LA CPI EN DANGER : « L’HISTOIRE JUGERA CE MOMENT »
L’hostilité des Etats-Unis au Tribunal pénal international (CPI) ne date pas d’hier. Contrairement aux 125 Etats membres de la CPI, ils n’ont pas ratifié le traité fondateur de celle-ci, en vigueur depuis 2002. Jamais, pourtant, Washington n’avait engagé contre elle une offensive aussi agressive, ouvertement destinée à la « démanteler brique par brique », pour reprendre les termes du Chef de la « diplomatie » de l’administration Trump, Marco Rubio. « Nous sommes l’Amérique » rappelle celui en qui bien des dirigeants européens voulaient voir un modéré. « Nous n’avons pas l’intention de troquer (notre indépendance) contre le joug d’une caste sacerdotale auto-proclamée du « droit international » » (1)
Tant que la CPI enquêtait principalement sur des crimes de guerre commis par des dirigeants de pays du Sud, il suffisait de la mettre en garde contre toute tentative de se mêler des affaires de « l’Amérique ». Les choses ont commencé à changer lorsque la procureure générale de la CPI, -« originaire de la Gambie », précise Rubio, pour enfoncer le clou de l’illégitimité de cette « ingérence »- s’est permis d’ouvrir une enquête sur des crimes de guerre « commis par des membres des forces armées des Etats-Unis » en Afghanistan. « C’est une menace directe pour notre souveraineté ! » s’insurge le Secrétaire d’Etat. Ou bien quand la CPI -à l’unanimité- a délivré des mandats d’arrêt contre des alliés aussi privilégiés de Washington que le Premier ministre israélien et son ex-ministre de la défense. Inacceptable pour Washington -qui exige l’annulation de ces mesures- parce qu’Israël ne reconnaît pas la Cour. C’est oublier que la raison juridique ne reconnaît pas l’idéologie coloniale : les crimes de guerre et les crimes contre l’humanité en question ont été commis en Palestine. Or, l’Etat de Palestine a adhéré au traité fondateur de la CPI, auprès du Secrétaire général de l’ONU, en 2015.
Après avoir personnellement placé sous sanctions la Présidente de la Cour, le premier substitut de son procureur et la moitié des juges de la CPI, en mai dernier, l’administration Trump vient donc -le jour même de l’attribution du Prix Nobel de la paix à l’ancienne magistrate de la CPI, la Sud-africaine Navi Pillay…- de menacer d’inscrire toute la CPI sur la « Liste noire » du Trésor américain. Autrement dit, de « couper ses ressources » et de « paralyser ses capacités à agir contre nous » (Marco Rubio). En lançant un ultimatum à ses « alliés », en particulier européens -un délai de six mois pour « contenir l’action » de ce « tribunal voyou »- Washington a mis l’Europe au pied du mur : « Ceux qui bénéficient de la sécurité américaine ne doivent pas rester les bras croisés quand ceux qui assurent cette sécurité sont pris pour cibles » a même lancé Rubio, qui sait l’impact de ce type de chantage sur une bonne partie des dirigeants européens. Assumeront-ils leur attachement proclamé à l’état de droit jusqu’à recourir au « règlement de blocage européen » interdisant aux entreprises de l’UE d’obéir aux injonctions extraterritoriales des Etats-Unis ? Se résoudront-ils, au contraire, à un « compromis diplomatique », quitte à signer, de fait, une capitulation du droit devant la force ? Comme l’a fort justement souligné la CPI : « L’histoire jugera ce moment ».
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(1) Marco Rubio : « Pourquoi nous démantèlerons la CPI » (14/7/2026)
UNE MENACE A CONJURER : UN « DELAWARE EUROPÉEN » !
Le 19 octobre prochain, le Parlement européen se prononcera (en commission des affaires juridiques) sur un projet très controversé appelé « 28 ème régime ». Il s’agit d’offrir à tout « investisseur » la possibilité de créer sa « start up » en 48 heures, pour 100 euros, sans autre capital requis, en s’inscrivant en ligne sur un registre européen unique, et de bénéficier dès lors de règles standardisées dans les 27 pays de l’Union européenne. L’objectif est, en quelque sorte, de créer un « 28ème État » virtuel , avec son propre régime juridique, d’où son appellation. Plusieurs années de « lobbying » du monde des entreprises sur les dirigeants européens ont conduit la Commission européenne à publier un projet de règlement en mars dernier (1) La décision finale appartient à présent au Parlement européen et au 27 gouvernements .
Ce projet suscite autant l’enthousiasme des milieux d’affaires que l’inquiétude des organisations syndicales. Les premiers y voient les prémices d’un « Delaware européen »: rappelons que le Delaware est un petit État des Etats-Unis, mais où sont inscrites la majorité des entreprises du pays, cotées en bourse, tant son régime est attrayant pour leurs managers et leurs actionnaires (« optimisation fiscale »-record; droit des sociétés ultra-flexible; tribunal spécial tourné vers le droit des affaires…). Même si le projet européen n’en est pas encore là, le simple fait qu’il en prend le chemin galvanise le monde des affaires, pour qui, avec ce projet, « une révolution silencieuse est en cours » : « L’Europe commence à parler le langage des entrepreneurs »(2) . Ajoutons que le commissaire européen chargé de ce dossier n’est autre que l’ancien ministre des finances de l’Irlande, pays européen le plus apprécié des « investisseurs » pour son attractivité fiscale et autre…
Rien d’étonnant que les organisations de travailleurs soient vent debout contre ce projet de règlement européen ! Ainsi, la Confédération européenne des syndicats (CES) souligne-elle « les dangers substantiels (…) liés à la création d’un régime d’entreprise parallèle à l’échelle de l’UE, en particulier lorsqu’il pourrait être utilisé par des employeurs sans scrupules pour saper les systèmes nationaux de droit du travail, les négociations collectives et les cadres de représentation des travailleurs au niveau du conseil d’administration » (3). La présidente de la Commission européenne a beau assurer que « les droits des travailleurs seront pleinement protégés », la CES lui rétorque que ces promesses de protection ne figurent pas dans le texte du règlement !
