75 ANS APRÈS : TIRER LES LEÇONS D’ HIROSHIMA

Ce 6 août 2020,  l’évocation du crime terrifiant commis à l’initiative du Président des Etats-Unis à Hiroshima puis à Nagasaki il y a 75 ans devrait être l’occasion de clarifier la raison profonde qui poussa Harry Truman à prendre cette sinistre décision.

Si, à partir de 1938, les recherches initiales sur la « Bombe » visaient, selon le Président Roosevelt, à « éviter qu’Hitler ne la possède en premier », la décision de son successeur de l’utiliser réellement, en 1945 -alors que le régime nazi était anéanti- fut d’une tout autre nature ! On ne le sait pas assez : nombre  d’historiens -y compris américains- ont éclairé de longue date la véritable mission assignée par la Maison-Blanche au largage de cette arme terrifiante…quatre jours après la fin de la Conférence de paix de  Potsdam entre trois des puissances victorieuses -USA, URSS et Grande-Bretagne ! Il s’agissait, en fait, pour Washington de signifier de la façon la plus spectaculaire possible à l’Union soviétique et au monde que le temps de la grande Alliance entre l’Ouest et l’Est était révolu et que désormais l’hégémonie des Etats-Unis sur le reste du monde ne souffrirait plus de contestation ni même de comparaison. La résistance du Japon n’était qu’un prétexte. Rappelons que, conformément à la demande formulée avant sa mort prématurée par le Président Roosevelt à Staline, Moscou s’était engagée à entrer en guerre le 9 août contre le Japon pour contribuer à la reddition de la dernière puissance ennemie. Le largage des deux bombes atomiques ouvrit la voie à près d’un demi-siècle de « guerre froide » et à la dangereuse et ruineuse course aux armements qui s’ensuivit.
La disparition de la puissance concurrente , en 1991, n’épuisa pas pour autant l’irrépressible soif d’hégémonie du pouvoir américain. Nul mieux que le Président Bush-sénior ne l’exprima aussi clairement, sinon ingénument, tant la chose lui parut naturelle  : « Un monde jadis divisé en deux camps armés reconnaît aujourd’hui la suprématie d’une seule puissance, les Etats-Unis » (1). Lorsque, une quinzaine d’années plus tard, le Président Obama brisa un tabou en se rendant à Hiroshima et en appelant de ses vœux « un monde sans armes nucléaires », on se mit à espérer un tournant historique. Hélas, le pire était à venir avec l’arrivée au pouvoir de l’ubuesque Trump. 
En l’espace de deux ans, celui-ci ne torpilla pas moins de trois accords internationaux majeurs en matière de dénucléarisation et de coopération multilatérale de non-prolifération : le traité FNI sur les forces nucléaires à portée intermédiaire (conclu en 1987 entre Reagan et Gorbatchev); le traité « Ciel ouvert » qui permet depuis 2002 aux 34 Etats signataires d’effectuer des survols d’observation comme mesure de confiance réciproque ; et bien sûr l’ Accord de Vienne de 2015 sur le nucléaire iranien. Et ce jeu de massacre n’est pas arrivé à son terme : si le temps de nuisance qui lui reste lui en laisse le loisir, Trump peut encore mettre à exécution sa menace de refuser de prolonger le traité américano-russe « New Start » qui limite jusqu’en février 2021 le nombre d’armes nucléaires stratégiques, prêtes à l’emploi, de chacune des deux puissances. Que disent ses « alliés » de pareille gestion de la sécurité de notre monde,  en ce jour de commémoration ?

—————(1) Discours sur l’état de l’Union (janvier 1992)

7 août 2020 at 5:53 Laisser un commentaire

PORTÉE, TARES ET CONTRADICTION DE L’ACCORD EUROPÉEN

Que penser du plan de relance européen de 750 milliards d’euros adopté le 21 juillet dernier par les « 27 » ?

D’un côté, de mon point de vue,  la portée politique de l’accord mérite attention. Un emprunt commun de cette envergure à un taux proche de zéro (et remboursable sur 30 ans à partir de 2028), c’est non seulement sans précédent, mais contraire aux règles des traités, ce qui prouve une fois de plus que ce qui compte avant tout est la volonté politique et non la norme juridique. Par ailleurs, l’octroi de subventions aux pays les plus touchés par les conséquences ravageuses de la crise du Covid-19, serait -si tout se passait comme promis- un réel acte de solidarité budgétaire : une perspective hier encore impensable dans cette « Europe du chacun pour soi » que nous dénoncions avec raison jusqu’à ces dernières semaines. Le revirement de l’Allemagne à cet égard -même s’il est dicté par son intérêt bien compris d’éviter un écroulement économique de ses principaux clients- constitue un fait tout sauf négligeable. Enfin, l’accueil enthousiaste de ces mesures, y compris à gauche, dans les pays du Sud de l’Europe (cf Podemos en Espagne) est un fait politique marquant. Problème : à ce stade, cette solidarité tant attendue est loin d’être garantie dans les faits !

