CONTRE LA GUERRE , DES VÉRITÉS SE FRAYENT LEUR CHEMIN 

« L’Iran a gagné la guerre et Trump, désespérément, essaie de sauver la face » : le général Yakovlev, qui fait cette analyse iconoclaste de la situation au Moyen-Orient , n’a rien d’un partisan du régime de Téhéran. Cet ancien vice-chef d’Etat-major de l’OTAN n’ignore évidemment rien de l’écrasante supériorité militaire de l’armée américaine. Il tire simplement de l’expérience acquise cette vérité fondamentale si difficile à admettre de la part des puissants : il n’y a pas de « solution » militaire à un problème tel que celui que pose l’Iran. Pour autant, la paix est loin d’être acquise : la tentation est forte, pour Trump, soit de doubler la mise, en pariant sur l’envoi de troupes au sol -« une erreur catastrophique » selon le général- , soit de se livrer depuis les airs à une sorte de vengeance de la « grande puissance » humiliée contre ceux qui lui résistent, ce que Trump a appelé , avec son cynisme et sa vulgarité coutumières  « ramener l’Iran à l’âge de pierre » ! 

Sauf à prendre une responsabilité ineffaçable devant l’Histoire, la France, l’Europe, la « communauté internationale » en général ne  peuvent continuer à rester inertes face à ces monstruosités en cascade de la part de la première puissance mondiale. Quelle honte d’invoquer, pour justifier leur passivité sinon leur complaisance, une pseudo « solidarité » avec le peuple iranien quand -une fois détruits les sites liés au régime- les cibles des bombes sont des infrastructures civiles : ponts, école, universités, usine de production de médicaments, installations énergétiques ou industrielles,  Institut Pasteur de Téhéran, et même une centrale nucléaire ! Sans oublier des trésors du patrimoine de cette grande nation. Autant de lourds préjudices infligés à la population, qui subit en outre les effets toxiques et traumatisants de quelque 15 000 bombardements « amis » !

Et ce qui est vrai pour Trump vaut pour celui qui l’a convaincu de briser des négociations prometteuses avec l’Iran -alors même que le régime de Téhéran affaibli était prêt à des concessions significatives- pour provoquer, en violation flagrante du droit international, cette guerre aux conséquences vertigineuses : Netanyahou. Encouragé par cette insupportable impunité dont il bénéficie, quelle que soit l’ampleur de ses crimes de guerre, il ne fixe -de Gaza jusqu’à Beyrouth- aucune limite aux exactions de son armée. Là encore, rien ne peut justifier, de la part des « grandes démocraties », comme elles aiment se présenter, de ne pas réagir au niveau requis à l’inacceptable. Y compris en faisant comprendre à celles et ceux qui s’interdisent de s’opposer à Netanyahou par attachement à Israël et à sa sécurité que « la sécurité d’Israël passe par la légitimité d’Israël, et qu’au moment où Israël cesse de devenir légitime, Israël se met en danger » , comme l’écrit Dominique Moïsi (1). 

Contre la guerre, des vérités se frayent un chemin. En Europe, les manifestations anti-guerre prennent de plus en plus d’ampleur. Aux Etats-Unis -où les oppositions à cette guerre s’expriment jusqu’au cœur du pouvoir, comme en ont témoigné la démission fracassante du Chef du contre-terrorisme et le limogeage d’une douzaine d’officiers supérieurs parmi lesquels le Chef d’Etat-Major de l’armée de terre- la dernière journée de rassemblement contre Trump a approché les 10 millions de participants ! Y compris en Israël, malgré les restrictions strictes au droit de manifester, une foule considérable s’est rassemblée à Tel-Aviv « pour demander la fin de la guerre en Iran, de la guerre au Liban, de la guerre à Gaza qui continue et la fin des pogroms en Cisjordanie » ! Puisse ces mouvements s’amplifier au point de conduire les alliés traditionnels des fauteurs de guerre à prendre enfin leurs responsabilités.

