BREVETS : LES 3 FACETTES DE LA MESURE BIDEN



Depuis le ralliement du président américain à la levée des brevets sur les vaccins anti-Covid, les dirigeants européens, pris par surprise, cachent mal leur embarras. C’est que la mesure Biden a, en fait, trois facettes, dont aucune n’est faite pour arranger les affaires des principaux responsables de l’UE.
D’un côté, on ne peut raisonnablement que saluer le fait qu’enfin un État influent prenne ses responsabilités en la matière. Alors que plus de 3 millions de personnes sont, à ce jour, décédées de la Covid-19 , que le pire est encore à venir pour maints pays du Sud par manque cruel de vaccins et que l’Inde et l’Afrique du Sud -qui ont des capacités de production inemployées- ont soumis, en vain depuis… octobre 2020, à l’Organisation mondiale du commerce (OMC) , avec le soutien de plus de 100 pays, leur demande de suspension temporaire des droits de la propriété intellectuelle, quiconque semble mégoter devant la perspective ouverte par Biden risque de se brûler les ailes dans l’opinion publique. D’où les volte-face aussi promptes que laborieuses, tant à Bruxelles que dans les capitales, à la notable exception de Berlin.
Pour autant, le Président américain n’est pas le chevalier blanc volant au secours de l’humanité ! Son geste n’efface pas des mois de refus égoïste d’exporter le précieux sérum -dont les Etats-Unis regorgent. Rappelons que le programme Covax, élaboré sous l’égide de l’Organisation mondiale de la santé et (mal) financé par les pays les plus développés, devait distribuer 2 milliards de doses de vaccin à 142 pays, essentiellement aux revenus faibles, d’ici fin 2021. Un chiffre dès le départ notablement insuffisant pour répondre aux besoins. Créé en mars 2020, le programme n’ a, en outre, pu démarrer qu’un an plus tard. Fin avril dernier, seules 49 millions de doses avaient été livrées. Pas de quoi jusqu’alors émouvoir la Maison blanche. Sans compter que l’acceptation du principe de la levée des brevets ne vaut que suivie de mesures permettant sa concrétisation : se pose en particulier la question clé du transfert des technologies et du savoir-faire le plus largement possible pour multiplier les centres de production : tarder à agir transformerait une décision courageuse ou un peu glorieux « coup de com » ! Or, reconnaître ces réalités n’est pas facile pour les dirigeants européens, particulièrement attachés qu’ils sont à défendre bec et ongles le leadership moral de l’Occident sur le monde. 
Enfin et surtout, il n’est pas aisé de se rallier à la levée des brevets pour qui a longtemps « expliqué », non sans condescendance, tant à Paris qu’à Bruxelles, aux militantes et aux militants porteurs de cette juste revendication, que leur idée était, certes « généreuse », mais pas « réaliste »…Aussi faut-il encore s’attendre à bien des tergiversations de leur part et poursuivre avec plus de détermination que jamais notre combat pour faire de ces vaccins un bien commun mondial et avancer concrètement vers la seule issue positive pour nous toutes et tous: assurer l’immunité collective à toute l’humanité.

13 mai 2021 at 8:11 1 commentaire

LE « SMIC EUROPÉEN » AU MENU DU SOMMET SOCIAL DE L’UE 

 
Ces 7 et 8 mai se tient à Porto, au Portugal, un « Sommet social » européen réunissant les 27 Chefs d’Etat et de gouvernement de l’UE. Nous en avons récemment rappelé les grands axes, tels l’objectif d’une très légère augmentation du taux d’emploi et celui d’une diminution fort limitée du nombre de personnes « menacées de pauvreté ou d’exclusion sociale »… d’ici 2030. (1). 
Il y sera également question du projet de salaire minimum européen annoncé par la Commission depuis deux ans. Ce serpent de mer du débat européen, tel qu’envisagé à ce jour, tient davantage du symbole que du progrès social effectif. Il ne peut évidemment pas s’agir de fixer un montant uniforme dans une Union économiquement aussi disparate.
Toute la question est, dès lors, de savoir quel mode de calcul de ce « SMIC » sera choisi pour agir en faveur d’une « convergence ascendante » , pour reprendre les termes de la Commission. Celle-ci évoque « un SMIC européen » au moins égal à 60% du salaire médian de chaque pays (2). Notons que ce seuil a le mérite d’être nettement supérieur à celui initialement envisagé par la très macronienne Nathalie Loiseau ! L’ ex-tête de liste LREM aux dernières élections européennes  suggérait de limiter ce « SMIC » à « la moitié du salaire médian », ce qui aurait pour effet d’alimenter, pour le coup, une « convergence descendante » ! 
La proposition de la Commission n’en est pas , pour autant, satisfaisante. Le plancher prévu correspond, en effet, tout juste au seuil de pauvreté selon Eurostat  ! Il ne faut donc pas y voir un barrage aux pratiques de mise en concurrence des travailleurs ! Tout au plus pourrait-on en espérer une réduction (relative) de l’énorme disparité existant aujourd’hui entre un « SMIC » bulgare, de l’ordre de 300 euros, et celui du Luxembourg avoisinant 2200 euros ! La question se pose tout particulièrement pour un certain nombre de pays d’Europe centrale et orientale. En effet, si une partie du grand écart entre le « SMIC » de la plupart de ces pays et celui des anciens États membres résulte du niveau de productivité de leurs économies comparé à celui des économies d’Europe occidentale , une autre partie relève clairement du dumping social pratiqué par les entreprises -notamment occidentales- qui s’y sont installées dans ce but ! 
Resterait, en outre, à se prémunir contre la forte tentation des gouvernements des pays au salaire minimum aujourd’hui nettement supérieur à la moyenne européenne (3) de s’inscrire dans une spirale de nivellement par le bas ! Quant aux 6 pays membres qui n’ont pas institué, jusqu’ici, de salaire minimum inscrit dans la loi -Italie, Autriche, Suède, Danemark, Finlande et République de Chypre- , il n’est pas sûr qu’ils consentiront à renoncer à leurs « traditions », qui consistent à fixer le niveau des salaires -y compris le salaire minimum- par voie de négociations collectives.
La directive européenne à laquelle ce processus est censé aboutir sera donc à évaluer attentivement. Et surtout, il s’agira, en tout état de cause, de ne pas relâcher les efforts pour garantir un « salaire décent  » pour toutes et pour tous dans une Europe où la solidarité primerait enfin sur la concurrence.

