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ISRAEL DEVANT LA CIJ : L’AVIS D’UN AVOCAT ISRAÉLIEN
Dans un entretien accordé au site de la Revue « La Brèche », Michael Sfard, éminent avocat israélien, connu pour son engagement dans la défense des droits humains, en particulier en ce qui concerne les territoires occupés, éclaire les enjeux de l’action en justice de l’Afrique du Sud contre Israël devant la Cour Internationale de justice (CIJ).
Cette Cour, rappelle-t-il, a deux pouvoirs : celui d’émettre des avis consultatifs et celui de statuer sur des litiges entre deux Etats. Nous sommes dans ce second cas, où les verdicts de la Cour sont contraignants et sont, le cas échéant, appliqués par le Conseil de sécurité des Nations unies. Chacun et chacune de ses 15 juges, choisis par l’Assemblée générale de l’ONU, auxquels s’ajoutent un juge de chacun des deux pays concernés, « est censé n’être loyal qu’au droit international et à sa propre conscience ».
Sur le fond de l’accusation portée contre Israël de violer la « Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide », la réponse de l’avocat est particulièrement émouvante : « Je viens d’une famille de survivants de l’Holocauste, et le fait même (…) que l’accusation ne soit pas sans fondement, me brise le cœur », affirme-t-il, en évoquant les travaux de son grand-père, le sociologue Zygmunt Bauman, qui « a écrit sur le syndrome des victimes qui aspirent à devenir des bourreaux, et sur les raisons pour lesquelles des efforts doivent être faits pour empêcher cela. Je crains -conclut Michael Sfard- que nous n’ayons échoué ».
Sur quels éléments la patrie de Nelson Mandela fonde-t-elle son accusation ? D’abord, sur le comportement d’Israël dans cette guerre : les attaques aveugles et disproportionnées contre les infrastructures civiles; la famine liée au blocus et aux déplacements forcés; le nombre considérable de victimes et la catastrophe humanitaire -« des statistiques terribles, souligne l’avocat, dont le public israélien est à peine informé, parce que les grands médias ne nous les montrent pas » ! L’autre base de l’accusation est celle de l’intention des autorités israéliennes . A cette fin, les représentants sud-africains ont produit quelque 60 citations de hauts responsables Israéliens -Président, Premier ministre, ministres, députés, généraux…- assimilables à des déclarations génocidaires ou à des incitations à commettre des actes génocidaires, parmi lesquelles l’incroyable sortie du ministre de la Défense, Yoav Gallant : « Nous nous battons contre des animaux humains », déshumanisant les Palestiniens en toute impunité !
Par-delà la qualification éventuelle du comportement d’Israël dans cette guerre à Gaza de « génocidaire » -question de fond sur laquelle la CIJ ne statuera pas avant plusieurs années-, le plus urgent réside dans la demande, par l’Afrique du Sud, de « mesures conservatoires » immédiates, sans lesquelles il existe, selon Pretoria, un risque réel de génocide. Au premier rang de ces mesures demandées à la Cour figure celle qu’elle rende « une ordonnance pour mettre fin aux activités militaires d’Israël ». Si cela se produisait -ce qui n’est naturellement pas assuré !- se poserait une nouvelle question : Israël obéirait-il ? Biden userait-il de son veto au Conseil de sécurité ? Les autres pays, dont la France et l’Union européenne, respecteraient-elles les injonctions du droit international ? À coup sûr, ce serait une bataille politique mondiale de haute intensité. À suivre !
CE QUE LES VOTES À L’ONU NOUS DISENT DE L’EUROPE
Un récent événement, de grande signification quant au regard que porte le monde sur l’atroce punition collective qu’impose Israël à la population civile de Gaza, mérite qu’on y revienne. On se souvient que, face à la menace d’un « effondrement total de l’ordre public » à Gaza, le Secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, avait pris, le 6 décembre dernier, l’initiative -très rare- de convoquer lui-même le Conseil de sécurité afin de placer ses Etats membres devant leurs responsabilités et les inciter à appeler solennellement à un « cessez-le-feu humanitaire immédiat ». Sur les 15 pays concernés, 13 se prononcèrent pour un arrêt des combats, la Grande Bretagne s’abstint , tandis que les Etats-Unis usèrent du privilège de leur droit de veto pour bloquer toute décision. Devant ce camouflet, l’Assemblée générale de l’ONU prit, comme on sait, le relai du Conseil de sécurité le 12 décembre dernier en appelant à son tour ses membres à appeler au cessez-le-feu. Les résultats du vote constituèrent une gifle magistrale pour Washington (et bien sûr pour Israël) bien que la résolution ne fût pas contraignante: sur 193 pays, seuls 10 se prononcèrent contre le cessez-le-feu tandis que 23 se réfugièrent dans l’abstention, sorte de NON honteux. Bref : quelques îlots de jusqu’au-boutistes dans un océan d’exigences de cessez-le-feu. Voilà pour ce qui est des attentes de l’écrasante majorité de l’humanité.
