L’EPHEMERIDE CRIMINEL DE L’INVITÉ DU 14 JUILLET

« Rien ne nous séparera jamais, les Etats-Unis sont des alliés pour la vie. La présence de Donald Trump ici est le signe d’une amitié qui traverse le temps » avait déclaré non sans grandiloquence Emmanuel Macron, le 14 Juillet dernier, en accueillant son sulfureux invité d’honneur. Six mois plus tard, le Président de la République, tout en retenue, s’est contenté de juger « regrettable » la décision, contraire au droit international et lourde de conséquences, de son homologue nord-américain de reconnaître Jérusalem comme capitale de l’Etat d’Israël -un acte condamné par une communauté internationale, pour une fois quasi unanime. Trump mérite-t-il tant d’indulgence et de complaisance de la part de la France ? Retour sur l’éphéméride criminel du 45ème Président des Etats-Unis.

25 janvier (soit cinq jours après son investiture) : il signe un décret interdisant l’entrée aux USA aux ressortissants de sept pays à dominante musulmane ;
3 février : il lance le détricotage de la régulation financière mise en place après la crise de 2008, quitte à accroître encore le risque d’une nouvelle tempête bancaire et boursière mondiale;
27 février : il annonce une « hausse historique » du budget militaire américain de …54 milliards de dollars (l’équivalent de tout le budget militaire de la Russie) ! « Quand j’étais jeune, se justifie-t-il, tout le monde disait que nous ne perdions jamais de guerres (…) Maintenant, nous ne gagnons jamais de guerre ». (France Inter 28/2/2017)
2 avril : il déclare ne pas exclure une attaque nucléaire, y compris sur l’Europe . « Je ne me priverai jamais d’aucune de mes options », explique-t-il, ajoutant, sans vergogne : « Pourquoi les Etats-Unis fabriquent-ils des armes nucléaires si c’est pour ne pas les utiliser » !
1er juin : il retire son pays -premier émetteur mondial par habitant, et de loin, de gaz à effet de serre- de l’Accord de Paris sur le climat, signé en 2015 par 195 pays.
16 août : après de violents affrontements à Charlottesville, en Virginie, il renvoie dos à dos des nazillons suprémacistes blancs -responsables de la mort violente d’une jeune femme- et  les manifestants antiracistes . (Fin novembre, il récidive en retweetant des vidéos antimusulmans d’un groupuscule d’extrême-droite britannique.)
19 septembre : à La tribune et des Nations-Unies, il menace de « détruire totalement la Corée du Nord ».
-12 octobre : il décide de retirer les Etats-Unis de l’Unesco (Organisation des Nations-Unies pour l’éducation, la science et la culture) accusée de « partis pris anti-israéliens ».
-13 octobre : il annonce sa décision de refuser de « certifier » l’Accord encadrant le programme nucléaire iranien obtenu en 2015 à l’issue de douze ans de négociations par les cinq membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU ainsi que l’Allemagne -accord pourtant scrupuleusement respecté par Téhéran selon l’Agence Internationale de l’Energie Atomique.
-6 décembre, donc : il provoque les Palestiniens ainsi que le monde arabe et musulman en violant les résolutions de l’ONU sur Jérusalem .
« Ce sont les Lumières, avec leur recours à la raison et à la démarche scientifique qui sont à l’origine de l’énorme amélioration du niveau de vie au cours des deux siècles et demie qui ont suivi. Ce sont aussi les Lumières qui ont suscité notre engagement contre les préjugés », rappelait récemment le Nobel américain d’économie, Joseph Stiglitz, ajoutant : « Trump veut revenir sur tout cela (…) Le temps est venu d’agir contre Donald Trump ! » Un bon conseil à méditer à l’Elysée.
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14 décembre 2017 at 9:56 Laisser un commentaire

A PROPOS DES APPORTS DE PAUL BOCCARA SUR L’EUROPE.

Le Parti communiste français vient de perdre, en l’espace de quelques mois, plusieurs figures particulièrement marquantes. Après le mathématicien de dimension et de réputation internationales, membre de l’Académie des sciences, Jean-Pierre Kahane; le brillant dirigeant parisien Henri Malberg; le fondateur des « Etats généraux de la culture » Jack Ralite -des hommes d’exception dont j’ai eu l’occasion de saluer la mémoire-, c’est à présent l’économiste, historien et anthropologue visionnaire (qualifié de « génie » par son ancien associé Philippe Herzog), Paul Boccara, qui vient de nous quitter. Le meilleur hommage que je puisse rendre à ce dernier est de revenir ici sur l’un de ses apports les plus pertinents -et les plus actuels-, à mes yeux, sur l’Europe. Je veux parler de ses analyses portant sur ce que pourrait être un rôle radicalement nouveau de l’euro et de la Banque centrale européenne axé sur le développement social et écologique ainsi que sur la solidarité, tant en Europe-même que dans nos relations avec le reste du monde. Car, autant sa condamnation des politiques européennes actuelles -plans d’austérité; intégrisme des marchés, notamment financiers; surveillance étroite des choix budgétaires et économiques des pays membres…- était sans appel, autant ses propositions alternatives étaient résolument constructives.

Répondant dès le début de la crise dite « de la dette publique » en 2010, à ceux qui préconisaient la sortie de l’euro, il les invitait à prendre la mesure du fait qu’il est parfaitement possible de « s’appuyer sur l’euro pour le financement du progrès social et de la coopération en Europe, à l’opposé de son rôle favorisant l’exportation des capitaux et entraînant la faiblesse de la croissance européenne ». (1) Autrement dit, ce n’est pas l’union monétaire en elle-même, mais l’usage qui en est fait aujourd’hui, pour des raisons de classe, qu’il faut remettre en cause. 25 ans après le lancement du processus qui a conduit à l’euro, les interdépendances créées entre pays membres ne peuvent être ignorées; en revanche, elles doivent être gérées de manière solidaire et démocratique. En plus, argumentait-il, « abandonner l’euro revient à laisser le dollar dominer le monde pour la finance. Changer le rôle de l’euro contribuerait à une autre construction mondiale, émancipée du dollar ».

