LES FONDEMENTS DE CLASSE DE L’ACTUELLE "EUROPE"

wurtz-l-humanite-dimanche          Face à l’exaspération suscitée par les politiques, tout comme les pratiques, des dirigeants européens , la question est de plus en plus posée: comment nourrir une dynamique visant à "refonder l’Europe", autrement dit encourager les citoyens à contester les fondements de classe qui ont fait de l’Union européenne ce qu’elle est progressivement devenue. Cela suppose d’abord de désigner clairement les orientations et les structures avec lesquelles il faut absolument arriver à rompre.

Ainsi, il est essentiel de mettre en cause la mise en concurrence généralisée: "l’économie de marché ouverte où la concurrence est libre et non faussée". Nombre de règles ravageuses se rapportent à ce principe cardinal de l’ "Europe" actuelle: la "libre circulation" sans "entrave" (des biens,des services,des capitaux); l’obligation d’ouvrir les entreprises publiques de service public à la concurrence; le dumping social et fiscal; l’obsession de la "compétitivité" et du libre-échange…Refuser cette logique est nécessaire pour ouvrir la voie aux politiques coopératives sur le plan économique (coproductions,politique industrielle concertée ,réduction coordonnée des inégalités de développement …) et aux stratégies solidaires sur le plan social (sécurisation de l’emploi et de la formation pour chacune et chacun, priorité commune à la promotion des capacités humaines , salaire minimum adapté à chaque pays,harmonisation fiscale…)

Autre tendance lourde de l’ "Europe" actuelle à contrecarrer:  la financiarisation galopante de l’économie, d’où découlent tant de plaies (austérité , précarité,  chômage , asphyxie des services publics…) Refuser cette logique de soumission aux exigences des "investisseurs" sur le marché financier permet d’ aborder la question décisive des nouvelles missions à confier à la Banque centrale européenne (BCE) et d’un rôle radicalement nouveau pour l’euro; de demander la suppression du pacte de stabilité et la remise en cause du traité budgétaire comme des directives ou règlements qui s’y apparentent; d’ exiger une véritable chasse aux paradis fiscaux , l’instauration d’une taxe effective sur les transactions financières et le vote d’une réforme fiscale fondée sur la justice sociale et l’efficacité économique; bref de demander que tous les moyens soient mobilisés pour créer de la monnaie et utiliser l’argent en faveur de l’emploi, de la formation, des services publics, de la transition écologique .

Enfin, il faut s’attaquer à la verticalité des pouvoirs dans l’actuelle construction européenne : les traités (qui prétendent imposer définitivement un modèle libéral ); la BCE ("indépendante"); la Commission (et son arrogante "gouvernance économique"); la Cour (aux pouvoirs exorbitants et sans recours ); sans oublier la concentration de leviers de commande de fait au niveau des États dominants, à commencer par l’Allemagne de Madame Merkel…Refuser cette logique veut dire agir pour impliquer les citoyens dans l’élaboration des grands choix politiques européens, le contrôle des décisions et l’évaluation de leurs effets; obtenir des droits d’intervention pour les salariés sur la gestion des entreprises; faire respecter les prérogatives des assemblées élues, à commencer par les parlements; en un mot pour faire vivre la démocratie et la souveraineté populaire.

Chacun comprend que toute avancée sur cette voie suppose de faire converger dans la réflexion comme dans l’action des forces nombreuses et diverses aspirant au changement . C’est dire si l’ambition de "refonder l’Europe" suppose un grand effort de pédagogie politique et une stratégie de rassemblement bannissant résolument toute étroitesse!

15 juin 2013 at 5:23 2 commentaires

POUR UN AUTRE RÔLE DE LA FRANCE EN EUROPE

wurtz-l-humanite-dimanche         Après ma dernière chronique , consacrée aux moyens à saisir pour tenter d’empêcher la réalisation d’un "grand marché" Europe-États-Unis, Jean-Paul C. m’a adressé un message qui commence ainsi:  "Bien!Mais mettons le paquet sur le scandale de la mort, immolée par le feu, d’une mère de famille de la précarité dans la petite localité nordiste de Haubourdin, ce 27 mai 2013. "Mon interlocuteur s’indignait du "black-out qui s’abat sur ce cri tragique et cruel" lié à des difficultés financières. "Agissons ! " Conclue Jean-Paul. En effet, il n’y a rien de pire que l’accoutumance à l’inacceptable . Quelle régression guetterait notre société si elle banalisait les gestes de désespoir qui tendent à se multiplier dans notre pays ! L’indignation et la mobilisation face aux scandales sociaux engendrés par un capitalisme de plus en plus échevelé, c’est bien la première des priorités. Sans elle, tout le reste est illusoire: l’humain d’abord !hd-606

Quand nous tentons de décrypter les ressorts d’une "Europe" devenue insupportable au plus grand nombre et de poser les jalons de sa refondation démocratique et solidaire, c’est précisément dans l’espoir de contribuer à l’action pour en finir avec toutes ces injustices, ces souffrances, ces humiliations héritées de l’ "économie de marché ouverte où la concurrence est libre". Refuser, rassembler et reconstruire sont trois dimensions de l’action, aujourd’hui indissociables pour rendre possible tout changement notable en France et en Europe. Il y a, à cet égard , une idée qu’il faut aider nos concitoyens à s’approprier jusqu’à la rendre incontournable : on n’a pas le droit de gâcher la chance historique que pourrait représenter une authentique France de gauche pour ouvrir la voie à une transformation en profondeur de l’Union européenne!

