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30 ANS APRES BHOPAL,
« Faire du 3 Décembre une journée mondiale dédiée à la sensibilisation à la sureté industrielle »: cette idée versée au débat par les communistes mérite d’être soutenue et testée dans un premier temps en France et en Europe. La date retenue correspond à celle de la terrible catastrophe qui, il y a 30 ans, a endeuillé la ville indienne de Bhopal et bouleversé le monde entier. Quant à l’initiative suggérée, elle vise à focaliser l’attention, immédiatement puis année après année, sur un enjeu aussi crucial aujourd’hui qu’hier, tant au Nord qu’au Sud .
Rappelons les données principales du double scandale de 1984: celui de l’accident lui-même, fruit de l’irresponsabilité criminelle des dirigeants du grand groupe chimique nord-américain, Union Carbide, puis celui de l’impunité révoltante accordée à ces derniers. Ils étaient pourtant bien placés pour savoir que leur usine de pesticides comprenait des cuves remplies d’un gaz mortel susceptible de s’échapper du simple fait d’une valve mal fermée; que, faute d’une formation adéquate des salariés, faute d’investissements suffisants dans la sureté et faute d’un système de contrôle rigoureux des installations, des dysfonctionnements et des incidents s’étaient produits de façon répétée dans cette usine, au point d’être progressivement banalisés. De même étaient-ils les premiers informés du fait qu’il n’existait pas à Bhopal de système de gestion des risques industriels digne de ce nom, permettant de protéger la population environnante! Pire: deux ans avant le désastre, ils avaient supprimé, pour cause de rentabilité défaillante de l’usine en question, plus de la moitié des postes de travail, rognant par là-même encore davantage sur les effectifs affectés à la sureté de cette production à haut risque. Cette désinvolture inqualifiable a coûté la vie à des milliers de personnes et brisé celle de centaines de milliers d’autres. Quant aux dommages environnementaux, ils se traduisent par la persistance sur le site de milliers de tonnes de produits toxiques, stockés ou enfouis, et une nappe phréatique lourdement polluée. Le PDG de l’usine n’a pourtant subi aucune condamnation pénale. Il est décédé il y a deux mois, chez lui, en Floride.
Contribuer à graver ces faits dans les mémoires en se référant chaque année à ce dramatique 3 Décembre serait d’abord un acte de solidarité envers toutes les victimes de ce type de catastrophe, au Sud comme au Nord -songeons à AZF !- sacrifiées, elles et leur environnement, sur l’autel de la course aveugle au profit. Mais surtout, faire de la célébration de cette journée un pressant appel au débat et à l’action pour faire reconnaître l’exigence absolue et non négociable que tous les moyens soient engagés pour garantir la sureté des industries, où qu’elles se trouvent, pourrait aider à faire franchir une étape à cette cause humaine, économique et écologique.
Cette campagne ne se concevrait que « tous azimuts », sans angle mort. Chaque secteur concerné à un degré ou à un autre par la sureté doit être examiné : les industries traditionnelles tout comme le nucléaire. Et aucun d’entre eux ne doit pouvoir s’exonérer de ses responsabilités en misant sur les délocalisations dans des régions du monde aux règles moins contraignantes…Il faudrait commencer par réunir des acteurs déjà engagés, parfois de longue date, dans ce combat (car c’en est un): délégués du personnel et de comités d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail; élus investis dans des structures de prévention des pollutions industrielles; militants d’associations de riverains et de l’environnement; inspecteurs d’installations classées et ingénieurs spécialisés dans ce type de contrôle; médecins, urbanistes, chercheurs; agents de services publics; représentants de l’Agence de sureté nucléaire (ASN) et de l’Institut national de l’environnement et des risques (INERIS); parlementaires nationaux et européens (1)…Des acteurs de la prévention des risques industriels majeurs d’autres pays européens et d’autres régions du monde -notamment du Sud- pourraient être associés utilement à cet échange d’expériences. Avec un objectif commun: travailler à un diagnostic partagé et sans concession de la situation présente et à des propositions concrètes dont le plus grand nombre puisse se saisir pour le débat et pour l’action. Pour ancrer dans les esprits cette conviction: 30 ans après Bhopal, la sureté est un défi vital !