Comme premier pas vers ce changement de rôle de l’euro, Boccara lança l’idée de la création d’un « Fonds européen de développement social, écologique et solidaire ». Ce Fonds serait alimenté par la création monétaire de la Banque centrale européenne (comme le sont les banques commerciales). Mais sa mission particulière serait de réserver ses crédits, gratuits ou quasi-gratuits, au financement de services publics et d’investissements dont l’efficacité sociale ou écologique aurait été établie. Cette proposition du PCF fut, à l’époque, reprise dans le programme du Front de gauche, « L’humain d’abord », puis par la trentaine de formations politiques qui composent le Parti de la Gauche Européenne (PGE). La grande fédération des syndicats allemands DGB -entre autres- nous affirmera, pour sa part, se reconnaître elle aussi dans une démarche de ce type. La recherche de convergences et d’initiatives européennes autour de tels objectifs de grande portée est plus actuelle que jamais. Comme le soulignait Paul : « Au-delà d’une émancipation économique et politique, c’est une autre civilisation en Europe et dans le monde, avec d’autres valeurs de coopération, de partage, de solidarité, de créativité commune, qui peut rassembler ».

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(1) Entretien dans « l’Humanité » (18/5/2010) Les citations qui suivent sont tirées de la même interview.

7 décembre 2017 at 10:38 Laisser un commentaire

METTONS MERKEL ET SCHULTZ DEVANT LEURS RESPONSABILITÉS

Devant l’échec des négociations pour la formation d’une coalition CDU-CSU-Libéraux-Verts en Allemagne, Emmanuel Macron avait usé de l’une de ces expressions lumineuses dont il a le secret : « Nous, on doit avancer ». Bon, mais encore ? Il y aurait pourtant des sujets majeurs à aborder dans le contexte de la crise politique de la principale puissance économique de la zone euro. Un seul exemple : celui des dommages considérables que le modèle Schroeder-Merkel des vingt dernières années cause à la fois en Allemagne -dont l’irruption de l’extrême droite et le désaveu des partis de la « grande coalition » (CDU-SPD) est le symptôme- et dans les pays du sud de l’Europe, parmi lesquels la France. En effet, ce modèle est fondé, comme on le sait, sur la « modération salariale » ; sur des restrictions draconiennes des dépenses publiques, notamment en matière d’infrastructures ( écoles, ponts, installations ferroviaires…) ; ainsi que sur des réformes libérales et impitoyables de l’assurance-chômage et des retraites. En Allemagne-même, ces mesures ont permis de doper la « compétitivité » et d’accumuler des excédents commerciaux-records (261 milliards d’euros en 2016 !) , mais au prix d’une extension de la pauvreté et de la précarité dans le pays le plus riche d’Europe. Et dans la zone euro, en particulier chez ses partenaires du sud, il en résulte mécaniquement plus de chômage, plus de déficits, plus de dettes.

 

Certes, il ne s’agit pas de minimiser les responsabilités écrasantes des gouvernements français successifs dans l’alourdissement du chômage, la désindustrialisation et le déficit commercial  que connaît notre pays ! Mais il est indéniable que la stratégie mercantiliste et anti-coopérative que pratique Berlin n’est pas tolérable entre « partenaires » d’une union monétaire telle que la zone euro. L’Allemagne « vole ses voisins » accusait déjà il y a plusieurs années le Nobel américain d’économie, Paul Krugman (1). En effet, à partir du moment où, du fait de la monnaie unique, il est devenu impossible de dévaluer sa monnaie (en concertation avec ses voisins) pour corriger un déséquilibre commercial, il faut assurer le nécessaire rééquilibrage par d’autres moyens : par exemple, des crédits sélectifs de la Banque centrale européenne en faveur de la résorption des inégalités de développement . Mais, en tout premier lieu, les économies les plus productives doivent bannir toute forme de « dumping social » au détriment de leurs « partenaires » et tendre vers l’équilibre entre leurs exportations et leurs importations, notamment dans la zone euro. D’ailleurs, les règles européennes elles-mêmes prévoient qu’aucun pays n’ait d’excédents commerciaux dépassant 6% de son PIB (richesses produites en une année) , ce qui est déjà énorme (Ce devait être 4% et fut porté à 6% à la demande de…Berlin.) Problème : les excédents de l’Allemagne dépassent aujourd’hui allègrement les 8% et continuent d’augmenter ! Et, jusqu’ici, Angela Merkel est restée sourde aux admonestations (très diplomatiques, il est vrai) de la Commission européenne. Son rival (et probable futur allié ) social-démocrate, Martin Schultz, a pris le contre-pieds de sa politique ultra-restrictive durant la campagne électorale. Il a besoin de « s’acheter une conduite » auprès de ses électeurs perdus. C’est le moment ou jamais de lancer publiquement le débat sur ce problème en Europe ! Le fait que la France ne saisisse pas l’occasion des nouveaux pourparlers engagés en Allemagne en vue d’une « grande coalition »-bis CDU-SPD pour soulever ce lièvre en dit long sur la politique européenne d’Emmanuel Macron en général et sur sa vision du « couple franco-allemand » en particulier.

 

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(1) Dans sa chronique du « New York Times », rapporté par Huffpost (12/11/2013)

30 novembre 2017 at 7:27 Laisser un commentaire

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