ADHÉSION DE L’UKRAINE À L’UE : L’EMBARRAS DES 27
« L’adhésion de l’Ukraine à l’UE : une équation difficile à résoudre par les Vingt-Sept » titrait récemment un grand quotidien, pourtant plutôt bienveillant vis-à-vis de la cause ukrainienne (1). C’est qu’aux problèmes liés aux réformes économiques profondes à réaliser pour satisfaire aux conditions requises par l’Union européenne, Volodymyr Zelensky vient lui-même d’ajouter un obstacle majeur, cette fois d’ordre politique, à l’adhésion ! Bref retour sur les faits.
Le 15 juin prochain doit se tenir à Luxembourg la « Conférence intergouvernementale » donnant le « top-départ » des négociations d’adhésion . Tout le monde savait qu’elles seraient beaucoup plus délicates et plus longues que ce que le Président ukrainien, depuis le début, veut admettre. Mais des raisons « géopolitiques » -l’incontournable solidarité due à un pays européen agressé par l’armée russe- laissaient néanmoins présager, dans le cas de l’Ukraine, un aménagement sensible des conditions auxquelles sont habituellement soumis les pays candidats à l’adhésion. Mais jusqu’où peut aller « l’exception ukrainienne » dans les négociations d’adhésion sans trahir les principes affichés par l’UE ?
Nombre d’observateurs se demandaient ainsi depuis plusieurs semaines quelles seraient les répercussions sur les futures négociations de l’énorme scandale de corruption -un mal endémique en Ukraine- mettant cette fois en cause Andriy Yermak qui fut, jusqu’il y a peu, le très puissant bras droit de Zelensky, au point d’être appelé le « vice-président » du pays. Zelensky se tut.
Mais, voilà que, le 25 mai dernier, eut lieu près de Kiev, sous la présidence de Zelensky et en présence de personnalités politiques ukrainiennes de premier plan, une invraisemblable cérémonie de ré-inhumation d’Andri Melnyk, figure des ultra-nationalistes, ayant combattu avec « l’armée insurrectionnelle d’Ukraine » aux côtés des nazis ! (2) « Ce n’est qu’un premier pas », souligna même le Chef de l’Etat ukrainien en annonçant le même type de cérémonie pour honorer d’autres « héros ukrainiens » de même acabit. C’est peu de dire que cette initiative a choqué nombre d’observateurs : « En qualifiant Andri Melnyk de « grande figure ukrainienne », Volodymyr Zelensky a franchi un cap sur l’un des sujets mémoriels les plus sensibles du pays » réagit « Le Monde » (3). Cet hommage indigne « porte atteinte aux valeurs morales essentielles et au devoir de mémoire de la Shoah » s’est insurgé l’Institut pour la mémoire de la Shoah, « Yad Vashem » en Israël, tandis qu’en Pologne, des voix s’élevèrent, accusant le Président ukrainien d’insulter la mémoire des dizaines de milliers de victimes civiles des ultra-nationalistes ukrainiens, durant la seconde guerre mondiale dans ce pays.
Qu’en diront les dirigeants européens -aujourd’hui silencieux- lorsqu’ils aborderont avec leurs interlocuteurs ukrainiens le premier chapitre des négociations d’adhésion portant sur les « valeurs fondamentales » revendiquées par l’Union européenne ? Sans doutent argueront-ils que la guerre, cruelle et meurtrière, menée par la Russie favorise la montée du nationalisme ukrainien : c’est malheureusement juste, mais cela n’excuse en rien la lourde et irresponsable décision d’un Chef d’Etat de promouvoir le pire héritage de l’Histoire de son pays.
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(1) « Les Échos », 26/2/2026
(2) «Quand Volodymyr Zelensky pioche dans les criminels de guerre pour choisir ses héros nationaux » (« L’Humanité », 27/5/2026)
(3) « Le Monde », 3/6/2026
CE QUE L’ÉPIDÉMIE EBOLA NOUS DIT DE NOTRE MONDE
« Si Ebola touchait l’Europe ou les Etats-Unis, on aurait déjà des vaccins et des médicaments » : l’observation du Directeur général du Centre africain de contrôle et de prévention des maladies, Jean Kaseya, en dit long sur les sentiments d’injustice, d’inégalité sinon de discrimination que ressentent les peuples africains face à l’absence de « gouvernance mondiale » équitable et responsable. « Il n’y a pas de marché en Afrique » s’entend rétorquer le responsable du Centre en question de la part des grands laboratoires occidentaux. De fait, sur les 1,4 milliard d’Africains, seuls 30 millions, disséminés sur tout le continent, bénéficient d’une assurance suffisante pour couvrir le recours à toute la panoplie des traitements. L’ Occident s’intéresse à « l’Afrique utile », celle qui offre des « opportunités » et qui est saluée depuis une dizaine d’années comme « un nouvel Eldorado » pour les « investisseurs ». Il détourne, en revanche, le regard de la détresse des populations pauvres comme celles qui luttent actuellement contre l’épidémie Ebola en République démocratique du Congo ! Rappelons que ce vaste pays de 100 millions d’habitants, parmi les plus pauvres du monde -et qui subit, en outre, une insurrection armée particulièrement meurtrière soutenue par le voisin rwandais- affronte pour la 17ème fois en cinquante ans (!) le virus Ebola, au taux de létalité de l’ordre de 50%, sans n’avoir jamais eu de vaccin.
