RETOUR SUR UNE BONNE NOUVELLE !

Une actualité chassant l’autre, nous sommes passés un peu vite sur un fait particulièrement réjouissant -qui plus est en Europe, où les occasions d’applaudir à un événement politique ne sont pas pléthoriques ! Le 11 octobre dernier, lors des élections municipales à Vienne, capitale de l’Autriche (près de 2 millions d’habitants), le FPÖ, l’un des plus puissants partis d’extrême-droite en Europe, s’est littéralement effondré, passant de 32% en 2015 à un peu plus de 7% aujourd’hui . Quant à l’ex-chef du FPÖ, Heinz-Christian Strache,  qui dut quitter son poste de…vice-Chancelier d’Autriche (!) en même temps que son parti, l ‘année dernière, après un retentissant scandale de corruption, il s’est présenté cette fois sous une autre étiquette d’extrême-droite. Celui qui fut naguère le leader le plus haut placé de sa mouvance politique en Europe recueille aujourd’hui 3% et ne siègera même plus au Conseil municipal.

Jusqu’à ce qu’il doive piteusement  quitter son prestigieux poste au Sommet de l’Etat , Strache et son parti avaient droit à un chapelet de louanges de sa proche complice, Marine Le Pen:  « Bravo à nos amis et alliés du FPÖ et à leur leader Heinz-Christian Strache pour ce résultat aux législatives (…), nouveau signe de l’attachement des peuples européens à leur liberté et à leur identité » écrit-elle en 2017. « Merci à Heinz-Christian Strache et à nos alliés patriotes du FPÖ autrichien pour leur soutien ! » avait-elle  tweeté avant les élections européennes de 2019″. C’était l’époque où Le Pen paradait fièrement avec l’hyper-xénophobe autrichien et l’Italien Salvini, aujourd’hui poursuivi pour avoir bloqué des migrants en mer.

Un bémol, cependant, dans ce nouveau paysage politique de la capitale autrichienne : une grande partie des électrices et électeurs qui ont, cette fois, sanctionné le FPÖ, se sont réfugiés dans l’abstention. Le danger demeure donc qu’un FPÖ « relooké » ou un nouvelle formation politique, semblable au FPÖ, mais temporairement « dédiabolisée », réussisse dans l’avenir à entraîner à nouveau tout ou partie de cet électorat.

La balle est dans le camp des forces décidées à ancrer la démocratie -et son corollaire, le social- dans la vie politique du pays. C’est là que le bât blesse ! Rappelons que le gouvernement est dirigé par le jeune et très réactionnaire leader chrétien-démocrate, Sebastian Kurz, en alliance avec l’extrême-droite jusqu’en 1979, puis avec… les Verts depuis le départ forcé des précédents ! La première priorité du Chancelier n’a, du reste, pas varié : la lutte -féroce- contre l’immigration . Dans la capitale, surnommée « la rouge », le maire est traditionnellement socialiste (plus de 46% aux dernières élections). Pour composer sa coalition, il a le choix de sa force d’appoint : les conservateurs, les libéraux ou les Verts…

Face à cette constellation politicienne, un petit mouvement progressiste tente d’émerger : LINKS (la gauche) n’a, certes pas atteint les 5% de moyenne nécessaires pour siéger au Conseil de la métropole viennoise, mais a réalisé ce score parmi les jeunes et  vient de faire entrer 23 élus et élues dans des conseils d’arrondissements populaires ! Encore une bonne nouvelle ! La suite reste à écrire .

23 octobre 2020 at 9:51 Laisser un commentaire

QUAND L’UE FOURNIT DES VERGES POUR SE FAIRE BATTRE !

Il fallait oser le faire : les ministres européens des finances l’ont fait ! Le 6 octobre dernier, ils ont retiré les Îles Caïmans de leur « liste noire » des paradis fiscaux ! La raison invoquée pour justifier le blanchiment (sic) de ce véritable prototype de paradis fiscal fut que ce territoire britannique d’outre-mer a « adopté les réformes nécessaires pour améliorer (sa) réglementation fiscale ». C’est dire si les critères retenus par l’UE pour définir les « juridictions fiscales non coopératives » passent à côté de l’essentiel et sont à revoir du tout au tout. 

Les Îles Caïmans offrent, en effet, aujourd’hui comme hier, aux quelque …100 000 sociétés enregistrées sur leur minuscule  territoire (peuplé de 62000 habitants) un taux zéro d’imposition sur « les bénéfices acquis en dehors de la juridiction et les revenus du capital comme les intérêts et les dividendes » (1). En prenant cette décision à rebours des attentes des citoyennes et des citoyens, les gouvernements de l’UE fournissent littéralement des verges pour se faire battre. 

