LE NATIONALISME ANGLAIS ET LE « BREXIT »

Dans un ouvrage collectif d’une grande richesse qui vient de sortir, les forces et courants nationalistes d’une vingtaine de pays européens sont passés au crible (1). L’actualité du « Brexit » m’a conduit à m’arrêter sur le cas de la Grande-Bretagne. On se rappelle, en effet, les nombreuses saillies contre les « étrangers » -y compris européens- des promoteurs de la sortie de l’UE. Pour autant, ces thèmes xénophobes ne sont pas apparus brusquement lors de la campagne référendaire de 2016. . Thierry Labica, Maître de conférences en études britanniques à l’Université Paris-Nanterre, nous livre à ce propos des analyses fort pertinentes sur les conditions de la montée du nationalisme anglais depuis une dizaine, voire une quinzaine d’années. Un nationalisme que le Brexit a « contribué à normaliser », écrit cet expert.

Le fil rouge qui traverse toute cette période est le thème du péril migratoire, présenté comme cause de la fin de l’Etat-providence, de la perte de cohésion sociale comme de la montée du malaise « civilisationel ». L’auteur revient ainsi très opportunément sur les campagnes d’opinion, aussi démagogiques qu’irresponsables, montrant du doigt les personnes « d’apparence non-Britanniques » (!) et attribuant à l’immigration les effets dévastateurs des politiques d’austérité draconienne mises en place après la crise de 2008. À quoi s’ajouta, apprend-on, l’entretien d’une « vague de panique », à la fois sur le thème du « surpeuplement du pays » et sur le risque d’une « submersion de l’identité nationale ». Quelques années plus tard, la ministre de la l’Intérieur du gouvernement Cameron, une certaine Theresa May, s’illustre par une politique visant à produire un « environnement hostile » aux migrations vers la Grande-Bretagne, tandis que son Premier Ministre se glorifie de refuser d’accueillir 3000 enfants réfugiés non accompagnés…

La vérité oblige à rappeler qu’avant le retour des conservateurs au pouvoir, les dirigeants travaillistes avaient eux-mêmes répandu le poison xénophobe, tel ce slogan repris de l’extrême-droite par Gordon Brown, le successeur de Tony Blair : « British jobs for British Workers » (les emplois britanniques pour les travailleurs britanniques); ou ce chapitre du programme travailliste en 2010 intitulé sans vergogne : « Crime et immigration: renforcer nos communautés, sécuriser nos frontières » !

C’est dans ce contexte que l’UKIP -« Parti pour l’indépendance du Royaume-Uni », le parti de Nigel Farage, ouvertement nationaliste et xénophobe, créé en 1993, autour du projet de sortie de l’Union européenne, a gagné en influence, au point de conduire le Premier Ministre conservateur, David Cameron, en 2015, pour éviter une hémorragie de la frange ultra de son parti au profit de celui de Farage, à s’engager, en cas de réélection, à organiser un référendum sur la sortie de l’UE. On connaît la suite.

Nul ne peut naturellement déduire de ce qui précède que tous les partisans du Brexit seraient des nationalistes ! Le rappel de ces faits confirme en revanche la lourde et honteuse responsabilité de la « classe politique » britannique dans cette dérive. L’espoir d’une contre-offensive démocratique -sans remise en cause du résultat du vote- est désormais du côté de Jérémy Corbin et de ses partisans.

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(1) « Les nationalistes à l’assaut de l’Europe » sous la direction de Dominique Vidal , avec une conclusion de Bertrand Badie (Éditions Démopolis, 21€)

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18 avril 2019 at 10:52 Laisser un commentaire

PALESTINE: L’UE FACE À UNE RESPONSABILITÉ HISTORIQUE

Quoi de plus « parlant » sur la situation au bord de l’explosion en Palestine que le silence poignant et la colère rentrée des dizaines de jeunes secouristes en veste du « Croissant rouge » venus rendre un dernier hommage à leur camarade tombé sous les balles d’un soldat israélien en venant soigner un blessé dans le camp de réfugiés de Dheisheh , près de Béthléem (où l’armée d’occupation n’a, en principe, aucun droit de pénétrer) ! On en apprend plus sur la Palestine durant une visite de cinq jours sur le terrain avec l’AJPF (1) qu’à travers tous les reportages sur le sujet dans les grands médias français et européens . Comme nous l’a dit un couple de touristes devant le mausolée du Président Arafat : « On est venu pour comprendre. On a vu et on a compris… » A plus forte raison lorsqu’on a la possibilité d’échanger avec les réfugiés de quelques uns des 59 camps où vivent les plus pauvres d’entre eux , de génération en génération depuis 1948…

Évoquant la situation à Gaza, bien pire encore que celle de Cisjordanie, l’un de nos interlocuteurs fit ce constat terrifiant : « À 12 ans, un enfant y a déjà vécu trois guerres : les enfants grandissent ici dans la violence et le ressentiment. » Aussi les enfants bénéficient-ils de la part des familles en Palestine d’une attention toute particulière : « Pourriez-vous demander aux responsables de l’UNRWA (2) , que vous allez rencontrer, si les écoles ouvriront encore leurs portes à partir de 2020 ? » nous interrogea avec une angoisse clairement perceptible le responsable d’un camp. C’est que cet organisme des Nations-Unies, entièrement dédié aux cinq millions de réfugiés palestiniens, traverse une crise financière sans précédent depuis sa création en 1949 , suite à la décision de Donald Trump de faire passer la contribution financière des Etats-Unis à cet Office de 360 millions à…60 millions de dollars par an ! Le « chef du monde libre » brandit en outre la menace de pousser à une révision du statut de réfugié pour ne faire bénéficier de l’aide internationale que les 50 000 survivants directs de l’exil forcé de 1948 tout en refusant toute idée de « droit au retour » ou de compensation financière de l’Etat responsable de l’interminable exil forcé de tous leurs descendants ! Tous attendent de l’UE qu’elle prenne le contre-pied de Washington et qu’elle renforce son aide humanitaire aux réfugiés -ce qui est loin d’être gagné.

