DE « L’UNIFICATION ALLEMANDE » A LA PERCÉE DE L’AfD

  Le dangereux précédent que représente la percée historique de l’extrême-droite en Saxe-Anhalt et plus généralement l’essor régulier de l’AfD en Allemagne, en particulier dans les « nouveaux Länder » de l’Est, résultent à l’évidence de multiples causes. L’une d’entre elles mérite cependant une mention particulière : celle que l’historien Nicolas Offenstadt, spécialiste de l’ex-RDA, appelle « le sentiment de déclassement, de dépossession et de rabaissement » vécu par de nombreux anciens citoyens de RDA à la suite de « l’unification allemande »(1). L’événement remonte certes à 36 ans, mais les traces profondes qu’il a laissées dans les consciences -et la persistance, à maints égards,  d’une Allemagne à deux vitesses- servent de terrain de jeu aux redoutables démagogues de l’AfD (2). Retour sur cette période trop souvent simplifiée à l’excès. 

Lors de la chute du mur de Berlin, la majorité des citoyens et citoyennes de RDA ne souhaitait pas s’intégrer à la RFA. Toutes les études le soulignent : la plupart rêvait d’une nouvelle RDA, démocratique, et préservant les acquis sociaux, tout comme d’autres aspects spécifiques de leur mode de vie. Ce rêve fut balayé par les illusions semées par le Chancelier chrétien-démocrate, Helmut Kohl, promettant à une population désemparée des « paysages florissants » et la prospérité symbolisée par l’échange, de un pour un, des marks de l’Est contre des marks de l’Ouest. Quelques mois plus tard, le même, fort de la victoire de ses alliés de la CDU lors des élections législatives en RDA de mars 1990, se lança dans ce qu’il faut bien appeler une annexion, d’une violence inouïe, d’un pays, la RDA, aussi ancien que la RFA . Le seul fait d’avoir confié à Wolfgang Schäuble, à l’arrogance légendaire, la direction des « négociations » avec les autorités est-allemandes, et donné à une agence dirigée par le grand patronat ouest-allemand, la « Treuhand », les pleins-pouvoirs en matière de bradage aux « investisseurs », notamment ouest-allemands, de la totalité du patrimoine économique de l’ex-RDA, en dit long sur le respect témoigné aux ex-citoyens de ce pays  , traité en « vaincu », et à leur identité propre ! 

Il s’ensuivit, pour les « Allemands de l’Est », dès 1991, une chute de 73% de la production industrielle et un chômage de masse -une plaie qui leur était inconnue jusqu’alors- poussant des dizaines de milliers d’entre eux  à occuper leur usine (comme les 25000 salariés de la chimie…en Saxe-Anhalt) et quelque deux millions de personnes à émigrer à l’Ouest, en désespoir de cause, à la recherche d’un hypothétique nouvel emploi. « Ils remplacent jusqu’à nos plaques de rue. Pour eux, on est des incapables. Tout doit changer ! » m’avait dit, dépité, un chauffeur de taxi de Berlin-Est, à cette époque. De fait, les qualifications acquises à l’Est et non reconnues à l’Ouest, les entreprises publiques de haut niveau fermées parce qu’issues de RDA, la condescendance sempiternellement affichée par les autorités de l’Ouest à l’égard de leurs nouveaux « compatriotes » etc…ont nourri des sentiments de frustrations sinon d’humiliation qui finissent toujours par se payer au prix fort. Nous y voilà. La classe dirigeante allemande sera-t-elle capable d’en tirer enfin les leçons ?

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(1) Humanité, 7/9/2026

(2) Les salariés de l’Est du pays gagnent toujours 17% de moins que ceux de l’Ouest. Par ailleurs, seuls 12,1% des postes de direction sont occupés par des personnes originaires de l’Est du pays, qui représentent 20% de la population (source gouvernementale).

19 septembre 2026 at 5:52 Laisser un commentaire

RUSSIE-UKRAINE: « UNE PHASE EXTRÊMEMENT DANGEREUSE »

Après plus de quatre années terriblement meurtrières, la sinistre « opération militaire spéciale » lancée par Vladimir Poutine et les répliques de l’Ukraine avec l’aide de ses alliés occidentaux sont en train d’être prises dans un nouvel engrenage : victimes civiles de plus en plus nombreuses; utilisation de part et d’autre  d’armes de plus en plus sophistiquées et destructrices; frappes ukrainiennes en profondeur sur les raffineries et les grands sites logistiques russes; blocage de fait par la Russie des ports ukrainiens de la mer Noire, paralysant les exportations -notamment de céréales- stratégiques pour l’économie ukrainienne ; lourdes menaces de Volodymyr Zelensky contre l’aviation civile dans le ciel russe « infesté de drones » (ukrainiens) et où « les jours sûrs sont révolus » (!) ; frappe russe sans précédent sur le siège des services de sécurité ukrainiens dans le centre de Kiev…« C’est une phase extrêmement dangereuse » soulignait récemment l’ancien ambassadeur de France à Moscou et fin connaisseur de la Russie, Jean de Gliniasty, en évoquant « une escalade un peu sauvage » (1)

Comment expliquer cette inquiétante montée aux extrêmes qui, sans initiative de tiers, ne peut que s’auto-alimenter ? Chacun des deux belligérants, faute d’entrevoir une issue militaire  victorieuse à la mesure des incommensurables sacrifices consentis par ses soldats et son peuple, ne peut concevoir d’accepter le statu quo. Jusqu’où peut conduire cette fuite en avant ? Nul ne le sait, mais désormais tout paraît possible. Y compris ce qu’aucun des protagonistes ni aucun de leurs soutiens respectifs ne souhaite « a priori ». 

