L’IRRESPONSABILITÉ DES PROMOTEURS DU BREXIT

Les promoteurs du « Brexit » ont décidément trompé le peuple britannique sur toute la ligne ! On se souvient de leurs promesses honteusement mensongères sur le bénéfice que le pays était censé tirer de la sortie de l’UE : 350 millions de Livres Sterling (445 millions d’euros) PAR SEMAINE -un chiffre totalement farfelu !- qui devaient, qui plus est,… aller au système de santé du Royaume-Uni ! Mais il n’y a pas que le recours à la caricature populiste qu’on puisse reprocher à ces ultra-conservateurs prêts à tout pour arriver à leurs fins. Leur nationalisme les a rendus, en outre, réellement incapables de prendre la mesure des interdépendances créées par 45 années d’appartenance de la Grande-Bretagne à l’Union européenne, malgré les nombreuses spécificités et dérogations dont leur pays a bénéficié au sein de cette « Union ». C’est ainsi qu’on a récemment entendu le …ministre alors en charge des négociations du Brexit, Dominic Raab, reconnaître publiquement qu’il n’avait pas réalisé combien la voie maritime Calais-Douvre était importante pour le commerce britannique ! « Une telle ignorance de la part d’un ministre perturbe beaucoup de gens » avait légitimement commenté le leader travailliste, Jérémy Corbyn (1).

Deux ans et demi après le vote, voici les députés britanniques placés devant un sacré dilemme : ou opter pour le « No deal » (absence d’accord avec l’UE) et prendre le risque de plonger le pays dans le chaos (les scénarios des experts britanniques font frémir en cas d’annulation brutale de tous les accords de coopération noués dans le cadre de l’UE !) ou accepter le projet d’accord négocié par Theresa May avec les « 27 », qui tourne le dos aux promesses faites aux électeurs. Qu’on en juge ! Le « Brexit » devait rapporter beaucoup d’argent : en fait, il va coûter cher. En effet, le dû à l’UE en vertu des engagements financiers pris par Londres approche les 50 milliards d’euros auxquels vont s’ajouter deux années de cotisations supplémentaires car la Grande-Bretagne a demandé à pouvoir rester dans l’UE jusqu’à la fin de 2020 au moins pour amortir les conséquences de la sortie. Mais surtout, la promesse No 1 était que le « Brexit »permettrait à Londres de recouvrer la pleine souveraineté vis-à-vis de « Bruxelles ». Or, c’est l’exact contraire qui se produit aujourd’hui : après le 29 mars prochain, les Britanniques n’auront plus ni parlementaires européens, ni Commissaire européen, ni juge à la Cour européenne et leur gouvernement perdra sa place au Conseil européen ! En revanche, ils devront continuer d’appliquer intégralement les règles européennes , dépendront toujours de la Cour européenne et ne pourront pas conclure d’accord commercial bilatéral avec d’autres pays, tels les Etats-Unis, pour une durée indéterminée, c’est-à-dire tant qu’ils resteront dans « l’Union douanière » avec l’UE, afin de pouvoir continuer d’ importer sans entraves ce dont ils ont besoin et vendre leurs biens sans droit de douane dans toute l’UE -ce qui est vital pour le pays- tout en évitant de rétablir une frontière entre l’Irlande du Nord (sous contrôle britannique) et la République d’Irlande (membre de l’UE). Tout cela était parfaitement prévisible, sauf que l’obsession du « chacun pour soi » -ou la conviction que le chantage exercé sur l’UE allait faire céder celle-ci- l’a emporté sur tout le reste auprès des hérauts du « Brexit ». Mais c’est le peuple britannique -et, le cas échéant, les peuples de l’UE- qui risquent de payer le prix de leur irresponsabilité. À méditer.

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(1) « The Guardian » (14/11/2018)

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23 novembre 2018 at 5:19 Laisser un commentaire

MACRON CONTRE « L’EUROPE ULTRA-LIBERALE »: UN GAG INSTRUCTIF

« En même temps » qu’il supprime en France l’impôt sur les fortunes remplacé par un impôt sur l’immobilier bien plus léger, qu’il crée le « prélèvement forfaitaire unique » sur les revenus du capital, bien plus avantageux que les taxations précédentes, qu’il fait voter un budget ne profitant qu’aux « 5% des Français les plus riches »(dixit la revue « Capital » 24/7/2018 !), Emmanuel Macron se présente donc désormais comme un adversaire d’ « une Europe ultra-libérale qui ne permet plus aux classes moyennes de bien vivre » ! (1) Cette sortie tient du gag, mais elle est instructive à plus d’un égard.

D’abord, elle confirme que son positionnement de départ en vue des élections européennes -choix entre « progressistes » et nationalistes- ne fonctionne pas pour nombre d’électrices et d’électeurs dont il convoite le vote. Il est, en effet, illusoire d’imaginer pouvoir -par un « remake » du « moi ou le chaos »- passer par pertes et profits le contentieux qui ne cesse de s’alourdir entre les Français et l’UE sur les grands enjeux sociaux . Personne ne pourra mener campagne sur l’Europe en ignorant ce qui la caractérise avant tout dans les consciences aujourd’hui : les politiques d’austérité ; la soumission des services publics aux règles générales de la concurrence ; les « réformes structurelles » du droit du travail, des retraites et de la protection sociale…Et comme il est difficile pour « le Président des riches » d’aborder franchement ces sujets, il espère se sortir du piège par une pirouette . En fustigeant l’ « ultralibéralisme », il se présente en libéral modéré, sensible aux préoccupations des gens. La ficelle peut nous paraître grosse, mais, dans le brouillard politique actuel, nous aurions tort d’en négliger les effets possibles.

