UN PAS VERS LA RÉUNIFICATION DE L’IRLANDE ?

« Pour la première fois de ma vie, j’ai le bonheur de constater que ce thème (la réunification de l’Irlande) s’impose dans le débat politique ! » (1) Ce récent cri du coeur de Mickey Brady, député du Sinn Fein, traduit le sentiment de tous nos amis républicains irlandais en voyant – depuis le vote des Britanniques en faveur du « Brexit »- leur rêve de toujours, et le coeur de leur programme, devenir un sujet incontournable à tous les niveaux de la société.

Avant de préciser les derniers développements de ce processus, un rapide retour en arrière n’est pas superflu. On a parfois tendance à l’oublier : il existe toujours dans l’Union européenne deux pays divisés et partiellement occupés , l’un par la Turquie (le nord de Chypre), l’autre par la Grande-Bretagne (le nord de l’Irlande). Il y a bientôt vingt ans (avril 1998), fut conclu avec Londres un accord de paix dit « du Vendredi saint » qui permit , à tout le moins, l’instauration à Belfast d’une Assemblée élue et d’un gouvernement co-dirigé par les principales forces politiques d’Irlande du nord (notamment le DUP, de la droite extrême, aujourd’hui partenaire de gouvernement de Theresa May, et…le Sinn Fein, de la gauche républicaine, membre de la « Gauche unitaire européenne » au Parlement européen) ! Depuis lors, la libre circulation et le développement des coopérations entre l’Irlande du nord et la République d’Irlande ont commencé à changer la donne. A la satisfaction générale, comme l’illustrent les progrès constants de l’influence du seul parti implanté dans l’ensemble du pays : le Sinn Fein.

C’est tout ce processus qui est aujourd’hui menacé par le spectre de l’instauration d’une frontière physique -en fait d’une « frontière extérieure de l’UE » !- coupant l’Irlande en deux : le sud , indépendant, restant dans « l’Europe », le nord la quittant comme « membre du Royaume-Uni » ! Une telle perspective est naturellement inacceptable. Elle a ravivé l’aspiration à la réunification du pays et son maintien dans l’UE. Dès mars dernier, une motion du Sinn Fein fut adoptée au Parlement de Dublin : elle réclame pour l’Irlande du nord un « statut spécial » lui permettant de rester dans l’UE, de pérenniser la libre circulation en Irlande et dans l’UE, de conserver la citoyenneté irlandaise (et donc européenne), de continuer à bénéficier des fonds structurels européens, etc…La demande de la validation de cette quasi-étape vers la réunification est également soutenue par la majorité des élus de l’Assemblée de Belfast (mais vivement combattue par le très réactionnaire DUP). Coup sur coup, cet été, deux commissions parlementaires de la République d’Irlande se sont emparées du sujet pour faire avancer le projet de « statut spécial ». La première est la commission du Sénat sur le Brexit. Elle a lancé un appel à la Commission européenne afin d’obtenir de sa part la garantie « que la réunification serait soutenue par l’UE dans le cas où le peuple de l’île d’Irlande voterait dans ce sens » (2) La seconde est la commission conjointe Parlement-Sénat sur l’Accord du Vendredi saint (présidée par le Sinn Fein) qui a conforté ce point de vue. Même le gouvernement de Dublin (de droite) , réticent au départ, sort peu à peu de sa réserve concernant le fameux « statut spécial ». On attend à présent la réponse officielle des dirigeants européens, eux qui avaient laissé entendre, en marge du Conseil européen d’avril dernier, qu’ils seraient favorables à une « adhésion automatique » d’une Irlande réunifiée si « les peuples d’Irlande et d’Irlande du nord le décidaient conformément à l’Accord du Vendredi saint ». Solidarité avec le peuple irlandais !

 

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(1) Mickey Brady au « Temps » de Genève (27/6/2017)
(2) Voir « Humanité » du 4/8/2017.

10 août 2017 at 8:41 Laisser un commentaire

REGAIN DE GUERRE ÉCONOMIQUE DE WASHINGTON CONTRE l’UE !

Depuis une dizaine d’années, les Etats-Unis multiplient les cas d’application extra-territoriale de lois internes pour sanctionner des sociétés étrangères -de préférence européennes- accusées de contrecarrer leur stratégie ou de nuire à leurs intérêts. On se souvient de l’amende-record ainsi infligée par Washington à BNP-Paribas en 2014 pour avoir consenti à financer des investissements européens en Iran et à Cuba, deux pays sous embargo…américain ! Raison invoquée : les paiements ayant été effectués en dollars, cela revenait à violer le blocus décidé par les USA. On ne compte plus les entreprises européennes qui ont eu à répondre à des convocations de la justice des Etats-Unis pour des relations commerciales avec des pays tiers qui déplaisaient aux lobbies outre-Atlantique. Qu’elles refusent de se soumettre au diktat de Washington et elles sont bannies du marché américain. Les pénalités ainsi imposées sont si exorbitantes que bien des sociétés européennes préfèrent renoncer à des contrats risquant de déclencher la machine judiciaire américaine. Le dirigeant d’une PME française, de retour de Téhéran, a même été préventivement convoqué à l’ambassade des Etats-Unis à Paris où il a été mis en garde contre un excès d’investissements en Iran, qui pourrait l’empêcher à l’avenir d’exporter outre-Atlantique ! Intimidations, inculpations, sanctions -parfaitement illicites au regard du droit international- tendent à se banaliser sans réaction autre que verbale de la part de l’Union européenne à cette stratégie de domination de son principal « partenaire ». Encouragé par cette pusillanimité, le Congrès des Etats-Unis vient de dépasser ses propres bornes.

