RÉVÉLER ENCORE ET TOUJOURS LA VÉRITÉ SUR HIROSHIMA !

Merci à « ARTE » pour la rediffusion, à l’occasion du 74ème anniversaire de l’apocalypse d’Hiroshima, de l’excellent documentaire de Lucy van Beek sur « la véritable histoire » de la première bombe atomique. Cette vérité, qui, trois générations après les faits, a toujours tant de mal à s’imposer, tient en une phrase :  la terrible décision du Président des Etats-Unis, Harry Truman, ne fut pas « un mal nécessaire pour faire plier le Japon » -thèse vendue sans relâche à l’opinion publique internationale- mais un acte délibéré visant à prouver au monde, et d’abord à l’Union soviétique, la suprématie absolue de l’Amérique. En mettant ainsi, de la façon la plus spectaculaire et la plus barbare, un terme à l’ère de la « Grande Alliance » qui a vaincu le nazisme, le choix de larguer la bombe sur Hiroshima puis Nagasaki constitua -au prix de 250 000 morts et de l’enfer pour des millions de Japonais- le premier acte de la « guerre froide » avec le futur second géant de l’ère nucléaire .

Cette vérité historique est essentielle. En effet, s’il est clairement reconnu que le Japon était défait AVANT le 6 août 1945, et condamné à une capitulation imminente SANS la « peste atomique » (Willfried Burchett) ; s’il est admis que l’Empereur Hirohito cherchait, AVANT la bombe, à négocier la reddition de son pays; s’il est établi que l’intervention des troupes soviétiques en Mandchourie contre les troupes japonaises -demandée par le prédécesseur du Président Truman, Franklin Roosevelt, à Yalta, « dans les trois mois qui suivront la défaite de l’Allemagne »-  était finalement prévue…le 8 août 1945, etc…, alors le recours à la terreur nucléaire par les Etats-Unis apparaît pour ce qu’il est : un crime d’une gravité extrême sans aucune circonstance atténuante. Il est d’autant plus pertinent de rappeler aujourd’hui cette responsabilité historique des Etats-Unis que l’actuel Président nord-américain vient de relancer la course aux armements nucléaires en retirant son pays du Traité INF (démantèlement de toute une catégorie de missiles pouvant emporter des charges nucléaires)  signé en 1987 entre les Présidents Reagan et Gorbatchev .

C’est dire si le combat pour l’abolition de l’arme atomique reste d’une actualité cruciale ! Tandis que 9 pays (sur 192 membres des Nations-Unies) possèdent 17 000 armes nucléaires, 122 autres se sont prononcés pour leur interdiction en adoptant en 2017, à l’ONU, un traité en ce sens . C’est l’occasion de réitérer un hommage mérité à la campagne de la coalition d’ONG, ICAN, lauréate du Prix Nobel de la Paix pour avoir permis ce notable succès ! Saluons également, dans notre propre pays, directement concerné, la persévérance et le courage politique de personnalités ayant exercé des responsabilités touchant à ces armes -tel l’ancien ministre de la défense, Paul Quilès- et militant désormais activement pour l’élimination complète de ces arsenaux, en bravant toutes les pressions que l’on imagine. L’abrogation de l’arme nucléaire s’inscrit dans le registre des grands progrès de civilisation : symptomatique est le fait qu’un  pays comme l’Afrique du sud a renoncé à l’arme nucléaire en 1994, en même temps que le pays se libérait de l’apartheid. L’Histoire retiendra le nom du premier des neuf pays possédant aujourd’hui la bombe qui engagera concrètement le processus permettant d’en finir avec cette hideuse et dangereuse survivance de temps révolus. Ce serait l’honneur ineffaçable de la France de se faire la pionnière d’une nouvelle ère de sécurité collective mondiale.
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10 août 2019 at 6:25 Laisser un commentaire

THATCHER, BLAIR, JOHNSON…DE L’AIR !

Tandis que commence la périlleuse aventure de Boris Johnson au « 10, Downing Street« , comment ne pas penser à la succession de désastres politiques que subissent les forces démocratiques de ce grand pays, notamment depuis 1979, date de l’arrivée au pouvoir de Margaret Thatcher ! Il n’est pas inutile de revenir sur les principaux épisodes de cette terrible expérience, d’autant que nombre des stratégies mises en œuvre par les dirigeants successifs du Royaume-Uni ont fait école, par la suite, dans d’autres pays de l’Union européenne, France comprise.

Durant ses trois mandats, la « Dame de fer », chantre du néolibéralisme, mena, on s’en souvient, une véritable guerre contre les syndicats, développant dans le pays une véritable pédagogie du renoncement aux luttes sociales en refusant toute concession aux grèves les plus puissantes, telle celle, particulièrement emblématique par sa force et sa durée (11 mois !), des mineurs, en 1985. Elle appliqua la même intransigeance calculée au conflit nord-irlandais, laissant mourrir un à un les grévistes de la faim républicains qui revendiquaient  depuis leur sinistre  prison le statut de prisonnier politique. Et c’est toujours sur la base de ce principe-clé (ne rien céder) qu’elle arracha à ses pusillanimes « partenaires » européens le fameux « rabais » sur la contribution de la Grande-Bretagne au budget de l’UE, et ce sans limite dans le temps : soit environ 111 milliards d’euros en 30 ans ! Il faut croire que son modèle de gouvernance inspire aujourd’hui encore les dirigeants occidentaux les plus cyniques puisque son slogan : « Britain is great again » a, depuis, traversé l’Atlantique…