AUX CÔTÉS DU PEUPLE KURDE !
Kobanê : un nom à graver dans notre mémoire ! Jour après jour, des nouvelles de plus en plus alarmantes nous arrivent de cette ville kurde de Syrie, assiégée depuis deux semaines par les « djihâdistes » surarmés de l’ « État islamiste » (EI). À l’heure où ces lignes sont écrites, le pire est possible à tout moment dans cette ville, à l’instar des massacres perpétrés par ces monstres à Mossoul au mois de juin , puis à Sinjar, au Kurdistan irakien en août dernier.
Comme dans ces deux précédentes tragédies, la milice islamiste concentre aujourd’hui autour de Kobanê des milliers d’hommes et dispose dans la région d’une impressionnante artillerie lourde -y compris des tanks par dizaines!- récupérée sur l’arsenal (américain) abandonné par l’armée irakienne ,ou encore prise à l’armée syrienne, voire obtenue de ses parrains des pétromonarchies du Golfe ou du pouvoir d’Ankara , qui porte une lourde responsabilité dans le basculement du rapport de force en faveur des « djihadistes » syriens. Même les récents bombardements américains n’ont pas empêché l’EI de lancer des roquettes sur la ville à partir de collines avoisinantes.
Bravant cette flagrante disproportion des moyens militaires , les combattants et les combattantes du Parti de l’Union démocratique de Syrie (1) et de ses « Unités de protection du peuple de Rojava »( YPG ) mènent une résistance qui force l’admiration. Rien ne semble pouvoir les faire plier, pas même l’extrême cruauté de leurs assaillants . Selon la presse turque, 300 de ces combattants viennent d’être sauvagement humiliés en public avant d’être exécutés. 133 élèves et étudiants ont été enlevés en rentrant d’un examen sans que l’on sache ce qui leur est advenu. Des enfants ont été massacrés, des sympathisants du parti kurde crucifiés ! Des témoignages évoquent des décapitations : c’est le sort que l’EI a promis à tous les Kurdes qu’il capturerait !
C’est dans ce contexte que, répondant à l’appel lancé à tous les Kurdes , depuis sa prison, par le leader du PKK Öcalan , les combattants aguerris du ce parti affluent par centaines de Turquie, quitte à forcer le passage à la frontière entre les deux pays, pour prêter main forte à leurs frères du Rojava (Kurdistan de Syrie). Les combattants kurdes sont incontestablement le principal rempart contre le « djihadisme » : pour autant, PKK et YPG ne bénéficient à ce jour d’aucune aide occidentale, notamment en matière d’armements . Bien au contraire, le PKK figure toujours sur la liste des « organisations terroristes » aux États-Unis , et par mimétisme dans l’Union européenne ! Ajoutons à cela que les villes de la région de Turquie limitrophe de la Syrie dirigées par cette même famille politique (BDP-HDP) accueillent, pour leur part, des dizaines de milliers de réfugiés -kurdes, yésidis, arabes, assyriens, arméniens…- qui ont dû quitter le Kurdistan syrien pour échapper aux exactions de l’EI.
C’est dire qu’il est temps d’exiger de nos autorités qu’elles acceptent de regarder en face les réalités de terrain ! Et en particulier qu’elles traitent dorénavant les principales organisations du mouvement kurde , en Turquie comme en Syrie,sinon en alliés , du moins en partenaires indispensables à la construction d’une issue politique durable à l’actuelle déstabilisation dramatique du Proche Orient.(2)
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(1)Le PYD (Parti de l’Union Démocratique) , proche du PKK d’Öcalan, est le principal artisan de l’autonomie de Rojava (Kurdistan syrien constitué de trois cantons dont celui de Kobanê) proclamée en 2013.
(2) Pour en savoir plus sur le peuple kurde -35 millions de citoyens dans quatre États différents- , lire « La réponse kurde » de Sylvie Jan et Pascal Torre (Édition France-Kurdistan, 2014 : 8€ ).
