ALLONS-NOUS VERS « LA FIN DE L’OTAN » ?
Il a suffi que Donald Trump annonce sa décision de retirer 5000 soldats américains actuellement stationnés en Allemagne pour raviver le débat sur l’avenir de l’OTAN et sur le sort de l’Europe si les Etats-Unis mettaient fin à leur présence militaire et politique en Europe. De fait, l’imprévisible président des Etats-Unis menace souvent de quitter l’OTAN, qu’il qualifie de « tigre de papier » et ses membres européens de « lâches ». Et surtout, la confiance dans sa determination à venir en aide à un « allié » européen en cas d’attaque est rompue. Et l’après-Trump est tout aussi incertain. Il n’en faut pas plus pour semer la panique chez les « atlantistes » de tous bords.
« Que réserve l’avenir post-américain de l’Europe ? » s’interroge ainsi Joschka Fischer, ancien vice-Chancelier et ministre des Affaires étrangères (Vert) d’Allemagne (1). A ses yeux, « la dissolution de l’Alliance a déjà commencé ». C’est avec angoisse qu’il constate que « l’Europe doit désormais tracer sa propre voie »…
On laissera à l’intéressé sa nostalgie du « long protectorat américain (qui) a pris fin sous Trump et ne reviendra pas ». Notre conviction est, à l’inverse, que l’OTAN est surtout source d’insécurité comme en témoignent les effets délétères de son élargissement à l’Est. L’éventuelle « fin de l’OTAN » ne serait donc pas une mauvaise nouvelle ! Mais, ne prenons pas nos désirs pour des réalités.
D’abord, si Trump entend effectivement réduire drastiquement le financement des capacités militaires conventionnelles en Europe, gageons qu’il ne prévoit nullement de renoncer au commandement suprême des « forces alliées » sur le continent. Quant au « parapluie » nucléaire américain, nombre de pays européens sont prêts, pour espérer le conserver, à mieux
« partager le fardeau » des dépenses de l’OTAN en consacrant des budgets pléthoriques à leur défense comme à l’entretien des 37 bases américaines en Europe, tout en s’engageant à acheter des F35, des missiles Patriot, et autres tanks ou lance-roquettes américains !
Ensuite, pour le cas où les Etats-Unis -obnubilés par le défi chinois- se retireraient réellement de l’Europe, les principales « puissances » de la région (France, Grande-Bretagne, Allemagne, Pologne…) éventuellement rejointes par..le Canada, envisageraient de constituer une force conjointe d’intervention. Emmanuel Macron, pour sa part, poursuit son dangereux rêve de grandeur en proposant d’étendre « la bombe » française à tous ses voisins ! Et l’extrême-droite est en embuscade…Bref, quel que soit l’avenir de l’OTAN -avec ou sans les Etats-Unis- , il n’est question que de militarisation à outrance. L’essentiel, en matière de sécurité collective, manque en tout état de cause désespérément à l’appel.
L’urgence est à une revalorisation substantielle de la dimension politique de la sécurité européenne : celle fondée avant tout sur la diplomatie, la prévention des conflits et le droit international et non sur les rapports de force; celle mettant l’accent sur la sécurité globale -alimentaire, sanitaire, climatique …- et non sur le culte de la « puissance »; celle misant sur les progrès du multilatéralisme et non sur les prétentions dominatrices d’un « Occident » déclinant. Il est plus que jamais nécessaire d’ouvrir un débat public sérieux sur ces enjeux de civilisation .
———-
(1) « Le Monde », 1/5/2026
CUBA : 66 ANS D’ OBSESSION IMPÉRIALE DE WASHINGTON
« Tous les moyens possibles et imaginables doivent être utilisés rapidement pour affaiblir la vie économique à Cuba (…) afin de semer la faim, le désespoir et forcer le renversement du gouvernement » ! Nous sommes en avril 1960, au tout début de la révolution cubaine. On ne parle encore à La Havane ni de socialisme ni de communisme; il n’y a encore aucun lien entre le nouveau régime et l’Union soviétique. Fidel Castro prône d’ailleurs une « troisième voie ». A Washington pourtant, l’administration Eisenhower ne peut accepter pareil symbole de conquête de la souveraineté à 150 km de la Floride, ni pareil « mauvais exemple » pour d’autres peuples d’Amérique latine. C’est alors que paraît à Washington le « Mémorandum Mallory » (du nom du Secrétaire d’Etat adjoint aux Affaires interaméricaines) d’où est tirée la citation ci-dessus…Comme on le voit, l’obsession impériale de « prendre Cuba » (dixit Donald Trump), fût-ce en recourant aux moyens les plus odieux, plonge ses racines dans des décennies d’histoire.
1961 : tentative d’invasion militaire de la baie des Cochons par des exilés cubains soutenus par les Etats-Unis. 1962 : mise en place de l’embargo économique, commercial et financier par les Etats-Unis contre Cuba à la suite de nationalisations de compagnies américaines (Exxon Mobil, Texaco, Hilton, AT&T…). 1992 (après la chute de l’URSS, principal partenaire commercial de l’île) : lois Toricelli (destinées à « semer le désordre dans l’île » selon « The Baltimore Sun », 30/8/1994), puis 1996 : loi Helms-Burton étendant l’embargo au monde entier en sanctionnant tout pays contrevenant aux exigences de Washington. A partir de 2000, on assiste à quelques assouplissements du blocus, notamment sous la présidence Obama (2009-2017), la tendance se retournant avec Donald Trump, furieux de la résilience de Cuba, du soutien massif recueilli chaque année par l’île caribéenne à l’ONU, sans parler de l’appel de nombreux pays au personnel médical cubain, y compris, face au Covid, des États occidentaux comme l’Italie en 2019 (notamment en Lombardie) et la France en 2020 (en particulier dans les Antilles).
