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L’ année qui débute interpelle fortement le « peuple de gauche » dans toute l’Europe ! Nombre de défis vont s’exacerber dans les prochains mois . Petit rappel de l’état des lieux.
A tout seigneur tout honneur : commençons par la bonne surprise que nous ont réservée les forces démocratiques du Portugal et de l’Espagne ! Dans le premier cas, une chance existe que l’alliance inattendue entre le Parti socialiste, le Parti communiste et le Bloc de gauche enraye la logique « austéritaire » dont ce pays était l’un des laboratoires européens. Dans le second, l’irruption de Podémos dans le paysage politique est la preuve que le coup de force européen contre la Grèce n’a pas tué la volonté de changement dans les pays voisins. L’Europe du sud fait renaître l’espoir !
Il n’en va pas de même de l’autre défi majeur de la prochaine période : celui de l’accueil des réfugiés, chassés de leur pays par la misère, l’oppression et les ravages de la guerre. Tandis qu’un peu partout, les frontières se referment et des murs s’érigent ( Adieu Schengen ?) les dirigeants européens recherchent le salut dans le marché indigne passé avec le dictateur turc et massacreur du peuple kurde : argent et caution politique contre rétention des réfugiés ! De dures batailles en perspective !
Par ailleurs, la question de l’euro et de son utilisation restera au cœur du débat européen. La Banque centrale européenne (BCE) a beau créer de toutes pièces 60 milliards d’euros par mois (!) et prêter ces sommes colossales aux banques quasi gratuitement ( à…0,05% ! ), cela ne relance ni l’économie ni l’emploi, mais nourrit au contraire les opérations financières. Même des observateurs peu axés sur la critique des politiques européennes sont conduits à le reconnaître : « Les liquidités injectées par la BCE alimentent la hausse des Bourses et des marchés financiers » (1) Et pour cause : l’idéologie libérale qui guide l’euro depuis sa création s’oppose radicalement à ce que l’argent crée par la BCE aille aux Etats pour les libérer des pressions des marchés de capitaux et que ses taux quasi-nuls soient strictement réservés à des investissements créateurs d’emplois de qualité et de richesses utiles à la société -en particulier des services publics. Faire de ce type de transformation un objectif de luttes populaires massives : voilà qui ouvrirait des perspectives !
Mais il y a encore nombre d’autres questions d’envergure qui vont se poser avec force et qui appellent des débats de fond et des interventions citoyennes. Ainsi : gare aux concessions de Bruxelles à l’ultra-conservateur Cameron pour tenter de retenir les Britanniques dans l’UE ! Attention à la dérive à la fois sécuritaire et militariste en cours en Europe -France en tête- au nom de la « guerre au terrorisme »! Quelles suites vont-elles être réservées à la COP 21pour concrétiser les ambitions affichées à Paris ? N’oublions pas le TAFTA , dont les négociations entrent dans une phase cruciale . Et que dire de ce cri d’alarme pas banal : plusieurs Commissaires européens évoquent depuis peu le risque de « désintégration » de l’UE (2) ! De fait, la libre circulation des personnes est remise en cause; les pays d’Europe centrale et orientale se replient sur eux-mêmes; les courants d’extrême droite progressent partout…Quelles leçons tirer de cette crise existentielle de l’actuel modèle européen ? Quant aux relations de l’UE avec ses voisins, outre le pacte diabolique passé avec l’actuel pouvoir turc, la prolongation des sanctions économiques contre la Russie , sans régler aucun problème, bride les indispensables coopérations politiques avec ce partenaire incontournable. Or, fin juin prochain se redécidera la politique des dites sanctions. 2016 : une année qui va compter !
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(1) Le Monde (3/12/2015)
(2) Federica Mogherini, Günther Öttinger ainsi que l’ex-Commissaire Michel Barnier. Le Président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker a tenu des propos semblables.
