EMMANUEL MACRON, AIGUILLON SOCIAL DE L’EUROPE ?

Le Président de la République fait grand cas de son prétendu rôle personnel dans la bataille pour la révision de la directive européenne sur les travailleurs détachés. Dans le discours très médiatisé qu’il a récemment tenu à la Sorbonne, il a parlé à ce propos du « combat que JE mène aujourd’hui (…) pour revoir cette directive ». Dans la foulée, il avait ajouté, dans la même veine, qu’à ses yeux, il fallait « une discussion concrète » sur ce qu’est le « socle social européen ». Il a même, d’emblée, formulé une proposition : « définir un salaire minimum adapté à la réalité économique de chaque pays ». Le « Président des riches » se révèlerait-il être en fait un authentique aiguillon social de l’Europe ? Pas vraiment .

Reprenons chacune de ces affirmations. La définition d’un « socle social européen » ? Emmanuel Macron ne fait là que reprendre à son compte , quasiment mot pour mot, une idée lancée par la Commission européenne il y a deux ans , qui a donné lieu à une initiative au mois d’avril dernier, sous la forme d’un texte intitulé : « le socle européen des droits sociaux » et décliné en « 20 principes clés » axés autour de trois thèmes : « accès au marché du travail »; « conditions de travail équitables »; « protection et insertion sociales ». Prenant tardivement conscience de la profondeur de la crise de confiance entre la majorité des Européens et l’UE, la Commission européenne a également avancé une série de propositions concrètes. Il s’agit de toute une série de normes sociales minimales qui , si ces projets étaient adoptés par les gouvernements et les députés européens , s’appliqueraient dans toute la zone euro ou dans toute l’UE : elles concernent le congé parental ; le congé de paternité ; les jours de disponibilité à accorder pour s’occuper d’un proche; la révision de la directive sur le temps de travail de 2003 (et qui comporte tellement de dérogations patronales que la Commissaire concernée reconnait elle-même que « plus personne ne sait quelles sont les obligations des employeurs ») . Ces (petites) avancées ne doivent donc rien, à ce stade, au Président français !

Il en va de même de SA proposition d’un salaire minimum dans chaque pays membre. Il faut savoir que cette proposition…de Jean-Claude Juncker est sur la table du Conseil européen depuis janvier de cette année !

Quant au projet de révision de la directive sur le détachement des travailleurs -dont Emmanuel Macron s’attribue allègrement l’initiative- , elle est en cours de discussion dans les institutions européennes depuis…le mois de mars 2016 ! Ce texte affirme pour la première fois le principe : « A travail égal salaire égal » (même si le problème du paiement des cotisations patronales dans le pays d’origine du travailleur « détaché » reste entier). Le Président français prend donc là encore le train en marche, tout en faisant beaucoup de bruit médiatique à ce sujet, sauf sur un point : la prétention du très réactionnaire Premier Ministre espagnol, Mariano Rajoy, de ne pas appliquer ce principe d’égalité salariale aux entreprises du transport routier en Europe , qui resteraient dès lors libres de poursuivre la pratique du dumping social sur le dos des chauffeurs-routiers ! Sur l’Europe, Jupiter a le verbe facile, mais les actes hésitants…

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26 octobre 2017 at 9:15 Laisser un commentaire

FAUT-IL BOUDER LA CHINE OU COOPÉRER AVEC ELLE ?

Alors que se tient le 19ème Congrès du Parti communiste chinois -événement majeur de part ses répercussions mondiales- le moment est propice à la réflexion sur la conduite à tenir en Europe vis-à-vis de ce pays à tous égards atypique. Limitons-nous aujourd’hui à un seul domaine -mais de quelles dimensions !- : les « Nouvelles routes de la soie » (1)

Du point de vue des potentialités qu’il recèle, ce projet visionnaire et hors normes suscite notre admiration et même notre enthousiasme. Ne concerne-t-il pas plus de 60 pays représentant plus de quatre milliards d’habitants et près des deux-tiers des richesses du monde ? L’immense maillage d’infrastructures civiles qu’il se propose de réaliser serait à même de connecter entre eux l’Asie, le Proche-Orient, l’Europe et l’Afrique -ici par des corridors ferroviaires de 10 000 à 15 000 km, là par d’imposantes routes maritimes ! Conçu correctement, il peut favoriser un développement des coopérations à une échelle sans précédent et contribuer à l’émergence d’un monde plus uni et plus solidaire. Magnifique défi, donc.

Certains hérauts de la « famille occidentale » craignent que ce projet ne contrecarre la suprématie des Etats-Unis sur le monde. Argument irrecevable pour les progressistes : nous ne soutenons la suprématie d’aucune puissance, quelle qu’elle soit. D’autres reprochent à la Chine de penser d’abord à ses propres intérêts -recherche de débouchés; sécurisation de ses approvisionnements; recherche d’une reconnaissance internationale… Cette objection tombe également si les coopérations sont conçues de manière à ce que les gains de l’un ne se traduisent pas par une perte pour les autres -principe essentiel que les Chinois disent explicitement accepter dans les négociations à venir. Enfin, certains milieux d’affaires ne conçoivent pas des « retours sur investissements » sur 30 ou 35 ans , comme c’est, en partie, envisagé pour ces méga-chantiers : leurs petits calculs de rentabilité à court terme ne doivent pas nous détourner d’une vision d’avenir comme celle que peuvent nous offrir ces chantiers titanesques et les relations culturelles et humaines qui doivent les accompagner !

