« BREXIT » : UN IMMENSE GÂCHIS.

  Il n’est décidément pas simple de rompre brutalement près d’un demi-siècle d’interdépendances, même pour la pays le moins intégré dans l’Union européenne et dont les dirigeants se proclamaient, non sans arrogance, représentants de la « nation globale » qui n’a pas besoin de partenaires européens pour triompher dans la mondialisation libérale. Il leur aura d’abord fallu neuf mois de tergiversations pour confirmer officiellement leur volonté de sortir de l’UE, puis huit autres mois de volte-face durant les négociations avec l’UE , accompagnées d’une demande… de deux ans de « période transitoire » supplémentaires pour faciliter, à partir de fin mars prochain, la mise en oeuvre concrète du Brexit. Puis patatras. Tout ça pour ça. Et en prime, le spectacle affligeant de ces tristes députés conservateurs qui s’affrontent et ne semblent d’accord que sur un point : empêcher le leader travailliste, Jérémy Corbyn, d’accéder au pouvoir. Quitte à faire prendre au peuple et au pays les risques d’une sortie sans accord.
Les risques ? Quels risques ? C’est l’angoissante inconnue. Notamment pour les classes populaires. Si les sombres prévisions d’un rapport gouvernemental se réalisaient , il se produirait une chute de 9,3 % du PIB (indicateur officiel de la production de richesses) en 15 ans ! (1) Même pessimisme de la part de la Banque d’Angleterre, qui prévoit -en cas de « no deal »- « la pire récession depuis la seconde guerre mondiale, une baisse de la Livre Sterling d’un quart de sa valeur en un an, une hausse du chômage et des taux d’intérêt ainsi qu’une émigration nette » (2) D’autres études évoquent un risque de pénurie de médicaments -dont la Grande-Bretagne importe 37 millions de boîtes par an de l’UE. D’autres encore nourrissent même des inquiétudes pour la sécurité alimentaire des Britanniques : « Depuis 50 ans, notre système alimentaire est intégré à celui des autres États membres. La Grande-Bretagne ne se nourrit pas toute seule: elle importe 30% de sa nourriture directement de pays de l’Union européenne et 11% de pays tiers ayant négocié des traités de commerce alimentaire avec l’UE. Quitter l’Union européenne signifie donc perturber 50 ans de négociations, qui ont pourtant globalement amélioré la qualité de l’offre. » note un expert .(3)
Mais, par définition, l’interdépendance est réciproque . Par exemple : si les frontières sont réinstallées entre l’UE et son voisin , « deux minutes de contrôle douanier par véhicule, c’est 27 km de bouchons du côté anglais, à Douvres…et autant à Calais » entend-on dans le Nord : c’est ce que semble avoir tardivement découvert l’ex-ministre…du Brexit, Dominic Raab, qui a reconnu avoir été surpris par l’importance de Calais-Douvres pour le commerce britannique ! Autre cas emblématique à cet égard : «  Les pêcheurs britanniques exportent 70 % de leurs prises vers l’UE » et risqueraient donc de pâtir des futures barrières, mais , inversement, les pêcheurs européens trouvent 60 % de leurs prises…dans les eaux britanniques qui vont, en principe, leur être bientôt interdites ! Au-delà des préjudices économiques , il faudra veiller à ne pas laisser la vague xénophobe qui monte outre-Manche depuis le vote de juin 2016 et la campagne nauséabonde des promoteurs du Brexit, affaiblir nos relations humaines ! Une chose est sure : pour les deux côtés, le Brexit est un pari « perdant-perdant ». Un immense gâchis.
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(1) Les Echos (28/11/2018)
(2) idem
(3) « Feeding Britain : Food Security after Brexit ». Tim Lang (La Tribune , 24/12/2018)
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24 janvier 2019 at 3:52 Laisser un commentaire

L’OCCIDENT N’EST PAS LE MONDE

Il n’est pas si fréquent qu’un expert reconnu en matière de politique internationale ose défendre des thèses qui vont à contre-courant des idées reçues sur des questions de fond qui nous tiennent à cœur. Je ne résisterai donc pas au plaisir de saluer la sortie du dernier ouvrage de Pascal Boniface, le très médiatique directeur de l’Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS) : « Requiem pour le monde occidental » (1)

Un premier thème qui me semble traité avec perspicacité est le grand gâchis qu’a représenté, au début des années 90, la gestion irresponsable de « l’après-chute » du mur de Berlin. Ce qui aurait pu conduire à un grand pas vers un authentique multilatéralisme se traduisit, au contraire, par un basculement dans un unilatéralisme forcené. L’auteur rappelle à bon escient une citation d’anthologie du Président Bush (père), extraite de son « Discours sur l’état de l’Union » de janvier 1992 : « Grâce à Dieu, l’Amérique a gagné la guerre froide. Un monde jadis divisé en deux camps armés reconnaît aujourd’hui la supériorité d’une seule puissance : les Etats-Unis. » Ses alliés partagèrent , quant au fond, cette vision archi-dominatrice d’un « Occident » triomphant. Six mois plus tôt, ils refusèrent l’aide financière demandée par Gorbatchev, avant de violer un engagement, certes oral mais catégorique, pris devant le Président soviétique, de ne pas élargir l’OTAN vers l’Est. Cette décision stratégique fut critiquée par des personnages comptant pourtant parmi les Américains les plus durs vis-à-vis de l’URSS -George Kennan, Robert Gates…- tant elle annonçait, en retour, la rançon de l’humiliation : un dangereux regain des tensions entre la Russie et le monde occidental. L’Union européenne ne fut pas en reste dans cette politique provocatrice à l’égard des « vaincus » de la guerre froide : le « partenariat oriental » institué en 2009 sur l’insistance de la Pologne, entre les « 28 » et six ex-Républiques soviétiques, dont l’Ukraine et la Géorgie, sommées de « choisir » entre Moscou et Bruxelles, fonctionna comme une machine à susciter des conflits dans cette zone ultra-sensible.