7 janvier 2016 at 10:07
L’enquête sur les attentats terroristes de Paris et Saint-Denis a révélé des failles dans la coopération policière en Europe. Il faut en tirer les leçons. Faut-il pour autant renoncer durablement à des droits fondamentaux et revenir sur des conquêtes emblématiques des citoyens européens ?
Le cas du fameux « PNR » est symptomatique à cet égard. Rappelons que le « Passenger Name Record » ( Registre des noms des passagers ) , pour lequel militent de longue date la Commission européenne et un certain nombre d’Etats membres , vise en fait à ouvrir aux services de renseignement et de police de l’Union européenne, l’accès non pas aux seuls « noms », mais à l’ensemble des données personnelles collectées par les compagnies aériennes auprès de tous leurs passagers circulant en Europe, vers l’Europe ou depuis l’Europe . Il s’agit , outre le nom de la personne, son adresse, son téléphone, la date et la destination du vol, l’itinéraire du voyage, les données de la carte de crédit, ou la nature des bagages transportés, d’informations intimes telles que le type de repas demandé -suivez mon regard…S’ajoute à cela la question des conditions d’utilisation ou de la durée du stockage de cette masse énorme de données privées. En outre, l’efficacité de ce système de surveillance généralisée est très discutable : selon un criminologue spécialisé dans la fraude identitaire, la méthode consistant à utiliser le vrai passeport d’une autre personne , non recherchée , et tenter de ressembler autant que possible à la photo, « ça va marcher plus de 99 fois sur 100 » ! (1) En tout état de cause, présenter le PNR comme LE moyen d’empêcher les attentats terroristes tient de la désinformation .
Plus généralement, les campagnes droitières en faveur du rétablissement durable des contrôles aux frontières nationales dans l’espace Schengen, ou de la réduction de cet espace à un « mini-Schengen » limité à un petit noyau d’Etats proches…au nom de la lutte contre le terrorisme relèvent de l’instrumentalisation sans vergogne des événements dramatiques qui bouleversent nos concitoyens. D’abord, parce que c’est oublier que les criminels du 13 novembre étaient nés et élevés en France ou en Belgique -pays qui ferait partie du « mini-Schengen » en question et avec lequel la coopération policière était jusqu’à présent « considérée comme bonne » (2) . Ensuite, parce que « 90% des personnes qui basculent dans le terrorisme le font par Internet » ( Bernard Cazeneuve, Ministre de l’Intérieur -fin 2014 ) , ce qui relativise la question des frontières. Enfin, parce que l’espace Schengen dispose d’ores et déjà , avec le « Système d’Information Schengen » (le SIS puis le SIS II ) d’un fichier aux dimensions propres à donner le tournis (3) , amplement suffisant pour assurer la « traçabilité des personnes suspectes » ! (4) . Si l’existence de frontières physiques nationales empêchait tout franchissement clandestin, cela se saurait ! Ceux qui ont vécu les « événements » de 1968 se souviennent de la réapparition-surprise de Daniel Cohn-Bendit à Paris après son expulsion de France et son interdiction de séjour dans ce pays. Et pourtant, il n’y avait alors ni Schengen ni « laxisme » du gouvernement en matière de police ! Alors, oui aux mesures de sécurité ; non à la surenchère sécuritaire !
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(1) Christophe Naudin ( « Humanité » – 20/11/2015 )
(2) « Les Echos » – 20/11/2015
(3) Plus de 1,2 million de personnes selon la Commission Nationale Informatique et Liberté (CNIL) -Chiffres de 2009 !
(4) L’expression est d’Arnaud Danjean, ex-président de la sous-commission « sécurité-défense » du Parlement européen ( député « Les Républicains » – PPE )
26 novembre 2015 at 12:04
Face à l’horreur des attentats terroristes, si les polémiques politiciennes sont insupportables, la réflexion politique est, quant à elle, éminemment nécessaire. Que penser, à ce propos, de l’idée que « la France est en guerre » ? Qu’on nous permette de contester fermement cette posture, à la fois perverse et dangereuse. Sur le plan intérieur, elle induit subrepticement la possibilité de s’affranchir d’un certain nombre de garanties démocratiques de l’Etat de droit ( « A la guerre comme à la guerre » ! ) . Et concernant l’action extérieure, elle ouvre la voie à une stratégie à la George W. Bush -« la guerre au terrorisme »- dont nous subissons aujourd’hui même les terribles conséquences.