———(1) Voir Humanité-Dimanche du 8/4/2021(2) Une moitié des salaires se situe au-dessus, une moitié en dessous (À ne pas confondre avec le salaire moyen). (3) Soit, par ordre décroissant: le Luxembourg, l’Irlande, les Pays-Bas, la Belgique, l’Allemagne et, enfin, la France…

6 mai 2021 at 3:26 Laisser un commentaire

« PLAN DE RELANCE » DE L’UE : POURQUOI CETTE LENTEUR ?



Huit mois déjà que les 27 Etats membres de l’Union européenne se sont mis d’accord sur le fameux « Plan de relance » de 750 milliards d’euros, dont 390 milliards de subventions. Cet argent est majoritairement destiné aux pays les plus durement touchés par la pandémie et la crise économique et sociale qui l’accompagne.
C’est donc immédiatement qu’ils ont besoin d’aide…et pourtant, on attend toujours que le premier euro leur soit effectivement versé ! « Bureaucratie européenne ! » est-on tenté de s’écrier. Pas sûr. Voyons de plus près où le bât blesse. 
En premier lieu, le choix a été fait d’emprunter cette somme considérable sur les marchés financiers, plutôt que de faire appel à la création monétaire de la Banque centrale européenne -un tabou qui ne relève pas de la simple bureaucratie, mais d’une idéologie néolibérale particulièrement rigide (« l’ordolibéralisme » allemand ) , ce qui est bien plus grave. Il en résulte que les 27 parlements nationaux (et les parlements régionaux là où ils existent) doivent ratifier l’accord pour autoriser la Commission européenne à emprunter en leur nom. Or, le 21 avril dernier, pas moins de 10 pays membres n’avaient toujours pas voté sur ce texte !
En outre, le versement de telles sommes nécessite un contrôle du respect des critères (un peu vagues) décidés en commun pour l’utilisation des financements : 37% doivent s’inscrire dans les priorités environnementales (notamment climatiques) ; 20% dans la transition numérique; par ailleurs, l’ « État de droit »doit permettre de s’assurer que les fonds européens n’atterrissent pas dans des circuits parallèles, etc…La Commission de Bruxelles a donc été chargée de vérifier avec chaque État membre la bonne application de ces règles . Si elle s’en était tenue à cela, on pourrait, certes, parler de bureaucratie, mais, pas condamnable dans son principe. Beaucoup plus grave a été la volonté  de la Commission d’imposer une condition supplémentaire à l’obtention des crédits : celle d’appliquer ses « recommandations » du type « réformes structurelles », qui ont donné lieu à de longs bras de fer avec certains gouvernements !
Cerise sur le gâteau -qui, cette fois, n’est pas imputable à « l’Europe » : le 26 mars dernier, la Cour constitutionnelle allemande -saisie par l’un des co-fondateurs du Parti d’extrême-droite AfD pour vérifier si ce « Plan de relance » n’entraînait pas des risques financiers pour l’Allemagne…- suspendait la ratification de Berlin pendant près d’un mois ! 
Aux dernières nouvelles, l’argent commencera à être débloqué en juillet…Il restera alors un dernier défi à relever dans les années à venir : trouver de nouvelles ressources financières pour l’UE, pour rembourser -progressivement, entre 2028 et  2058- les 390 milliards de subventions à la place des États bénéficiaires.
Le débat est lancé à ce propos. C’est le moment de relancer l’exigence de mesures telles que la taxe sur les transactions financières ou la taxe « GAFAM » sur les géants du numérique . Quant à un impôt conséquent sur les profits et les fortunes, utilisons sans modération  l’ « effet Biden » sur les Européens ..

29 avril 2021 at 6:52 Laisser un commentaire

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