Prenons, en revanche, très au sérieux les interrogations légitimes, telles que le risque d’une multiplication d’acquisitions de secteurs stratégiques par la Chine (comme le port grec du Pirée), ou celui de l’exacerbation de la concurrence dans des domaines sensibles en matière d’emploi (comme les exportations d’acier ou des produits high-tech), et plus généralement la crainte du dumping social ou environnemental. Il en va de l’acceptabilité de ces « Nouvelles routes » par les citoyens européens, donc de la réussite de ce grand projet ! « Nous voulons construire avec vous des rapports gagnants-gagnants » nous répondent à ce propos nos amis chinois . Dès lors, que faire ? Bouder cette initiative planétaire comme l’ont fait les principaux pays européens, dont la France, en refusant d’envoyer des dirigeants de haut niveau au récent Forum international chargé de définir les contours du projet, à Pékin ? Ou, au contraire, s’engager fermement dans des négociations transparentes , mais pour des coopérations effectivement bénéfiques pour tous ? Poser la question, c’est y répondre. Il faut saisir cette chance historique de changer le cours de la mondialisation, dans un sens plus inclusif, plus coopératif et plus pacifique ! Cela risque de ne pas être facile et prendra du temps ? Comme le dit, paraît-il, un proverbe chinois : « La patience est une planète amère…dont les fruits sont sucrés ».

——–
(1) Immense programme d’infrastructures visant notamment à relier la Chine à l’Europe. (Voir HD 22281 du 12/10/2017)

19 octobre 2017 at 12:55 Laisser un commentaire

QUE VALENT LES PROPOSITIONS DE MACRON SUR L’EUROPE ?

L’Europe ? « A nous de la rendre plus belle » ! a lancé le Président de la République dans son discours -très médiatisé- de la Sorbonne que j’ai récemment évoqué dans ces colonnes (1). « Ayons ensemble l’audace de frayer ce chemin » ! a poursuivi le Chef de l’Etat, avant d’illustrer son ambition en la matière par une série de propositions concrètes à première vue très alléchantes. Certes, en elles-mêmes, elles ne seraient pas de nature à promouvoir « la refondation d’une Europe souveraine, unie et démocratique » promise par Emmanuel Macron, mais plusieurs d’entre elles seraient bienvenues. Malheureusement, à y regarder de plus près, elles en disent long sur le manque de fiabilité du personnage dès qu’il se présente comme un champion de la justice sociale et de la solidarité…Exemples.

« Ce n’est qu’avec l’Europe que nous pourrons (…) accueillir dignement ceux qui ont droit à l’asile (…) et, dans le même temps, renvoyer rapidement ceux qui ne dont pas éligibles à cette protection ». De cette phrase très macronienne, que retenir ? Qu’est-ce qui caractérise jusqu’ici l’action du nouveau Président dans ce domaine ? « L’accueil digne » des réfugiés ? (7500 places d’hébergement promises…d’ici 2019) Ou son projet -avorté tant il souleva l’indignation générale- d’installer en Libye (!) , pays à l’insécurité paroxystique, des « hot spots », autrement dit des centres où seraient triés , loin de l’Europe, parmi les migrants africains chassés de leur lointain pays par la guerre, la répression ou la misère -ou les trois réunies- ceux jugés « éligibles à l’asile » et ceux réputés simples exilés « économiques » à renvoyer sans autre procès ?

Autre proposition présidentielle qui a retenu l’attention des observateurs : « L’aide au développement doit augmenter et, année après année, nous l’augmenterons à chaque fois ». L’objectif officiel est d’atteindre…en 2030 les 0,7% des richesses nationales demandées par l’ONU. Dans l’immédiat, le gouvernement a annoncé…une baisse de 141 millions d’euros de cette aide ! « C’est la coupe budgétaire la plus importante de l’aide publique au développement jamais connue » s’insurgeait en juillet dernier Michael Siegel de l’ONG OXFAM.

« Cette aide au développement doit être aussi européenne » ajouta le Président à ce propos, précisant : « je souhaite à ce titre relancer sur de nouvelles bases le projet de taxation des transactions financières afin de financer cette politique ». Problème: les « bases nouvelles » dont parle Emmanuel Macron sont en fait un allègement considérable de la taxe en discussion au niveau européen ! On ne taxerait plus que les actions (à 0,2%…) . Les « produits dérivés » -c’est à dire l’essentiel- en seraient exonérés. Le grand « refondateur » européen espère ainsi complaire aux entreprises financières de la City de Londres , dans l’espoir de les attirer à Paris à l’heure du Brexit. Si l’on comprend bien les propos d’Emmanuel Macron, c’est sur le produit de cette éventuelle taxe « light » qu’il dit compter pour financer l’aide au développement…

Quelle conclusion tirer de ces éléments de langage d’apparence progressiste qui, une fois dépouillés de leurs atours, s’avèrent être des miroirs aux alouettes, voire des régressions pures et simples ? Simplement cette évidence : si telle ou telle proposition concrète peut être consensuelle, il n’y a , en revanche, décidément pas , sur l’essentiel, de politique qui soit « dans le même temps » de droite et de gauche. Pour la -très nécessaire- refondation de la construction européenne que toutes les forces politiques disent aujourd’hui appeler de leurs voeux, il faut faire des choix…disons le mot : de classe. Et, à cet égard, ceux d’Emmanuel Macron ne sont pas les nôtres.

——
(1) Voir HD du 5/10/2017

12 octobre 2017 at 10:59 Laisser un commentaire

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