L’EUROPE FACE À L’ASPIRATION ÉCOLOGIQUE

L’aspiration écologique, on s’en doute, n’est pas une spécificité française ! Elle s’exprime avec de plus en plus de force à travers l’Europe. Il ne faut pas chercher ailleurs le choix de la nouvelle présidente de la Commission européenne, la chrétienne-démocrate allemande Ursula Von der Leyen,  d’affirmer haut et fort que la grande priorité de son quinquennat serait le « Pacte vert » (ou « Green Deal »), espérant ainsi vaincre la défiance des citoyens.
Comme on s’en doute, ce projet comporte de nombreuses contradictions. 
Certaines d’entre elles risquent de se révéler dès les 17 et 18 juillet prochains. Ces jours-là, les 27 Chefs d’Etat ou de gouvernement de l’UE -réunis sous la présidence d’Angela Merkel- avaliseront…ou contesteront les lourds engagements financiers pris par la présidente de la Commission et dont dépend la viabilité de son « Pacte » : un budget de plus de 1000 milliards d’euros sur sept ans, assorti d’un plan de relance de 750 milliards sur trois ans. Pour amadouer les États estimant « trop payer pour les autres », Angela Merkel plaidera pour le maintien des « ristournes » à la Autriche, aux Pays-Bas, au Danemark, à la Suède (et à…l’Allemagne ? ) !
A ce prix pourrait finalement être approuvé un plan qui prévoit notamment des aides pour les régions qui rencontrent le plus de difficultés à réaliser la transition écologique; des crédits pour les zones rurales engagées dans les changements structurels rendus nécessaires ; des fonds dédiés à la rénovation des bâtiments ; des soutiens à la recherche sur la transition énergétique ; des investissements dans des technologies en matière d’énergies renouvelables, de stockage d’énergie, l’hydrogène propre, les batteries, le captage et le stockage du carbone…
Ensuite, il faudra compter avec les exigences -légitimes-  du Parlement européen. Celui-ci soutient le principe du « Green Deal », mais entend réviser toutes les législations européennes non conformes aux nouveaux objectifs climatiques. Cette réévaluation concerne notamment la politique agricole, les accords commerciaux et la gestion de l’économie européenne. Il souhaite également instituer un mécanisme d’ « ajustement-carbone » aux frontières de l’UE, autrement dit compenser par des taxes toute importation d’un pays n’observant pas les normes climatiques européennes. D’une façon générale, il veut passer au crible tous les obstacles à la réalisation de l’objectif stratégique en matière climatique : la « neutralité carbone d’ici 2050 ». Cela veut dire qu’à cette date, les émissions de gaz à effet de serre ne devront plus dépasser les quantités de gaz que la nature est capable d’absorber. Pour y parvenir, l’objectif intermédiaire déterminant est, selon la majorité des députés, de réussir à réduire de 55%  des émissions de CO2 à l’horizon 2030 (toujours par rapport à 1990). Des compromis acceptables devront être trouvés sur tous ces sujets avant la prochaine Conférence de l’ONU sur le climat, en novembre prochain, à Glasgow.
Reste, pour réussir, à remplir une dernière condition, qui tend, chaque jour un peu plus,  à devenir décisive : répondre sans tricher aux attentes des citoyennes et des citoyens !

10 juillet 2020 at 6:17 Laisser un commentaire

PALESTINE : C’EST L’HEURE DU SURSAUT !

NETANYAHOU avait-il anticipé la levée de boucliers, d’une ampleur sans précédent depuis des décennies,  provoquée par son projet d’annexion de 30% de la Cisjordanie ?

En Israël même, il n’y a pas que les forces de paix -communistes en tête- à manifester leur rejet du plan d’annexion. La liste est longue, jusque dans le camp opposé, des voix qui s’élèvent pour s’inquiéter de savoir « Comment le monde va réagir ? » Tel cet ex-ministre des finances de Nétanyahou, passé à l’opposition, Yair Lapid, qui dit craindre les « grands dommages » pour l’Etat d’Israël et les « réactions sévères » de la part des Palestiniens, des Jordaniens, de l’éventuel successeur démocrate de Trump et « bien sûr des Européens » que susciterait la réalisation du coup de force annoncé. Ou cet ex-haut responsable du Mossad, Ephraïm Halévy, qui attire l’attention publique sur « la colère des Européens » de l’UE, « premier partenaire commercial d’Israël » . Selon lui, « les dommages économiques qu’ Israël subira dépassent de loin tout ce qu’on peut imaginer aujourd’hui, même si les Européens mettent simplement en suspens les accords » (bilatéraux). Ou bien, le chef de l’Institut israélien pour les politiques étrangères régionales, Nimrod Goren, pour qui « Israël doit s’attendre à un recul important de pays comme la France, l’Allemagne et la Jordanie » (l’un des rares pays arabes ayant signé un Traité de paix avec Israël en 1994). Ou encore cet ancien porte-parole du ministère israélien des Affaires étrangères, Ygal Palmor, qui rappelle aux dirigeants de son pays qu’ « ignorer les avertissements n’est pas une bonne politique » et qu’au contraire, « ces signes publics de ressentiment doivent (…) être soigneusement pesés contre toute mesure prévue ».

