L’HUMILIATION, ARME DES LÂCHES, A EFFET-BOOMERANG

Les dirigeants français et européens semblent découvrir l’humiliation que fait subir le pouvoir israélien à qui se met en travers de sa route. Le traitement abject infligé par le « ministre de la sécurité nationale » (!) du gouvernement Netanyahou, le fasciste Ben Kvir, aux  militantes et aux militants de la flottille pour Gaza, Global Sumud, a déclenché une  exceptionnelle levée de boucliers de la part de responsables politiques habituellement peu enclins à la sévérité à l’égard des auteurs d’exactions en Israël. Tant mieux. Notons que le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, a mis trois jours pour passer du minimum syndical (« des agissements inadmissibles ») à l’énoncé d’une « interdiction d’accès au territoire français » de l’auteur de l’agression. Dont acte. Reste à voir si cette tardive découverte de ce dont est capable le pouvoir israélien « à l’égard de citoyens français et européens » rendra l’Europe plus sensible au recours, par ce même pouvoir, à l’humiliation au quotidien et au plus haut degré du peuple palestinien. Quelques rappels s’imposent à cet égard.

Celui de l’enfer vécu par les 9000 à 10000 prisonniers palestiniens en Israël, dont un tiers en « détention administrative » (sans jugement et pour une durée inconnue), tout d’abord. Les traitements inhumains qui leur sont infligés par leurs geôliers sont abondamment documentés, y compris par des associations israéliennes de défense des droits humains et les témoignages à glacer le sang de détenus palestiniens après leur libération sont légion. Le mois dernier, c’est Marwan Barghouti , figure incontestée de la résistance palestinienne, emprisonné depuis 24 ans, qui subit à trois reprises un passage à tabac puis l’attaque d’un chien lâché par ses geôliers. Il y a quelques jours, c’est la rapporteuse spéciale des Nations unies sur la torture et les autres traitements inhumains ou dégradants, Alice J. Edwards, qui soulignait : « Le nombre et la cruauté des allégations recueillies témoignent d’un mépris flagrant, de la part d’Israël, de son devoir de traiter tous les détenus avec humanité » (1). RAS pour la France ni pour l’Europe ? 

L’enfer n’est, en outre,  pas réservé aux prisonniers : les colons et l’armée israélienne le font vivre aux Palestiniens dans toute la Cisjordanie. Dans certaines villes, c’est le cas depuis des décennies sans que l’Europe ne s’en émeuve. Un exemple parmi d’autres : en 2019, le grand quotidien suisse « Le Temps » rapportait que, du fait des « soldats et  colons extrémistes (…), vivre dans le centre d’Hébron, c’est, pour un Palestinien, vivre en enfer » (2) . Aujourd’hui, selon la FIDH, « une stratégie israélienne systématique (vise) à rendre invivable la présence palestinienne » dans toute la Cisjordanie (3) . Et que dire  de Gaza, dont tous les habitants, rappelons-nous, sont, pour le pouvoir israélien, « des animaux humains », comme l’avait hurlé le ministre de la défense de Netanyahou, après le massacre terroriste par des commandos de la branche armée du Hamas, comme pour justifier par avance le génocide du peuple de Gaza. 

A quelles autres extrémités faudra-t-il arriver pour convaincre les dirigeants européens de sanctionner, non pas quelques individus, mais le pouvoir responsable de ces humiliations au quotidien, cette arme des lâches, dont on connaît pourtant le terrible effet-boomerang !

—————

(1) France info , 19/5/2026

(2) Le Temps, 29/1/2019(3) Fédération internationale pour les droits humains : rapport sur l’annexion de la Cisjordanie par Israël (15.5.2025)

28 Mai 2026 at 3:55 Laisser un commentaire

LIBAN, IRAN,TAÏWAN : LA PAIX EST-ELLE POSSIBLE ?

Que ce soit au Liban, en Iran et dans le Golfe persique, ou encore à propos de Taïwan, une paix durable est parfaitement possible. Mais à quel prix ? 

Le Liban, tout d’abord, pris dans une nasse dont on parle trop peu. « Beyrouth face au piège : un plan américain de désarmement ou une (nouvelle) guerre élargie », titrait, le 13 mai dernier, le grand quotidien libanais, « L’Orient-Le Jour ». Relayant fidèlement les injonctions de Netanyahou, Washington réitère, en effet, auprès des autorités libanaises, l’exigence de retirer les armes au Hezbollah sous peine de subir un nouveau déferlement de mitraille de la part d’Israël. Les « négociations » entre le Liban occupé et l’occupant israélien se sont déroulées dans cet esprit -à Washington- et ont  abouti dans l’immédiat à une prolongation de 45 jours du « cessez-le-feu », aussitôt violé par Israël, comme ce fut systématiquement le cas depuis le début de la « trêve », il y a un mois. Rappelons que le gouvernement libanais a recensé pas moins de …1744 frappes aériennes, tirs d’artillerie, dynamitages, tirs d’obus phosphoriques, etc, en l’espace de 22 jours, touchant de nombreux civils, des journalistes et des équipes de secours, au mépris du droit international humanitaire et des conventions de Genève ! Quant au Hezbollah -né en 1982 suite à l’occupation (déjà !) du Liban par Israël – , le lancement de ses roquettes sur le Nord d’Israël doit naturellement cesser. Mais  son désarmement, s’il est souhaitable -par la négociation- dans un Liban souverain et démocratique, est tout simplement irréaliste tant qu’Israël occupe et ravage le pays ! Pour qui recherche une paix durable, la pression prioritaire -sanctions et négociation- doit donc être exercée sur ceux qui sont à l’origine du problème : le pouvoir israélien. 

