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« LE RISQUE FASCISTE AUX ETATS-UNIS »
« Le risque fasciste aux Etats-Unis », titrait au début de l’année le grand quotidien suisse, « Le Temps », peu connu pour manier à la légère les formules-choc. C’est que, plus on approche des élections présidentielles américaines ( le 5 novembre prochain ), plus une seconde victoire de Donald Trump devient plausible : dans la première puissance du monde, la maison brûle, et ce n’est pas le moment de détourner le regard ! Pour mesurer ce que signifierait, pour les Etats-Unis et, partant, pour le monde, une telle éventualité, écoutons ce que nous en disent d’éminentes personnalités progressistes des Etats-Unis, que nous avons croisées dans tous les combats pour la dignité humaine, et qui sont, à nos yeux, l’honneur de l’Amérique. L’une d’entre elles est le très respecté professeur émérite à l’Université de Columbia, à New-York, Mark Kesselman.
Dans un long article qui vient de paraître (1) , il cite des extraits édifiants d’un discours de Trump de novembre dernier. À eux seuls, ils justifient le titre du « Temps » cité plus haut. S’il est élu, souligne Kesselman, Trump s’est engagé à « extirper les communistes, les marxistes, les fascistes et les voyous de la gauche radicale qui vivent comme de la vermine dans les limites de notre pays, qui mentent, volent et trichent aux élections… »Dans la même veine, le candidat républicain affirme que les immigrés « empoisonnent notre sang américain » et « inondent vos villes de drogues mortelles, vendent vos emplois à la Chine, mutilent vos enfants ». Malgré ces abominations, qui, note Kesselman, ne sont pas loin de rappeler « Mein Kampf », il se trouve, sur nos plateaux de télévision, des hommes politiques ou des journalistes de droite pour demander qu’ « on n’oublie pas les bonnes décisions que Trump a prises » durant son premier mandat !
L’exemple récemment cité à ce propos par le directeur de la rédaction du « Figaro Magazine » est la réalisation des « Accords d’Abraham », ces traités signés sous l’égide conjointe de Trump et de Netanyahou pour normaliser les rapports entre Israël et plusieurs pays arabes, en passant par pertes et profits la cause palestinienne. C’est une rupture avec un engagement historique de la Ligue des États arabes de 1967, qui modifie sérieusement l’équilibre diplomatique au Proche-Orient ! Cette lâcheté suprême est souvent citée comme une source majeure de l’exacerbation de la désespérance de nombreux Palestiniens…
Ne vous méprenez pas, met en garde notre ami universitaire américain : « Les immenses dégâts que Trump a déjà causés sembleraient probablement bénins s’il était réélu en 2024, surtout si les Républicains remportent les deux chambres du Congrès, ce qui semble tout à fait possible ». Mais, se consoleront certains, comment un candidat inculpé pour 91 crimes, parmi lesquels la « tentative de subversion de l’élection présidentielle » en 2020; « l’obstruction à la justice »; « la rétention de documents classifiés »; « la corruption de témoin »…pourrait-il être élu ? Hélas si ! À moins d’une improbable condamnation de la Cour suprême (qui penche résolument à droite), « Il pourrait même gouverner depuis une cellule de prison », rectifie Kesselman !
Face à ce danger mortel, Joe Biden, faute d’avoir eu la sagesse de préparer sa succession, risque de se révéler un piètre bouclier pour la démocratie américaine. Que le cœur du « monde libre » en soit arrivé là appelle une révision déchirante de bien des idées reçues en Occident ! « Les tyrans ne sont grands que parce que nous sommes à genoux », écrivit Tocqueville.
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(1) Dans la revue Telos (2/1/2024)
MACRON-BIDEN : LE PRIX DE LA VASSALISATION
Donald Trump a théorisé l’ America first , Joe Biden le pratique.
Les envolées lyriques du Président américain en recevant au début du mois Emmanuel Macron -« La température est peut-être fraîche en cette matinée lumineuse de décembre, mais nos cœurs sont chauds d’accueillir des amis si proches à la Maison Blanche »…- et les figures de style de son homologue français -« nous allons synchroniser nos approches et nos agendas »- n’y ont rien changé : Emmanuel Macron est reparti bredouille, s’agissant de l’enjeu principal de sa « visite d’Etat », à savoir exempter l’UE des effets de l’Inflation Réduction Act. On le sait : une disposition de cette loi réserve aux seules productions made in USA quelque 400 milliards de dollars d’aides et de crédits d’impôts, en particulier dans le secteur des véhicules électriques et des industries liées à la défense du climat. Force est de constater que les récriminations du Président français contre ces mesures « super agressives » qui risquent de pousser à des délocalisations depuis l’Europe vers les Etats-Unis n’ont pas ému l’ami et l’allié américain : « Je ne m’excuse pas », a même sèchement rétorqué ce dernier. Aucune remise en cause de cette législation n’est donc à attendre. Mais qui pouvait en douter?