Face à la dangereuse propagation de l’épidémie en RDC et à la menace qui pèse sur une dizaine de pays voisins, l’ONU mobilise les moyens à sa disposition pour répondre à l’ « urgence internationale ». Elle a organisé un pont aérien pour acheminer sur place des fournitures médicales et des équipements d’urgence. Elle a lancé un appel de fonds pour contenir l’épidémie dans l’Ouganda voisin, touché à son tour. Avec le Programme alimentaire mondial, elle intervient dans les zones les plus touchées par l’insécurité alimentaire. Le directeur général de l’Organisation mondiale de la santé est sur place, aux côtés des équipes de l’OMS et des professionnels de santé congolais. L’intensité de cet engagement collectif ne rend que plus révoltantes les coupes drastiques dans l’aide internationale aux pays du Sud en général et à l’Afrique en particulier dans la dernière période.
Si l’annulation par Donald Trump de 83% de l’aide humanitaire constitue le scandale absolu en la matière, ce qu’on sait moins est que les pays occidentaux (OCDE) dans leur ensemble ont fait chuter leur aide publique au développement (APD) de 23% en 2025 par rapport à 2024 ! Quant à la France, son APD a diminué de 33% sur deux ans (de 2024 à 2026). Selon la revue médicale britannique de référence, « The Lancet », si la tendance actuelle se poursuit, « 22,6 millions de personnes -dont 5,4 millions d’enfants de moins de 5 ans- mourront d’ici 2030 dans 93 pays représentant 75% de la population mondiale ». Monstrueux !
Les premières victimes de ces restrictions brutales sont les agences des Nations unies, en particulier l’Organisation mondiale de la santé -dont Donald Trump a retiré les Etats-Unis le jour-même de son investiture, privant l’OMS de près de 20% de son budget ! Notons que ce dernier représentait pour la période 2022 et 2023 la somme de 6,7 milliards de dollars, soit l’équivalent de…3 à 4 jours de guerre américaine contre l’Iran ! Nous vivons des reculs civilisationels dont trop de nos contemporains ne prennent pas vraiment la mesure. Agir pour la paix mondiale, c’est aussi refuser les guerres silencieuses !
L’HUMILIATION, ARME DES LÂCHES, A EFFET-BOOMERANG
Les dirigeants français et européens semblent découvrir l’humiliation que fait subir le pouvoir israélien à qui se met en travers de sa route. Le traitement abject infligé par le « ministre de la sécurité nationale » (!) du gouvernement Netanyahou, le fasciste Ben Kvir, aux militantes et aux militants de la flottille pour Gaza, Global Sumud, a déclenché une exceptionnelle levée de boucliers de la part de responsables politiques habituellement peu enclins à la sévérité à l’égard des auteurs d’exactions en Israël. Tant mieux. Notons que le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, a mis trois jours pour passer du minimum syndical (« des agissements inadmissibles ») à l’énoncé d’une « interdiction d’accès au territoire français » de l’auteur de l’agression. Dont acte. Reste à voir si cette tardive découverte de ce dont est capable le pouvoir israélien « à l’égard de citoyens français et européens » rendra l’Europe plus sensible au recours, par ce même pouvoir, à l’humiliation au quotidien et au plus haut degré du peuple palestinien. Quelques rappels s’imposent à cet égard.
Celui de l’enfer vécu par les 9000 à 10000 prisonniers palestiniens en Israël, dont un tiers en « détention administrative » (sans jugement et pour une durée inconnue), tout d’abord. Les traitements inhumains qui leur sont infligés par leurs geôliers sont abondamment documentés, y compris par des associations israéliennes de défense des droits humains et les témoignages à glacer le sang de détenus palestiniens après leur libération sont légion. Le mois dernier, c’est Marwan Barghouti , figure incontestée de la résistance palestinienne, emprisonné depuis 24 ans, qui subit à trois reprises un passage à tabac puis l’attaque d’un chien lâché par ses geôliers. Il y a quelques jours, c’est la rapporteuse spéciale des Nations unies sur la torture et les autres traitements inhumains ou dégradants, Alice J. Edwards, qui soulignait : « Le nombre et la cruauté des allégations recueillies témoignent d’un mépris flagrant, de la part d’Israël, de son devoir de traiter tous les détenus avec humanité » (1). RAS pour la France ni pour l’Europe ?
L’enfer n’est, en outre, pas réservé aux prisonniers : les colons et l’armée israélienne le font vivre aux Palestiniens dans toute la Cisjordanie. Dans certaines villes, c’est le cas depuis des décennies sans que l’Europe ne s’en émeuve. Un exemple parmi d’autres : en 2019, le grand quotidien suisse « Le Temps » rapportait que, du fait des « soldats et colons extrémistes (…), vivre dans le centre d’Hébron, c’est, pour un Palestinien, vivre en enfer » (2) . Aujourd’hui, selon la FIDH, « une stratégie israélienne systématique (vise) à rendre invivable la présence palestinienne » dans toute la Cisjordanie (3) . Et que dire de Gaza, dont tous les habitants, rappelons-nous, sont, pour le pouvoir israélien, « des animaux humains », comme l’avait hurlé le ministre de la défense de Netanyahou, après le massacre terroriste par des commandos de la branche armée du Hamas, comme pour justifier par avance le génocide du peuple de Gaza.
A quelles autres extrémités faudra-t-il arriver pour convaincre les dirigeants européens de sanctionner, non pas quelques individus, mais le pouvoir responsable de ces humiliations au quotidien, cette arme des lâches, dont on connaît pourtant le terrible effet-boomerang !
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(1) France info , 19/5/2026
(2) Le Temps, 29/1/2019(3) Fédération internationale pour les droits humains : rapport sur l’annexion de la Cisjordanie par Israël (15.5.2025)




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