L’enjeu de cette bataille d’idées est à prendre très au sérieux. En ce moment-même, on discute dans les cercles dirigeants européens du contenu d’une nouvelle « Stratégie européenne de sécurité » . On appelle ainsi un document de référence qui fixe la doctrine des Etats membres en matière de sécurité. Le premier texte de ce genre avait été adopté il y a 12 ans et avait alors été pompeusement intitulé : « Une Europe sure dans un monde meilleur »…Elle est toujours en vigueur.
Ce texte avait été rédigé à l’initiative de Javier Solana, alors « Haut-Représentant de l’UE pour la politique extérieure et de sécurité » ( après avoir été Secrétaire général de l’OTAN ). On était à la veille d’un Sommet Europe-USA particulièrement sensible, à Washington, en juin 2003. L’objectif était de tourner la page de la grave brouille transatlantique consécutive au refus sacrilège de Paris et de Berlin de suivre les Etats-Unis dans la guerre d’Irak trois mois plus tôt. L’heure était à la grande réconciliation. Il fallait, dans cet esprit, présenter au Président américain un front uni de ses alliés européens . Ce fut fait avec cette « Doctrine stratégique » le 25 juin 2003, autrement dit juste après la « Victoire triomphale » du chef de guerre du monde libre à Bagdad ! (1)
On ne sera donc pas étonné de lire dans ce document que « l’Europe doit être prête à partager la responsabilité de la sécurité internationale et de la construction d’un monde meilleur »; que face aux « nouvelles menaces », en particulier le terrorisme, « nous devons développer une culture stratégique propre à favoriser des interventions en amont, rapides, et, si nécessaire, robustes »; qu’un « engagement préventif ( formulation délibérément ambiguë pour se rapprocher du concept de « guerre préventive » chère à G.W. Bush ) peut permettre d’éviter des problèmes plus graves dans le futur »; que « le partenariat stratégique UE-OTAN reflète notre détermination commune à faire face aux défis du nouveau siècle »; ou encore qu’ « en agissant ensemble, l’Union européenne et les Etats-Unis peuvent constituer une formidable force au service du bien dans le monde » !
Entretemps, tout le monde est , peu ou prou, contraint de reconnaître que les aventures militaires occidentales en Afghanistan, en Irak, en Libye et, dernièrement au Yémen , loin d’avoir rendu l’Europe plus sure et le monde meilleur, ont grandement contribué au désastre actuel dont l’émergence terrifiante de Daech est le summum . Il serait désastreux que , sous l’effet d’une relance de l’idée de « guerre au terrorisme », la France et l’Europe s’enfoncent dans l’impasse où la doctrine Bush nous a entrainés. Certes, personne ne conteste la nécessité de recourir à la force contre cette mouvance criminelle et ses structures. Mais l’essentiel demeure le projet politique dans lequel ces frappes doivent impérativement s’inscrire. Un projet dans lequel les peuples concernés, du Moyen-Orient et d’Afrique , toutes communautés confondues, puissent se reconnaître. Ce projet ne peut être porté par « l’Occident » mais relève des Nations Unies. Les droits des peuples, la lutte contre les inégalités de développement, la diplomatie pour prévenir ou résoudre les conflits : voilà notre boussole. Pas la guerre.
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(1) Le document en question subira quelques modifications après ce Sommet et sera officiellement adopté par tous les Chefs d’Etat et de gouvernement de l’Union européenne le 12/12/2003. L’adoption de la nouvelle « Stratégie européenne de sécurité » est prévue fin juin 2016.
19 novembre 2015 at 3:06
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