20 JUILLET 2001 : NAISSANCE DE L’ALTERMONDIALISME

Le 20 Juillet 2001, les dirigeants du G7, alors élargi à la Russie, se réunissaient à Gênes, en Italie, pour leur Sommet annuel. Placée sous la présidence de Silvio Berlusconi, tout juste revenu au pouvoir, cette rencontre restera dramatiquement dans les mémoires pour avoir été l’occasion d’une répression féroce des manifestants venus contester ce « directoire capitaliste » . Bilan : un mort -Carlo Giuliani, 23 ans, tué par balle par les Carabinieri– et des centaines de blessés ! 17 ans plus tard, le (nouveau) chef de la police reconnaîtra qu’ « un nombre incalculable de personnes innocentes ont subi (ce jour-là) des violences physiques et psychologiques qui les ont marquées à vie ».
Cette tragédie contribua à faire du Forum social de Gênes une référence dans l’histoire de la construction du mouvement altermondialiste en Europe . Non seulement parce que plusieurs dizaines voire de centaines de milliers de militants et de militantes progressistes de toute l’Europe du Sud -dont la France- mais aussi d’Allemagne et de Grande-Bretagne y affluèrent, mais du fait de l’expérience vécue d’une rupture radicale à tous égards entre une impitoyable coalition des puissants et la jeunesse en lutte pour une vie plus juste et un autre monde. 
Six mois plus tôt, -par opposition au Forum économique mondial de Davos, temple du néolibéralisme- le Forum social mondial (FSM) était créé à Porto Alegre, dans un Brésil en plein bouillonnement démocratique, à l’initiative du très dynamique mouvement syndical et associatif brésilien et d’associations européennes comme ATTAC ou le Comité pour l’annulation de la dette du tiers-monde (CADTM).
Espace résolument non hiérarchique et pluraliste, le FSM a, d’emblée, fait vivre à travers ses innombrables débats et initiatives toutes les valeurs progressistes: la solidarité, l’antiracisme, le féminisme, les droits des migrants, la paix, les biens communs…Très méfiants envers les partis , les animateurs du FSM ont néanmoins accepté la présence en son sein d’un « Forum parlementaire international » constitué à l’initiative conjointe de dirigeants du Parti des travailleurs du Brésil et de notre Groupe de la Gauche unitaire européenne du Parlement européen. Très vite, le FSM encouragea l’organisation de forums régionaux sur chaque continent. C’est ainsi qu’en Europe, après une première initiative à Göteborg, en Suède, eut lieu le Forum social de Gênes. 
Ces rendez-vous citoyens sans-frontières connurent au fil des ans , après d’immenses succès, de réelles difficultés : outre la répression policière systématique des manifestations (aidée par l’infiltration des « black blocs »); une pression accrue des autorités des pays hôtes sous le prétexte de la lutte antiterroriste, après les attentats du 11 septembre 2001 et l’affaiblissement des forces de transformation sociale dans différentes régions du monde, le mouvement altermondialiste a souffert de ses propres limites, au premier rang desquelles l’absence de débouchés politiques clairement identifiés. La balle est dans le camp des partis authentiquement de gauche , au prix, souvent, d’une véritable métamorphose.

23 juillet 2021 at 6:25 1 commentaire

QUAND « BRUXELLES » OPPOSE LE CLIMAT ET LE SOCIAL 


La Commission européenne doit dévoiler sous peu ses propositions concernant le renforcement du « marché carbone » afin de tenir les engagements de l’Union européenne en matière de réduction des émissions de CO2 . Commencera ensuite une longue période de négociations entre le Parlement et les 27 Etats membres qui s’achèvera avec l’adoption d’une nouvelle directive Climat. Or, un point majeur du projet de « Bruxelles » est particulièrement problématique : celui qui prévoit d’étendre ce « marché carbone » au chauffage et au carburant, avec comme conséquence l’alourdissement de dépenses incontournables des usagers les plus modestes. 
Rappelons en quoi consiste ce « marché carbone » en vigueur depuis 2005. Il s’agit d’un système d’échange de quotas d’émission de CO2 pour les quelque 12000 installations industrielles les plus polluantes (centrales thermiques, sidérurgie, cimenteries, raffinage, chimie…) Celles-ci reçoivent chaque année moins de droits d’émission. Elles doivent acheter aux enchères des « permis de polluer » lorsqu’elles émettent plus de CO2 que le niveau fixé. Inversement, elles peuvent les vendre si elles polluent moins que prévu. Ce système, qui fut longtemps inefficace -le prix de la tonne de carbone étant trop bas pour inciter les industriels à investir dans des installations plus écologiques- a été corrigé pour réduire plus rapidement les émissions et a été étendu aux compagnies aériennes effectuant des vols en Europe. Mais ces mesures s’avèrent toujours insuffisantes :  malgré une forte augmentation du prix du carbone, celui-ci ne permet pas d’atteindre la « neutralité carbone » ( équilibre entre les émissions de carbone et l’absorption du carbone de l’atmosphère, par des voies naturelles ou par l’intervention humaine ) à la date prévue, soit  2050 ni l’objectif intermédiaire d’ici 2030. Aussi est-il  proposé de renforcer encore ce « marché », notamment en y intégrant le transport maritime.
Ce qui fait problème, c’est qu’en outre, la Commission veut créer un nouveau système en plus de l’existant pour cibler, cette fois, le chauffage des bâtiments et les transports (donc la facture du carburant). Or, faute d’alternative « bas carbone » accessible au plus grand nombre, la majorité des usagers n’aurait d’autre choix que de payer le prix du CO2 fixé sur le « marché carbone ». La Commission est tellement consciente des charges supplémentaires qui résulteraient de ces mesures pour les ménages modestes qu’elle propose de créer un « fonds social climatique » destiné à venir en aide aux personnes les plus démunies de l’UE. Mais on connaît les limites de ces fonds à l’échelle des 450 millions de citoyens de l’UE, la conception des « plus démunis » à la Commission étant des plus restrictives…
Nous sommes là face à un enjeu politique   fondamental : il faut impérativement faire plus d’efforts dans la lutte contre le réchauffement climatique, mais, pour être efficace, la lutte pour le climat doit être juste pour mobiliser massivement les citoyennes et citoyens.  
Choisir une méthode qui accroît les inégalités, en plus d’être injuste sur le plan social, est contre-productif pour la défense du climat : il faut donc exiger de l’exécutif européen qu’il change son projet.

