TRUMP, « PREMIÈRE MENACE MONDIALE »
Prendre toute la mesure de la dangerosité de Donald Trump et du trumpisme en général est devenu un enjeu politique de première importance. Ivre de puissance, dopé par le « succès » militaire et l’impact politique de l’enlèvement du Président du Venezuela, flatté par la complaisance que lui manifestent nombre de dirigeants occidentaux, encouragé à la fuite en avant par son allié israélien, le locataire de la Maison-Blanche s’est pris à son propre piège en déclenchant au Moyen-Orient une guerre aux ramifications mondiales dont il cherche désespérément à se défaire, tout en s’enferrant à force d’arrogance et d’inconséquence.
Cette irresponsabilité chronique de Trump n’a pas empêché la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen -véritable baromètre des tendances réactionnaires en gestation en Europe- de tirer de l’expérience de ces derniers mois la conviction très trumpiste que « la crédibilité » de l’Europe « en tant qu’acteur géopolitique » exigeait de jeter par-dessus bord « toutes ces tentatives bien intentionnées de consensus et de compromis » (en d’autres termes, le droit international et la diplomatie ) au profit d’une « politique étrangère plus réaliste et axée sur les intérêts » ! Manifestement fascinée par la méthode Trump dite de « la paix par la force », elle veut en outre qu’au nom de la « recherche de la paix dans le monde d’aujourd’hui, l’Europe (soit) capable de projeter sa puissance » et qu’ « en Afrique ou au Moyen-Orient, nos investissements signifient que nous disposons de moyens de pression et d’influence » ! (1)
Heureusement, l’allégeance au dangereux autocrate américain, ou l’imitation de son modèle passe de plus en plus mal auprès des opinions publiques européennes . Victor Orban, le petit Trump hongrois, en sait quelque chose…« Trump et les Etats-Unis sont la première menace mondiale, avant la Russie, avant la Chine ! » : ce constat récent du journaliste franco-américain Gallagher Fenwick, sur LCI, illustre l’évolution spectaculaire de l’analyse de nombre d’observateurs du désordre mondial. Aucun de ces analystes n’est pourtant suspect de la moindre indulgence pour l’agression russe contre l’Ukraine. C’est bien l’expérience sidérante de la politique du Président nord-américain qui fait prendre conscience des risques majeurs qu’il fait courir à l’humanité. Quant à la Chine, il est désormais courant de la voir qualifiée de principal « pôle de stabilité », sinon de « rationalité », dans un monde dangereusement déstabilisé par les foucades, aux conséquences potentiellement ravageuses, du chef de la première puissance mondiale. C’est dire si toute forme de faiblesse face à la soif inextinguible de domination de Washington, à plus forte raison tout type de soumission à Trump, est à combattre activement .
La même accélération de la prise de conscience de la dangerosité du trumpisme en action est observable en ce qui concerne Benjamin Netanyahu, y compris de la part de personnalités connues pour leur profond attachement à Israël. La mise en échec de la loi Yadan, qui consacrait l’amalgame entre antisémitisme et critique de la politique d’Israël, est, de ce point de vue, un signe encourageant.
Ne laissons pas se banaliser la « trumpisation » du monde, sous toutes ses formes ! L’Histoire ne nous a pas toujours dit où commençait la « première menace mondiale », mais elle nous a appris où elle pouvait finir.
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(1) Discours aux ambassadeurs européens dans le monde (9mars 2026)
LA DIPLOMATIE , PAS LA GUERRE !
En rompant, au bout d’une seule journée, des discussions aussi cruciales que celles réunissant Américains et Iraniens pour mettre durablement fin à la guerre et à 47 années d’hostilité , Donald Trump et son équipe ont confirmé qu’à leurs yeux, « négociations » signifie « capitulation » de l’adversaire. Et vite, car l’homme à la tête de « l’armée la plus puissante du monde » est pressé.
Pourtant, le bilan de la guerre qu’il a déclenchée avec son allié israélien, le 28 février dernier -en pleines négociations, déjà, avec l’Iran…- devrait relativiser ses certitudes. Les résultats obtenus concernant les trois objectifs prioritaires aux yeux des assaillants sont, à cet égard, parlants.
Le premier de ces objectifs fut la chute du régime iranien. Benjamin Netanyahu l’a clairement revendiqué : c’est son obsession depuis toujours. Donald Trump s’en défend aujourd’hui, mais l’assassinat du « guide suprême » et de ses proches, dont il s’est vanté, n’avait pas d’autre finalité. Résultat : non seulement les deux armadas n’ont pas réussi à faire tomber le régime, mais elles ont permis à son aile la plus radicale -les « gardiens de la révolution islamique »- de prendre la main. Pire, le pouvoir, majoritairement honni par son peuple, a pu jouer sur le sentiment national de la population face au déluge de feu subi, aux destructions des infrastructures civiles et aux menaces d’ « anéantissement » du pays, pour se renforcer. Première régression.
Un autre objectif majeur de Washington comme de Tel-Aviv était d’empêcher Téhéran d’accéder à l’arme nucléaire. Un objectif légitime, mais là encore, la guerre n’a rien réglé. Rappelons une fois de plus que la renonciation de l’Iran à « la bombe » était, quant à elle, réalisée en 2015, à l’issue de longues négociations internationales : l’ « Accord de Vienne » du 14 juillet 2015 fut approuvé -à l’unanimité- par le Conseil de sécurité de l’ONU, à la grande satisfaction de l’Agence Internationale pour l’Energie Atomique (AIEA), qui avait pu vérifier sur place le strict respect des engagements pris par Téhéran (signataire du Traité de non prolifération nucléaire, contrairement à Israël). Mais l’acquis diplomatique historique que représenta cet accord fut torpillé par Trump dès son arrivée au pouvoir en 2018, ce qui eut pour conséquences la reprise, par l’Iran, de l’enrichissement de l’uranium au-delà des limites (à usage civil) autorisées. Deuxième régression.
