L’ ARROGANCE DANS LES RELATIONS « OCCIDENT »-SUD

Qui ne se souvient de l’élégante sortie de Nicolas Sarkozy, à Dakar, le 26 juillet 2007 : « Le drame de l’Afrique, c’est que l’homme africain n’est pas assez entré dans l’histoire » ! La plupart des commentateurs avaient souligné que ce type de cliché très « françafricain » contribuait à dégrader l’image de la France en Afrique. Cette évidence n’a pas empêché Emmanuel Macron de récidiver, 15 ans plus tard, jour pour jour, le 26 juillet dernier, à Yaoundé (Cameroun) en accusant « en particulier » l’Afrique d’ « hypocrisie » à propos de la guerre russo-ukrainienne, pour ne pas avoir choisi de se ranger dans le camp occidental contre la Russie. « Je ne suis pas dupe », renchérit même le Président français, en mettant le refus africain de s’aligner sur les positions occidentales sur le seul compte des « pressions diplomatiques » auxquelles l’Afrique aurait eu la faiblesse ou la naïveté de céder.

 Le Chef de l’Etat ne pouvait pourtant pas ignorer que l’Union africaine avait, dès le 25 février, condamné l’invasion russe en Ukraine et appelé à un cessez-le-feu immédiat en s’alarmant du risque de voir ce conflit dégénérer en un « conflit planétaire » .  Qu’importe, le lendemain, au Bénin, Emmanuel Macron poussera la condescendance jusqu’à vouloir éclairer ses interlocuteurs sur la nature coloniale de la Russie en des termes dignes de « Tintin au Congo » : « Quand vous les voyez poindre leur tête chez vous -déclara-t-il en bon maître d’école-  n’y voyez pas autre chose, même s’ils vous tiennent le discours inverse » ! Est-il donc si difficile aux « élites »occidentales de comprendre que c’est précisément ces marques d’arrogance qui poussent les Africains -les peuples plus que les dirigeants, d’ailleurs- , quoiqu’ils pensent de la Russie ou de la Chine, à refuser de se ranger derrière leurs anciens colonisateurs et les puissances dominantes en général ?

Sur un autre registre, mais pratiquement au même moment, outre-Atlantique, Nancy Pelosi, la Présidente démocrate de la Chambre des Représentants des Etats-Unis, annonçait son intention de se rendre à Taïwan, en pleine conscience du fait que cet acte serait vu par Pékin, dans le contexte actuel, comme une provocation suffisamment dangereuse pour inciter la Président Biden à prévenir publiquement son alliée que « les militaires (américains) pensent que ce n’est pas une bonne idée maintenant » ! Est-ce bien là , en effet, pour le Congrès américain, la priorité diplomatique du moment ? D’autant que -rappelons le- Washington, comme la quasi-totalité des gouvernements du monde, s’il s’oppose légitimement à toute tentative de « reconquête » de l’île par la force, reconnaît le principe d’ « une seule Chine », déniant toute idée d’indépendance à l’île rebelle…

Ce type d’initiative était, jusqu’ici,  réservé aux plus ultras des Républicains, toujours en quête d’aventures propres à montrer au monde que « l’Amérique » fait ce qu’elle veut, où elle veut, quand elle veut, quitte à creuser le fossé qui sépare toujours davantage des États occidentaux des pays représentant la majorité de l’humanité mais ont le grand tort de vouloir suivre une autre voie que celle balisée par la puissance actuellement dominante et ses dociles alliés. 

4 août 2022 at 4:42 Laisser un commentaire

CÉRÉALES D’UKRAINE : GARE À QUI TORPILLERAIT CET ACCORD MAJEUR !

                           Depuis plusieurs mois, les Nations unies sonnaient l’alarme : faute d’un déblocage rapide des exportations de céréales d’Ukraine et de Russie (40% des exportations mondiales de blé !) , le monde risque de connaître une crise alimentaire exceptionnellement sévère, voire « un ouragan de famine » dans les pays les plus dépendants de ces livraisons, en particulier en Afrique. Certes, la tragédie de la faim n’a pas commencé avec le conflit russo-ukrainien : rappelons que plus de 800 millions de personnes (près du double de la population de l’Union européenne) souffrent de malnutrition ! Ce fléau augmente même régulièrement depuis six ans, du fait qu’aux guerres, à la spéculation et à d’autres causes structurelles s’ajoute désormais de plus en plus le dérèglement climatique . Mais, en plus des terribles conséquences de cette nouvelle guerre en elle-même , la retenue de quelque 20 à 25 millions de tonnes de céréales (voire 70 à 75 millions de tonnes d’ici l’automne) du fait du blocage du port d’Odessa ouvrait la voie à une catastrophe humanitaire. La conscience du risque d’une telle perspective permet de mesurer la portée de l’accord signé à Istanbul , avec la « médiation » de la Turquie, le 22 juillet dernier, entre l’ONU et l’Ukraine d’une part, et entre l’ONU et la Russie d’autre part, à l’issue de plusieurs mois de négociations. 