————

(1) Ouest-France, 4-5 avril 2026

9 avril 2026 at 6:11 Laisser un commentaire

IRAN : UNE ISSUE NÉGOCIÉE OU LE BOURBIER

Quand tous ces chefs de guerre qui se croient tout-puissants retiendront-ils la leçon des fiascos des guerres du Vietnam, d’Afghanistan, d’Irak, de Libye, d’Ukraine…? Une fois que sont lancées leurs aventures irresponsables , rien ne se passe jamais comme ils l’avaient envisagé. Lorsque apparaissent les difficultés imprévues, leur hubris commande, non de réfléchir, mais de surenchérir. Le piège de l’escalade fait le reste, jusqu’à rendre l’engrenage incontrôlable. A cet égard, nul besoin d’être fin stratège pour savoir que  le Moyen-Orient se prête particulièrement à ce type de déraillement. C’est pourquoi, même George W. Bush, qui ne brillait pourtant guère par son intelligence politique, s’était résolu à retenir le bras de son grand allié de l’Etat hébreu. 

Cette fois, hélas, il en alla tout autrement. Pourtant, jusqu’au 28 février, l’Iran acceptait de négocier avec Washington, le Hezbollah respectait la trêve avec Israël, le Golfe connaissait la stabilité et le détroit d’Ormuz était ouvert ! Lorsqu’il devint clair que, malgré cette situation, Donald Trump était sur le point de céder à l’obsession de son homologue israélien, le vieux dictateur de Téhéran annonça en toute clarté l’enjeu sans précédent du conflit annoncé : « Si les Américains nous attaquent, cette fois, la guerre sera régionale ! » lança l’ayatollah Khamenei. Pas de quoi impressionner ni le « maître du monde » à Washington, si fier de sa puissante armée, ni le criminel de guerre présumé de Tel-Aviv, dont l’œuvre accomplie à Gaza devait à elle seule suffire à dissuader tout adversaire dans la région. La suite est connue…

En Iran : les dizaines d’assassinats ciblés n’ont pas abattu le régime mais transféré le pouvoir aux plus radicaux, les « gardiens de la révolution islamique ». Les 1500 frappes n’ont pas touché que des cibles du pouvoir , mais nombre d’infrastructures civiles, dont une école de filles  (175 morts), des hôpitaux et deux universités . Elles ont conduit au déplacement forcé 3,2 millions de personnes . Leurs graves conséquences psychologiques, sanitaires et environnementales  ainsi que la destruction de trésors du patrimoine n’auront pas manqué de blesser le sentiment national d’une partie de la population qu’on prétendait « aider »…

Comme annoncé, la riposte iranienne a entrainé dans la guerre toute la région du Golfe, annulant l’accord historique conclu en 2023 entre l’Iran et l’Arabie saoudite sous l’égide de la Chine . Au Liban, l’armée israélienne -au nom de l’objectif inatteignable d’ « éradiquer » le Hezbollah- applique sa méthode barbare éprouvée à Gaza, détruisant tout le territoire libanais au sud du fleuve Litani, obligeant plus d’un million d’innocents à tout quitter, se filmant en train de vandaliser une maison, tuant plus de 1100 personnes parmi lesquelles des journalistes et des secouristes, tout en préparant la réinvasion et la réoccupation du sud du pays. Quant aux conséquences énergétiques et économiques mondiales de cette guerre , elles aussi étaient parfaitement prévisibles, chaque observateur sachant que la riposte de l’Iran passerait par la fermeture de l’axe de circulation maritime majeur qu’il est à même de contrôler.

Et maintenant ? Le choix est entre une nouvelle étape de cette fuite en avant cataclysmique et la recherche -de plus en plus difficile mais plus vitale que jamais- d’une issue négociée. En 2015, la diplomatie avait triomphé : le problème nucléaire iranien était réglé, jusqu’à ce que Trump, dès 2018, torpille l’accord. 11 ans après, y-a-t-il des adultes parmi les alliés des incendiaires ? Qu’attendent-ils pour tenter d’éviter le bourbier ?