Or, François Hollande est en train de s’éloigner à grands pas des nombreuses attentes de changement placées dans une "France de gauche", en particulier en Europe du sud, et jusque dans la gauche allemande. Ainsi, son ralliement spectaculaire aux thèses de l’ancien Chancelier Schröder, le fossoyeur de " l’Etat-social " allemand d’avant la réunification est-il à l’exact opposé de l’exigence populaire hyper-pressante de voir stoppées les politiques d’austérité et de "réformes" régressives. Quant à la publication de la fameuse "contribution commune" Merkel-Hollande en vue du sommet des Chefs d’Etat et de gouvernement des 27 et 28 juin prochains, il faut en mesurer tous les dangers. Ne laissons pas détourner l’attention par la fausse fenêtre sur le thème sensible de l’emploi des jeunes! Prétendre désamorcer la bombe à retardement que représente le chômage de près de six millions d’Européens de moins de 25 ans (hors étudiants) en mobilisant six milliards d’euros sur sept ans (dont trois sont redéployés au détriment d’autres urgences sociales) dans le cadre d’un budget globalement en recul sur les sept dernières années , tout en poussant de plus en plus loin la course à la "compétitivité" par la réduction du "coût du travail" , relève d’une démagogie grossière!  Non, le vrai projet-phare contenu dans cette "contribution franco-allemande", c’est celui d’une "coordination des politiques économiques" plus étroite et d’un "renforcement de la gouvernance de la zone euro", tels que l’entend la Chancelière. Pour avoir une idée de la direction dans laquelle une telle "coordination" et une semblable "gouvernance" risquent d’orienter la politique de l’UE, il suffit de se reporter aux récentes "recommandations" de la Commission européenne à la France (comme aux autres États de la zone euro). Sans doute sont-elles jugées encore insuffisamment coercitives ? Vivement que le "peuple de gauche" revendique haut et fort un autre rôle pour la France en Europe !

6 juin 2013 at 7:29 Poster un commentaire

"PARTENARIAT TRANSATLANTIQUE ": COMMENT PESER ?

wurtz-l-humanite-dimanche           Le 14 Juin prochain, le "Conseil" de l’Union européenne (autrement dit les représentants des 27 gouvernements des États membres) est appelé à prendre l’une de ces décisions qui passent quasiment inaperçu lorsqu’elles interviennent, mais s’avèrent lourdes de conséquences à terme, quand il est devenu très difficile de les changer. En l’occurrence , il s’agit de l’adoption du mandat à confier à la Commission européenne pour négocier avec les États-Unis le contenu du plus important traité de libre-échange jamais conclu, puisque les deux ensembles représentent , cumulés, la moitié des richesses produites dans le monde. J’ai déjà évoqué dans ces colonnes, il y a tout juste trois mois, les enjeux de société , voire de civilisation , que recèle un "partenariat transatlantique" de cette nature.(1) Dès lors, il n’est pas superflu de voir où, quand et comment il est possible de peser sur les choix des instances européennes en la matière.fw30

Comment se prend ce type de décision? Le principe même de la constitution d’un grand marché euro-américain ouvrant la voie à une hyper-libéralisation du commerce et des investissements est un serpent de mer que l’UE et les USA ont relancé en commun en début d’année. Bruxelles a aussitôt enclenché un processus qu’il espère voir aboutir d’ici 2015 ou 2016. Premier acte:  la Commission Barroso a élaboré en mars un projet de "mandat de négociations " qui laisserait les mains dangereusement libres au négociateur européen. Deuxième acte: le Parlement européen à émis ce 23 mai un avis (consultatif et donc non contraignant) sur ce projet. Troisième acte: le Conseil va modifier, adopter…ou rejeter , le 14 Juin, le mandat en question . A partir de là, si un mandat est adopté, le Commissaire européen au commerce, le très libéral Karel De Gucht, entamera sur cette base des pourparlers censés durer deux ou trois ans avec son homologue nord-américain. Enfin, Conseil et Parlement auront à se prononcer,  le moment venu , par oui ou par non sur le résultat final de ce bras de fer planétaire .

Il était et demeure donc nécessaire de se faire entendre au moins de trois manières. D’abord vis-à-vis du Parlement européen : c’est ce qu’ont fait les défenseurs de l’ "exception culturelle", en demandant avec force aux députés de se prononcer pour l’exclusion du cinéma et de l’audiovisuel des secteurs ouverts au libre-échange afin de garantir les protections dont bénéficient ces domaines en Europe. Ils ont été entendus. D’une part, 14 ministres de la culture ont, à l’initiative de la France, repris à leur compte cette exigence. D’autre part, une majorité de parlementaires européens a voté en ce sens la semaine dernière. C’est un sérieux camouflet pour la Commission Barroso , mais pas encore une défaite puisque ce vote n’était pas contraignant.

