« CONFÉRENCE SUR L’AVENIR DE L’EUROPE » : EN ÊTRE OU PAS ?

Le 9 mai prochain sera lancée, au siège du Parlement européen, à Strasbourg, la « Conférence sur l’avenir de l’Europe » . Il s’agit d’une idée d’Emmanuel Macron, que les « 27 » ont reprise à leur compte.
Pendant un an seront ainsi organisés, dans tous les pays membres, des débats -dans un premier temps en visioconférence- ouverts à toutes et à tous. Pour tenter de regagner la confiance des citoyennes et des citoyens, l’Union européenne dit vouloir connaître -« sans tabou »- tant leurs critiques que leurs propositions. Les conclusions de cette consultation géante seront tirées dans un an .  
Le hasard n’est évidemment pour rien dans le fait que la partie la plus médiatique de cette initiative -et notamment le moment où en seront tirées publiquement les conclusions- coïncidera avec le semestre de… »présidence française de l’Union européenne » (janvier-juillet 2022). Mieux, la clôture de la Conférence est prévue 9 mai 2022, en plein second tour de l’élection présidentielle ! Cela tombe décidément bien pour le Président-candidat , qui a décidé de faire de « l’Europe », le thème central de sa campagne…
Faut-il, pour autant, pour ce qui concerne la « gauche critique », bouder cette Conférence, voire considérer que, l’ « Europe » ayant mauvaise presse, il ne serait guère important de s’appesantir sur cette dimension de la bataille politique à venir ? Ce serait, à mes yeux, une grave erreur. Les thèmes aujourd’hui mis en avant par l’Union européenne, ne peuvent être balayés d’un revers de main : « le Pacte vert »; la « transition numérique »; la « souveraineté de l’Europe face aux géants américains et chinois »; le « salaire minimum européen »; « l’Etat de droit »; « la protection des frontières extérieures »… Chacun de ces enjeux appelle au contraire une analyse fine, permettant de mettre au jour à la fois ses aspects positifs, ses limites, ses contradictions et, le cas échéant, ses effets pervers. 
Si la « gauche critique » négligeait les occasions qui vont se présenter d’approfondir tous ces vrais sujets, elle laisserait s’installer un véritable piège politique : celui d’enfermer le débat dans un choix binaire , simpliste sinon caricatural : pour ou contre « l’Europe ».
Du pain bénit pour Macron et…Le Pen. D’un côté, seraient  mis en valeur les discours sur l’Europe -souvent habiles- du premier. De l’autre, tous les mécontents de l’Europe actuelle se feraient draguer par la seconde. Empêcher ce piège grossier de fonctionner est, à mon sens, le grand défi à relever durant les mois à venir par ce que j’appelle la « gauche critique » -qui peut se reconnaître dans différentes formations politiques, organisations syndicales, ou mouvements associatifs. Puisse-t-elle être à l’initiative, face aux deux protagonistes de ce piège, pour démystifier le discours trompeur de l’un sans prêter, si peu que ce soit, le flanc à la démagogie mortifère de l’autre !
Autrement dit, en préférant l’argument au slogan, la réflexion au réflexe et une vision alternative au rejet pur et simple . Cela se prépare dès maintenant. 

3 avril 2021 at 5:52 Laisser un commentaire

HDP,  COMME « HONNEUR », « DÉMOCRATIE » ET « PAIX » !