8 juillet 2021 at 6:05 Laisser un commentaire

UNE POLITIQUE ÉTRANGÈRE EUROPÉENNE EST-ELLE POSSIBLE ?


« Nous avons avancé dans la bonne direction sur la question russe (…) il faut maintenant consolider cette avancée » : c’est en ces termes étonnants qu’Emmanuel Macron commentait, après le récent Conseil des Chefs d’Etat et de gouvernement de l’UE, l’échec spectaculaire essuyé par la France et l’Allemagne face à leurs pairs sur leur projet conjoint de sommet Union européenne – Russie. Le recours à ce modèle de « langue de bois » vise sans doute à éviter d’alimenter un débat gênant pour qui affiche l’ambition d’une « Europe souveraine » : une politique étrangère européenne est-elle possible dans cette Union si hétéroclite,  n’ayant jamais répondu à la question de fond : « Que voulons-nous faire ensemble ? » Retour sur ce camouflet, malheureusement significatif de l’immaturité de l’actuel projet européen. 
Voilà deux ans que le Président de la République dit vouloir bâtir en Europe une nouvelle « architecture de sécurité et de confiance » avec Moscou. Dépasser au plus vite la politique stérile des sanctions-humiliations pour tenter d’agir ensemble sur les enjeux cruciaux qui nous sont communs devrait être, en effet, une priorité stratégique pour l’Union européenne. Plus on tarde à prendre ce virage, plus l’atmosphère s’envenime, engendrant les effets pervers que l’on sait. On ne pouvait donc que se réjouir de l’initiative franco-allemande , soumise au Conseil européen des 24 et 25 juin dernier, et proposant l’organisation d’un « Sommet Union européenne-Russie » (le premier depuis 2014), pour lequel Moscou avait montré son intérêt. L’idée fit son chemin. De fait, l’UE -en plus de s’être fait griller la politesse par Joe Biden- ne pouvait pas faire moins que les Etats-Unis sur son propre continent !  Eh bien, si ! Les inséparables russophobes baltes et polonais ont été rejoints par la Suède (pseudo non-alignée, de plus en plus inféodée à l’OTAN) et les Pays-Bas pour s’opposer à toute reprise du dialogue avec Moscou. « Il est trop tôt parce que, jusqu’à présent, nous ne voyons pas de changement radical dans le comportement de Vladimir Poutine » a expliqué le Président de la Lituanie, Gitanas Nauseda, oubliant le b a ba de la diplomatie, qui est de ne pas parler qu’à ceux qui vous ressemblent…
Quelle leçon tirer de cette nouvelle paralysie européenne sur un sujet majeur des relations internationales , déjà si scandaleusement flagrante face à l’occupation et à la colonisation des Territoires palestiniens ? Qu’il faudrait abolir la règle de l’unanimité ? Certainement pas, sans quoi 9 décisions sur 10 seraient celles dictées par Washington ! (En 2003, nous aurions été entraînés dans le désastre de la guerre d’Irak !) En revanche, rien n’empêche un noyau significatif de pays de l’UE d’agir ensemble pour des initiatives conformes au droit international et répondant à leurs intérêts communs bien compris. Les conditions d’une paix juste et durable au Proche-Orient , tout comme la sécurité collective et la coopération sur le continent européen en sont de bons exemples.

2 juillet 2021 at 3:03 Laisser un commentaire

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