Les termes de l’accord sont connus : afin de permettre le trafic des navires marchands en mer Noire, des couloirs vont être sécurisés -Moscou s’engageant à en respecter la neutralité. Parallèlement, Moscou voulant s’assurer que des armes ne soient pas livrées par ce biais à Kiev, des inspections seront effectuées dans les ports turcs par toutes les parties à l’accord, au départ et à l’arrivée des navires transportant des céréales. Enfin, la Russie a obtenu la garantie que les sanctions occidentales ne s’appliqueraient pas au transport, ni aux assurances ni au système bancaire pour tout ce qui touche à ses propres exportations de produits agricoles et d’engrais.

La gravité de l’enjeu -éviter la crise alimentaire qui menace des millions de personnes- rendait intenable la stratégie initiale des puissances occidentales : fustiger le « chantage » de Poutine sans rien céder sur ses exigences d’allègement des sanctions  alors même que Moscou se disait prêt à « faciliter l’exportation des céréales ukrainiennes »  si les « restrictions à l’exportation des céréales russes (étaient) levées ». La forte pression de l’Union africaine sur l’UE pour qu’elle fasse passer l’intérêt vital des Africains avant sa stratégie de sanctions indistinctes contre la Russie fit le reste. La vraie négociation put enfin commencer sous l’égide de l’ONU. Quant au Président turc, il sut profiter (pour une fois à bon escient) de ses relations avec les deux belligérants pour jouer les bons offices. L’Union africaine se félicita aussitôt de ce résultat quasi-inespéré. 

On connaît la suite : dès le lendemain de l’accord, deux missiles russes touchèrent des installations (militaires d’après Moscou, civiles et liées aux exportations de céréales selon Kiev) dans le port d’Odessa, suscitant l’émotion dans nombre de pays du Sud !
Gare à qui torpillerait cet accord majeur !

28 juillet 2022 at 3:02 1 commentaire

BORIS JOHNSON : RETOUR SUR LA CHUTE D’UN POPULISTE

Boris Johnson n’aura mis que deux ans et demi à passer d’une « victoire triomphale » -qu’il avait modestement qualifiée de « tremblement de terre » politique- à une chute humiliante précédée par la démission sans précédent de …60 membres de son gouvernement, manifestement effrayés de voir leur parti dévisser dans les sondages, son booster d’hier étant devenu son boulet  ! L’élégance du commentaire attribué à l’un des ex-Ministres à propos de cette débandade -« Pour la première fois de l’histoire, c’est le navire qui quitte le rat »- permet de prendre la mesure de la profondeur de la crise parmi les Tories, qui fustigent volontiers  aujourd’hui des pratiques populistes portées aux nues tant qu’elles permettaient de berner des millions de citoyennes et des citoyens britanniques.

A l’origine du système-Johnson, il y eut une inextinguible soif de pouvoir et de domination, avec, pour corolaire, une détermination sans scrupule à se servir du peuple pour y parvenir. Se donner une image « populaire », tranchant avec celle des élites politiques traditionnelles, fut, dès lors, une posture obligée. L’excentricité affichée par « Boris, le bouffon » -bourgeois formé à l’Université d’Oxford, l’ENA anglaise- en dit long, à cet égard, sur le mépris de classe dans lequel il tenait les travailleurs dont il briguait le suffrage. Le discours politique qu’il leur a tenu durant la campagne du Brexit obéissait à la même logique condescendante : offrir aux populations abandonnées par les gouvernements successifs un exutoire à leur légitime colère. « L’Europe » fut le bouc-émissaire idéal. Il lui était difficile de critiquer le cours néolibéral de celle-ci, en partisan invétéré qu’il était (et demeure) de la financiarisation et de la déréglementation de l’économie ! Il entreprit donc de flatter un sentiment solidement ancré dans la culture anglaise : la souveraineté nationale , quitte à la pousser dans les ornières du nationalisme et de la xénophobie. 

Une fois fixé ce cap, tous les moyens furent bons pour gagner son pari. À commencer par le mensonge pur et simple -véritable seconde nature chez ce politicien sans vergogne. Nul besoin, avec Johnson, d’attendre ses dénégations récentes au sujet des  16 fêtes au « 10 Downing Street » pendant le confinement ou de la nomination d’un responsable politique qu’il savait coupable d’attouchements sexuels, pour le prendre en flagrant délit de boniment ! Pour le champion du Brexit , il s’agissait d’une véritable marque de fabrique, à l’instar de son slogan de campagne : « Reprenons le contrôle sur les 350 millions de Livres qui partent chaque semaine à Bruxelles » -la contribution britannique au budget européen étant en l’occurence allègrement multipliée par trois pour les besoins de la cause. Il n’hésita pas davantage à s’affranchir unilatéralement du « protocole sur l’Irlande du Nord » , pourtant signé de sa propre main lors des négociations post-Brexit avec l’UE. Il ne recula même pas devant l’instrumentalisation d’événements dramatiques -comme la guerre en Ukraine- pour détourner l’attention des conséquences de sa politique, regagner du crédit et se maintenir au pouvoir. Il est réconfortant de voir la baudruche se dégonfler. Mais, d’une part, le mal est fait, concernant un Brexit vraisemblablement arraché par la démagogie plus que par la démocratie ; d’autre part, il y a peu de chance que de ce pugilat entre conservateurs sorte un progrès pour le peuple britannique.
A suivre.

22 juillet 2022 at 2:57 Laisser un commentaire

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