SYRIE : SOULAGEMENT…ET LOURDES INCONNUES 

Comment ne pas comprendre et partager le soulagement ressenti par la plupart des Syriens, libérés de l’oppression féroce d’un tyran ! Ils espèrent enfin venu le temps de la reconstruction et de la démocratisation d’une Syrie exsangue et trop longtemps asservie . Le fait que la chute de la dynastie des Assad ait eu lieu, jusqu’ici, sans affrontements meurtriers entretient l’espoir d’une transition pacifique. L’engagement du leader de la coalition insurgée d’éviter toute vengeance et de respecter les minorités renforce encore l’impression que la promesse d’une « nouvelle ère » sera tenue. On ne peut que le souhaiter pour la population syrienne comme pour les autres peuples du Proche-Orient. 

Pourtant, force est malheureusement de reconnaître que rien n’est moins sûr. D’abord, le chef islamiste du groupe rebelle HTS a beau avoir quitté la branche syrienne d’Al Qaida et adapter son discours à ses nouvelles  ambitions, son lourd passé de djihadiste plaide pour une attitude très lucide et résolument vigilante à son égard. En outre, rien ne nous préserve du risque d’éclatement de la coalition hétéroclite qu’il dirige. 

On ne peut s’empêcher, à cet égard, de repenser avec effroi aux tragédies afghane ou libyenne. En Afghanistan, on se remémore deux moments-clés : d’abord, lorsqu’en 1992, les différentes factions de moudjahidines se sont déchirées après leur victoire, entraînant, quatre années durant, une terrible guerre civile; ensuite, quand en 2021, les talibans se sont publiquement engagés à protéger les droits humains, avant de les violer de la pire des manières ! Concernant la Libye, qui n’a en mémoire la rapidité avec laquelle l’euphorie suscitée par l’élimination de Kadhafi, en 2011, a laissé place à l’affrontement entre deux pouvoirs rivaux et au chaos qui s’ensuivit, provoquant des dizaines de milliers de victimes et transformant le pays en un véritable enfer pour les réfugiés originaires de 41 pays ! Sans parler de l’après-Sadam Hussein en Irak…

Certes, comparaison n’est pas raison : les leçons tirées de ces précédents désastreux peuvent aider à éviter les mêmes dérives fatales. Comme l’a noté avec beaucoup de diplomatie l’émissaire des Nations unies en Syrie, Geir Pedersen: les presque 14 ans de guerre civile ont été « un chapitre noir (qui) à laissé des cicatrices ». Aussi, ajouta-t-il, faut-il regarder vers l’avenir « avec des espoirs prudents d’ouverture (…), de paix, de réconciliation, de dignité et d’inclusion pour tous les Syriens »…

Il reste à surveiller l’attitude des Etats voisins, qu’il faut empêcher de jeter de l’huile sur le feu. C’est le cas de l’Iran, qui prône pour le moment le « dialogue »…C’est le cas d’Israël qui, en plus d’occuper le Golan syrien, vient, pour « sécuriser sa frontière », de pénétrer avec des chars en territoire syrien ! Et c’est le cas de la Turquie qui, « avec le changement de donne sur le terrain, apparaît comme l’acteur majeur du moment en Syrie », souligne un chercheur américain, spécialisé dans les affaires de la région (1). Erdogan poursuit, en l’occurrence, un double objectif : favoriser toute action à même de dominer les Kurdes de Syrie -qui représentent, avec plus de deux millions de personnes, la principale minorité du pays- et profiter de la conjoncture favorable à ses ambitions hégémoniques pour renforcer le poids de la « puissance » turque dans la région. On attend enfin de voir si la Russie, en conservant ses deux bases en Syrie, adoptera  une position neutre. La vigilance va de pair avec notre solidarité à l’égard du peuple syrien.

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(1) Ömer Özkizilcik, chercheur associé à l’Atlantic Council à Ankara

12 décembre 2024 at 9:29 Laisser un commentaire

AFFLIGEANTE « DIPLOMATIE » MACRONIENNE !

L’affaire de « l’immunité » accordée par Paris à Benjamin Netanyahu finit d’abimer l’image et d’affaiblir l’autorité de la France sur la scène internationale. Derrière les justifications pseudo-juridiques  avancées par Paris -et catégoriquement démenties par la Rapporteuse spéciale de l’ONU sur les territoires palestiniens occupés, Francesca Albanese- se cache un arrangement  honteux conclu par le Chef de l’Etat avec le Président Biden visant à satisfaire son allié stratégique au Moyen Orient. Dans un cas similaire, la CPI avait, il y a peu, condamné la Mongolie pour avoir accueilli le président russe en refusant d’appliquer le mandat d’arrêt émis contre lui . La France n’avait alors aucun doute sur la procédure en question : « Aucun responsable de crimes commis par la Russie en Ukraine, quel que soit son statut, ne doit échapper à la justice », avait déclaré le Quai d’Orsay. Mais, pour Paris, dès que l’on touche au Proche-Orient prévaut la règle insoutenable des « deux poids-deux mesures », fût-ce en piétinant la justice internationale. En l’occurrence, en banalisant la violation des règles de la CPI,  Macron vient ni plus ni moins que de signer à Netanyahu un permis de poursuivre sa guerre sans merci à Gaza. 