L’Iran et le Golfe, ensuite, où le pire n’est, hélas,  plus exclu. L’hypothèse de la possession à moyen terme par Téhéran de l’arme nucléaire constitue, certes, un problème réel, comme toute prolifération de cette arme, en général. Mais à ce stade, il s’agit d’un prétexte pour justifier l’escalade de la guerre sans issue dans laquelle s’enlise « l’armée la plus puissante du monde ». Rappelons que le problème du nucléaire iranien avait été réglé pour longtemps par l’emblématique négociation internationale de 2015 et son corollaire : la levée des sanctions contre l’Iran.  Quiconque recherche une paix durable dans la région doit agir pour un retour à la seule voie praticable : celle de la négociation. 

Taïwan enfin, dont il est beaucoup question depuis le voyage de Donald Trump en Chine. Si une reconquête militaire de l’île est à proscrire, le fait qu’ il n’y a « qu’une seule Chine » -donc que Taïwan ne saurait être considérée comme « indépendante »- est un principe quasi-unanimement admis par la communauté internationale, Etats-Unis et Union européenne compris. Qui sait, du reste, que le parti de l’actuel leader « indépendantiste » de l’île est…minoritaire au Parlement de Taipei ? L’autre grand parti de l’île (KMT) bloque, à l’inverse, au Parlement, le projet d’achat d’armes américaines pour 40 milliards de dollars ! Sa cheffe souhaite « la paix et la réconciliation » avec Pékin, où elle s’est d’ailleurs rendue le mois dernier. Non aux armes, oui au dialogue !

N’écoutons pas les va-t-en guerre : une paix durable est possible !

21 Mai 2026 at 5:31 Laisser un commentaire

ALLONS-NOUS VERS « LA FIN DE L’OTAN » ?

Il a suffi que Donald Trump annonce sa décision de retirer 5000  soldats américains actuellement stationnés en Allemagne pour raviver le débat sur l’avenir de l’OTAN et sur le sort de l’Europe si les Etats-Unis mettaient fin à leur présence militaire et politique en Europe. De fait, l’imprévisible président des Etats-Unis menace souvent de quitter l’OTAN, qu’il qualifie de « tigre de papier » et ses membres européens de « lâches ». Et surtout, la confiance dans sa determination à venir en aide à un « allié » européen en cas d’attaque est rompue.  Et l’après-Trump est tout aussi incertain. Il n’en faut pas plus pour semer la panique chez les « atlantistes » de tous bords. 

« Que réserve l’avenir post-américain de l’Europe ? » s’interroge ainsi Joschka Fischer, ancien vice-Chancelier et ministre des Affaires étrangères (Vert) d’Allemagne (1). A ses yeux, « la dissolution de l’Alliance a déjà commencé ». C’est avec angoisse qu’il constate que « l’Europe doit désormais tracer sa propre voie »…

On laissera à l’intéressé sa nostalgie du « long protectorat américain (qui) a pris fin sous Trump et ne reviendra pas ». Notre conviction est, à l’inverse, que l’OTAN est surtout source d’insécurité comme en témoignent les effets délétères de son élargissement à l’Est. L’éventuelle « fin de l’OTAN » ne serait donc pas une mauvaise nouvelle ! Mais, ne prenons pas nos désirs pour des réalités. 

D’abord, si Trump entend effectivement réduire drastiquement le financement des capacités militaires conventionnelles en Europe, gageons qu’il ne prévoit nullement de renoncer au commandement suprême des « forces alliées » sur le continent. Quant au « parapluie » nucléaire américain, nombre de pays européens sont prêts, pour espérer le conserver, à mieux

« partager le fardeau » des dépenses de l’OTAN en consacrant des budgets pléthoriques à leur défense comme à l’entretien des 37 bases américaines en Europe, tout en s’engageant à acheter des F35, des missiles Patriot, et autres tanks ou lance-roquettes  américains ! 

Ensuite, pour le cas où les Etats-Unis -obnubilés par le défi chinois- se retireraient réellement de l’Europe, les principales « puissances » de la région (France, Grande-Bretagne, Allemagne, Pologne…) éventuellement rejointes par..le Canada, envisageraient de constituer une force conjointe d’intervention. Emmanuel Macron, pour sa part, poursuit son dangereux rêve de grandeur en proposant d’étendre « la bombe » française à tous ses voisins ! Et l’extrême-droite est en embuscade…Bref, quel que soit l’avenir de l’OTAN -avec ou sans les Etats-Unis- , il n’est question que de militarisation à outrance. L’essentiel, en matière de sécurité collective, manque en tout état de cause désespérément à l’appel. 

L’urgence est à une revalorisation substantielle de la dimension politique de la sécurité européenne : celle fondée avant tout sur la diplomatie, la prévention des conflits et le droit international et non sur les rapports de force; celle mettant l’accent sur la sécurité globale -alimentaire, sanitaire, climatique …- et non sur le culte de la « puissance »; celle misant sur les progrès du multilatéralisme et non sur les prétentions dominatrices d’un « Occident » déclinant. Il est plus que jamais nécessaire d’ouvrir un débat public sérieux sur ces enjeux de civilisation .

———-

(1) « Le Monde », 1/5/2026

14 Mai 2026 at 6:50 Laisser un commentaire

Older Posts


Entrer votre adresse e-mail pour vous inscrire à ce blog et recevoir les notifications des nouveaux articles par courriel.

Rejoignez les 5 297 autres abonnés

Chronique européenne dans l’Humanité Dimanche

Intervention au Parlement européen (vidéo)

GUE/NGL : vidéo

Mai 2026
L M M J V S D
 123
45678910
11121314151617
18192021222324
25262728293031

Archives

Catégories

Pages

Pages