Un deuxième axe d’intervention est celui qui conduit dans les deux prochaines semaines au Conseil. C’est lui qui donnera ou non son feu vert à la Commission et fixera sa feuille de route. Il s’agit donc de placer chaque gouvernement face à ses responsabilités. Ainsi Paris lui-même se dit préoccupé, outre les menaces sur l’ "exception culturelle", par celles pesant sur les services publics, les normes sociales et environnementales, les règles d’origines, les marchés publics de la défense…Autant de raisons de dire NON, de chercher des alliés, de tout faire pour stopper le processus.

Le troisième champ d’intervention s’étend du14 Juin jusqu’à l’issue des négociations . Les contradictions explosives qui ne manqueront pas doivent être saisies pour arracher le rejet final de l’accord de libre-échange …si accord il y a, ce qui n’est absolument pas sûr au vu des précédentes tentatives avortées. Et puis, entretemps auront lieu des élections européennes, en 2014 !

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(1) Humanité Dimanche : 21/2/2013

30 mai 2013 at 8:15 Poster un commentaire

Y-A-T-IL UNE ALTERNATIVE AU "PROJET EUROPEEN" ?

wurtz-l-humanite-dimanche          "Il y a une alternative au projet européen, c’est le repli national, préconisé à droite de la droite et à gauche de la gauche par tous ceux qui vantent le mot d’ordre: seuls, nous seront plus forts."  Cette -grosse- sottise sort de la bouche du président du Parlement européen, le social-démocrate allemand Martin Schulz. D’abord, sa formule à l’emporte-pièce conduit de fait , pour la France, à amalgamer les traditionnels adeptes du nationalisme lepeniste et les internationalistes de toujours qui se reconnaissent dans le Front de gauche. J’ai connu Martin Schulz plus perspicace. Je lui conseille de laisser à d’autres ce genre d’ignominie. Mais je veux m’arrêter sur l’autre message que véhicule son propos: derrière tout opposant à l’ Europe de la "troïka" se cache un tenant du "repli national" – ce qui n’est vraiment pas sérieux- et, plus généralement, "hors de l’Europe libérale, point de salut pour l’Europe" en quelque sorte. Si c’était vrai, tous ceux que révulse le nationalisme – dont je suis- n’auraient plus que les yeux pour pleurer, tant l’actuelle "Europe" provoque désormais le rejet, jusque dans les pays les plus profondément "européïstes" comme l’étaient jusqu’à ces tout derniers temps l’Italie ou l’Espagne. "La popularité de l’Union européenne est à son niveau le plus bas dans la plupart des pays européens" peut-on lire dans la dernière étude annuelle d’un institut de recherche qui fait autorité (1). Et pour cause! On ne tombe pas amoureux d’une construction devenue symbôle non de solidarité et de paix mais d’austérité et d’arrogance, et dont le bilan est sans appel: 12% de chômage; un citoyen sur quatre en situation de pauvreté; une économie plongée dans la récession; une écrasante domination "nord"-"sud" au sein même de la zone euro, qui a, par aileurs, besoin de recourir au Fonds monétaire international pour "régler" ses problèmes!…fw23

Mais, fort heureusement, Martin Schulz a tort: il y a une vie pour l’Europe après celle du fric et du père fouêtard ! Mieux: il est absolument nécessaire de s’opposer à cette caricature d’ "Union" et de rompre avec la logique "austéritaire" et les structures autoritaires qui l’accompagnent si on veut donner ses chances à un projet européen alternatif. C’était déjà ce qu’avaient entrepris,en 2005, des millions de Françaises et de Français favorables au non de gauche au traité constitutionnel. Aujourd’hui, il est vital pour la démocratie sur tout le continent que le légitime désenchantement que suscite le projet Merkel-Barroso-Draghi (Banque centrale européenne) se transforme en une force solidaire et constructive autour d’une nouvelle ambition européenne dans laquelle les peuples puissent se reconnaitre et s’investir. On imagine aisément autour de quel type d’axes fondamentaux il est aujourd’hui possible de se rassembler largement, de Paris à Rome et d’Athènes à Madrid et…jusqu’à Berlin:  "Non à l’austérité – priorité au développement social et à la transition écologique";  "Non à la soumission aux marchés financiers – changer les missions de la Banque centrale européenne pour que ses prêts quasi-gratuits permettent de financer la création d’emplois et l’essor des services publics";  "Non à la centralisation des pouvoirs et à l’opacité des lieux de décisions – restaurer la démocratie, promouvoir l’intervention des citoyens,respecter la souveraineté populaire et la dignité des nations"…

Hélàs, le Président français ne prend pas ce chemin!  "Sa ligne est européo-socialo-libérale" reconnait Jacques Attali, l’ancien conseiller de François Mitterrand, qui précise: "Mais ces faits ne peuvent pas être dits aussi franchement, car la pire des choses qui puisse lui arriver, c’est de perdre sa gauche sur un malentendu idéologique".(2)
Et si on s’appliquait à clarifier ce "malentendu"?