La troisième exigence impérative de Washington est l’ « ouverture du détroit d’Ormuz ». Pour l’obtenir de force, Trump alla jusqu’à menacer d’anéantir « une civilisation entière ». Sans résultat. Désormais, tandis que Téhéran déclare que le détroit est « ouvert aux navires civils », Trump recourt au blocus du détroit -un acte de guerre à haut risque !- pour tenter d’obtenir, dans le meilleur des cas…ce qui existait depuis toujours jusqu’au déclenchement de sa guerre, le 28 février dernier. Troisième régression.
La même leçon vaut pour le Liban où le criminel de guerre présumé de Tel-Aviv mène une guerre « barbare » (pour reprendre le qualificatif très approprié du Président de ce pays-martyr) : le sang versé et les humiliations ne vont pas « éradiquer » le Hezbollah, mais le renforcer.
Et maintenant ? Verra-t-on finalement le retour à de vraies négociations (avec de vrais négociateurs américains, pas un agent immobilier et un gendre du Président) et le temps nécessaire ? Sinon, dans quelle dramatique impasse la nouvelle épreuve de force de Trump va-t-elle conduire le monde ? La raison commande un choix clair : la diplomatie, pas la guerre !
CONTRE LA GUERRE , DES VÉRITÉS SE FRAYENT LEUR CHEMIN
« L’Iran a gagné la guerre et Trump, désespérément, essaie de sauver la face » : le général Yakovlev, qui fait cette analyse iconoclaste de la situation au Moyen-Orient , n’a rien d’un partisan du régime de Téhéran. Cet ancien vice-chef d’Etat-major de l’OTAN n’ignore évidemment rien de l’écrasante supériorité militaire de l’armée américaine. Il tire simplement de l’expérience acquise cette vérité fondamentale si difficile à admettre de la part des puissants : il n’y a pas de « solution » militaire à un problème tel que celui que pose l’Iran. Pour autant, la paix est loin d’être acquise : la tentation est forte, pour Trump, soit de doubler la mise, en pariant sur l’envoi de troupes au sol -« une erreur catastrophique » selon le général- , soit de se livrer depuis les airs à une sorte de vengeance de la « grande puissance » humiliée contre ceux qui lui résistent, ce que Trump a appelé , avec son cynisme et sa vulgarité coutumières « ramener l’Iran à l’âge de pierre » !
Sauf à prendre une responsabilité ineffaçable devant l’Histoire, la France, l’Europe, la « communauté internationale » en général ne peuvent continuer à rester inertes face à ces monstruosités en cascade de la part de la première puissance mondiale. Quelle honte d’invoquer, pour justifier leur passivité sinon leur complaisance, une pseudo « solidarité » avec le peuple iranien quand -une fois détruits les sites liés au régime- les cibles des bombes sont des infrastructures civiles : ponts, école, universités, usine de production de médicaments, installations énergétiques ou industrielles, Institut Pasteur de Téhéran, et même une centrale nucléaire ! Sans oublier des trésors du patrimoine de cette grande nation. Autant de lourds préjudices infligés à la population, qui subit en outre les effets toxiques et traumatisants de quelque 15 000 bombardements « amis » !
Et ce qui est vrai pour Trump vaut pour celui qui l’a convaincu de briser des négociations prometteuses avec l’Iran -alors même que le régime de Téhéran affaibli était prêt à des concessions significatives- pour provoquer, en violation flagrante du droit international, cette guerre aux conséquences vertigineuses : Netanyahou. Encouragé par cette insupportable impunité dont il bénéficie, quelle que soit l’ampleur de ses crimes de guerre, il ne fixe -de Gaza jusqu’à Beyrouth- aucune limite aux exactions de son armée. Là encore, rien ne peut justifier, de la part des « grandes démocraties », comme elles aiment se présenter, de ne pas réagir au niveau requis à l’inacceptable. Y compris en faisant comprendre à celles et ceux qui s’interdisent de s’opposer à Netanyahou par attachement à Israël et à sa sécurité que « la sécurité d’Israël passe par la légitimité d’Israël, et qu’au moment où Israël cesse de devenir légitime, Israël se met en danger » , comme l’écrit Dominique Moïsi (1).
Contre la guerre, des vérités se frayent un chemin. En Europe, les manifestations anti-guerre prennent de plus en plus d’ampleur. Aux Etats-Unis -où les oppositions à cette guerre s’expriment jusqu’au cœur du pouvoir, comme en ont témoigné la démission fracassante du Chef du contre-terrorisme et le limogeage d’une douzaine d’officiers supérieurs parmi lesquels le Chef d’Etat-Major de l’armée de terre- la dernière journée de rassemblement contre Trump a approché les 10 millions de participants ! Y compris en Israël, malgré les restrictions strictes au droit de manifester, une foule considérable s’est rassemblée à Tel-Aviv « pour demander la fin de la guerre en Iran, de la guerre au Liban, de la guerre à Gaza qui continue et la fin des pogroms en Cisjordanie » ! Puisse ces mouvements s’amplifier au point de conduire les alliés traditionnels des fauteurs de guerre à prendre enfin leurs responsabilités.
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(1) Ouest-France, 4-5 avril 2026




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