Dopé par le « succès » de l’enlèvement du Président du Vénézuela, principal partenaire commercial de Cuba , le prédateur de la Maison-Blanche saisira l’occasion tant attendue d’asphyxier l’île rebelle. Au nom …de la « menace exceptionnelle » que ferait peser Cuba sur la sécurité nationale des Etats-Unis (?!), il privera l’île et ses 9 millions de citoyennes et de citoyens, grâce au blocus énergétique et aux menaces de sanctions visant tout pays qui le contournerait, d’une grande partie de ses sources de revenus : tourisme, industrie du tabac, agriculture, extraction du nickel…La première victime de cette agression barbare est naturellement le peuple lui-même : la vie quotidienne est rendue plus éprouvante que jamais du fait des sévères restrictions, les écoles et les universités tournent au ralenti, le système de santé -salué par l’Organisation mondiale de la santé, tant pour sa qualité qui assure aux Cubaines et aux Cubains une espérance de vie supérieure à celle des États-Unis, que pour la solidarité témoignée par La Havane, notamment à l’Afrique- est durement touché par les pénuries de médicaments et de matériels médicaux et soumis à la crise énergétique générée par le blocus américain.
Cet acharnement, aujourd’hui proche du paroxysme, fait de la défense de Cuba une cause emblématique pour quiconque est, tout simplement, attaché-e au droit international et à la dignité humaine. C’est à elles, à eux, que nous nous adressons aujourd’hui.
LE COÛT EXORBITANT DE LA GUERRE DE TRUMP POUR LE MONDE
« A tous ceux (…) qui pensent que je suis pressé de mettre fin à la guerre avec l’Iran, sachez que je suis sûrement la personne la moins sous pression (..) J’ai tout le temps du monde » : avec cette fanfaronnade, Donald Trump a affiché son indifférence totale pour le coût humain, économico-financier et écologique exorbitant de sa guerre pour le monde.
Indifférence au calvaire imposé au peuple iranien, tout d’abord. Celui-ci est placé depuis plus d’un mois entre l’enclume d’un régime sans pitié pour les récalcitrants et le marteau d’une traumatisante pluie de bombes destructrices et meurtrières, puis des lourds effets sociaux et sanitaires du blocage des ports iraniens par l’armada américaine. Sans oublier l’horreur et l’humiliation qu’a représenté pour toute une nation, riche de 3000 ans d’Histoire, le fait d’entendre le Président de la première puissance du monde proférer des menaces aussi obscènes que de « ramener (l’Iran) à l’âge de pierre » ou de faire en sorte que , « probablement », « une civilisation entière va disparaître ce soir pour ne plus jamais renaître » !
Parmi les victimes « collatérales » de cette guerre figurent, ensuite, tous les peuples qui subissent, sous une forme ou une autre, les retombées de la fermeture, par les Iraniens, du détroit d’Ormuz -conséquence directe et parfaitement prévisible de l’agression militaire américano-israélienne du 28 février. Parmi ces victimes, il y a, certes, les voisins immédiats : les monarchies du Golfe persique, alliées à Washington. Bien plus dramatiques sont les implications de cette fermeture pour la sécurité alimentaire mondiale, du fait de la dislocation des chaînes d’approvisionnement, notamment en intrants agricoles. Selon le Programme alimentaire mondial (PAM, ONU), « 45 millions de personnes supplémentaires sont exposées à une insécurité alimentaire aiguë » ! Et c’est, une fois de plus, l’Afrique, grosse importatrice d’engrais de Moyen-Orient, qui se retrouve au centre de de la crise. La guerre déclenchée par les Etats-Unis et Israël est, en outre, comme on le sait, responsable du « choc d’approvisionnement pétrolier le plus important et le plus grave de l’histoire » (Agence internationale de l’énergie) et de ses sévères contrecoups économiques et sociaux, appelés à se prolonger bien au-delà du conflit lui-même.
Enfin, on aurait grand tort de sous-estimer les conséquences environnementales et sanitaires durables de cette guerre : « Les frappes visant des installations pétrolières, les incendies industriels et les atteintes aux infrastructures énergétiques ont provoqué d’importantes pollutions atmosphériques et hydriques, exposant les populations a des risques sanitaires immédiats et à long terme » souligne très pertinemment la co-directrice de l’Observatoire de la santé mondiale de l’IRIS (1). On n’évoquera pas, à ce stade, les bouleversements politiques et stratégiques considérables consécutifs à cette guerre -répétons-le : provoquée unilatéralement par Donald Trump sur insistance de Benjamin Netanyahu, en dépit de toutes les mises en gardes répétées depuis plusieurs décennies contre cette aventure irresponsable et criminelle. À toute la Communauté internationale d’en tirer les conclusions.
———
(1) « La guerre en Iran : un conflit aux conséquences environnementales et et sanitaires durables » par Anne Sénéquier, chercheuse à l’Institut de Recherches Internationales et Stratégiques (IRIS, 13/3/2026)




Commentaires récents