BREXIT : LONDRES TANGUE MAIS MANŒUVRE DANGEREUSEMENT

« On ne sort de l’ambiguïté qu’à ses dépens » : la formule du Cardinal de Retz s’applique parfaitement à la situation présente de Theresa May ! Jusqu’ici, faute de position franche de sa part, les discussions avec ses « partenaires » européens étaient quasiment bloquées alors qu’approchait dangereusement la date-limite pour la conclusion d’un accord avec l’UE : décembre 2018, pour une « sortie » officielle fin mars 2019. La Première Ministre a donc décidé de « bouger ». Les partisans d’une rupture complète avec l’UE ont aussitôt déterré la hache de guerre…sous les applaudissements de Donald Trump ! Londres tangue. Cela fait-il de Mme May une « Brexiter modérée » ? Nullement !

Pourquoi ce revirement de la Première Ministre britannique ? D’abord, en raison de préoccupations économiques qui se confirment de jour en jour. L’économie du Royaume-Uni est, en effet, très dépendante de ses voisins européens. Selon un rapport interne au gouvernement britannique publié il y a plusieurs mois, la situation économique du pays se détériorerait sérieusement après sa sortie de l’UE, tout particulièrement en cas d’absence d’accord avec l’UE (1). D’ores et déjà, la croissance est revue à la baisse; le cours de la Livre chute; l’investissement recule, tout comme la production manufacturière. Tributaire du continent pour ses composants, l’industrie automobile ( BMW, Honda,Jaguar…) envisage de se délocaliser et Airbus, pour des raisons analogues, menace de faire de même. Y compris dans le secteur des banques , les départs se multiplient; tandis que Galileo, le GPS européen, (conformément à des règles naguère agréées par Londres) exclut les entreprises de pays extérieurs à l’UE des appels d’offre les plus stratégiques. Quant à la « relation spéciale » entre Londres et Washington, censée ouvrir une perspective alternative flamboyante à la Grande-Bretagne après le « Brexit », elle semble pour le moins grevée de lourdes incertitudes … Des raisons politiques s’ajoutent à ces menaces pour l’économie et pour des dizaines , voire des centaines de milliers d’emplois. C’est notamment le cas, inextricable, de la frontière (ouverte depuis 20 ans et gage de paix) entre l’Irlande du Nord (toujours rattachée au Royaume-Uni donc appelée à quitter l’UE) et la République d’Irlande décidée à rester « européenne ». Impossible de refermer ces 500 km de passages et tout aussi impossible de les laisser ouverts sans un accord spécial entre Londres et l’UE ! En outre, plus le temps passe, plus la (courte) majorité favorable au « Brexit » semble quelque peu s’effriter .

C’est dans ce contexte que Theresa May vient de proposer de conclure avec l’UE un « partenariat » , en réalité très intéressé et , à mes yeux, clairement inacceptable par les Européens . Il consisterait à créer une zone de libre-échange commune, mais réservée aux seuls produits industriels et agricoles (pour faciliter les importations britanniques et régler le casse-tête irlandais). Les services , autrement dit 80 % de l’économie britannique, force de frappe de ses exportations, entreraient, eux, en concurrence directe, voire sauvage, avec l’UE ! Et bien sûr, aucune avancée n’est proposée sur la circulation des personnes…Il serait temps d’associer les citoyens et citoyennes à ces redoutables conciliabules !

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(1) Le rapport fut révélé fin janvier 2018 par le site « Buzzfeed News ».

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19 juillet 2018 at 5:05 Laisser un commentaire

LE NAUFRAGE MORAL DES GOUVERNEMENTS DE L’UE

« L’accord de Bruxelles est l’incarnation d’une Europe solidaire, responsable et digne » : on a beau se frotter les yeux, c’est bien Jean-Yves Le Drian, ministre français des Affaires étrangères, qui a, sans ironie, salué en ces termes le résultat du Sommet des Chefs d’Etat et de gouvernement du 28 juin dernier sur la question de l’accueil des migrants ! (1)

Si solidarité il y eut entre les dirigeants des 28 Etats membres, ce fut une solidarité de voyous ! Leurs seuls points d’accord sont de verrouiller les frontières extérieures de l’UE aux réfugiés ; de transférer les personnes secourues en Méditerranée vers des « centres contrôlés » ( à créer dans les pays européens volontaires ) d’où la grande majorité sera vouée à la « reconduite »; de tenter d’installer en Afrique du Nord -y compris dans l’enfer libyen- ou dans les Balkans des « plateformes de débarquement », sorte de centres de tri pour sélectionner hors des frontières européennes ceux des demandeurs d’asile jugés « éligibles » ; enfin de n’imposer à aucun Etat membre d’accueillir le moindre réfugié !