La parole est maintenant aux parlementaires européens : si le groupe de « La Gauche » s’oppose clairement à ce texte en raison, notamment, des risques de dumping social et fiscal qu’il entraîne, les groupes socialistes, Verts, « macroniste » et autre droite tentent de trouver entre eux un compromis majoritaire, le RN votant contre sur une base essentiellement souverainiste. Si, ce 19 octobre, le texte, une fois amendé, est adopté en commission parlementaire, un vote en séance plénière du Parlement européen aura lieu en novembre, puis se déroulera la négociation entre les députés européens et les gouvernements de l’UE. C’est dire combien la vigilance et les actions sont de mise à tous les nivaux jusqu’à la décision finale, attendue pour la fin de l’année.
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(1) Voir Humanité, 18/3/2026
(2) Hervé de Kervasdoué, avocat d’affaires très en vue (in Les Échos, 14/4/2026)
(3) 20/1/2026
LES ALLIÉS EUROPÉENS DE BARDELLA ET L’ANTISÉMITISME
Rappelons que Bardella n’est pas que président du RN, il préside également le groupe des « Patriotes pour l’Europe » au parlement de Strasbourg. On imagine aisément le profil des partis qui en sont membres. Comme le RN, ils affichent sans vergogne leur nationalisme, leur obsession anti-migrants et, souvent, leur haine des arabes et des musulmans. Comme le RN, ils entretiennent d’excellents rapports avec les dirigeants israéliens, estimant ainsi se libérer du boulet de l’héritage des pages les plus sombres de l’histoire européenne. Et, comme le RN, ils jurent avoir tourné le dos à toute forme d’antisémitisme. Mais, quand on monte au mât de cocagne, il faut avoir les braies propres…Or, comme pour le RN, tel n’est pas le cas pour nombre de ses alliés européens.
Commençons par celui qui fonda en 2021 le fameux groupe des « patriotes » : l’ancien Premier Ministre hongrois, Viktor Orban, patron du parti « Fidesz », dont les élus siègent aux côtés du RN. Sacré symbole : Orban, premier dirigeant européen à accueillir Netanyahou en 2023, s’était illustré en 2019 puis, à nouveau en 2025, en décorant « Mihaly Takaro, historien et fervent admirateur des écrivains antisémites de l’entre-deux guerres, et l’essayiste Kornel Döbrentei, habitué des saillies antisémites » , ce qui entraîna une protestation de la communauté juive de Hongrie (1).
Autre allié du RN: le « Vlaams Belang » de Flandre. Une organisation culturelle juive de Belgique souligne que l’un des ténors de ce parti, Filip Dewinter, « fier de brandir aujourd’hui le drapeau israélien avec un enthousiasme quasi missionnaire, continue parallèlement de rendre hommage aux figures les plus sulfureuses de la collaboration flamande » (2) .
Voyons ensuite le cas du parti portugais « Chega ». Le rapport annuel du Département d’Etat des Etats-Unis sur les droits de l’homme accuse l’un de ses députés , vice-président du groupe des « Patriotes », Antonio Tânger Corrêa, d’avoir propagé en 2024 une thèse complotiste grossièrement antisémite, selon laquelle 4000 employés juifs du World trade center de New-York avaient été prévenus de ne pas se rendre au travail le 11 septembre 2001 ! (3)
Venons-en au parti espagnol hérité du franquisme : « Vox ». Comme ses semblables, il fut invité en Israël par le Likoud, le parti de Netanyahu, peu regardant sur les nombreuses sorties antisémites de ses représentants. En 2025, il plaça « un ancien dirigeant néonazi à la tête de son syndicat » ! (4)
Terminons par le sinistre FPÖ autrichien, fondé par d’anciens Waffen-SS et lié aux « Burschenschaften », ces corporations dont la presse révéla en 2018 et 2019 l’usage de chants nazis ! (5) Lui aussi occupe un poste de vice-président du groupe des « Patriotes ». La communauté juive de Vienne refuse tout contact avec ce parti et a qualifié d’ « extrêmement troublante » la chaleureuse réception que lui a réservée Netanyahou. Une marque de lucidité et de dignité qui ne vaut pas que pour l’Autriche et s’avère d’une brûlante actualité.
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(1) Voir « Ouest-France » (20/3/2019) et « 24HU » (média hongrois indépendant) 16/3/2025
(2) CCLJ (Centre communautaire laïc juif) Saint-Gilles, Belgique (2/7/2026)
(3) Voir « US Department of State – 2024 Country Reports on Human Rights Practices : Portugal. »
(4) Voir « El Païs » (8/3/2025)
(5) Voir la « Tribune de Genève » (20/2/2018), RFI (7/11/2019) ; « The Times of Israël » (11/11/2019), etc…




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