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CHYPRE : DES PAS EN AVANT…SUR UN LONG CHEMIN.
La reprise des négociations sur la réunification de Chypre, à Genève, la semaine dernière, a relancé l’espoir d’une solution à un problème vieux de plus de 42 ans. Le médiateur de l’ONU chargé de ce dossier y a vu « un moment historique » . Comment, en effet, ne pas se réjouir de voir se rencontrer, aux côtés des représentants des deux principales communautés de ce pays -les Chypriotes grecs et les Chypriotes turcs- , les ministres des Affaires étrangères des trois Etats officiellement « garants » de la sécurité de l’île ( La Grèce, la Turquie et la Grande-Bretagne ) ; le Secrétaire général des Nations-Unies; le Président de la Commission européenne et la responsable de la diplomatie de l’UE ? Mieux : pour la première fois, les deux parties ont accepté d’échanger des cartes de l’île représentant leur vision respective du tracé des deux composantes du futur Etat de Chypre réunifié ! Qui plus est : bien qu’elles soient, pour l’instant, confidentielles, on croit savoir que les deux propositions sont relativement proches ( un peu moins de 30% du territoire seraient administrés par la communauté chypriote-turque ). Ce pas en avant est de bon augure, même si, souvent, le diable est dans les détails…
Des avancées sont également à noter -sans que l’on puisse encore parler d’accord- sur d’autres points très litigieux. C’est le cas du droit des réfugiés des deux communautés à recouvrer leurs propriétés d’origine. Est également sur la table la question du mode de gouvernement du futur Etat : ce sera une Fédération dont la Présidence et la vice-présidence pourraient être alternativement exercées par chacune des deux principales composantes de la population. Reste à déterminer la représentation la plus équitable de chaque communauté dans les rouages de cet Etat. Enfin -là encore, pour la première fois- un débat a été lancé sur la question cruciale des garanties de sécurité du futur Etat réunifié. C’est là l’une des questions les plus délicates. C’est vrai pour les Chypriotes eux-mêmes : aux yeux des uns, la Turquie constitue le principal danger ; du point de vue des autres, Ankara est synonyme de protecteur de dernier ressort. La même contradiction oppose les Etats censés être les « garants » de la sécurité de l’île depuis son indépendance en 1960 : la Grèce de Tsipras estime que Chypre doit être un Etat souverain et considère comme anachronique la notion de « garant » ; pour Erdogan, au contraire, « la Turquie comme garant (doit) rester là pour toujours ». Or, si personne n’imagine voir les 30 à 40 000 soldats turcs occupant le nord de l’île depuis 1974 quitter d’un coup le pays, leur retrait progressif est une exigence évidente pour la communauté chypriote-grecque.
C’est dire si le chemin sera encore long vers une solution globale du problème chypriote. Cela étant, pour qui a suivi les efforts déployés -en particulier pendant la présidence du ( communiste ) Demetris Christofias ( 2008-2013 )- pour créer les conditions d’une dynamique de confiance réciproque et d’avancées concrètes, il est clair que l’on vient d’en recueillir quelques fruits et de franchir un palier. L’optimisme mesuré qui en résulte est notamment dû à la volonté constructive du nouveau leader de la communauté chypriote turque, Mustafa Akinci, qui, élu pour relancer les négociations, a repris à son compte l’essentiel des acquis des pourparlers de l’ère Christofias , comme point de départ de nouvelles discussions. Le véritable obstacle à une avancée décisive n’est pas à Chypre-même, mais au sommet de l’Etat de la puissance occupante. Ce qui place tant l’Union européenne -dont la République de Chypre est membre- que la « Communauté internationale » devant leurs responsabilités.
PALESTINE : L’EUROPE AU PIED DU MUR !