Souvenons-nous : « Les paradis fiscaux, le secret bancaire, c’est terminé ! »  claironnait Nicolas Sarkozy en 2009, fier de son action depuis le G20 de Londres, la même année. Il fallut , en réalité, encore attendre huit ans de plus et l’avalanche de révélations des « LuxLeax » et autres « Panama Papers » -révélant au monde entier l’étendue de ces tricheries obscènes- pour que les Etats de l’Union européenne arrivent à se mettre d’accord sur de premières mesures  : à savoir l’établissement d’une double liste de ces « paradis ». La première est dite « grise ». Y figurent les territoires  qui s’engagent à mener des réformes, la seconde, dite « noire », comprenant ceux jugés insuffisamment « transparents » ou « coopératifs ». Cette liste-là , régulièrement mise à jour en fonction des « réformes » consenties par ses membres, comprend aujourd’hui douze lointains micro-Etats : les Samoa américaines; les Fidji; Guam; les Palaos; Panama; Samoa; les Seychelles; Trinité-et-Tobago; les Îles vierges américaines ; Vanuatu, auxquels viennent d’être ajoutés Anguilla et la Barbade. Problème : comme l’illustre la décision qui vient d’être prise de retirer de cette liste un  territoire qui reste, pourtant, un paradis fiscal caractérisé , les « réformes » exigées pour pouvoir quitter cette liste ne sont manifestement pas au niveau requis ! Quant aux sanctions appliquées aux territoires « blacklistés » -le gel des éventuelles aides financières européennes- elles sont, à l’évidence, insuffisamment dissuasives . 
Jusqu’ici, face à ceux ou celles qui reprochaient aux Etats membres de l’UE de se contenter d’exhiber un tigre de papier, ceux-ci incriminaient « l’intransigeance de Londres » qui bloquait (effectivement) tout projet plus audacieux. Avec le Brexit, cet argument tombe. C’est le moment de placer devant leurs responsabilités les autres « parrains » des tricheurs, à commencer par les paradis fiscaux au sein-même de l’UE : Luxembourg; Pays-Bas, Irlande et Malte ! Un enjeu de près de …1000 millards d’euros pour la seule UE.

———
(1) cf « ParadisFiscaux.net« 

15 octobre 2020 at 10:41 Laisser un commentaire

QUEL BUT POURSUIT MACRON DANS LES PAYS BALTES ?

« Nous sommes en Europe, et la Russie aussi. Et si nous ne savons pas, à un moment donné, faire quelque chose d’utile avec la Russie, nous resterons avec une tension profondément stérile. Je pense qu’il nous faut construire une nouvelle architecture de confiance et de sécurité en Europe ». Pour avoir, en août 2019, prononcé ces paroles -en l’occurrence de bon sens- devant nos ambassadeurs réunis à Paris, Emmanuel Macron avait suscité un tollé parmi nos « alliés » de l’OTAN comme de la part de maints observateurs bien en cour, en France même. Il ne s’agissait pourtant pas d’un satisfecit adressé au Kremlin, mais simplement de la réaffirmation du besoin d’une sécurité collective englobant les deux grands ensembles du continent européen : l’UE et la Russie, quoiqu’on pense de la politique menée par ses dirigeants. Au début de l’été dernier, recevant Vladimir Poutine au Fort de Brégançon,  le Président français confirmait son idée, précisant : « je voyagerai bientôt en Russie ». On attendait la suite.

Et voilà que le Chef de l’Etat se rend , il y a quelques jours…en Lituanie et en Lettonie, deux pays de l’Union européenne dont les dirigeants sont connus pour leur hostilité à l’égard de la Russie et, à l’inverse, leur engouement pour les Etats-Unis et l’OTAN. Pourquoi cette initiative maintenant ? Ne risquait-t-elle pas de torpiller par avance son projet d’en finir avec « une tension profondément stérile » avec Moscou ? Quels sont, en effet, les deux moments-clés de ce périple, retenus par les observateurs ? D’une part, la rencontre du Président français avec  l’opposante biélorusse Svetlana Tikhanovskaïa, actuellement réfugiée à Vilnius. De l’autre, le salut apporté aux 300 militaires français déployés en Lituanie dans le cadre de la « mission Lynx »de l’OTAN. Dans le premier cas, il savait qu’il allait froisser Moscou, mais, a-t-il précisé, cette rencontre s’inscrit dans la recherche d’un règlement pacifique de la crise biélorusse. Il a évoqué à ce propos une médiation de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE), ajoutant : « le Président Poutine est d’accord. Il reste à convaincre le Président (biélorusse) Loukatchenko ». À suivre, donc.

En revanche, la mise en exergue de la présence des forces de l’OTAN -dont l’armée de l’air française- dans les pays baltes constitue un acte politique singulièrement  incohérent avec la volonté affirmée de travailler avec la Russie à « une nouvelle architecture de confiance et de sécurité » !  Chacun sait ce que représentent pour Moscou le déploiement , sous le contrôle des Etats-Unis et de leurs alliés, de 4500 militaires d’une vingtaine de pays à ses frontières et les manœuvres de grande ampleur auxquelles ils se livrent régulièrement. Quel but le Président français a-t-il poursuivi en honorant solennellement ce qui représente pour Moscou la pire des provocations ? Espérons qu’en donnant ainsi des gages à ses partenaires atlantistes, Emmanuel Macron n’ait pas gâché les chances d’un projet qui s’annonçait, pour une fois,  prometteur.

7 octobre 2020 at 6:18 Laisser un commentaire

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