Et l’Europe, dans tout cela ? Parmi les 10 réfractaires, outre Israël, les Etats-Unis et quelques uns de leurs auxiliaires habituels du type de la…Micronésie, du Nauru ou de la Papouasie-Nouvelle Guinée, on trouve deux Etats européens: l’Autriche et la République tchèque -dont une ministre a même qualifié l’ONU d’ « organisation qui soutient les terroristes et ne respecte pas le droit fondamental à l’autodéfense »…Quant aux 23 pays abstentionnistes, près de la moitié d’entre eux sont également des Européens et leur énumération est instructive. Trois d’entre eux sont des Etats fondateurs de la Communauté européenne : l’Allemagne, indéfectiblement alignée sur Tel Aviv, l’Italie de l’extrême-droitiste Giorgia Meloni et les Pays-Bas du sinistre Geert Wilders . À leurs côtés, on trouve cinq « nouveaux pays membres » de l’UE, au profil politique divers, mais aux choix, en l’occurrence, convergents : la Hongrie, la Slovaquie, la Bulgarie, la Roumanie et la Lituanie. Enfin, on remarquera, dans cette cohorte peu glorieuse, deux pays candidats officiels à l’entrée dans l’Union européenne : l’Ukraine et la Géorgie…(ainsi que, par ailleurs, sans surprise, la Grande-Bretagne).
Que conclure de cet amer constat pour quiconque a à cœur de tenter de sauver l’idée européenne du naufrage moral qui la menace toujours plus ? D’abord, qu’il faut arrêter de tenir l’inaudible discours sur les « valeurs »qu’incarnerait « l’Europe » tout entière , en cachant la poussière sous le tapis au nom de « l’unité des 27 ». Il n’y a, hélas, pas que la Hongrie d’Orban qui viole allègrement les nobles principes censés faire de l’UE un modèle de vertu ! La métamorphose dont l’Europe a besoin commence par un discours de vérité sur l’état des lieux ! A ce titre, il faut en finir avec l’hypocrite recours au « deux poids-deux mesures », dont témoigne toute comparaison entre l’attitude observée à l’égard du conflit russo-ukrainien sous nos yeux et celle suivie au Proche-Orient depuis des décennies. Enfin, il faut se libérer de la vision étroite d’un Occident soudé face au reste du monde et s’ouvrir aux réalités d’une humanité plurielle.
LES FRANÇAIS ET LE PROCHE-ORIENT
Le récent sondage IFOP commandé par le Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF) peut surprendre. Selon cette enquête, 62% des personnes interrogées (en France) considèrent « l’objectif d’Israël d’éliminer le Hamas de Gaza » comme « justifié ». D’autre part, seuls 10% d’entre elles disent éprouver de la sympathie pour l’Autorité palestinienne, qui, pourtant, n’est en rien responsable des « attaques terroristes du 7 octobre ». Enfin, 68% ne pensent pas qu’ « une solution pacifique du conflit avec la création d’un État palestinien au côté de l’Etat d’Israël (soit) envisageable dans un avenir proche ». La majorité des Français serait-elle devenue insensible aux souffrances indicibles imposées à la population civile de Gaza par une armée d’occupation ? Tournerait-elle le dos à toutes les institutions palestiniennes, y compris celles reconnues depuis des décennies par toute la communauté internationale ? Ne souhaite-t-elle pas que tout soit fait pour concrétiser la « solution à deux Etats », seule issue au conflit aujourd’hui à nouveau évoquée ?
Pour comprendre l’évolution, apparemment négative, du regard porté sur cet enjeu emblématique par une partie de nos concitoyens , il faut prendre en considération le fait que le Proche-Orient -et singulièrement le défi de la construction d’un État palestinien digne de ce nom- a quasiment disparu de l’agenda international depuis au moins 20 ans; mesurer les ravages qu’ont provoqués dans les esprits, depuis une décennie, les vagues d’attentats revendiqués par des organisations islamistes comme Al Qaeda ou Daesh, et enfin évaluer l’ampleur du matraquage politique et médiatique produit dans ce contexte dans le sens d’une vision manichéenne, partiale, et, au final, désespérante du monde. Dans cet environnement, il est, hélas, aisé de deviner l’effet produit, sur notre société comme sur d’autres, par l’effroyable massacre perpétré le 7 octobre sur une masse de personnes innocentes par le Hamas et des gangs s’engouffrant dans la brèche ! Ce qui confirme que, si cette folie du Hamas a, paradoxalement, remis la question du Proche-Orient à l’ordre du jour, elle a, en même temps, grandement desservi la cause palestinienne, car celle-ci a un besoin vital du soutien de l’opinion internationale.
Cela étant, malgré ces handicaps, gageons que si des questions posées par le sondage évoqué étaient fondées sur des réalités concrètes, susceptibles de parler aux gens, elles généreraient des réponses plus encourageantes. Suggérons-en trois : 1) « Le Comité international de la Croix-Rouge qualifie la situation à Gaza d’« enfer sur terre » où « personne n’est épargné, que ce soient les humanitaires comme la population civile ». Faut-il, selon vous, poursuivre cette guerre ou appeler à un cessez-le-feu humanitaire immédiat, comme le demandent 13 Etats sur 15, au Conseil de sécurité de l’ONU ? » 2) Approuvez-vous la poursuite, par le gouvernement israélien, de l’occupation et de la colonisation des territoires palestiniens, et le projet de l’extrême-droite au pouvoir d’expulser la population de Gaza vers le désert du Sinaï, en Egypte, et de pousser une partie de celle de Cisjordanie vers la Jordanie afin de réoccuper toute la Palestine ? 3) Approuvez-vous le principe de la solution à deux Etats -israélien et palestinien- fondés sur le droit international ? En tout état de cause, la meilleure action pour la paix est de re-populariser parmi nos concitoyens les « fondamentaux » du Proche-Orient !




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