Aussi aurions-nous tout à gagner à faire la clarté sur cette opération. Où Emmanuel Macron place-t-il le curseur entre Europe « libérale » et « ultra-libérale » ? De quel traité, de quelle règle de l’actuelle UE est-il prêt à contester concrètement la logique ? Celle du traité budgétaire que le candidat Hollande avait, naguère, promis de « renégocier » une fois élu ? Celle du Pacte de stabilité et de son fétichisme des 3% du PIB de déficit ? Celle des accords de libre-échange du type CETA (UE-Canada) ? Il est également intéressant d’évoquer le profil politique de son principal allié au sein du Parlement européen, Guy Verhofstadt, longtemps surnommé « Baby Thatcher » dans son pays, la Belgique , dont il fut Premier Ministre avant de présider le groupe libéral de l’Assemblée de Strasbourg. Lui aussi est désireux de se défaire de son image de libéral « forcené, pur, revendiqué » (Le Soir de Bruxelles 5/7/2016) : un jour en partant avec Daniel Cohn-Bendit en croisade pour installer un véritable fédéralisme européen; un autre en invitant le « Mouvement cinq étoiles » italien à rejoindre son groupe parlementaire ; enfin en annonçant (« Ouest-France, le 10/9/2018) qu’il va former un mouvement avec « En marche » en vue des élections de 2019.

Morale de l’histoire : gardons-nous nous-mêmes de l’inflation de superlatifs parfaitement inutiles pour caractériser le type d’ « Europe » que nous combattons ! À l’ Europe de la « priorité aux marchés » (ou à la finance), nous opposons une Europe de « l’humain d’abord » ! Là, chacun voit de quel côté se situe le pourfendeur du « pognon de dingue » destiné aux prestations sociales…

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(1) Europe 1 (6/11/2018)

15 novembre 2018 at 5:46 2 commentaires

1918-2018 : TIRONS LES BONNES LEÇONS DE L’HISTOIRE.

A la veille de la commémoration du centenaire de l’Armistice de 1918, il n’est pas vain de rappeler quelques vérités élémentaires qui ne semblent toujours pas évidentes pour tous.

Ainsi entend-on certains vouloir « célébrer », y compris par un défilé militaire, la « Victoire » de 1918. Peut-on encore s’en glorifier, un siècle après cette barbarie, qui a fait près de 10 millions de morts et 21 millions de blessés, et fut « essentiellement l’oeuvre des hauts industriels des différents Etats de l’Europe, qui la voulurent, la rendirent nécessaire, la firent, la prolongèrent (et dans laquelle) on croit mourir pour la patrie; (mais) on meurt pour les industriels » (Anatole France dans « l’Humanité » du 18/7/1922) ?! A l’heure où s’émoussent nombre de repères et se rompent des digues vitales pour assurer une paix durable, il faut réagir contre ce type de re-formatage réactionnaire des esprits .

Cette nécessaire vigilance ne concerne pas seulement l’analyse du premier conflit mondial lui-même mais aussi la gestion irresponsable des suites de la « victoire » en question. Cela nous renvoie au traité de Versailles, dont le centenaire, en 1919, sera à surveiller de près. N’a-t-il pas servi de levier à Hitler pour créer les conditions de son accession au pouvoir en 1933 ? « La guerre 39-45 trouve son origine dans les dispositions du traité de Versailles » reconnait un ancien diplomate français , pourtant grand défenseur de Georges Clemenceau qui fut le négociateur le plus intransigeant de ce traité (1). Le thème de l’humiliation infligée à la nation allemande par le « Diktat » de Versailles a imprégné des générations d’Allemands.

En outre, avec les « traités annexes » (Saint-Germain-en-Laye, Trianon, Sèvres, Lausanne…) , Versailles et ses suites ont redessiné le continent européen dans un sens et dans des conditions qui se reflètent encore aujourd’hui -ou plutôt à nouveau- dans la montée des nationalismes , dans bien des pays européens . Dans la Hongrie d’Orban, par exemple, la référence au traité de Trianon , signé dans la foulée de celui de Versailles, est omniprésente pour entretenir la nostalgie revancharde des frontières de la Hongrie d’avant le « vol » , en particulier de la Transylvanie rattachée à la Roumanie en 2020 en guise de récompense pour son ralliement de dernière heure aux vainqueurs de la guerre de 14-18. D’ores et déjà, des manifestations commémoratives sont annoncées à Budapest pour le Centenaire de Trianon , qu’Orban souhaite « grandiose et tragique »…De l’autre côté de la frontière, les nationalistes s’apprêtent, au contraire, à célébrer le souvenir de la « Grande Roumanie » héritée de Trianon . C’est comme cela que se nourrissent mutuellement les nationalismes sans que l’on sache jusqu’où ils peuvent conduire des peuples désorientés.

Ces questions ont donc toute leur place dans le débat sur l’avenir de l’Europe, dans et au-delà de l’Union européenne. Répétons à ce propos , une fois encore, l’intérêt majeur que représenterait , dans ce contexte, le lancement d’un processus visant à réunir au plus vite une nouvelle « Conférence pan-européenne de sécurité et de coopération » associant tous les pays du continent et impliquant les sociétés civiles à sa préparation et à son déroulement.
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(1) Jacques-Alain de Sédouy, dans un entretien accordé à la Mission du Centenaire .

8 novembre 2018 at 4:09 Laisser un commentaire

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