2 avril 2026 at 10:56 Laisser un commentaire

IRAN : « L’IMPUISSANCE DE LA PUISSANCE »

L’aventure guerrière américano-israélienne contre l’Iran tourne au désastre. La responsabilité de ceux qui ont mis le feu aux poudres est écrasante. Oui, le caractère dictatorial, obscurantiste et criminel du régime de Téhéran est indiscutable. Oui, il faut saisir toute occasion permettant d’aider réellement son peuple martyr à ouvrir la voie vers sa libération. Mais -outre que celle-ci ne s’importe pas à coup de bombes-, la libération des Iraniens n’est pas et n’a jamais été le but de ceux qui ont déclenché cette guerre. Rien n’est plus étranger à Donald Trump que la promotion de la démocratie ; rien n’est plus éloigné des objectifs de Benjamin Netanyahu que la défense des droits humains ! Au mépris du droit international et de l’esprit de responsabilité le plus élémentaire, ils ont provoqué le fol engrenage qui génère jour après jour des développements de plus plus dramatiques, au point de devenir incontrôlables. Leur « stratégie » ? : le mensonge, un mélange d’arrogance et d’ignorance, une foi aveugle dans leur « puissance ».

Le mensonge tout d’abord. Le locataire de la Maison-Blanche a justifié l’attaque contre l’Iran par le fait que le régime était sur le point d’ avoir la bombe nucléaire : « faux ! » ont répondu tous les experts ! Robert Malley , ancien conseiller du Président Clinton pour le Moyen-Orient, ironisera même en rappelant que « cela fait 20 ans qu’on nous dit que la bombe atomique, on y est à une semaine près ! » Quant au Premier ministre israélien, il a présenté l’Iran comme « une menace existentielle » pour l’Etat hébreu. « Faux ! » a rétorqué Gérard Araud, ancien ambassadeur français à Tel-Aviv : Israël est aujourd’hui « la superpuissance militaire dans la région ». Le seul aspect existentiel, c’était l’arme nucléaire : « question qui avait été réglée par l’accord international de 2015 », appliqué sous le contrôle de l’AIEA (1)…jusqu’à ce que Trump le déchire en 2018 ! 

L’arrogance et l’ignorance, ensuite. « Nous avons une petite excursion en ce moment pour détruire le mal » fanfaronnait Trump, le 9 mars dernier, avant d’exiger de Téhéran une « capitulation sans condition », sans quoi « la mort, le feu et la fureur s’abattront sur eux, rendant pratiquement impossible la reconstruction de l’Iran comme nation » (!) Pas en reste sur son parrain, Netanyahu se félicitait peu après, sur le même mode, de ce que l’Iran était « en train d’être décimé »…De fait, de plus en plus d’infrastructures civiles -écoles, centres médicaux, immeubles résidentiels,  réserves de médicaments…- sont bombardées,  la population subissant en outre le nuage toxique produit par la destruction des installations d’ hydrocarbures. Aux morts et aux blessés par milliers s’ajoute la destruction de joyaux du patrimoine perse. Est-ce ainsi que le milliardaire inculte et grossier de Mar a Lago et son allié, criminel de guerre présumé, tant à Gaza qu’au Liban, pensent « libérer » les Iraniens ? Mesurent-ils qu’ils ont affaire à un pays à l’histoire deux fois millénaire, à un peuple cultivé, largement opposé au régime, mais profondément attaché à la nation, qui forme chaque année pratiquement autant d’ingénieurs que les Etats-Unis et plus que la France et l’Allemagne réunies ? 

Le culte débile de la « puissance », enfin. « La puissance détruit, terrorise, coûte, mais ne construit plus », c’est « l’impuissance de la puissance », avertit de longue date Bertrand Badie, éminent spécialiste des relations internationales. C’est cet aveuglement dévastateur qui a poussé Trump à quitter unilatéralement la table des négociations, le 28 février dernier, pour céder à l’obsession maléfique de son protégé israélien. La seule alternative au désastre est d’y revenir au plus vite.

(1) Agence internationale de l’énergie atomique

29 mars 2026 at 6:11 Laisser un commentaire

Older Posts


Entrer votre adresse e-mail pour vous inscrire à ce blog et recevoir les notifications des nouveaux articles par courriel.

Rejoignez les 5 297 autres abonnés

Chronique européenne dans l’Humanité Dimanche

Intervention au Parlement européen (vidéo)

GUE/NGL : vidéo

avril 2026
L M M J V S D
 12345
6789101112
13141516171819
20212223242526
27282930  

Archives

Catégories

Pages

Pages