Contre toute attente, la cause palestinienne vient d’être propulsée au rang des priorités sur l’agenda diplomatique international ! Le vote de la résolution 2334 du Conseil de Sécurité de l’ONU, le 23 décembre dernier, exigeant d’Israël d’arrêter « immédiatement et complètement » la colonisation des territoires palestiniens, est, dans le contexte abominable où se situe aujourd’hui le conflit du Proche-Orient, une chance inespérée : celle de pouvoir s’appuyer sur le droit international, désormais gravé dans le marbre, pour agir. Le fait que Washington ait enfin renoncé à opposer son veto à la condamnation officielle de la colonisation , rompant ainsi avec une pratique vieille de près de quarante ans, met plus que jamais en pleine lumière l’isolement international de Tel Aviv dans son torpillage systématique de toute perspective de création d’un Etat palestinien viable et acceptable. Dans cette situation inédite, toute initiative pour une paix juste au Proche-Orient acquiert une dimension nouvelle : c’est le cas de la Conférence internationale sur le conflit israélo-palestinien qui se tiendra à Paris à la mi-janvier avec la participation de quelque 70 pays. A plus forte raison s’il s’en suivait un nouveau vote consensuel au Conseil de Sécurité sur un plan de paix global conforme au droit international.
Certes, en elle-même, une résolution ne règle rien. Certes, le fait que le Président Obama ait attendu la veille de son départ de la Maison Blanche pour prendre une position que l’on attendait de lui dès le début de son premier mandat retire une grande partie de son effet à ce type de texte. Certes, Israël a aujourd’hui le gouvernement le plus ultra de son histoire et le plus hostile à des négociations sérieuses. Lourde est, à cet égard, la responsabilité de tous ceux qui -de part et d’autre de l’Atlantique- ont encouragé cette dérive désastreuse : malgré l’annexion de Jérusalem-Est, l’installation progressive de 590 000 colons (1) dans les territoires palestiniens occupés, la construction du mur , les massacres de Gaza, les arrestations de résistants ou les assassinats ciblés…, ils ont garanti l’impunité aux dirigeants israéliens successifs et accordé des aides colossales, y compris militaires, à leur gouvernement, fût-il peuplé de racistes assumés et de va-t-en guerre d’extrême droite . Leur réveil est assurément tardif alors qu’un dangereux aventurier s’apprête à prendre les rênes du pouvoir dans la première puissance mondiale !
Raison de plus pour mettre coûte que coûte à profit le consensus arraché in extremis au plus haut niveau des Nations-Unies afin favoriser un sursaut devant l’abîme ! En particulier l’Union européenne -comme telle ainsi qu’à travers chacun de ses gouvernements- doit être mise devant ses responsabilités ! (2) Nul ne lui demande de se montrer anti-israélienne ( le « camp de la paix » en Israël soutient d’ailleurs la résolution de l’ONU ) ni pro-palestinienne : il s’agit simplement de se mettre au service du droit international qui vient d’être solennellement réaffirmé et qu’il n’est au pouvoir de personne, pas même de Donald Trump, d’effacer ! Si l’équipe de M. Nétanyahou continue de témoigner son mépris à l’égard des exigences du droit international, réaffirmées comme jamais, la seule issue sera que d’innombrables voix s’élèvent pour demander que soit appliqué au régime d’occupation israélien la même mesure d’exception qui finit jadis par être imposée -avec succès !- au régime d’apartheid sud-africain : des sanctions économiques , cette mesure ultime, ainsi qu’une saisine du Tribunal pénal international ! L’Union européenne cherche à jouer un rôle dans le monde ? La voici au pied du mur.
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(1) Chiffre cité par l’ambassadrice des Etats-Unis à l’ONU elle-même !
(2) L’UE est le 1er partenaire commercial d’Israël. Elle finance en outre nombre de programmes israéliens comme la recherche-développement dans les hautes technologies.
NOUVELLE CRISE POUR L’EUROPE !