Et voilà que se surajoute aux critiques arabes ou européennes une lettre-ouverte signée par 189 Représentants démocrates, parmi les plus pro-israéliens du Congrès américain, demandant au gouvernement de renoncer à « l’annexion unilatérale (qui) pourrait créer de sérieux problèmes pour Israël avec ses amis européens et d’autres partenaires dans le monde » !

De fait, jour après  jour, les réactions pleuvent comme jamais : la commission des Affaires étrangères du Parlement belge demande à son gouvernement de reconnaître l’Etat palestinien et de « prendre des initiatives aux niveaux européen et multilatéral afin de prévenir l’annexion par Israël de territoires palestiniens » . Plus de 1000 parlementaires de pays européens appellent à « une action décisive » contre l’annexion. 50 anciens ministres, Premiers Ministres ou Commissaires européens -et non des moindres-appellent l’UE à « contrer la menace d’annexion » en allant jusqu’à parler d’ « apartheid » (une « première à ce niveau) ! Paris note (prudemment) que « l’annexion aura un coût pour Israël » et Berlin évoque une « ligne rouge »…Reste , au-delà des mises en gardes verbales, à passer, cette-fois, à l’acte . Chacun est devant ses responsabilités. C’est l’heure du sursaut.

2 juillet 2020 at 10:29 1 commentaire

UN « SEMESTRE ALLEMAND » À SUIVRE DE PRÈS !

Pour la première fois depuis 2007 -autant dire une autre époque- l’Allemagne va prendre, le 1er Juillet prochain, la présidence de l’Union européenne pour une durée de six mois. Depuis 2009, le Conseil européen dispose d’un Président ou d’une Présidente permanent.e (Actuellement, l’ancien Premier Ministre belge, Charles Michel), ce qui relativise le rôle des présidences tournantes de chaque État membre : qui sait, par exemple, que l’UE est présidée depuis le 1er Janvier dernier par la Croatie ? Il en va tout différemment quand c’est un pays comme l’Allemagne qui prend les rênes des « 27 » . C’est que, dans l’UE, tous les Etats membres sont égaux, mais certains le sont plus que d’autres…La première puissance européenne va même étendre son influence sur les deux semestres suivants, dont la présidence sera assurée par la Slovénie puis le Portugal : ce « trio » dominé par l’Allemagne coopérera, en fait, étroitement jusqu’à la fin 2021. C’est une première raison de suivre avec une particulière attention les débats qui auront lieu et les décisions qui seront prises durant cette période. Mais c’est surtout l’accumulation d’enjeux, plus lourds les uns que les autres, durant les mois qui viennent, qui appelle, plus que jamais, de notre part une vigilance de tous les instants. 

Récapitulons quelques points prévisibles de l’agenda européen d’ici la fin de l’année : les implications financières, économiques, sociales et politiques du « Fonds de relance » de 750 milliards d’euros qui dépendront des décisions des Etats membres et du Parlement de Strasbourg ; la finalisation des négociations sur le « Brexit » -dont dépendra notamment l’implantation (ou non) , à nos portes, d’un champion du « dumping » social, fiscal ou/et environnemental-; l’adoption du budget européen pluriannuel 2021-2027, susceptible de se traduire (ou non) par une diminution sensible des aides aux agriculteurs et aux pays et régions défavorisés ; le respect (ou non) des engagements pris en matière de lutte contre le dérèglement climatique, que la pandémie a relégué au second plan depuis mars dernier ; le contenu concret de la « priorité au numérique » annoncée, en termes d’emplois, de qualifications, de services publics, de taxation des multinationales, de réduction de la dépendance aux géants américains du Web…; l’évolution du projet de « défense (dite) européenne », qui se traduit jusqu’ici -outre l’allégeance à l’OTAN- par une gabegie indécente d’achats d’armements (dont pour plus de 100 milliards d’euros à l’industrie aéronautique…d’outre-Atlantique) ; ou, plus généralement, les choix stratégiques  qu’appellent de la part de l’UE les aventures irresponsables du clown triste de la Maison-Blanche , qu’il s’agisse de la ruineuse guerre économique lancée tous azimuts ou des tensions internationales meurtrières, alimentées en particulier au Moyen-Orient.
Quelle attitude adoptera la France sur chacun de ces points, et bien d’autres ? Le débat politique national doit impérativement se saisir de cette question.

25 juin 2020 at 3:37 Laisser un commentaire

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