Vint ensuite la période Blair. Sans être assimilable à la précédente, elle a entériné nombre de ses régressions. Avant même son élection à la tête du pays, en 1997, c’est l’ arrivée du champion de la « troisième voie » à la tête du parti travailliste, en 1994, qui se traduisit par une défaite majeure pour le mouvement progressiste britannique. Devinant d’emblée la volonté et la capacité du nouveau Chef du « Labour » de casser tous les repères de gauche hérités de l’ « avant-Thatcher », la dirigeante conservatrice de choc salua en lui « le leader le plus formidable que nous ayons eu depuis cinquante ans » ! De fait, profitant de la marginalisation de l’aile gauche de son parti sous le règne -tout aussi néolibéral sur le fond, mais dans un style plus classiquement social-démocrate dans la forme- de son prédécesseur , Neil Kinnock (qui deviendra commissaire européen…), Tony Blair entreprit immédiatement la transformation tant du projet travailliste que des règles du parti. On parla d’une « tatchérisation du Labour », non sans des accommodements intelligemment distillés pour marquer la différence, tels des investissements dans les services publics ou diverses mesures sociétales. À l’issue de cette phase de « normalisation » de la gauche , la voie fut à nouveau ouverte aux conservateurs. Le piètre Cameron, pour des raisons étroitement politiciennnes, promit le référendum sur la sortie de l’UE, jouant à la roulette russe l’avenir du pays. Il sera suivi par une Theresa May impuissante face à une Chambre des Communes en plein désarroi. On connaît la suite -qu’on espère la plus provisoire possible. Thatcher, Blair, Johnson…De l’air !

1 août 2019 at 8:59 Laisser un commentaire

« BREXIT »: RIEN N’EST ENCORE ÉCRIT.

Dans la démocratie britannique, ce sont donc les 160 000 adhérents du Parti conservateur (soit 0,3% de l’électorat du pays) qui viennent de choisir le Chef du gouvernement. S’adressant aux plus europhobes d’entre eux, Boris Johnson leur avait promis de sortir le Royaume-Uni de l’Union européenne d’ici au 31 octobre prochain, « do or die » (quoiqu’il en coûte), autrement dit y compris sans aucun accord avec les « 27 ». Or, le refus absolu d’un « No deal » est l’un des rares points sur lequel se retrouve une majorité des députés de la Chambre des Communes. Et pour cause : la moitié tant des exportations que des importations du Royaume-Uni se fait avec l’UE et aucune alternative crédible à cette relation n’existe à ce jour. Sans parler du risque, en l’absence de compromis entre Londres et Bruxelles, de voir resurgir une frontière entre l’Irlande du Nord (rattachée à la Grande-Bretagne) et la République d’Irlande (membre de l’UE), avec les dramatiques conséquences qui pourraient résulter de cette remise en cause d’un acquis stratégique de plus de vingt ans ! Mais ces considérations subalternes n’intéressent pas les ultra-brexiters. Ils veulent « sortir », un point, c’est tout. Neutraliser le Parlement de Westminster -en décidant la suspension de ses travaux- était, dès lors, un objectif déterminant aux yeux du Trump anglais.

C’était sans compter avec la détermination des députés à défendre leurs prérogatives. C’est ainsi qu’ à quelques jours de la désignation du nouveau Premier Ministre, ceux-ci ont adopté -à une majorité de 41 voix, travaillistes, libérales-démocrates et conservatrices mêlées- une disposition propre à contrecarrer toute velléité de les contraindre au silence. Ils ont, au contraire, obligé le gouvernement à leur rendre compte, tous les quinze jours, de son action en faveur du rétablissement de l’éxécutif d’Irlande du Nord (la coalition entre la droite pro-britannique du DUP et la gauche républicaine du Sinn Fein est en crise depuis deux ans). Voilà une sacrée arête plantée dans la gorge du nouveau Premier Ministre, dont le parti -très divisé- ne dispose au Parlement que d’une marge extrêmement faible et fragile. Déjà s’élèvent au sein de cette majorité étriquée un certain nombre de voix en faveur d’une nouvelle demande de report du « Brexit » afin de relancer les négociations avec l’UE. Une hypothèse que la nouvelle Présidente de la Commission européenne, l’Allemande Ursula von Leyen, ne récuse pas « s’il y a de bonnes raisons de la part de nos amis britanniques », afin de réussir « un Brexit ordonné ».

Si, face à cette perspective, une partie des conservateurs voit rouge, d’autres élus du même parti vont , à l’inverse, jusqu’à annoncer qu’ils seraient prêts -en cas de coup de force du nouveau gouvernement (pour une sortie de l’UE sans accord)- à s’associer aux travaillistes pour voter une motion de défiance, qui pourrait conduire à de nouvelles élections…, c’est-à-dire à une possible, voire probable victoire de Jérémy Corbyn ! On n’en est pas là, mais, manifestement, rien n’est encore écrit. Nul doute que ces circonstances incertaines stimuleront dans les semaines à venir un vif débat dans la société britannique : puisse-t-il ramener le nouveau leader du pays à plus d’esprit de responsabilité.

25 juillet 2019 at 3:31 1 commentaire

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