Dans la longue série d’atteintes à la démocratie dont il se rend systématiquement coupable, le président turc est en train de franchir un pas d’une gravité exceptionnelle.
Non content de poursuivre sans relâche la persécution du HDP, le grand parti progressiste (souvent qualifié de façon réductrice de « parti pro-kurde »), emprisonnant son emblématique fondateur, Sélahattin Demirtas, et nombre de ses dirigeant.es et élu.es , destituant ses maires, pourchassant ses militant.es ou sympathisant.es, il envisage aujourd’hui ni plus ni moins que l’interdiction pure et simple de ce parti ! Un procureur turc vient, en effet, de saisir la plus haute Cour du pays pour faire condamner le HDP pour « terrorisme » afin de le faire disparaître de l’échiquier politique. 
Pourquoi cet acharnement de la part d’Erdogan contre la troisième force politique de Turquie ? « Les membres du HDP s’efforcent, par leurs déclarations et leurs actes, de détruire l’union indivisible entre l’Etat et la nation », ânonne le procureur dans la langue de bois nationaliste du pouvoir.
Cette « union indivisible » n’est rien d’autre que la négation des doits des nombreuses minorités du pays. Quant à « l’Etat », c’est le pouvoir d’Erdogan.
La « nation » est ainsi sommée d’épouser sans broncher la vision ultra-conservatrice de la Turquie professée par son « Chef », tant sur le plan religieux que politique. Ce discours nous renvoie à un épisode-clé de la diabolisation du HDP, il y a bientôt 6 ans.
Aux élections législatives de juin 2015 -censées consacrer la toute-puissance du patron de la Turquie- , Erdogan subit sa première défaite après 13 ans de pouvoir sans partage : il perd la majorité absolue, indispensable pour changer la Constitution et ouvrir la voie à la présidentialisation du régime. Et l’auteur de ce crime de lèse-majesté s’appelle Sélahattin Demirtas ! À la tête du HDP, il vient de permettre à ce jeune parti -créée en 2012- de franchir ( largement ) la barre historique des 10% et d’envoyer du même coup 80 députées et députés au Parlement ! Les premières paroles de ce charismatique avocat défenseur des droits de l’homme, devenu un leader politique brillant, cultivé et moderne, résument bien la nature de l’antagonisme entre Erdogan et son principal opposant :  « C’est la victoire commune de tous les peuples opprimés : turc, kurde, arabe, caucasien, arménien, bosniaque ; de toutes les ethnies de ce pays, de tous les peuples discriminés qui veulent vivre libres et penser librement » affirme d’emblée Demirtas ! Et, de fait, le HDP se révèle un ferment d’ouverture unique en Turquie : les femmes y exercent , à l’égal des hommes, des responsabilités jusqu’au plus haut niveau; toutes les minorités y jouissent de droits égaux et la jeunesse qui s’était révoltée en masse pour la démocratie dans le parc de Gezi, à Istanbul, deux ans auparavant, se reconnaît enfin dans un parti.
Pour Erdogan, c’est un défi rédhibitoire : de ce jour date sa volonté de détruire le HDP et tous ceux et celles qui le font vivre au quotidien. Aujourd’hui, il rêve de lui asséner le coup de grâce (1).
C’est dire l’urgence d’une solidarité aussi forte que large pour ce parti qui est l’honneur de la Turquie, et l’espoir d’un avenir fait de démocratie et de paix dans ce grand pays.

(1) Significativement, Erdogan retire au même moment la Turquie du traité d’Istambul sur les violences faites aux femmes !

25 mars 2021 at 2:47 Laisser un commentaire

LA « COMMUNE DE PARIS » ET LA GAUCHE ALLEMANDE

 Les réflexes de classe ont la peau dure : 150 ans après, la droite parisienne n’a toujours pas digéré la prise de pouvoir des ouvriers et artisans de la capitale, assiégée par les troupes prussiennes et désertée par un gouvernement conservateur prêt à capituler devant l’ennemi et à lui abandonner l’Alsace et la Lorraine .
Pour ces conservateurs endurcis, qui ont si souvent le mot « République » à la bouche, il ne saurait être question de commémorer une expérience historique à laquelle, pourtant, l’idéal républicain -le vrai : social et démocratique- doit tant. Si la droite française tourne ainsi le dos à une page aussi emblématique de l’histoire de son pays, nous constatons avec une grande satisfaction l’intérêt porté à la Commune de Paris par nos amis de…la gauche allemande . 
Cela ne date pas d’aujourd’hui. Si l’on trouve toujours à Berlin une « Rue de la Commune de Paris », malgré la vague de débaptisations qui a suivi la chute de la RDA, c’est précisément parce que cette référence a toujours fait sens pour une partie de la population, du moins dans la partie orientale de la ville.
C’est d’ailleurs à cette adresse symbolique que la puissante « Fondation Rosa Luxemburg », attachée à « Die LINKE », a récemment décidé d’installer son siège. Cette même institution a, surtout, montré son attachement à l’esprit de la « Commune » en prenant l’initiative de proposer à son homologue française, la Fondation Gabriel Péri, créée à l’initiative du PCF, d’organiser en commun une belle initiative sur le sujet, ce 18 mars, jour anniversaire de la proclamation de la Commune. Entrecoupés de moments culturels liés aux luttes des Communards -la chanson du « Temps des cerises »,  une brève lecture de textes de Karl Marx et d’August Bebel, un poème d’Arthur Rimbaud, la version originale de « l’Internationale »…- , trois débats bilingues offrent un captivant échange franco-allemand sur les origines, l’expérience et l’héritage du « premier gouvernement ouvrier ». De la belle ouvrage. (1)
Voilà qui poursuit avec bonheur l’internationalisme de la Commune », dont le « ministre » du Travail, Léo Fränkel, était un ouvrier bijoutier d’origine hongroise et dont l’animatrice de « l’Union des femmes pour la défense de Paris et les soins aux blessés », Elisabeth Dmitrieff, était une révolutionnaire et féministe russe, tandis que, parmi les communards fusillés par les Versaillais, figuraient, selon leurs bourreaux eux-mêmes, « Italiens, Polonais, Hollandais, Allemands ». (2) Plus généralement, comme l’avait noté Karl Marx, « Sous les yeux de l’armée prussienne qui avait annexé à l’Allemagne deux provinces françaises, la Commune annexait à la France les travailleurs du monde entier ».(3)

(1) gabrielperi.fr
(2) « Droit et Liberté » No 300 (mars 1971), cité par « Les Amis de la Commune de Paris » (29/4/2020)
(3) « La guerre civile en France ». 

18 mars 2021 at 7:28 Laisser un commentaire

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