« Responsable », l’accord auquel sont ainsi parvenus les leaders de nos pays respectifs ? Bien malin qui peut y entrevoir le début d’une solution durable à un enjeu pourtant incontournable ! Où seront ouverts ces fameux « centres européens contrôlés » ? Aucun pays, à l’exception de la Grèce, n’a annoncé qu’il y consentait. L’Italie a, sans surprise, exclu toute participation à ce projet. Quant à Emmanuel Macron -à l’origine de cette proposition- , il a d’emblée précisé que « la France n’ouvrira pas de centre de ce type » ! De leur côté, l’Algérie, la Tunisie, le Maroc , tout comme l’Albanie ont , à ce stade, clairement refusé l’hypothèse d’ ouvrir sur leur sol des « centres » destinés dans les faits à empêcher le départ des migrants transitant par leur pays. La Libye réclame de l’argent pour s’acquitter de la basse besogne…

Tout cela nous renvoie à la « dignité » : où le chef de la diplomatie de la « patrie des droits de l’homme » la trouve-t-il dans ce naufrage moral de la quasi-totalité des 28 gouvernements de l’UE ? Dans la bouche du ministre italien, Salvini, annonçant que les ports de son pays seraient fermés « tout l’été » aux navires des ONG engagées dans le sauvetage des réfugiés ? Dans les propos d’Orban soulignant que « la Hongrie restera un pays hongrois et ne deviendra jamais un pays de migrants »? Dans le recul d’Angela Merkel , prête à renvoyer en Grèce ou en Espagne les migrants enregistrés dans ces pays s’ils ont été interpellés entre la frontière germano-autrichienne, elle qui s’était écriée naguère : « Si l’on commence maintenant à devoir s’excuser de montrer un visage ami face à des situations d’urgence, alors ce pays n’est plus le mien » (2) ?

Pendant le sommet des dirigeants européens, la guerre se poursuivait au Sahel; l’épidémie du virus Ebola s’étendait en République démocratique du Congo; 100 personnes se noyaient au large des côtes libyennes.

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(1) « Ouest-France », 30/6/2018
(2) Conférence de presse, 15/9/2015

8 juillet 2018 at 6:44 Laisser un commentaire

L’EUROPE DES « MARCHÉS » CONTRE LE PEUPLE GREC.

« Nous avons eu un accord historique » a commenté le Premier Ministre grec, le 22 juin dernier, après avoir enfin arraché à ses créanciers un allègement (partiel) de la lourde dette de son Etat -une mesure promise de longue date mais , jusqu’alors, toujours repoussée et soumise à de nouvelles conditions. On peut donc aisément comprendre le soulagement d’Alexis Tsipras sur ce point, à l’issue de cette énième négociation-marathon avec les ministres des finances des 19 pays de la zone euro. Dans l’immédiat, le cauchemar de la dette s’éloigne.

Pour autant, « allègement » ne signifie pas « annulation » ! Les 273 milliards d’euros prêtés à la Grèce par les pays membres de la zone euro et par le Fonds monétaire international (FMI) depuis 2010 devront être intégralement remboursés. La concession finalement accordée concerne 40% de cette somme, soit 96 milliards d’euros provenant du Mécanisme européen de stabilité (MES) , un organisme non prévu par les traités européens et créé en catastrophe en 2012, en pleine crise de la zone euro , pour prévenir un risque de défaillance financière d’un Etat membre. Ces prêts ne devront finalement être remboursés qu’à partir de 2032 et ces remboursements pourront s’échelonner jusqu’à 2069. Le fardeau est donc étalé mais nullement supprimé ! Ce qui a fait dire à la Directrice générale du FMI, Christine Lagarde, elle-même, interrogée sur la « soutenabilité » de cette dette colossale : « Sur le long terme, nous avons des réserves »…

De même, les gains financiers (plusieurs milliards d’euros) réalisés par la Banque centrale européenne sur les titres de dette grecque qu’elle avait acquis durant la crise seront, certes, restitués à la Grèce, comme promis, mais seulement par tranche de 600 millions tous les six mois, à condition qu’Athènes poursuive bien les « réformes » exigées par ses créanciers. D’une façon générale, si la tutelle directe sur les autorités grecques est levée , celles-ci restent l’objet d’une surveillance étroite jusqu’en 2022 ! L’épée de Damoclès qui continuera de planer au-dessus de la tête du peuple grec est particulièrement lourde : le pays est sommé par ses créanciers de réaliser, quoiqu’il en coûte à la population et à l’économie , une performance budgétaire que beaucoup d’experts jugent irréalisable, à savoir un excédent de 3,5% des richesses nationales (hors charges de la dette) jusqu’en 2022 ! La France, par exemple, en est très loin ! C’est dire si le défi lancé par les ministres des finances des Etats de la zone euro à ce pays exsangue est inhumain !

L’affaire grecque ne peut s’arrêter là ! D’abord, elle symbolise jusqu’au paroxysme la contradiction centrale qui oppose une « Europe des marchés » et une « Europe des peuples ». Elle rappelle à qui en douterait encore combien est cruciale la question du « pouvoir sur l’argent » , et, par conséquent, notre capacité à faire de la BCE et de ses missions une question populaire.Ensuite, elle illustre la part de responsabilité écrasante qui incombe aux Etats, dont le nôtre, dans la marche de l’UE. La lutte pour « changer l’Europe » commence donc ici et maintenant

28 juin 2018 at 4:52 Laisser un commentaire

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