POUR UNE GRANDE CONFÉRENCE DE PAIX EN EUROPE !

Quelle meilleure occasion que la célébration de la journée internationale de la paix -ce 21 septembre- pour relancer une proposition que je m’efforce de promouvoir depuis une dizaine d’années, et que partagent , outre mes amis communistes, de nombreux militantes et militants pour la paix en France et en Europe : agir pour la tenue d’une grande Conférence de paix ouverte à tous les pays du continent européen, une sorte de « Conférence d’Helsinki 2 », adaptée aux conditions de notre époque, profondément renouvelées par rapport au contexte des années 1970.

Un tel projet semblait jusqu’ici quelque peu utopique, tant les dirigeants des Etats de l’Union européenne étaient fermés à toute idée d’accord de ce type avec la Russie, sans la participation de laquelle une telle Conférence n’aurait évidemment aucun sens. On me dira : « Tout cela est dû à l’affaire ukrainienne et à l’annexion de la Crimée en 2014 par Poutine ! » Faux ! C’est depuis bien avant ces événements -et avant même le retour de Vladimir Poutine à la présidence de son pays- que les Chefs d’Etat et de gouvernement de l’UE ont tourné le dos à toute perspective de grande initiative paneuropéenne de paix.

Rappelons une fois de plus le discours historique de Dmitri Medvedev -tout juste élu Président de la Russie- à Berlin, le 5 juin 2008. Ses entretiens avec les autorités allemandes semblaient avoir été appréciés : « Medvedev remplit positivement nos attentes » nota le ministre délégué aux Affaires étrangères, Gernot Erler. Angela Merkel avait, pour sa part, salué la « fiabilité » de son partenaire russe. Pourtant, la proposition-phare de celui-ci, à savoir « un accord juridiquement contraignant sur la sécurité européenne » -abordant tous les différends entre la Russie et l’UE !- , fut accueilli par les dirigeants de l’UE par un silence glacial ! Pourquoi cet incroyable gâchis ? Parce que le principe fondamental d’un tel traité de sécurité collective est nécessairement l’engagement de chaque pays signataire de ne rien entreprendre qui puisse nuire à la sécurité d’un quelconque autre pays signataire. Or le respect de ce principe cardinal serait allé à l’encontre de l’élargissement continu de l’OTAN vers l’Est. Il aurait également interdit toute rupture de l’équilibre stratégique , comme l’installation du « bouclier antimissile » américain sur le sol européen. Or, pour les Européens, brider le Pentagone ou l’OTAN, pas question ! Depuis, les tensions Est-Ouest n’ont fait que s’exacerber. Pressions des autorités polonaises et baltes aidant, au désastre ukrainien répondit le cycle des sanctions de l’UE contre Moscou… sans aucun résultat. D’un traité paneuropéen de sécurité, il ne fut plus jamais question.

Aussi ne pouvait-on que noter avec intérêt le tardif mais potentiellement salutaire revirement d’Emmanuel Macron sur ce point, le 27 août dernier, devant les ambassadeurs et ambassadrices de France : « Je pense, déclara-t-il, qu’il nous faut construire une nouvelle architecture de confiance et de sécurité en Europe, parce que le continent européen ne sera jamais stable, ne sera jamais en sécurité, si nous ne pacifions pas et ne clarifions pas nos relations avec la Russie ». À nous toutes et tous de veiller que ces paroles justes se traduisent au plus vite en actes concrets.

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19 septembre 2019 at 6:44 Laisser un commentaire

« LETTRE À UN AMI DE GAZA » : UN CRI SALUTAIRE

On ne peut que se réjouir de telles initiatives dans le contexte actuel : le Théâtre de la Ville, à deux pas du Palais de l’Elysée, a invité le réalisateur israélien Amos Gitaï (Kadosh, À l’ouest du Jourdain…) à présenter à Paris sa « Lettre à un ami de Gaza ». Tandis que, désormais épaulé par le sinistre locataire de la Maison-Blanche, Nétanyahou fait de son acharnement contre le peuple de Gaza un argument électoral, sans susciter de la part de nos dirigeants un quelconque sursaut, ce spectacle, atypique à tous égards, est un cri poétique, une interpellation artistique, salutaires.

Pendant que défilent, en toile de fond, les images du « mur » si emblématique du blocus imposé aux Gazaouis, ou celles d’un hélicoptère militaire survolant un territoire palestinien dévasté par les chars israéliens, ou encore celles de jeunes résistants palestiniens se défendant avec une fronde contre les fusils des occupants,  des comédiens lisent en Hébreu et en Arabe des textes poignants (surtitrés en Français).

En particulier, cette injonction à la solidarité et au respect des autres, du plus grand poète palestinien, Mahmoud Darwish :

« Quand tu prépares ton petit-déjeuner,
pense aux autres.
(N’oublie pas le grain aux colombes.)

Quand tu mènes tes guerres, pense aux autres.
(N’oublie pas ceux qui réclament la paix.)