Le prix payé pour « acheter » l’unanimité d’une UE profondément fracturée est, en effet, très lourd ! L’une des dangereuses tares de l’accord qui résultent de ce compromis boiteux est le maintien (pour l’Allemagne) et même le renforcement (pour l’Autriche, les Pays-Bas, le Danemark et la Suède) des « rabais » sur leur contribution au budget de l’UE. Il s’agit là non seulement d’une dépense inique de plus de 50 milliards d’euros à la charge d’autres pays (dont la France), mais d’un encouragement au chantage « thatchérien » au véto sur toute décision budgétaire à venir. Une autre tare à combattre (Le Parlement européen s’est d’ailleurs engagé à s’y opposer) est précisément le rabotage scandaleux opéré (sous la pression des mêmes États) dans le budget 2021-2027 (adopté en même temps que le plan de relance) dans des dépenses aussi cruciales que ceux de la santé, de la recherche, des bourses Erasmus pour les jeunes, de la politique d’asile et même de l’aide à la transition écologique ! Quant au financement des 390 milliards de subventions, il dépend de l’instauration de taxes européennes (comme celle sur les géants du numérique -les GAFAM notamment- ou celle sur les transactions financières) dont la concrétisation est à ce jour au point zéro .

Et maintenant ? Critiquer ne suffit pas, il faut agir. Un champ de convergences s’ouvre, en effet, entre toutes celles et tous ceux qui sont conscients que l’UE est face à une contradiction explosive. En créant une immense attente dans les pays du Sud de l’Europe, elle s’est imposée, de fait, une obligation de résultats : selon que les citoyens constateront qu’un nouveau cours est engagé ou, au contraire, que rien n’a changé dans les faits, sonnera l’heure d’une relance de « l’Europe » ou celle de sa désintégration. Tel est le grand défi de la période qui s’ouvre.

31 juillet 2020 at 9:00 Laisser un commentaire

UE-CHINE : L’AFFAIRE DE LA « 5G »

Que le passage prochain à la cinquième génération de réseau de télécommunication (« 5G ») -et le maillage d’antennes-relais qui en résulte-  suscitent des controverses n’a, en soi, rien d’anormal. Les enjeux de cette révolution technologique sont assurément considérables. Ne prévoit-on pas que d’ici dix ans, la 5G relie 500 milliards d’objets connectés dans le monde ? Ce phénomène concerne chaque citoyen ainsi que de nombreuses filières, telles la robotique, la future voiture autonome, voire la téléchirurgie, etc… La croissance exponentielle des données et l’hyper-connectivité des sociétés futures posent des problèmes sociaux et sociétaux, économiques et écologiques, et, naturellement, de sécurité et de souveraineté. Il n’y a, à cet égard, rien à redire à la volonté exprimée par la Commission européenne de prévenir par des règles strictes les risques inhérents à une mutation de cette ampleur, depuis celui de la protection des données personnelles ou stratégiques jusqu’à celui de la dépendance d’un seul équipementier. Et ce d’autant plus qu’il n’y en a guère que trois qui comptent réellement, à ce jour, pour les opérateurs européens : le finlandais Nokia, le suédois Ericsson et…le chinois Huawei, leader mondial en la matière (dont SFR et Bouygues-Télécom utilisent déjà les infrastructures). Un consensus européen semblait s’établir : réguler plus, oui; bannir Huawei, non.

Le problème est venu de Washington : qui dit « leadership chinois » dit contre-offensive Trump. Celui-ci a donc  non seulement interdit toute vente de matériel chinois de télécommunication aux Etats-Unis et toute exportation d’équipements américains en la matière vers la Chine. Il a, dans le même temps, exercé sur ses « alliés » européens des pressions inouïes -y compris sonnantes et trébuchantes- pour qu’ils fassent de même, arguant de soupçons d’espionnage à grande échelle de la part de Huawei au profit de Pékin. En vain, dans un premier temps. Même le très obséquieux Boris Johnson refusa en janvier dernier de suivre son maître à penser, quitte à s’attirer les foudres de son protecteur. Or, voilà que , peu à peu, le ton se durcit en Europe -à l’exception, pour le moment, de la Chancelière allemande- à l’égard de la firme chinoise. À Londres, un lobby de 60 députés conservateurs dévoués à Washington a fini par faire basculer Boris Johnson. Hypocritement, Paris dit refuser le « bannissement total » de Huawei, mais n’accordera aux opérateurs utilisant les équipements chinois qu’une autorisation d’une durée de trois à huit ans, rendant l’amortissement des investissements quasi-impossible. « Question de souveraineté européenne » dit-on. Vraiment ? Est-on si sûr de la stratégie future de Nokia ? Rappelons qu’après avoir racheté Alcatel en 2015 et touché du gouvernement français de quoi payer 1000 ingénieurs pendant trois ans et demi, ce « Champion européen » (dixit Macron) vient d’annoncer la suppression de 1233 emplois en France , principalement dans la recherche et le développement « pour atteindre un niveau de rentabilité durable » ! Quant à Ericsson, il a été condamné à 1 milliard de dollars aux Etats-Unis, l’an dernier, pour avoir mis en place entre 2000 et 2016 un système de caisses noires destinées à décrocher des contrats grâce à des pots de vins ! Souveraineté européenne ? Non. Simple reculade face au chantage américain.

23 juillet 2020 at 7:44 Laisser un commentaire

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