(1) Pew Research Center (14/5/2013)
(2) "Les Echos" (16/5/2013)

23 mai 2013 at 7:47 1 commentaire

UNE AUTRE RELATION FRANCO-ALLEMANDE EST POSSIBLE

wurtz-l-humanite-dimanche                 Le jeudi 23 mai prochain aura lieu à l’Assemblée Nationale – mais ouvert à tous – un séminaire franco-allemand qui tranchera à tous égards avec les rencontres bilatérales traditionnelles qui se multiplient tant au niveau présidentiel ou gouvernemental qu’entre les partis, notamment socialistes, des deux rives du Rhin. Il s’agit d’une heureuse initiative conjointe du Front de Gauche et de Die Linke sur trois thèmes d’une brûlante actualité: "L’agenda néolibéral : soumission du politique aux marchés financiers. Quelles alternatives ?" ; "De l’expérience allemande des lois Hartz au piège de l’ANI en France: un défi politique pour la gauche" et "Compétitivité, concurrence, esquives et alternatives". (1) S’y côtoieront des parlementaires des deux pays (dont le président du groupe de la "Gauche démocratique et républicaine", André Chassaigne, et le vice-président de Die Linke, député au Bundestag, Dr Axel Troost; des économistes "Front de gauche" ainsi que plusieurs "Économistes attérés"; des syndicalistes; une sociologue; le directeur du département "mondialisation et stratégies de développement" de la Conférence des Nations Unies pour le Commerce et le Développement (CNUCED)…Un temps y sera réservé au débat avec le public, avant les conclusions, très attendues dans le contexte politique actuel, de Pierre Laurent, secrétaire national du PCF et président du Parti de la Gauche Européenne.hd-

Le hasard veut que le même jour François Hollande rencontre Angela Merkel à Leipzig à l’occasion du 150ème anniversaire du SPD, le parti social-démocrate allemand…Sans doute qu’en marge de cette manifestation -aux accents vraisemblablement très "à gauche" destinés à "ripoliner" une organisation à l’image ternie par l’expérience de ses passages au pouvoir- le Président français réitèrera à la Chancelière son engagement à mener à bien les "réformes structurelles" que Berlin, via Bruxelles, exige de Paris comme "contrepartie" du sursis de deux ans accordé à la France pour ramener les déficits publics en-deçà du seuil mythique des "3%" des richesses produites. A ce propos,il n’est pas sans intérêt de savoir ce qu’une "spécialiste" berlinoise des relations franco-allemandes , Madame Ulrike Guérot, croit connaitre des positions des autorités de son pays à l’égard de la France: " L’Allemagne attend une nouvelle réforme des retraites, l’abandon des 35 heures, une réforme plus profonde du marché du travail, de la sécurité sociale et un assainissement des déficits. Elle doit faire tout ce que les pays du sud de l’Europe ont fait (et ) prouver que c’est un pays sérieux" ! (2) Dans une formule sinon élégante, du moins éclairante, Pierre Moscovici nous avait prévenus:  le fameux délai de deux ans n’est pas "une incitation à la paresse". Son propos laconique est à présent décrypté.

C’est dans ce contexte que le PS prépare sa "Convention sur l’Europe". Fait sans précédent: l’aile gauche du parti s’est vu interdire le dépôt d’une motion alternative au texte officiel, lui-même expurgé des passages critiquant le rôle joué par l’actuel pouvoir allemand et surtout évitant les "questions qui fâchent" sur la "compétitivité", la concurrence, etc.. Nouveau hasard du calendrier: cette "Convention" verrouillée se déroulera à Paris le 16 juin prochain, en même temps que se tiendront, sous l’égide du Front de Gauche et à l’initiative de Pierre Laurent, les "Assises de la refondation sociale et démocratique", prolongeant par l’élaboration d’un "nouveau contrat politique" l’extraordinaire mobilisation citoyenne du 5 mai dernier. Des chantiers grands ouverts à toute femme , à tout homme , à toute force de gauche aspirant au changement. Prochain rendez-vous: le 23 mai à l’Assemblée Nationale.

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(1) Pour toute information,s’adresser à : seminaire23mai@gmail.com
(2) Le Figaro 8/5/2013

16 mai 2013 at 7:48 Poster un commentaire

LES INCENDIAIRES PASSENT AUX AVEUX

wurtz-l-humanite-dimanche            L’un après l’autre, les "ténors" de l’Union européenne passent , d’une certaine manière, aux aveux sur l’impasse dramatique où nous a conduits leur politique d’austérité draconienne. Le premier à sembler battre sa coulpe fut José-Manuel Barroso. Le président de la Commission, jusqu’alors adjudant-chef zêlé dans la chasse aux "déficits excessifs", reconnaissait le 22 avril dernier que "cette politique a atteint ses limites" faute de "bénéficier d’un minimum de soutien politique et social".

Le très orthodoxe président du Conseil européen, Herman Van Rompuy, ne fut pas longtemps en reste. Le 2 mai, il est allé jusqu’à réclamer des "mesures immédiates" en faveur de la croissance et de la création d’emplois. "Prendre ces mesures" lui parait même subitement "plus urgent" que tout le reste. En effet, confesse le coordinateur de toute la stratégie d’ "assainissement des comptes publics" mise en oeuvre sous l’égide des Chefs d’Etat et de gouvernement : "Après trois ans de combats, la patience à l’égard de l’austérité est pratiquement épuisée".

