. (1)
Quel est le lien direct entre ces deux enjeux -le risque d’échec de l’accord avec l’Iran et la bombe à retardement qu’est l’occupation-colonisation de la Palestine- ? Il porte un nom : Nétanyahou ,et , avec lui, tous ceux qui assurent une totale impunité à sa politique irresponsable. À cet égard , il est instructif de se reporter au texte de l’intervention du Premier Ministre de l’Etat hébreux devant l’AIPAC, le puissant lobby pro-israélien à Washington, juste avant sa harangue devant le Congrès des États-Unis contre le projet d’accord avec Téhéran. Pour couper court aux craintes que le coup de Jarnac qu’il était en train de donner à son meilleur allié stratégique ne porte préjudice à Israël, il lança à ses fans électrisés : « L’Amérique et Israël ont eu des désaccords graves au cours de notre amitié qui dure depuis 70 ans ». Or, poursuivit-il en substance, nous avons toujours tenu bon face à ces pressions sans en subir aucune conséquence . Et d’énumérer ces avertissements ignorés sans frais : 1948; 1967; 1981 (destruction du réacteur nucléaire Osirak); ou encore 2002 , quand « Sharon a lancé l’opération Bouclier défensif (2). Les États-Unis ont exigé qu’Israël retire immédiatement ses troupes, mais Sharon a continué jusqu’à ce que l’opération soit achevée. » Or, souligne le faucon de Tel Aviv, avec son arrogance coutumière : « Malgré des désaccords occasionnels, l’amitié entre l’Amérique et Israël devenait de plus en plus forte, décennie après décennie. » À bon entendeur…
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(1) Robert Serry (« Le Monde » 6/3/2015)
(2) 24 jours de dévastations et de crimes de guerre, siège du palais présidentiel de Yasser Arafat , massacre du camp de réfugiés de Jénine…




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