Emmanuel Macron et, plus généralement, les Européens ont-ils espéré un retour d’ascenseur de Washington pour compenser leurs achats massifs de gaz liquéfié -qui plus est à un prix quatre fois plus élevé que ne le payent les industriels américains !- sans parler des importations inconsidérées d’avions de chasse F-35, de blindés, de missiles et de pièces d’artillerie, au nom de la solidarité transatlantique ? Le Président français a même cru -dans l’espoir de faire fléchir le « boss » du monde occidental- devoir invoquer « l’avantage pour les Etats-Unis » que représenterait une Europe forte…« compte tenu des priorités qu’ils ont dans l’Indo-pacifique ou à l’égard de la Chine » ! Une allusion directe à l’appel à « mobiliser les démocraties » derrière Washington dans sa croisade contre le grand rival asiatique, qu’avait lancé le Président Biden en juin 2021, lors de sa toute première visite en Europe. Là encore, Emmanuel Macron a fait choux blanc. C’est que, pour la Maison Blanche, dans le funeste contexte mondial que nous subissons aujourd’hui, la « solidarité » est plus que jamais à sens unique, les « alliés » sont nécessairement alignés, chaque capitulation accroît la vassalisation. Pour avoir rangé leurs velléités d’ « autonomie stratégique » ou de « souveraineté européenne » au magasin des illusions perdues, les dirigeants européens payent désormais au prix fort leur choix de l’occidentalisme contre celui d’ un multilatéralisme conséquent. Puissent leurs déboires actuels contribuer à leur ouvrir les yeux. Ou plutôt, puisse la douloureuse expérience du désordre mondial actuel casser dans les esprits le mythe de la puissance et de ses corollaires : la hiérarchie des États et les rapports de domination.
CE QUE LA « COVID-19 » NOUS RÉVÈLE SUR L’ETAT DU MONDE

Pourtant, notait récemment avec pertinence Pascal Boniface, directeur de l’Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS), en présentant son dernier ouvrage (1) : « Du fait du Covid, il y a eu un blocage général durant quatre mois. Pour la première fois depuis que le monde existe, l’humanité tout entière craignait la même chose. C’est le plus grave défi depuis 1945, pour tous. Cela montre le niveau de globalisation du monde ! » Le hiatus entre besoin et réalité d’un authentique multilatéralisme est béant.
Nul mieux que celui qui est encore -pour un mois ou pour quatre années de plus- Président des Etats-Unis n’illustre ce dramatique déficit de coopération à l’échelle planétaire. Pire, le chef de l’ex-« hyper-puissance » a cru bon de marquer cet anniversaire de l’ONU, par un discours particulièrement agressif, allant jusqu’à proférer des menaces à l’encontre de quiconque se mettrait en travers de ses ambitions hégémoniques : « Jamais nous n’avons eu d’armement aussi perfectionné, et nous n’aimerions pas avoir a nous en servir » !
En entendant des propos aussi irresponsables de la part d’un Chef d’Etat de cette importance, l’on ne peut que s’inquiéter de savoir jusqu’où pourrait, un jour, conduire pareil chantre du « America first », obsédé par la perspective du dépassement de la « seule nation indispensable » -qu’il estime incarner- par sa grande rivale chinoise ! C’est dire si les dirigeants européens -qui se disent volontiers les champions du multilatéralisme- n’ont rien à gagner, au nom de prétendues « valeurs communes », à se mêler d’une croisade pour le « leadership » mondial de qui que ce soit ! La Présidente de la Commission européenne affirmait récemment que « nous chérirons toujours l’alliance transatlantique », même si « nous ne sommes pas toujours d’accord avec les décisions récentes de la Maison-Blanche ». Qu’en termes délicats ces choses-là sont dites ! L’état du monde appelle , au contraire, un vrai sursaut. Sous l’effet de l’épreuve mondiale de la pandémie, cette exigence fait heureusement son chemin .
Sous le titre évocateur « Repenser le monde », le « Courrier international » donne en ce moment la parole à des philosophes, à des poètes , à des journalistes qui veulent croire à l’hypothèse que la crise du coronavirus soit l’occasion d’un nouveau départ. Puisse le proche avenir leur donner raison !
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(1) Pascal Boniface : « Géopolitique du Covid-19. Ce que nous révèle la crise du coronavirus » (Editions Eyrolles, 2020).



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