MIGRATION ET ASILE : L’EUROPE SE TRUMPISE !

 Le 17 juin prochain, attendez-vous à apprendre qu’une majorité de parlementaires européens -droite et extrême-droite mêlées- aura définitivement adopté un règlement scélérat, sobrement intitulé « retour », et portant sur l’expulsion de personnes étrangères dont la demande d’asile a été rejetée. Ce règlement « s’inscrit dans un durcissement sans précédent de la politique migratoire européenne » souligne fort justement l’association « France-terre d’asile », pour qui ce texte menace « gravement la dignité et les libertés fondamentales des personnes étrangères en Europe ». 

Qu’on en juge : il autorise la création de centres de rétention (élégamment appelés les « hubs de retour ») situés en dehors des frontières de l’Union européenne, dans des pays estimés « sûrs » -Rwanda, Ouganda, Kazakhstan…-, sans rapport avec le pays d’origine des personnes expulsées et n’offrant pas de garanties effectives contre des risques de traitement inhumain et dégradant des personnes concernées . En outre, cet enfermement pourrait concerner « en dernier ressort » des enfants, y compris non accompagnés. Ajoutons qu’un éventuel recours contre une telle mesure d’éloignement n’aurait aucun effet suspensif. En clair : une personne pourrait être expulsée avant même qu’un juge n’ait pu examiner son recours. Un pays a devancé l’UE dans cette pratique barbare de création de « centres de rétention offshore » : c’est l’Italie de Giorgia Meloni, qui a signé en 2023 un accord en ce sens avec l’Albanie…Belle référence ! L’Europe se trumpise. . 

Qu’en est-il, en réalité , de « la submersion migratoire »  de l’Europe, agitée tel un spectre menaçant, pour déstabiliser les peuples désorientés par la crise sociale et politique qu’ils subissent de plein fouet ? Un bref rappel des données publiées par l’Union européenne elle-même ou par l’Organisation internationale pour les migrations (OIM/ONU) est éclairant à cet égard. La part de citoyennes et citoyens non européens dans l’UE ? Elle représente 6,4% de la population, qui, souvent, « contribue à combler des pénuries de main d’œuvre ». Les passages « illégaux » des frontières de l’UE ? Ils sont désormais très loin de ce que la situation très exceptionnelle de2015-2016 a imprimé dans les mémoires : en 2024, l’Agence européenne de garde-frontières et de garde-côtes (anciennement Frontex) a documenté 239 000 entrées irrégulières sur une population totale de quelque 450 millions d’habitants dans l’UE (1). Rappelons enfin que sans la migration, régulière et irrégulière, la population de l’UE serait en déclin. Et surtout, n’oublions jamais que derrière chaque personne à la recherche d’un refuge au péril de sa vie se cache un drame qui appelle le respect. 

À rebours de la tendance à l’œuvre dans l’UE, la question des migrations mérite un débat sérieux et éthique. « Pour un être humain persécuté, il ne saurait exister de traversée illégale d’une frontière » avait écrit, avec la dignité qui l’a toujours caractérisé, Jean Ziegler, ce grand Monsieur qui vient de nous quitter (2). Cette chronique sera mon hommage à cet homme de conviction que j’ai eu la chance et l’honneur de croiser durant près d’un demi-siècle, en apprenant toujours de chacun de ses engagements humanistes. À une époque où tant de valeurs fondamentales sont piétinées, le message de Jean Ziegler est à méditer.

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(1) « Migrations en Europe : quand les chiffres démentent les idées reçues » (Nations unies, 18/12/2025).

(2) voir « Lesbos , la honte de l’Europe » (Le Seuil, 2020)

18 juin 2026 at 3:11 Laisser un commentaire

ADHÉSION DE L’UKRAINE À L’UE : L’EMBARRAS DES 27

« L’adhésion de l’Ukraine à l’UE : une équation difficile à résoudre par les Vingt-Sept » titrait récemment un grand quotidien, pourtant plutôt bienveillant vis-à-vis de la cause ukrainienne (1). C’est qu’aux problèmes liés aux réformes économiques profondes à réaliser pour satisfaire aux conditions requises par l’Union européenne, Volodymyr  Zelensky vient lui-même d’ajouter un obstacle majeur, cette fois d’ordre politique, à l’adhésion ! Bref retour sur les faits.

Le 15 juin prochain doit se tenir à Luxembourg la « Conférence intergouvernementale » donnant le « top-départ » des négociations d’adhésion . Tout le monde savait qu’elles seraient beaucoup plus délicates et plus longues que ce que le Président ukrainien, depuis le début, veut admettre. Mais des raisons « géopolitiques » -l’incontournable solidarité due à un pays européen agressé par l’armée russe- laissaient néanmoins présager, dans le cas de l’Ukraine, un aménagement sensible des conditions auxquelles sont habituellement soumis les pays candidats à l’adhésion. Mais jusqu’où peut aller « l’exception ukrainienne » dans les négociations d’adhésion sans trahir les principes affichés par l’UE ?

 Nombre d’observateurs se demandaient ainsi  depuis plusieurs semaines quelles seraient les répercussions sur les futures négociations de l’énorme scandale de corruption -un mal endémique en Ukraine-  mettant cette fois en cause  Andriy Yermak qui fut, jusqu’il y a peu, le très puissant bras droit de Zelensky, au point d’être appelé le « vice-président » du pays. Zelensky se tut. 