Sous couvert de nouvelles sanctions économiques censées « punir » la Russie -une stratégie par ailleurs irresponsable sur le plan diplomatique- , les parlementaires américains ont demandé que des amendes soient infligées… à toutes les entreprises participant aux exportations énergétiques russes. Principale cible : le projet de gazoduc « North Stream 2 » devant relier la Russie à l’Allemagne par la mer Baltique. Ce gigantesque chantier (9,5 milliards d’euros) , destiné à doubler les capacités du pipe-line « North Stream 1 » (en service depuis 2012) doit être lancé l’an prochain. Il implique des groupes tels le Français Engie, l’Allemand BASF ou l’Anglo-néerlandais Shell, associés au Russe Gasprom. Le raisonnement américain est simple : plutôt que de se voir livrer le gaz russe, l’UE doit plutôt acheter du gaz de schistes aux Etats-Unis . Le Congrès US « s’oppose » donc au projet européen. Il en va, selon lui, de « la sécurité énergétique de l’Europe »!

Face à cette guerre économique déclenchée par son « allié » privilégié, l’UE proteste mais reste jusqu’ici inerte face à ce défi stratégique. Une note interne à la Commission européenne souligne pourtant que ces sanctions unilatérales pourraient « impacter beaucoup d’entreprises européennes traitant en toute légitimité avec des entreprises russes dans les transports ferrés et maritimes, la finance ou le secteur minier ». Il est vrai que Washington dispose dans l’Union européenne d’une véritable « cinquième colonne » avec (outre Londres) les gouvernements polonais et baltes, surtout s’il s’agit d’alimenter les tensions avec la Russie…Le Congrès US espère qu’il pourra compter sur eux pour bloquer toute décision d’envergure des « 28 » . De quoi justifier une réflexion de fond sur ce que les pays membres d’une « Union » digne de ce nom décident de faire ensemble .

3 août 2017 at 9:10 2 commentaires

LA HONGRIE D’ORBAN, LABORATOIRE DU POPULISME

Le Parti de la gauche européenne (PGE) a choisi de tenir cette année son Université d’été à Budapest. Les courageux militants et militantes du « Parti ouvrier hongrois-2006 », affilié au PGE, attendaient cet acte de solidarité. En brisant ainsi l’isolement de leurs camarades hongrois, les participants à l’événement, venus de toute l’Europe, de l’Ouest comme de l’Est, ont, en retour, appris à mieux cerner les ressorts pervers d’une politique qui ont permis à un dirigeant populiste de la droite extrême d’exercer une influence de masse sur un peuple désemparé dans un pays en crise profonde.

Tout d’abord, l’on ne peut comprendre le soutien apporté par de larges couches populaires -y compris celles qui se disent nostalgiques du leader historique de la Hongrie socialiste d’après 1956, Janos Kadar- au régime ultra-conservateur de Victor Orban sans mesurer l’ampleur du rejet du pouvoir social-libéral qui l’a précédé. C’est le sentiment d’abandon social et la désillusion politique qui avait poussé une population paupérisée et privée de perspective à porter au pouvoir le leader du parti Fidesz et à lui donner en 2010 la large majorité requise pour changer la Constitution. Depuis lors, Orban s’emploie à consolider les bases les plus réactionnaires de son pouvoir en jouant sur tous les registres à même de diviser le peuple et de compromettre toute alternative progressiste.

Il fut le premier à édifier un mur contre les migrants au nom de « l’unité spirituelle » de la nation chrétienne. Il poursuit avec zèle le harcèlement anticommuniste commencé il y a un quart de siècle, en prétendant déboulonner la statue et fermer les archives de Georg Lukacs, éminent philosophe marxiste hongrois de réputation internationale. S’il tente ainsi d’effacer de la mémoire nationale toute trace de pensée critique, il cherche, à l’opposé, à faire revivre l’esprit de revanche nationaliste né il y a un siècle du traité de Trianon (1920), qui priva la Hongrie de plusieurs de ses provinces en les rattachant aux pays voisins. C’est ainsi que les habitants de lointaine origine hongroise de ces pays se sont vus attribuer la nationalité magyare. Il multiplie par ailleurs les polémiques avec l’Union européenne en comptant tirer profit de l’impopularité de « Bruxelles », bien qu’il n’ait nul besoin d’injonction extérieure pour accentuer les inégalités sociales et exercer un autoritarisme quasi-dictatorial dans les institutions et les media.

Enfin, il n’a pas hésité à jouer subrepticement la carte de l’antisémitisme en couvrant les murs de la capitale d’affiches fustigeant le milliardaire américain d’origine hongroise Georges Sorros, dont la fondation aide les nouvelles couches moyennes mais qui symbolise aux yeux de nombreux autres citoyens le tournant libéral des années 1990 et les terribles injustices sociales qui ont suivi. Et, dans le même temps, le parti d’Orban reprend à son compte une vieille antienne réactionnaire au sujet du Pétain hongrois, l’ex-tyran Horthy, qui dirigea la Hongrie d’une main de fer, depuis l’écrasement de la République des Conseils en 1919 jusqu’à la capitulation du régime nazi auquel il s’était rallié : « Horthy a sauvé des juifs! » Précisons que 440 000 juifs hongrois ont été déportés pendant la guerre ! Ce n’est qu’à l’approche de la défaite -« alors que l’on entendait déjà les chenilles des chars soviétiques aux abords de Budapest », selon l’image d’un antifasciste- que le dictateur fit stopper la déportation des juifs de la capitale. La réécriture de l’Histoire fait partie de la panoplie du populiste.

On a dit de la Hongrie d’Orban qu’elle constituait « le laboratoire européen du populisme de la droite extrême ». A tout le moins, la gauche européenne gagne à tirer les leçons de la douloureuse épreuve des démocrates hongrois.

27 juillet 2017 at 7:22 Laisser un commentaire

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