Les deux scrutins de dimanche dernier ont abouti à des résultats très différents mais soulèvent des questions semblables. En Autriche, le cataclysme tant redouté a été, une nouvelle fois, évité : le représentant de l’extrême droite n’accèdera pas à la tête de l’ Etat ! Nous ne bouderons pas le plaisir de ne pas avoir à déplorer un désastre sans précédent dans l’histoire de la construction européenne . Pour autant, il serait irresponsable de banaliser le fait qu’un parti comme le FPÖ -partenaire du FN au Parlement européen- ait la moindre chance de parvenir au pouvoir dans un pays de l’UE ! De fait, si l’on s’en tenait au soulagement, le sursis risquerait d’être de courte durée : en Autriche, les élections législatives -bien plus décisives, dans ce pays, que le scrutin présidentiel- se tiendront en 2018…C’est dire s’il est vital d’être au clair sur les raisons profondes de cette grave anomalie démocratique afin de s’y attaquer sérieusement !
Pour certains, la réponse à cette question est toute trouvée : « c’est la crise des réfugiés ». C’est oublier que le FPÖ était à plus de 20% bien avant cette « crise » ! En vérité, par delà les spécificités historiques de ce pays, l’essentiel du terreau sur lequel prospère ce poison en Autriche est bien connu en Europe, et particulièrement en France : les reculs sociaux et la peur du déclassement; l’absence de perspective et le sentiment d’être abandonné; et surtout, dans la pratique traditionnelle des principaux partis, un effacement poussé à l’extrême de tout ce qui oppose sur le fond la droite et une gauche digne de ce nom. La situation politique en Autriche est, à cet égard, encore plus désespérante qu’en France : non seulement, la règle nationale est celle de la « grande coalition » Droite-PS, mais chacune de ces deux familles politiques a noué sans le moindre scrupule, dans deux Länder, une alliance de gouvernement avec l’extrême droite ! (1) Difficile de faire pire en matière de torpillage des repères politiques…
Quant à l’issue du référendum constitutionnel en Italie, si elle ouvre une nouvelle -et potentiellement dangereuse- crise en Europe, ce n’est pas en raison de la victoire du NON, mais du fait du champ de ruines politique laissé derrière lui par Matteo Renzi -dont les représentants au Parlement européen siègent avec les députés socialistes. Celui qu’on surnommait « le démolisseur » s’était donné « 1000 jours pour changer l’Italie ». Ce cap vient d’être franchi. Le résultat du référendum qu’il vient d’organiser -en mettant son mandat en jeu- consacre logiquement le bilan des « changements » qu’il a promus. Parmi ceux-ci, outre la réduction des dépenses publiques et et les exonérations de cotisations patronales, personne n’a oublié l’emblématique et scandaleux « Jobs Act » qui a littéralement démoli le droit du travail, facilité les licenciements abusifs, et fait exploser la précarité de l’emploi. Et évidemment, aucun des effets annoncés de cette « baisse du coût du travail » et de cette « flexibilisation du marché du travail » ne s’est avéré : la croissance est inférieure à 1% et le chômage frappe 12% de la population, dont plus d’un jeune sur trois ! Vérité en-deçà des Alpes, et vérité au-delà : en France comme en Italie, la trahison des espoirs engendre des réactions de désespoir. En Italie aujourd’hui, elles donnent des ailes aux xénophobes de la Ligue du Nord, réveille les appétits de Berlusconi et gonflent le score du démagogue qui se veut le plus « radical »: le chef du « Mouvement cinq étoiles ». Beau bilan pour le « réformateur Renzi ! Voilà qui devrait faire réfléchir sérieusement, parmi les militants et les électeurs se réclamant de la gauche en France, ceux qui continuent d’accepter -donc de couvrir- les co-responsables d’une politique qui ressemble dangereusement à celle qui vient d’échouer lamentablement en Italie.
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(1) Dans le Land de Haute-Autriche pour la droite; dans le Burgenland pour le PSÖ !




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