Et voilà que Jean-Claude Juncker, qui fut, jusqu’à ces dernières semaines, le "patron" de l’Eurogroupe (qui réunit les ministres des finances de la zone euro), s’épanche à son tour sur les conséquences , non plus seulement sociales mais politiques , gravissimes, des choix austéritaires des principaux dirigeants de l’UE tout comme des humiliations désastreuses qui les ont accompagnés. Dans un entretien au magazine allemand "Der Spiegel", il s’alarme ainsi, particulièrement au sujet de la Grèce et de l’Italie, de la renaissance du "ressentiment national" -notamment dirigé contre Berlin- en des termes qui frisent l’affolement: "ceux qui croient que la sempiternelle question de la guerre et de la paix en Europe est derrière nous risquent de se tromper lourdement" diagnostique l’ex-leader de la zone euro, qui va jusqu’à oser un parallèle entre "le contexte européen de 2013" et celui de…1913 ! On ne peut dresser plus implacable acte d’accusation contre ce qu’est devenue une construction européenne dont la première raison d’être officielle fut jadis de rendre à jamais impossible toute guerre entre ses peuples et ses Etats!

Serions-nous donc face à une prise de conscience salutaire, prélude à une révision déchirante des politiques poursuivies jusqu’ici ? Hélàs, non.  Si le réalisme impose un report des échéances pour atteindre les mythiques "3%", la logique libérale est, elle,réaffirmée: celle de la "compétitivité" par la "baisse du coût du travail" , le rationnement des dépenses publiques et sociales , les "réformes structurelles" du marché du travail et du système des retraites…afin de "gagner des parts de marché" sur les partenaires de la zone euro.

Alors, rien de neuf ? Oh que si! Quand les dirigeants européens sont eux-mêmes contraints de constater qu’ils se sont gravement fourvoyés, ils perdent ce qu’il leur reste de légitimité pour continuer d’ imposer leurs vues comme "les seules solutions possibles". L’heure est au débat citoyen sur les alternatives. L’Europe est décidément un enjeu trop important pour que les peuples s’en laissent désaisir.

9 mai 2013 at 4:30 Poster un commentaire

LIBEREZ BARGHOUTI !

wurtz-l-humanite-dimanche     Il y a un bon quart de siècle, une magnifique campagne d’information, de sensibilisation et de mobilisation prenait son envol à Paris, à l’initiative des communistes français, pour la libération de Nelson Mandela. Le plus ancien prisonnier politique du régime d’apartheid n’était alors connu dans notre pays que par une petite minorité d’initiés. A force de populariser son nom, son visage, sa biographie et ses idées, les acteurs et les actrices de plus en plus nombreux de cet impétueux mouvement, associant militants, citoyens de toute condition, élus, artistes de renom, intellectuels, personnalités politiques, ont contribué à en faire une figure familière et attachante pour des centaines de milliers de nos concitoyens. Dans d’autres pays européens, particulièrement en Grande-Bretagne, d’imposants rassemblements de solidarité -auxquels nombre d’entre nous participions- poussaient dans le même sens. Quiconque a vécu cette expérience ne peut l’oublier: la libération de Mandela -et tout ce qui s’ensuivit- fut aussi,un peu, leur oeuvre.fww

Impossible de ne pas se remémorer cette épopée lors de la conférence organisée, le week-end dernier, à Ramallah, en Cisjordanie, à l’occasion du 11 ème anniversaire de l’arrestation de Marwan Barghouti. Intitulée "Liberté et Dignité", elle était destinée à lancer une campagne internationale pour la libération du dirigeant palestinien et de ses 4950 compatriotes (dont 27 parlementaires et 236 mineurs!) toujours détenus dans les prisons israéliennes, certains sans procès depuis plus de six ans. Barghouti est, en effet, devenu la figure emblématique de la résistance du peuple palestinien à l’occupation, comme Mandela l’était de la résistance du peuple sud-africain à l’apartheid. Signe de l’autorité acquise par Marwan Barghouti jusqu’en Europe: Hubert Védrine, ancien Ministre français des Affaires Etrangères, a adressé un message à la conférence de Ramallah pour souligner la "légitimité incontestable" du député palestinien , dont il "ne doute pas de la capacité à apporter une contribution importante aux efforts de paix" dans la région. Même tonalité dans le message du président du Parlement européen, comme dans celui de l’ex-Président américain Jimmy Carter. C’est dire l’écho que pourrait susciter une mobilisation citoyenne de l’envergure de celle à laquelle Nelson Mandela avait estimé devoir, en partie, sa libération! Avec l’effet "réseaux sociaux", inconnu à l’époque, en plus…

Ce constat partagé nous crée en quelque sorte un devoir d’initiative. Certes, nous sommes loin de partir de zéro: par exemple, 30 villes françaises ont fait du membre du parlement palestinien ( qui y présidait le groupe d’amitié avec la France) , enlevé chez lui par l’armée d’occupation et condamné à perpétuité par un tribunal militaire israélien , un citoyen d’honneur et ont mis son portrait sur le fronton de leur mairie ! Mais la situation exige et permet de dépasser les acquis. "Libérez Barghouti!" devrait devenir un mot d’ordre fédérateur, portant très au-delà des amis sensibilisés de longue date au problème palestinien en général et à celui des prisonniers politiques en particulier. Il faudrait qu’il puisse faire à nouveau converger dans l’action les progressistes, les républicains, les révoltés contre l’inacceptable , en faveur de la libération d’une personne de chair et de sang qui incarne une cause juste . Il s’agit ni plus ni moins que de faire respecter le droit international (187 décisions de l’ONU depuis 1967 !) et des droits humains fondamentaux . Qui plus est, à un moment peut-être décisif pour faire émerger une nouvelle donne dans une situation aujourd’hui dramatiquement bloquée.

