CUBA : NON ASSISTANCE A PEUPLE EN DANGER !

Comment qualifier le fait de chercher à soumettre un pays et son peuple par la famine ? « C’est une forme de terrorisme » ont déclaré 22 membres du Conseil municipal de New York et d’autres personnalités publiques des États-Unis, à propos de « l’ordre exécutif du 29 janvier » commis par Donald Trump contre Cuba et les Cubains. De fait, le blocage de l’approvisionnement de l’île en pétrole entraîne « un risque d’effondrement humanitaire », met en garde l’ONU. En mettant en place cette mesure scélérate et en menaçant de droits de douane prohibitifs tout pays qui la contournerait, le but du chef de la Maison-Blanche est de provoquer un soulèvement populaire propice à un changement de régime favorable à Washington : Trump n’est-il pas allé jusqu’à repartager un message  affirmant que « Marco Rubio (son très réactionnaire ministre des Affaires étrangères, d’origine cubaine) sera le Président de Cuba » ?

Or, a-t-on constaté le début du début d’une action de solidarité avec le pays et le peuple agressés, de la part d’Emmanuel Macron, du Chancelier allemand, du Premier Ministre britannique, d’Ursula von der Leyen ou de l’Europe en général ? Ils se contentent de dissuader leurs ressortissants de se rendre sur place . Les autorités allemandes ont été les plus promptes à prévenir quiconque envisagerait de se rendre à Cuba que la situation sur l’île affecte « tous les aspects de la vie , y compris les soins médicaux ».  Mais si tel est le cas, qu’attendent-elles pour organiser, avec leurs partenaires européens, une contre-offensive humanitaire à cette inacceptable violation du droit international ! Aucun désaccord politique ne peut justifier la non assistance à peuple en danger. 

En outre, les dirigeants européens sont bien placés pour savoir que plus on ménage Trump, plus il se sent encouragé à pousser plus loin ses dangereuses turpitudes. Il faut revenir à ce propos sur le grave précédent qui s’est produit le 29 octobre dernier à l’Assemblée générale de l’ONU. Comme chaque année depuis plusieurs décennies, une résolution demandant la levée du blocus économique, commercial et financier de Cuba, imposé unilatéralement, depuis 66 ans, par les Etats-Unis, y a été soumise au vote. Habituellement -c’était encore les cas en 2024-, aucun pays , hormis Israël , ne soutient Washington. Tous exigent la fin de ce vestige inacceptable de la guerre froide. Mais depuis le retour au pouvoir de Trump, si 165 pays ont dignement confirmé leur position conformément au droit international , 7 États se sont alignés sur Washington, tandis que 12 autres se sont lâchement abstenus. Or, parmi les  7 figurent un État membre de l’Union européenne -la Hongrie- et un Etat candidat à l’adhésion à l’UE -l’Ukraine-, tandis que sur les 12 Etats abstentionnistes, la majorité sont des Etats d’Europe centrale et orientale !

L’avenir nous dira quelle nouvelle surenchère cette indifférence coupable inspirera à Trump. En attendant, saluons l’esprit de résilience et de resistance du peuple cubain face aux épreuves sans fin qui lui sont imposées depuis la conquête de son indépendance à l’égard de son puissant voisin. 

19 février 2026 at 7:02 Laisser un commentaire

IL FAUT SAUVER  LE   TRAITÉ « NEW START »!

Le 5 février dernier expirait le « Nouveau traité de réduction des armes stratégiques » (« New Start »), qui avait été conclu en 2010, entre le Président des Etats-Unis, Barack Obama, et son homologue russe, Dmitri Medvedev. Ce fut le dernier accord de désarmement Est-Ouest. En vertu de cet texte, chacune des deux principales puissances nucléaires s’engageait à limiter à 1550 le nombre d’ogives nucléaires déployées, soit une baisse des deux-tiers par rapport au traité Start initial de 1991 . Les Etats-Unis comme la Russie conservaient, certes, de quoi anéantir plusieurs fois la planète, mais au moins se montraient-ils prêts à contenir leur arsenal respectif et, surtout, à accepter des inspections permettant de vérifier le respect de leur engagement : ce qu’on appelle « des mesures de confiance », essentielles pour créer les conditions d’une sécurité collective. 

La guerre lancée par la Russie contre l’Ukraine et la riposte occidentale destinée à défaire l’armée russe, tout comme le retour au pouvoir de Donald Trump, ne pouvaient pas être sans conséquence sur la poursuite de cette coopération. De fait, Moscou, tout en confirmant sa volonté de respecter les limitations d’armements prévues par le traité, au-delà même de 2026, cessa d’autoriser les inspections américaines de ses sites nucléaires et évoqua à plusieurs reprises le spectre d’un recours à une « machine de l’apocalypse ».Trump, de son côté -tout en saluant (mais sans y donner suite !)  la proposition russe d’une prolongation d’un an du traité « New Start »- annonça de nouveaux essais nucléaires ainsi que des investissements massifs dans la modernisation de l’arsenal nucléaire des Etats-Unis ou dans le futur programme dit du « Dôme d’or » consistant à placer des armes américaines dans l’espace.