Une seule conclusion responsable s’impose : rompre au plus vite cet engrenage fatal en tentant l’impossible pour créer les conditions de l’ouverture de négociations ! L’initiative, à l’évidence, ne viendra ni du pays agressé ni de l’Etat agresseur, chacun y mettant des conditions inacceptables par l’autre. Washington a pris une initiative qu’en l’état actuel des choses on ne peut dédaigner par avance. Qu’attendent, pour leur part, les dirigeants européens pour tenter de faire taire les armes : par exemple, en sondant des pays-clés comme la Chine, l’Inde, le Brésil, voire la Turquie, qui, à la fois, n’ont aucun intérêt à un prolongement de cette guerre et ont un ascendant sérieux sur le pouvoir russe ? Certes, il ne faut pas leur demander de cautionner une capitulation de la Russie devant l’Occident ! En revanche, il pourrait s’agir d’entamer un dialogue exploratoire avec chacun des deux belligérants afin d’essayer de leur faire accepter le constat qu’il n’y a pas de solution militaire à ce conflit : un grand pas serait déjà franchi ! Ce ne serait pas encore la paix véritable, qui suppose le retour au droit international et la construction d’une nouvelle architecture de sécurité pour l’Europe,  mutuellement acceptable . Mais ce ne serait déjà plus la guerre ! 

A noter avec intérêt, à cet égard : trois  anciens diplomates -français, allemand et britannique- ont pris l’initiative, cet été, à Vienne, d’entamer une discussion informelle avec d’anciens responsables russes afin d’évaluer les possibles en matière d’éventuelles négociations, à l’avenir (2). Là où il y a une volonté, il y a un chemin. 

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(1) La Marseillaise (17/8/2026)

(2) Il s’agit du Français Pierre Vimont, ancien secrétaire général du « quai d’Orsay » européen ; de l’Allemand Markus Ederer, ancien ambassadeur de l’UE à Moscou et du Britannique Timothée Barrow, ancien ambassadeur du Royaume uni en Russie (Information rapportée par Bloomberg)

12 septembre 2026 at 5:42 Laisser un commentaire

UN ÉTAT DU MONDE ACCABLANT…ET DES SIGNES D’ESPOIR 

« Le vieux monde se meurt, le nouveau monde tarde à apparaître et dans ce clair-obscur surgissent les monstres » : le vieil adage de Gramsci s’est encore vérifié cet été ! Les « monstres » sont légion : violence débridée et impunie des colons israéliens pour terroriser les Palestiniens en Cisjordanie ; appel au meurtre de Palestiniens de Gaza de la bouche d’un ministre de Netanyahu ; enlisement de l’aventure guerrière de Trump contre l’Iran; descente aux enfers du Liban réoccupé; sanglante et dangereuse escalade de la guerre russo-ukrainienne; nouvelle accélération de la militarisation de l’Europe; propagation exponentielle et hors de contrôle de l’épidémie d’Ebola en RDC; tragédie humaine à Ceuta; négociations scandaleuses entre l’Europe et les talibans sur « l’augmentation des expulsions vers l’Afghanistan » ! etc…sans oublier la multiplication des catastrophes dites « naturelles » résultant de l’irresponsabilité politique massive face à l’urgence climatique : jamais, pour toutes les générations qui se sont succédé depuis la fin de la seconde guerre mondiale, il n’aura été plus vital de sortir par le haut de cette crise de civilisation née de la décomposition du capitalisme mondialisé.

Dans ce contexte accablant, il n’est pas sans intérêt de pointer, a contrario, quelques tendances encourageantes qui émergent et méritent un suivi attentif. 

L’une d’entre elles est l’amplification, cet été, de la poussée de la gauche observée depuis quelques temps lors des primaires démocrates en cours aux Etats-Unis en vue des élections de mi-mandat de novembre prochain. Des candidates et des candidats « de terrain », au budget de campagne très limité et s’écartant de « l’establishment » du parti -qui a montré sa faiblesse face à Trump- s’imposent désormais non plus seulement à l’échelle de circonscriptions (à New-York, dans le Colorado, en  Pennsylvanie…) mais à celle de plusieurs États (le Michigan, le Minnesota, la Floride…). Intéressants à observer sont les thèmes qui ont dominé ces campagnes : mise en place d’un système d’assurance santé universel; augmentation des impôts des plus riches; suppression de la police anti-migrants (ICE)…Et même : suppression de toute aide militaire des Etats-Unis à Israël. 

Autre source d’espoir, en Europe cette fois : l’exigence -de plus en plus forte dans les opinions publiques- que les Etats appliquent vis-à-vis de Tel-Aviv les décisions de la Cour internationale de justice et de la Cour pénale internationale; qu’ils suspendent l’accord d’association UE-Israël ; qu’ils cessent toute vente d’armes et toute coopération militaire avec ce pays etc…  vient d’être reprise avec force par plus de 100 ex-ambassadeurs français et britanniques !  « La Palestine s’efface sous nos yeux », ont-ils dénoncé face à « la destruction systématique de Gaza et de sa population » et au « nettoyage ethnique » en Cisjordanie comme à Jérusalem-Est. Voilà typiquement un fruit des mobilisations en solidarité avec le peuple palestinien, et, désormais, en retour, un précieux point d’appui pour parvenir à des résultats concrets de la part de nos gouvernements.

D’autres faits laissent espérer des avancées mais demandent à être clarifiés. C’est le cas de la loi d’amnistie de milliers de militants kurdes en Turquie. Le Parti de gauche pro-kurdes DEM veut y voir « l’occasion de consolider la paix et de construire la démocratie ». Il faut en accepter l’augure.  L’espoir nourrit l’action. Que vive l’espoir !

3 septembre 2026 at 10:59 Laisser un commentaire

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