2 mai 2013 at 7:23 1 commentaire

L’EUROPE ET LE CLIMAT : UN MYTHE S’EFFONDRE

wurtz-l-humanite-dimanche       On savait déjà que le "marché libre et non faussé", qui est au cœur de la vision libérale de la construction européenne , était incompatible avec une ambition sociale digne de ce nom. Il est désormais établi que cette conception marchande et financière de "l’Europe" est tout aussi antinomique d’un grand dessein écologique : en l’occurrence , la lutte contre le réchauffement climatique . La majorité du Parlement européen vient, en effet, le 16 avril dernier, d’asséner lui-même le coup de grâce au mythe du "marché du carbone", qui était la pièce maîtresse de la conception capitaliste de l’action pour la réduction des émissions de gaz à effet de serre.fw

Revenons huit ans en arrière . En 2005, la Commission européenne institue un système censé pousser -grâce aux mécanismes du marché- les entreprises à réaliser des investissements permettant de réduire sensiblement les émissions de CO2 . La méthode choisie pouvait paraître imparable : 12000 entreprises concernées recevraient, chaque année, gratuitement,une quantité donnée de "droits à polluer". Si elles émettaient davantage de CO2, elles devraient acheter des droits supplémentaires sur le "marché des quotas d’émission ". En revanche, si, suite à des investissements appropriés, elles n’utilisaient pas tous les "droits à polluer" qui leur avaient été alloués, elles pourraient revendre ces quotas sur la marché créé à cet effet. "Le droit de polluer le climat a désormais un prix" soulignaient les défenseurs de ce mécanisme, convaincus d’avoir ainsi trouvé le moyen de mettre le "marché" au service d’une cause écologique . Bref, le recours au marché ferait de l’UE la championne de la lutte pour le climat.

Le bilan réel de ce processus est, hélas, tout autre. Gavées de permis gratuits d’émissions de CO2 , nombre de grandes entreprises, particulièrement polluantes, ont réussi à échapper aux mesures permettant de réduire leurs émissions sans avoir à acheter de droits à polluer. Résultat: faute de demande suffisante de quotas de CO2, leur prix s’est effondré sur le marché des droits à polluer. De 30€ la tonne en 2005, il est tombé à moins de 5€ en 2013!  La récession économique conduisant en outre à une réduction spontanée des émissions de gaz à effet de serre, nombre d’ industriels n’avaient plus aucune raison de se préoccuper d’investir dans la dépollution .

C’est dans ce contexte que la Commission européenne avait prévu de réduire temporairement la distribution gratuite des fameux droits à polluer. Ce faisant, elle espérait faire remonter le prix des quotas et, par là même,"rentabiliser" à nouveau les investissements écologiques . En vain. Sous la pression des plus gros pollueurs, et au nom de la nécessité de préserver leur "compétitivité", une majorité de parlementaires européens a poussé la logique de marché jusqu’au bout en rejetant cette mini-régulation d’urgence . Le prix de la tonne de CO2 glissa aussitôt à 3€ : c’est la fin du "marché du carbone européen". Le défi, lui, reste entier: il est plus vital que jamais pour l’Europe de se libérer de sa dépendance des énergies fossiles et de s’engager dans la transformation des modes de production et de consommation générés par un système capitaliste aujourd’hui en crise profonde.
Développement social et transition écologique doivent décidément se conjuguer dans le combat pour changer l’Europe.

25 avril 2013 at 6:58 Poster un commentaire

PARADIS FISCAUX: L’EUROPE (AUSSI) AU PIED DU MUR

wurtz-l-humanite-dimanche       Cinq ans après le tonitruant "les paradis fiscaux, c’est fini!" de Nicolas Sarkozy, on apprend que l’évasion fiscale représente aujourd’hui pour les 27 Etats de l’Union européenne la bagatelle de 1000 milliards d’euros par an! C’est l’équivalent du budget européen pour les sept prochaines années! Ou, dit autrement,comme le rappelle une résolution du Parlement européen, c’est une perte annuelle de 2000 euros par habitant de l’Union européenne , soit plus de quatre fois le montant des crédits consacrés à l’éducation ou encore plus que la totalité des dépenses de santé des 27 Etats membres ! Or l’évocation de ce montant démentiel n’est pas le fait d’un pourfendeur du capitalisme financier. Il s’agit de la dernière estimation de Richard Murphy, célèbre expert fiscal britannique, et a été validée par la Commission de Bruxelles elle-même.fw2