Mais, voilà que, le 25 mai dernier, eut lieu près de Kiev, sous la présidence de Zelensky et en présence de personnalités politiques ukrainiennes de premier plan, une invraisemblable cérémonie de ré-inhumation  d’Andri Melnyk, figure des ultra-nationalistes, ayant combattu avec « l’armée insurrectionnelle d’Ukraine » aux côtés des nazis ! (2) « Ce n’est qu’un premier pas », souligna même le Chef de l’Etat ukrainien en annonçant le même type de cérémonie pour honorer d’autres « héros ukrainiens » de même acabit. C’est peu de dire que cette initiative a choqué nombre d’observateurs : « En qualifiant Andri Melnyk de « grande figure ukrainienne », Volodymyr Zelensky a franchi un cap sur l’un des sujets mémoriels les plus sensibles du pays » réagit « Le Monde » (3). Cet hommage indigne « porte atteinte aux valeurs morales essentielles et au devoir de mémoire de la Shoah » s’est  insurgé l’Institut pour la mémoire de la Shoah, « Yad Vashem » en Israël, tandis qu’en Pologne, des voix s’élevèrent,  accusant le Président ukrainien d’insulter la mémoire des dizaines de milliers de victimes civiles des ultra-nationalistes ukrainiens, durant la seconde guerre mondiale dans ce pays. 

Qu’en diront  les dirigeants européens -aujourd’hui silencieux-  lorsqu’ils aborderont avec leurs interlocuteurs ukrainiens le premier chapitre des négociations d’adhésion portant sur les « valeurs fondamentales » revendiquées par l’Union européenne ? Sans doutent argueront-ils que la guerre, cruelle et meurtrière, menée par la Russie favorise la montée du nationalisme ukrainien : c’est malheureusement juste, mais cela n’excuse en rien la lourde et irresponsable décision d’un Chef d’Etat de promouvoir le pire héritage de l’Histoire de son pays. 

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(1) « Les Échos », 26/2/2026 

(2) «Quand Volodymyr Zelensky pioche dans les criminels de guerre pour choisir ses héros nationaux » (« L’Humanité », 27/5/2026)

(3) « Le Monde », 3/6/2026

12 juin 2026 at 4:52 Laisser un commentaire

CE QUE L’ÉPIDÉMIE EBOLA NOUS DIT DE NOTRE MONDE

« Si Ebola touchait l’Europe ou les Etats-Unis, on aurait déjà des vaccins et des médicaments » : l’observation du Directeur général du Centre africain de contrôle et de prévention des maladies, Jean Kaseya, en dit long sur les sentiments d’injustice, d’inégalité sinon de discrimination que ressentent les peuples africains face à l’absence  de « gouvernance mondiale » équitable et responsable. « Il n’y a pas de marché en Afrique » s’entend rétorquer le responsable du Centre en question de la part des grands laboratoires occidentaux. De fait, sur les 1,4 milliard d’Africains, seuls 30 millions, disséminés sur tout le continent, bénéficient d’une assurance suffisante pour couvrir le recours à toute la panoplie des traitements. L’ Occident s’intéresse à « l’Afrique utile », celle qui offre des « opportunités »  et qui est saluée depuis une dizaine d’années comme « un nouvel Eldorado » pour les « investisseurs ». Il détourne, en revanche, le regard de la détresse des populations pauvres comme celles qui luttent actuellement contre l’épidémie Ebola en République démocratique du Congo ! Rappelons que ce vaste pays de 100 millions d’habitants, parmi les plus pauvres du monde -et qui subit, en outre, une insurrection  armée particulièrement meurtrière soutenue par le voisin rwandais-  affronte pour la 17ème fois en cinquante ans (!) le virus Ebola, au taux de létalité de l’ordre de 50%, sans n’avoir jamais eu de vaccin.

 Face à la dangereuse propagation de l’épidémie en RDC et à la menace qui pèse sur une dizaine de pays voisins, l’ONU mobilise les moyens à sa disposition pour répondre à l’ « urgence internationale ». Elle a organisé un pont aérien pour acheminer sur place des fournitures médicales et des équipements d’urgence. Elle a  lancé un appel de fonds pour contenir l’épidémie dans l’Ouganda voisin, touché à son tour. Avec le Programme alimentaire mondial, elle  intervient dans les zones les plus touchées par l’insécurité alimentaire. Le directeur général de l’Organisation mondiale de la santé est sur place, aux côtés des équipes de l’OMS et des professionnels de santé congolais. L’intensité de cet engagement collectif ne rend que plus révoltantes les coupes drastiques dans l’aide internationale aux pays du Sud en général et à l’Afrique en particulier dans la dernière période.

Si l’annulation par Donald Trump de 83% de l’aide humanitaire constitue le scandale absolu en la matière, ce qu’on sait moins est que les pays occidentaux (OCDE) dans leur ensemble ont fait chuter leur aide publique au développement (APD) de 23% en 2025 par rapport à 2024 ! Quant à la France, son APD a diminué de 33% sur deux ans (de 2024 à 2026). Selon la revue médicale britannique de référence, « The Lancet », si la tendance actuelle se poursuit, « 22,6 millions de personnes -dont 5,4 millions d’enfants de moins de 5 ans-  mourront d’ici 2030 dans 93 pays représentant 75% de la population mondiale ». Monstrueux ! 

Les premières victimes de ces restrictions brutales sont les agences des Nations unies, en particulier l’Organisation mondiale de la santé -dont Donald Trump a retiré les Etats-Unis le jour-même de son investiture, privant l’OMS de près de 20% de son budget ! Notons que ce dernier représentait pour la période 2022 et 2023 la somme de 6,7 milliards de dollars, soit l’équivalent de…3 à 4 jours de guerre américaine contre l’Iran ! Nous vivons des reculs civilisationels dont trop de nos contemporains ne prennent pas vraiment la mesure. Agir pour la paix mondiale, c’est aussi refuser les guerres silencieuses !

4 juin 2026 at 1:34 Laisser un commentaire

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