Un autre sujet traité avec lucidité et courage dans ce livre est le rôle funeste qu’a joué -et que joue- l’OTAN , au nom de la défense de l’Occident, contre la sécurité collective, notamment en Europe. Alors que la logique aurait dû conduire à sa dissolution -après celle du « Pacte de Varsovie »- , cette alliance militaire a été sans cesse renforcée et élargie, y compris « hors zone » (européenne). Et c’est en son nom que les dirigeants européens balayèrent en 2008 le projet de « traité paneuropéen de sécurité » présenté par l’ex-Président russe, Medvedev.

Enfin, une mention spéciale est à faire à propos des passages de cet essai sur les « valeurs occidentales » et la propension des idéologues « occidentalistes » à prendre une partie du monde -en déclin- pour « la communauté internationale » et ses préceptes pour des principes universels. Cerise -amère- sur le gâteau : Trump a beau traiter désormais l’Union européenne d’ « ennemie » , le Président du Conseil des « 28 », Donald Tusk nous assure toujours avec la foi du charbonnier que « l’Amérique n’a pas ni n’aura jamais un meilleur allié que l’Europe aujourd’hui » ! De l’air ! L’Occident n’est pas le monde!

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(1) Éditions Eyrolles, 2019

17 janvier 2019 at 12:10 Laisser un commentaire

LA FAUTE À L’ « EUROPE » OU A L’ ÉTAT ? : L’EXEMPLE DE L’HYDROÉLECTRICITÉ

La France va-t-elle ouvrir les concessions des barrages hydroélectriques à la concurrence ? Cette menace plane depuis des années sur l’avenir d’un secteur stratégique de notre économie. Et elle est à prendre très au sérieux. Mieux vaut donc savoir d’où vient exactement cette menace afin de voir comment agir pour la conjurer. Rappelons les explications généralement fournies à ce propos : « l’Europe » exige cette ouverture à la concurrence; la France a promis d’obtempérer à ses injonctions mais a tardé à s’exécuter ; « Bruxelles » lui a donc adressé, en 2015, une « mise en demeure ». Désormais, il ne resterait à Édouard  Philippe qu’à s’incliner au plus vite. D’ailleurs, c’est ce qu’il a laissé entendre l’an dernier.

Comme toujours, il y a, dans cette version simplifiée des faits, une part de vérité. Mais une part seulement. Certains s’en contentent, comme ce responsable de la France insoumise : « La Commission tente depuis une dizaine d’années de privatiser les barrages français. En 2015, elle a mis en demeure le gouvernement d’agir. En janvier 2018, le gouvernement d’Emmanuel Macron s’engage à répondre à ses attentes. » (1) C’est si confortable que chaque chose soit à la place qu’on lui a assignée ! L’Europe nous ligote, il faut donc lui « désobéir » ou en « sortir ». Pourtant, quand on se donne la peine d’écouter ce qu’en disent les premiers concernés, on apprend à affiner son jugement, et, partant, la stratégie à mettre en œuvre . C’est ainsi que l’animateur du collectif hydraulique de la CGT, Dominique Pani, apporte cette précision de taille : « En tant que syndicat, nous sommes allés rencontrer la Commissaire européenne, qui nous a expliqué qu’elle avait rappelé la France à ses propres engagements mais que CETTE MISE EN CONCURRENCE N’AVAIT RIEN D’OBLIGATOIRE. Si l’énergie était une prérogative européenne, les nombreuses fonctions réalisées par une centrale hydraulique, notamment dans la gestion des eaux, font qu’elle peut être rattachée aux « services d’intérêt général » qui ne sont pas soumis à la concurrence. » (2) C’est donc Paris qui, dans le cadre d’un inavouable « donnant-donnant », avait bradé, en son temps,  un patrimoine public essentiel,  à une Commission qui, en l’occurrence, n’en demandait pas tant !

Souligner cela n’enlève naturellement rien à l’exigence de contrer en permanence tous les vecteurs de l’Europe libérale, Commission en tête ! Mais à ne se laisser obnubiler que par elle, on en arrive trop souvent à sous-estimer gravement la part de responsabilité directe d’un État comme le nôtre dans la gestion de l’actuelle UE. En l’occurence, c’est, au nom-même des règles rappelées par la Commissaire au syndicaliste, qu’il nous faut arrêter le bras des bradeurs bien français d’un bien public comme nos centrales hydrauliques, qui, rappelons-le, représentent 61 % de la production d’électricité d’origine renouvelable en France -qu’elles sont, en outre, seules à pouvoir réguler en fonction des besoins- sans parler de l’utilisation des réservoirs d’eau qui leur sont associés pour l’agriculture, l’industrie ou l’alimentation des populations en eau potable. Une expérience qui doit faire réfléchir.

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(1) Gabriel Amard (Gabrielamard.eu-4/9/2018)
(2) Entretien avec Angélique Schaller (La Marseillaise 8/4/2018)

11 janvier 2019 at 1:13 Laisser un commentaire

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