Comment expliquer qu’un tel scandale perdure malgré les engagements solennels qui ont été pris (G20 de Londres ,avril 2009) d’ en assurer l’éradication? Qu’il perdure? Non: qu’il prolifère! En 2009, l’estimation sur laquelle travaillait le Parlement européen était de 200 milliards…Rien n’a-t-il donc été fait tout ce temps? Apparemment si! " 34 propositions" de la Commission, "Plans d’action" à l’adresse des Etats membres, "Plate-forme pour la bonne gouvernance fiscale", réexamen d’une directive en vigueur depuis 2005 sur la "fiscalité de l’épargne" se sont succédé. Avec les résultats que l’on sait. La raison invoquée: le blocage de toute avancée significative , telle que la suppression du secret bancaire, par le Luxembourg,l’Autriche, et pendant un temps, la Belgique. Et, de fait, le petit "Grand Duché" a, à maintes reprises, bataillé ferme pour conserver sa poule aux oeufs d’or fiscale, allant jusqu’à menacer de "mettre en question le mode de fonctionnement de l’Union européenne si le Luxembourg devait figurer sur une liste noire". (mars 2009)
Il ne figurera finalement que sur une  "liste grise" réservée aux pays qui se sont engagés à respecter la transparence mais n’ont pas encore concrétisé leurs bonnes intentions. Cette "désolidarisation" de l’UE vis-à-vis du Luxembourg (la formule est de son ministre des Affaires étrangères) engendra une crise qui ne fut résolue que par …les excuses de la présidence du Conseil européen puis le retrait du Luxembourg de cette liste infamante! Ce pays vient enfin de céder sur le principe du secret bancaire, mais c’est suite aux injonctions …de Washington qui mit dans la balance la rupture des relations financières avec tout Etat qui n’accepte pas l’échange automatique d’informations au sujet des ressortissants américains possédant un compte à l’étranger. Reste à s’assurer que les concessions faites aux Etats-Unis le seront aussi dans l’UE elle-même.

Pour y parvenir, l’implication des citoyens européens dans ce débat s’avère déterminante avant que le soufflet ne retombe à nouveau. En effet, nombre de dirigeants européens sont, certes, désireux de récupérer des fonds qui leur manquent cruellement, mais restent fondamentalement favorables au maintien d’un "sain niveau de concurrence fiscale" entre Etats membres, selon l’expression du Commissaire européen à la fiscalité, M. Semeta en personne, devant le parlement de l’Irlande (10/1/2013) . Bel euphémisme, quand on sait que ce pays a longtemps servi de " référence " pour les multinationales , notamment américaines, à la recherche d’un impôt sur les sociétés minimal et désireuses d’exporter leurs capitaux, via des "filiales" implantées dans l’Union européenne, vers des paradis fiscaux accueillants et discrets. L’acceptation du "shopping fiscal" légal en Europe conduit tout droit à la pratique des paradis fiscaux : 14 ont été recensés au sein de l’ Union européenne. L’Europe est désormais au pied du mur.

18 avril 2013 at 8:13 2 commentaires

LA BCE "EN QUÊTE D’IDEES" ? EN VOICI !

wurtz-l-humanite-dimanche      "La BCE en quête d’idées pour stimuler l’activité " titrait "Le Figaro" sur cinq colonnes, vendredi dernier. "Nous réfléchissons à 360 degrés" aurait confié Mario Draghi, le président de la Banque centrale européenne. Il y a de quoi réfléchir, en effet! La zone euro s’enfonce dans le chômage et la récession, la désindustrialisation s’accélère et crée des dommages structurels, l’exaspération des peuples atteint des niveaux jamais vus depuis les débuts de la construction européenne.

C’est dans ce contexte que M. Draghi cherche des idées: nous lui en livrons volontiers quelques unes. La première tombe sous le sens: puisque même le Fonds monétaire international reconnait s’être trompé en sous-évaluant les effets des politiques d’austérité sur l’activité économique, arrêter les mesures de restrictions budgétaires, la chasse aux dépenses sociales, les pressions à la baisse du "coût du travail", à plus forte raison les coups de massue de la "troïka" parait être une décision de bon sens!  Donner de l’air à l’économie passe d’abord par la fin de l’écrasement de la consommation populaire.fw2

Mais nous n’éluderons pas l’autre dimension du problème: le financement des entreprises et tout particulièrement des petites et moyennes -qui, nous dit-on, tarraude le président de la Banque centrale européenne. Il s’agit effectivement d’un enjeu directement lié à ceux de l’emploi et de la croissance. Nombre de PME , déjà fragilisées par les effets de la perte  de pouvoir d’achat des ménages, rencontrent en plus de graves difficultés à obtenir les crédits dont elles ont besoin, soit pour investir, soit pour régler des problèmes de trésorerie.

Où est le problème? Les banques manquent-elles d’argent à prêter aux PME?  Non, elles obtiennent de la BCE toutes les "liquidités" qu’elles souhaitent, et à des taux de plus en plus faibles : 1000 milliards d’euros (l’équivalent de trois fois le budget de la France!) à 1% entre novembre 2011 et février 2012 !  Le taux,entretemps, est passé à 0,75% et il est probable qu’il baisse encore. Mais "la BCE constate que ses mesures ne se transmettent pas à l’économie réelle" découvrent désormais les économistes libéraux. Leurs confrères communistes alertent depuis longtemps: "En France, seuls 22% des prêts bancaires vont à l’économie réelle (entreprises et particuliers); 78% des montants concernent des opérations financières de marché" notait Paul Boccara l’an dernier! D’où l’idée d’un "crédit sélectif": d’autant meilleur marché qu’il sert à développer l’emploi, et à l’inverse, d’autant plus cher qu’il est destiné à des opérations financières. Encore le bon sens! A condition d’accepter de déplaire au monde de la finance…