LA LÉGION DU DÉSHONNEUR
« Il appartient au gouvernement israélien de prendre toutes les mesures pour protéger sa population face aux menaces »(1). Ce monument d’hypocrisie restera comme un marqueur du quinquennat de François Hollande .Prise au pied de la lettre, c’est une phrase de bon sens, mais appliquée à son destinataire -le gouvernement Nétanyahou- c’est une inimaginable caution et un encouragement aveugle accordés à des personnages dangereux, connus pour être des faucons prêts à tout pour perpétuer l’occupation et la colonisation des Territoires palestiniens. Le Président français rejoint ainsi la Chancelière allemande et le Premier Ministre britannique parmi les leaders occidentaux qui peuvent méditer jour après jour l’étendue de la tragédie que « toutes les mesures » en question ont engendrée.
Les uns et les autres auraient été dans leur rôle en condamnant les tir de roquettes sur Israël .A condition de mettre en perspective toute la chaîne des responsabilités qui a conduit à ce nouveau désastre et de faire clairement apparaître l’incommensurable disproportion des « menaces » évoquées ! La vérité, comme vient de le rappeler l’historien Ran Halévi, analyste reconnu de l’histoire politique d’Israël, c’est que : « Cela fait des mois que le gouvernement israélien est alerté sur la situation explosive dans les Territoires palestiniens : un processus de paix au point mort; une conjoncture économique précaire; l’accroissement spectaculaire des implantations; et pour finir, la multiplication des vexations et des exactions, souvent impunies, commises par des colons jusqu’au-boutistes » (2) . La vérité, c’est aussi que Nétanyahou a vu il y a peu sa stratégie de l’affrontement permanent contrecarrée par la réconciliation entre le Fatah et le Hamas, la constitution d’un gouvernement de consensus , et surtout par la décision américano-européenne de reconnaître ce gouvernement et de travailler avec lui. Ouvertement révulsé par cette décision qui l’isolait sur la scène internationale , le chef de la droite israélienne était à la recherche d’un prétexte pour étouffer dans l’œuf cet espoir de normalisation. Aussi n’a-t-il pas hésité à instrumentaliser la tragédie de l’enlèvement et de l’assassinat des trois jeunes Israéliens pour justifier une nouvelle guerre, au risque de précipiter une implosion du Proche-Orient .
Voilà ce qu’ont délibérément passé sous silence les alliés européens du gouvernement le plus extrémiste de l’histoire de l’Etat d’Israël. Ce message de complaisance du Président français à l’un des pouvoirs les déstabilisateurs de notre époque se situe en quelque sorte aux antipodes du « discours de Pnom Penh » par lequel le Général De Gaulle signifia, en son temps, avec lucidité et courage, à son allié (américain) qu’il faisait fausse route en livrant à un autre peuple (viêtnamien) une guerre injuste et, quel que fût le déséquilibre des forces, perdue d’avance.
La France et l’Union européenne seraient bien inspirées d’écouter les voix qui s’élèvent en Israël même, à travers le fracas des bombes, contre les forfaits de leur gouvernement. Certaines d’entre elles sont des figures de toujours du camp de la paix ,comme Uri Avneri , pour qui « une extrême droite violente, dangereuse, a poussé à l’ombre d’un gouvernement qui est lui-même d’extrême droite ». D’autres sont plus surprenantes : ainsi Eli Barnavi, ancien ambassadeur d’Israël à Paris… reconnaît aujourd’hui que « c’est notre incapacité à résoudre le problème palestinien qui constitue la principale menace pour notre sécurité », que « nous payons le prix de l’occupation, qui ronge notre ressort moral et obère notre avenir », et que « la paix sera imposée de l’extérieur ou ne sera pas » ! D’autres enfin , comme David Grossman , considéré comme l’écrivain le plus doué de sa génération, ne cachent pas leur meurtrissure face à ce que la politique de ses leaders a fait de leur pays, « une démocratie satisfaite d’elle-même, affichant des prétentions de libéralisme et d’humanisme, et qui occupe, humilie et écrase un autre peuple depuis des décennies » (2). Messieurs les dirigeants européens, réveillez-vous!
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(1) François Hollande à Benyamin Nétanyahou : entretien téléphonique du 9/7/2014.
(2) Ran Halévi (Le Figaro 10/7/2014); Uri Avneri (L’Humanité 10/7/2014); Eli Barnavi (Le Figaro 9/7/2014); David Grossman (Libération 9/7/2014).





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