Pour être l’illustration la plus récente de l’affligeante « diplomatie » d’ Emmanuel Macron, cette faute est malheureusement loin d’être un cas unique. On pense aussitôt à sa provocation calculée à l’égard de l’Algérie consistant à épouser arbitrairement et sans nuance, fin octobre à Rabat, la thèse de « la souveraineté marocaine » du Sahara occidental, lui qui disait vouloir travailler à la réconciliation entre Paris et Alger ! En échange, Paris attend notamment du Maroc qu’il lui achète 18 hélicoptères militaires et retienne ses candidats à l’émigration…

L’Afrique subsaharienne est une autre région où la politique anachronique et brouillonne, tantôt dominatrice, tantôt paternaliste, d’ Emmanuel Macron a finit de ruiner l’intérêt porté à la France. Là aussi, les proclamations de sa volonté de « mettre fin à la Françafrique » alternent avec ses initiatives post-coloniales comme le fait de maintenir des troupes dans des pays indépendants depuis plus de 60 ans, ou de cautionner l’auto-proclamation du « Chef de l’Etat » tchadien, à l’époque encore allié de Paris au Sahel. C’est sous la pression des sociétés africaines et à la demande expresse de leurs dirigeants que Paris se voit aujourd’hui contraint de retirer ses soldats de pays légitimement attachés à leur souveraineté à l’égard de l’ex-colonisateur…

Les exemples abondent de ce déphasage de la politique de la France par rapport aux réalités nouvelles et irréversibles du monde actuel, en particulier la montée en influence de ce « Sud global », qui, par-delà sa diversité, exprime des exigences communes, telles que le respect de ses droits et l’égalité. Ces peuples jugent  la France, non sur l’ambition déplacée de son Président d’en refaire « une grande puissance » (Macron en 2017), mais sur des décisions concrètes, comme la diminution de 34% sur un an (!) de l’ Aide publique au développement ou la prolifération de « lois immigrations » d’inspiration raciste, en politique intérieure ; et sur le choix d’une diplomatie de plus en plus intégrée à la stratégie occidentale dominante, et, par là-même, en porte à faux avec les réalités de notre temps. Il appartient à la gauche de réinventer une politique étrangère qui ne relève plus d’un « Jupiter » et qui ait pour boussoles les droits des peuples, l’égalité et la paix.

5 décembre 2024 at 10:56 1 commentaire

QUE PEUT CHANGER LE MANDAT D’ARRÊT CONTRE NÉTANYAHU ?

La décision de la Cour pénale internationale (CPI) d’émettre un mandat d’arrêt contre le Premier Ministre israélien et son ex-bras droit dans la guerre contre les Palestiniens est d’une importance capitale. Ceux qui, aujourd’hui, tentent d’en minimiser la signification et l’impact sont les mêmes qui ont exercé, depuis des mois, des pressions inouïes, assorties de menaces, sur la CPI et ses représentants dans l’espoir de les faire renoncer à l’émission de ces mandats. Le futur chef de la majorité au Sénat américain vient même d’annoncer le vote prochain d’une loi visant à sanctionner la CPI ! C’est dire s’ils mesurent la portée de sa décision. 

Certes, dans l’immédiat, celle-ci n’empêchera pas directement Netanyahu, assuré du soutien indéfectible de Washington, de poursuivre la guerre. Et sans doute ne sera-il pas arrêté de si tôt. Elle limitera, en revanche, considérablement ses déplacements, comme c’est déjà le cas du Président russe, mais là n’est pas l’essentiel. Bien plus déplaisant pour l’intéressé va être son nouveau « statut » de paria de la communauté internationale, non plus seulement aux yeux de l’Assemblée générale des Nations unies, mais à ceux de la Justice internationale. Circonstance aggravante : son cas est sans précédent dans la mesure où jamais, depuis sa création en 1998, la CPI -reconnue par 124 États !- n’avait réclamé l’arrestation d’alliés des dirigeants occidentaux et particulièrement des Etats-Unis. Devant le monde entier, l’intouchable est placé devant ses responsabilités. Et pour quelles incriminations : « crime de guerre consistant à utiliser la famine comme méthode de guerre » et « crimes contre l’humanité » tels que des « attaques intentionnellement dirigées contre la population civile » ! Il y a situation plus glorieuse ! Se défendre en accusant le Procureur Karim Kahn, les trois juges et la CPI tout entière d’ « antisémitisme » et en se disant victime d’un « procès Dreyfus » (Netanyahu) ou en prétendant « mener une guerre morale » (Gallant) n’est pas un signe de force…

Le contexte mondial dans lequel ce pouvoir scélérat d’extrême-droite exerçait impunément ses forfaits va nécessairement changer. Ceux des dirigeants arabes qui piaffaient d’impatience de pouvoir normaliser leurs relations avec Israël, sans aucun règlement de la question palestinienne en retour (Accords d’Abraham), vont devoir y réfléchir à deux fois. Le peuple palestinien, ces « animaux humains » (Gallant) et les peuples qui lui sont proches retrouveront un peu d’espoir en constatant cette rupture spectaculaire avec l’insupportable « deux poids-deux mesures » auquel les puissances dominantes les ont habitués. Quant à l’Union européenne, mis à part ses brebis galeuses, la Hongrie d’Orban en tête, elle aura du mal à continuer de fermer les yeux sur les violations flagrantes et répétées aux droits humains les plus élémentaires de leur partenaire privilégié. 

En France même, la porte est désormais ouverte à une relance d’un débat de fond de grande ampleur -sans tabou ni complaisance- sur les conditions d’une paix juste et durable au Proche-Orient, qui passe par une remise en cause générale et radicale de la politique de Netanyahu et de ses semblables, par tous les moyens disponibles, hormis la guerre et le terrorisme. Ce débat ne vise pas la société israélienne -il lui appartient de prendre ses responsabilités- mais des dirigeants dont la place est désormais à La Haye. 

28 novembre 2024 at 4:39 Laisser un commentaire

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