Monsieur Draghi, en évoquant ses réflexions "à 360 degrés" sur les "meilleures mesures possibles" , a pris la précaution de préciser "conciliables avec nos règles institutionnelles", autrement dit les traités actuels.  En vertu de ces blocages délibérés, la zone euro s’interdit , on le sait, de faire bénéficier les Etats membres du pouvoir de la BCE de créer de la monnaie , autrement dit de fournir des prêts quasi-gratuits et pratiquement sans limite aux Etats, les libérant ainsi de toute soumission aux marchés financiers pour le financement de leur développement!  On s’interdit même de ramener le taux de change de l’euro (par rapport au dollar) à un niveau correspondant au développement économique réel de la zone euro et pas seulement de l’Allemagne, ce qui libèrerait ces pays d’une sorte d’impôt caché et indû sur leurs exportations! Aussi serait-il utile de ne pas laisser M. Draghi "réfléchir" tout seul. Ce débat concerne chaque citoyen. Et c’est urgent.

11 avril 2013 at 7:24 1 commentaire

HOLLANDE ET L’EUROPE : RETOUR SUR UNE PETITE PHRASE

wurtz-l-humanite-dimanche      Durant sa récente émission télévisée, le Président de la République a lâché une petite phrase, manifestement pas improvisée, qui mérite analyse et commentaire : "Être dans l’austérité , c’est condamner l’Europe à l’explosion "-a-t-il déclaré- " Je ne ferai pas une politique qui conduise l’Europe à l’austérité (…)  Je ne veux pas que l’Europe soit une maison de redressement . "En entendant ces mots de la bouche du Chef de l’Etat qui bat des records d’impopularité , précisément à cause de ses mesures de "rigueur" à répétition, les téléspectateurs ont dû avoir des réactions variées. Celles et ceux qui continuent de lui témoigner leur confiance auront peut-être décelé dans ses propos la confirmation qu’il faisait ce qu’il pouvait dans un environnement européen décrit comme "conservateur". Beaucoup d’autres auront, à l’inverse, éprouvé de la colère face à ce qu’ils auront considéré comme un monument d’hypocrisie de la part d’un dirigeant politique qui applique à la lettre les dogmes "austéritaires", qu’il contribue au demeurant lui-même, sinon à élaborer, du moins à cautionner , dans les étroites et opaques instances bruxelloises. D’autres enfin, conservateurs eux-mêmes, ne se seront vraisemblablement pas arrêtés à ce passage de l’interview, trop contents d’avoir, par ailleurs, entendu le Président reconnaître qu’il ne parviendra pas à ramener le déficit public à 3% de la richesse nationale cette année.

Je préconiserais, pour ma part, vis-à-vis de la "petite phrase" présidentielle en question, une riposte différente de ces trois options. D’abord, je ne me reconnais évidemment pas dans les critiques de droite : ce n’est pas le non respect des 3% qui nous pose problème, c’est la régression sociale et les atteintes aux droits démocratiques. Ensuite, il est malheureusement inexact d’imaginer -comme un certain nombre d’électeurs de gauche continuent de le faire…- que François Hollande "fait ce qu’il peut" dans les cercles dirigeants européens !  Il a ni cherché à renégocier le traité budgétaire ni contesté les directives et règlements inspirés par Madame Merckel qui font de l’austérité la "règle d’or" européenne . Il a validé jusqu’à ces derniers jours l’obsession absurde des 3% alors que les experts du Fonds monétaire international eux mêmes -c’est un comble!- en avaient reconnu l’effet contre-productif. Il a gravement manqué de solidarité aux pays de la zone euro écrasés par la "troïka", depuis la Grèce jusqu’à Chypre. Il a même réitéré devant David Pujadas le leitmotiv effarant des orthodoxes européens selon lequel la crise de la zone euro en général et celle de Chypre en particulier, "c’est réglé" ! Non, ce n’est pas cette attitude conciliatrice avec les pouvoirs dominants que l’on est en droit d’attendre d’une France de gauche,en Europe aujourd’hui .

C’est dire combien est légitime la colère face à la posture, si éloignée de sa politique effective, adoptée par l’hôte de l’Elysée sur France 2 . Simplement la colère seule ne suffit pas pour faire avancer les consciences sur les exigences à faire grandir à gauche . Or,  la clarification des idées est une condition indispensable pour faire bouger les rapports de force en faveur de changements véritables. Si François Hollande a évoqué le refus de l’austérité et de l’autoritarisme , c’est qu’il mesure l’étendue du rejet de cette politique au sein du "peuple de gauche" qui l’a porté au pouvoir. C’est donc avec toutes ces femmes et tous ces hommes qu’il y a lieu de mener le dialogue sur les mesures à promouvoir et les luttes politiques qui en ouvrent la voie: l’emploi, le développement social et la transition écologique comme nouvelles priorités des priorités pour l’Europe;  la transformation des missions de la Banque centrale européenne pour nous libérer de la domination des marchés financiers; la restauration de la démocratie représentative et l’épanouissement de la démocratie citoyenne pour reconstruire l’Europe à partir des peuples…
Tél est le sens de la campagne en cours, du Front de gauche: l’alternative à l’austérité , c’est possible!

4 avril 2013 at 9:39 Poster un commentaire

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