Quand tu règles la facture d’eau, pense aux autres.
(Qui tètent les nuages.)

Quand tu rentres à la maison, ta maison,
pense aux autres.
(N’oublie pas le peuple des tentes.)

Quand tu comptes les étoiles pour dormir,
pense aux autres.
(Certains n’ont pas le loisir de rêver) »…

Ou bien cet extrait d’un roman de l’écrivain israélien S.Yizahr qui relate et fustige l’expulsion des habitants d’un village arabe par l’armée israélienne à l’époque de la « Nakba », en 1948. Les ordres des militaires y claquent comme des fouets : « Brûlez ! Dynamitez! Capturez ! Embarquez ! Expulsez ! »

Ou encore cette épreuve de vérité venant de la « génération d’après »,  imaginée par la courageuse journaliste israélienne, Amira Hass, fille de deux communistes rescapés des camps de la mort : « Comment avez-vous pu détruire des villages -demandera leur fille ? »; « Je n’ai fait que suivre les ordres »; « comme si tout était normal… »

Pour ce grand moment de dignité humaine et de réveil des consciences, merci à Amos Gitaï, qui signe là une belle œuvre, et à Emmanuel Demarcy-Mota, le directeur du Théâtre de la Ville, à l’origine de cette initiative plus que bienvenue .

12 septembre 2019 at 1:54 Laisser un commentaire

LA DIPLOMATIE DE MACRON : AUDACE OU ESBROUFE ?

Le G7 « historique » de Biarritz est encore dans toutes les mémoires. Pensez donc : le Président français y a été « autorisé » (dixit Donald Trump) par le Président américain à faire recevoir le Ministre des Affaires étrangères iranien par son homologue français non loin du Sommet, naturellement « sans mandat du G7 » a précisé l’hôte de la Maison-Blanche…L’avenir proche nous dira s’il se sera agi d’une initiative diplomatique créative  -c’est à dire conçue pour débloquer une situation avec un minimum de crédibilité- ou d’un « coup » avant tout destiné à glorifier son auteur. La créativité diplomatique est plus que louable ! Dans bien des cas, elle a permis de faire sauter des blocages et d’ouvrir de nouvelles perspectives. On s’en souvient : le grand Zhou Enlai avait eu l’idée géniale, en 1971, de profiter d’une fenêtre d’opportunité pour inviter en Chine l’équipe américaine de tennis de table afin d’ « ouvrir un nouveau chapitre dans les relations entre Américains et Chinois ». Le magazine Time titra : « Le bruit des balles (de ping-pong) a été entendu dans le monde entier ». De fait, trois mois plus tard, Henry Kissinger se rendit à Pékin pour préparer la visite historique du Président Nixon. De son côté, Barack Obama sut saisir l’occasion de la cérémonie en hommage à Nelson Mandela, au stade de Soweto, en 2013, pour aller à la rencontre de Raoul Castro et lui serrer la main . Ce bref échange, fit, lui aussi, le tour du monde et fut le prélude à un début de dégel entre Washington et La Havane. Peut-on espérer pareille attitude de la part de Donald Trump sur l’Iran ? Il est permis d’en douter…L’initiative de Biarritz conduira-t-elle à une réelle détente ou, au contraire, à une nouvelle désillusion du peuple iranien ? Nous verrons bien.

Audace ou esbroufe ? Par-delà le cas iranien, impossible de ne pas se poser la question à l’écoute du long discours -non écrit- d’Emmanuel Macron aux ambassadeurs et ambassadrices de France réunis à Paris au lendemain de ce fameux G7. Incontestablement brillant, visiblement dopé par la « formidable démonstration d’excellence de notre diplomatie » que fut, à ses yeux, « son » Sommet du G7, le Président a abordé d’emblée, avec une apparente franchise, des sujets « a priori » délicats pour un dirigeant libéral, tels que « la fin de l’hégémonie occidentale » ou « la crise de l’économie de marché financiarisée » qui, souligna-t-il, « conduit à des inégalités qui ne sont plus supportables » et « viennent bousculer la légitimité même de cette organisation économique » ( autrement dit, du capitalisme, si les mots ont un sens ) ! Ou encore le constat amer qu’ est « fini le temps où on expliquait aux gens  (que) la délocalisation, c’est l’ordre des choses, c’est une bonne chose pour vous (…) Je n’arrive plus à expliquer cette histoire ». Intéressant, non ? Et de conclure sur ce point que « la vocation de la France est (…) de tenter de bâtir un ordre nouveau ». Qui l’eût cru ! Hélas, le soufflé retombe dès que le promoteur de ce nouvel ordre précise que ce « beau projet humaniste » est précisément « au cœur de l’agenda du gouvernement » et de ses « réformes » !

Il y a, en revanche, parmi les « axes prioritaires » de politique internationale annoncés, à côté de projets à combattre résolument , des pistes qui méritent débat -en particulier concernant nos relations avec la Russie, voire la Chine. Nous y reviendrons sous peu.

5 septembre 2019 at 5:28 Laisser un commentaire

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