Et comme si toutes ces souffrances et ces humiliations quotidiennes ne suffisaient pas, voilà que monte dans les milieux dirigeants européens eux-mêmes l’idée irresponsable selon laquelle, face à la multiplication des obstacles à l’existence d’un État palestinien -prolifération des colonies, crise économique dans les territoires occupés , divisions entre Palestiniens- , la question d’un renoncement progressif des États européens à cet objectif stratégique se posait ! Notre mobilisation s’impose plus que jamais!
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(1) L’Association pour la promotion des jumelages entre des villes françaises et des camps palestiniens (fondée par le regretté Fernand Tuil) vient d’organiser un séjour de découverte et de coopération pour une quarantaine d’élues et d’élus à Jérusalem et en Cisjordanie (28/3-2/4).
(2) Office des Nations-Unies pour le secours et les travaux pour les réfugiés au Proche-Orient

11 avril 2019 at 9:43 Laisser un commentaire

LE TRAITÉ BUDGÉTAIRE CONTRAIRE AU DROIT EUROPÉEN ?

Quand l’expérience donne spectaculairement raison à notre groupe de la « Gauche unitaire européenne » (GUE) au Parlement européen ! Retour sur l’avalanche de décisions des Etats membres de l’UE visant -sous la pression d’Angela Merkel avec la complicité de Nicolas Sarkozy- , en 2011 et 2012, à instituer les politiques d’austérité en règle permanente et étroitement contrôlée.

Première salve de « réformes » : adoption en 2011 (par les gouvernements et la majorité du Parlement européen) de six règlements et directives renforçant la surveillance du budget et des politiques économiques de chaque État membre.

Deuxième stade : en 2012, deux règlements supplémentaires viennent encore noircir le tableau . Et, là encore, les gouvernements s’alignent et la majorité des députés européens acceptent sans coup férir.

Troisième étape : la Chancelière allemande en veut toujours plus. Soutenue par Nicolas Sarkozy , elle demande à ses pairs d’adopter , en 2012, un traité renforçant encore la « discipline budgétaire ». Notamment par l’inscription dans chaque Constitution (ou , du moins, dans une loi supérieure aux lois ordinaires) une « règle d’or » : à savoir l’engagement à aller vers un déficit « structurel » inférieur ou égal à 0,5% du PIB (l’ensemble des richesses produites). Une clause du traité prévoit, en outre, de rendre plus difficile aux Etats récalcitrants de s’opposer aux injonctions qui les visent. Pour mémoire, il s’agit du fameux « traité budgétaire » que le candidat Hollande s’était engagé à « renégocier » s’il était élu…On connaît la suite.

Aussitôt, le groupe GUE -où siègent les élus et élues présentés par le PCF- est vent debout contre tout cet arsenal austéritaire et autoritaire. Il décide alors de se battre sur tous les fronts pour tenter de briser cette logique diabolique, y compris sur le plan juridique. Il demanda immédiatement une contre-expertise sur la légalité du traité budgétaire au regard du droit européen à un spécialiste de la Faculté des sciences juridiques de Brême, le Professeur Fischer-Lescano. Celui-ci prouve par A + B devant la presse, au Parlement européen, que, dans leur obsession à vouloir corseter les pays membres pour imposer partout les règles d’austérité, les principaux dirigeants européens ont violé leur propre droit ! Sur le moment, cela ne fait guère de bruit : pensez donc, un « petit » groupe de communistes qui prétend faire la leçon aux Chefs d’Etat et à la Commission ! D’ailleurs, pensaient certains, ce traité ayant été conclu entre gouvernements en dehors des institutions de l’UE, il n’avait pas besoin de respecter le droit européen . Ils ignoraient manifestement que , faute d’être passé par les institutions européennes au plus tard cinq ans après son entrée en vigueur (donc le 1er janvier 2018) , il était caduc ! Patatras : la vérité éclata lorsque la commission des affaires économiques et monétaires du Parlement européen refusa en novembre dernier de transférer ce traité en droit européen pour cause de non-conformité ! (1) Comme les députés du groupe GUE l’avaient affirmé dès 2012.

Tout est donc bloqué : le traité budgétaire n’a plus d’existence légale ! C’est sans précédent. Certes, tous les autres règlements et directives restent, hélas, valides: le combat contre l’austérité et les « réformes » libérales ne doit donc surtout pas faiblir ! Mais voilà une preuve de plus de l’état de crise profonde dans lequel s’enfonce cette Europe libérale. Un encouragement de plus à reprendre le drapeau d’un projet européen démocratique, coopératif et solidaire.

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(1)Patrick Le Hyaric : « le traité budgétaire peut être annulé » Humanité (5/12/2018)

6 avril 2019 at 9:22 Laisser un commentaire

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