C’est dans ce contexte dangereusement confus, qu’intervint la date fatidique du 5 février sans qu’aucune décision sur « l’après-traité » ne fût annoncée de part et d’autre. « S’il expire, il expire » commenta, désinvolte, Donald Trump .Cette inconnue stratégique éveilla de lourdes inquiétudes. Allait-on assister, après plus d’un demi-siècle de limitation concertée et contrôlée des forces nucléaires des deux principaux détenteurs, à une relance générale de la course aux armements nucléaires ? « Cette dissolution de décennies d’acquis ne pourrait survenir à un pire moment : le risque d’utilisation d’une arme nucléaire est à son plus haut niveau depuis des décennies », avertit le Secrétaire général de l’ONU . 

C’est à ce moment crucial -en marge des négociations entre Washington, Moscou et Kiev pour tenter de trouver une issue à la guerre en Ukraine- qu’on a appris que les Etats-Unis et la Russie s’étaient finalement entendus sur le principe d’une prolongation du fameux traité, le temps d’en renégocier un nouveau, « amélioré et modernisé ». Peut-on, pour autant, être assuré que le pire sera évité ? C’est loin d’être acquis, les Etats-Unis exigeant que la Chine réduise également son arsenal nucléaire, Moscou exprimant la même demande pour la France et la Grande-Bretagne -ce que les intéressés refusent à ce stade, soulignant que Washington et Moscou cumulent à eux seuls 90 % des armes nucléaires…

À quand le retour aux mobilisations de masse du type de « Ni Pershing ni SS 20 ! » pour un monde sans armes nucléaires ?

12 février 2026 at 12:56 Laisser un commentaire

« DU DESPOTISME EN AMÉRIQUE »

On connaît le livre de référence d’Alexis de Tocqueville sur le système politique américain dans la première moitié du 19ème siècle : « De la démocratie en Amérique ». Dans une claire allusion à ce fameux essai, un éminent universitaire new yorkais, Mark Kesselman, qui avait alerté dès 2021 sur « le risque d’un coup d’Etat légal aux Etats-Unis » en cas de réélection de Donald Trump, vient de publier, sous le titre évocateur :  « Du despotisme en Amérique », une analyse éclairante de la première année de pouvoir de celui-ci (1). 

Cette année, rappelle l’universitaire, est celle du 250ème anniversaire de la Déclaration d’indépendance. Et c’est également celle de « la plus grave crise politique depuis la guerre de Sécession ». Ce qui a rendu possible cette crise est le déplacement progressif du pouvoir du Congrès vers la présidence. Certes, précise-t-il, « la dérive présidentielle n’a pas commencé avec Trump », même si ce dernier l’a poussée beaucoup plus loin que ses prédécesseurs, « en remplaçant la séparation et la division du pouvoir prévues par la Constitution par l’intégration des pouvoirs sous son contrôle ». Il y est parvenu en nommant « des flagorneurs » obéissants aux postes exécutifs de haut niveau, en prenant le contrôle des deux chambres (fût-ce avec une faible majorité), en devenant « le leader incontesté d’un puissant parti politique » contrôlant la majorité des gouvernements des Etats et en fixant comme seules limites à son pouvoir -selon ses propres dires- « Ma propre moralité, mon propre esprit : c’est la seule chose qui peut m’arrêter ». Il bénéficie en outre d’une « super-majorité de juges ultra-réactionnaires nommés par lui-même et d’autres présidents républicains » à la Cour suprême.

Profitant d’une « résistance timide et inefficace » des dirigeants du Parti démocrate, « à quelques exceptions près », Trump a « exploité les ambiguïtés, les contradictions et les silences de cette Constitution ».  C’est ainsi qu’il a « fabriqué des crises imaginaires » ( les Etats-Unis « envahis » par les migrants ) pour organiser les raids de l’ICE,  invoqué une « guerre contre les cartels de la drogue » pour s’attribuer des pouvoirs d’urgence, déterré une « loi sur l’insurrection » de 1807 pour justifier l’éventuel déploiement de troupes fédérales afin de réprimer les manifestations populaires ou encore prétexté de pseudo-« urgences économiques internationales » pour retirer au Congrès à son profit le pouvoir de réglementer les droits de douane…

Fort heureusement, conclut Kesselman, « l’opposition s’est récemment amplifiée à mesure que les Américains constatent et subissent les dommages catastrophiques causés par ses actions ». Il invite cependant ses compatriotes à ne pas sous-estimer la détermination de Trump à violer les procédures légales qui menacent son maintien au pouvoir. 

« Invasion » du pays par les migrants, « dérive présidentielle », « flagorneurs obéissants », « leader incontesté d’un puissant parti politique », « ambiguïtés, contradictions et silences de la Constitution », « résistance timide et inefficace »…: Puissent les Françaises et les Français attachés à la démocratie réfléchir à temps  -dans les conditions propres à notre pays et à l’Europe-  à cette terrible expérience pour prévenir toute variante du « despotisme américain » sous nos cieux ! 

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(1) Mark Kesselman, professeur émérite de science politique à l’Université Columbia de New York ( Telos, 28/1/2026)

6 février 2026 at 12:36 Laisser un commentaire

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