UNE MENACE A CONJURER : UN « DELAWARE EUROPÉEN » !
Le 19 octobre prochain, le Parlement européen se prononcera (en commission des affaires juridiques) sur un projet très controversé appelé « 28 ème régime ». Il s’agit d’offrir à tout « investisseur » la possibilité de créer sa « start up » en 48 heures, pour 100 euros, sans autre capital requis, en s’inscrivant en ligne sur un registre européen unique, et de bénéficier dès lors de règles standardisées dans les 27 pays de l’Union européenne. L’objectif est, en quelque sorte, de créer un « 28ème État » virtuel , avec son propre régime juridique, d’où son appellation. Plusieurs années de « lobbying » du monde des entreprises sur les dirigeants européens ont conduit la Commission européenne à publier un projet de règlement en mars dernier (1) La décision finale appartient à présent au Parlement européen et au 27 gouvernements .
Ce projet suscite autant l’enthousiasme des milieux d’affaires que l’inquiétude des organisations syndicales. Les premiers y voient les prémices d’un « Delaware européen »: rappelons que le Delaware est un petit État des Etats-Unis, mais où sont inscrites la majorité des entreprises du pays, cotées en bourse, tant son régime est attrayant pour leurs managers et leurs actionnaires (« optimisation fiscale »-record; droit des sociétés ultra-flexible; tribunal spécial tourné vers le droit des affaires…). Même si le projet européen n’en est pas encore là, le simple fait qu’il en prend le chemin galvanise le monde des affaires, pour qui, avec ce projet, « une révolution silencieuse est en cours » : « L’Europe commence à parler le langage des entrepreneurs »(2) . Ajoutons que le commissaire européen chargé de ce dossier n’est autre que l’ancien ministre des finances de l’Irlande, pays européen le plus apprécié des « investisseurs » pour son attractivité fiscale et autre…
Rien d’étonnant que les organisations de travailleurs soient vent debout contre ce projet de règlement européen ! Ainsi, la Confédération européenne des syndicats (CES) souligne-elle « les dangers substantiels (…) liés à la création d’un régime d’entreprise parallèle à l’échelle de l’UE, en particulier lorsqu’il pourrait être utilisé par des employeurs sans scrupules pour saper les systèmes nationaux de droit du travail, les négociations collectives et les cadres de représentation des travailleurs au niveau du conseil d’administration » (3). La présidente de la Commission européenne a beau assurer que « les droits des travailleurs seront pleinement protégés », la CES lui rétorque que ces promesses de protection ne figurent pas dans le texte du règlement !
La parole est maintenant aux parlementaires européens : si le groupe de « La Gauche » s’oppose clairement à ce texte en raison, notamment, des risques de dumping social et fiscal qu’il entraîne, les groupes socialistes, Verts, « macroniste » et autre droite tentent de trouver entre eux un compromis majoritaire, le RN votant contre sur une base essentiellement souverainiste. Si, ce 19 octobre, le texte, une fois amendé, est adopté en commission parlementaire, un vote en séance plénière du Parlement européen aura lieu en novembre, puis se déroulera la négociation entre les députés européens et les gouvernements de l’UE. C’est dire combien la vigilance et les actions sont de mise à tous les nivaux jusqu’à la décision finale, attendue pour la fin de l’année.
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(1) Voir Humanité, 18/3/2026
(2) Hervé de Kervasdoué, avocat d’affaires très en vue (in Les Échos, 14/4/2026)
(3) 20/1/2026
LES ALLIÉS EUROPÉENS DE BARDELLA ET L’ANTISÉMITISME
Rappelons que Bardella n’est pas que président du RN, il préside également le groupe des « Patriotes pour l’Europe » au parlement de Strasbourg. On imagine aisément le profil des partis qui en sont membres. Comme le RN, ils affichent sans vergogne leur nationalisme, leur obsession anti-migrants et, souvent, leur haine des arabes et des musulmans. Comme le RN, ils entretiennent d’excellents rapports avec les dirigeants israéliens, estimant ainsi se libérer du boulet de l’héritage des pages les plus sombres de l’histoire européenne. Et, comme le RN, ils jurent avoir tourné le dos à toute forme d’antisémitisme. Mais, quand on monte au mât de cocagne, il faut avoir les braies propres…Or, comme pour le RN, tel n’est pas le cas pour nombre de ses alliés européens.
Commençons par celui qui fonda en 2021 le fameux groupe des « patriotes » : l’ancien Premier Ministre hongrois, Viktor Orban, patron du parti « Fidesz », dont les élus siègent aux côtés du RN. Sacré symbole : Orban, premier dirigeant européen à accueillir Netanyahou en 2023, s’était illustré en 2019 puis, à nouveau en 2025, en décorant « Mihaly Takaro, historien et fervent admirateur des écrivains antisémites de l’entre-deux guerres, et l’essayiste Kornel Döbrentei, habitué des saillies antisémites » , ce qui entraîna une protestation de la communauté juive de Hongrie (1).
Autre allié du RN: le « Vlaams Belang » de Flandre. Une organisation culturelle juive de Belgique souligne que l’un des ténors de ce parti, Filip Dewinter, « fier de brandir aujourd’hui le drapeau israélien avec un enthousiasme quasi missionnaire, continue parallèlement de rendre hommage aux figures les plus sulfureuses de la collaboration flamande » (2) .
Voyons ensuite le cas du parti portugais « Chega ». Le rapport annuel du Département d’Etat des Etats-Unis sur les droits de l’homme accuse l’un de ses députés , vice-président du groupe des « Patriotes », Antonio Tânger Corrêa, d’avoir propagé en 2024 une thèse complotiste grossièrement antisémite, selon laquelle 4000 employés juifs du World trade center de New-York avaient été prévenus de ne pas se rendre au travail le 11 septembre 2001 ! (3)
Venons-en au parti espagnol hérité du franquisme : « Vox ». Comme ses semblables, il fut invité en Israël par le Likoud, le parti de Netanyahu, peu regardant sur les nombreuses sorties antisémites de ses représentants. En 2025, il plaça « un ancien dirigeant néonazi à la tête de son syndicat » ! (4)
Terminons par le sinistre FPÖ autrichien, fondé par d’anciens Waffen-SS et lié aux « Burschenschaften », ces corporations dont la presse révéla en 2018 et 2019 l’usage de chants nazis ! (5) Lui aussi occupe un poste de vice-président du groupe des « Patriotes ». La communauté juive de Vienne refuse tout contact avec ce parti et a qualifié d’ « extrêmement troublante » la chaleureuse réception que lui a réservée Netanyahou. Une marque de lucidité et de dignité qui ne vaut pas que pour l’Autriche et s’avère d’une brûlante actualité.
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(1) Voir « Ouest-France » (20/3/2019) et « 24HU » (média hongrois indépendant) 16/3/2025
(2) CCLJ (Centre communautaire laïc juif) Saint-Gilles, Belgique (2/7/2026)
(3) Voir « US Department of State – 2024 Country Reports on Human Rights Practices : Portugal. »
(4) Voir « El Païs » (8/3/2025)
(5) Voir la « Tribune de Genève » (20/2/2018), RFI (7/11/2019) ; « The Times of Israël » (11/11/2019), etc…
L’ONU, ALLIÉE FIDÈLE DE LA CAUSE PALESTINIENNE
« Les yeux du monde -et en particulier les yeux de tous ceux dont les droits fondamentaux sont bafoués, menacés ou violés- sont braqués sur vous ! » Comment ne pas penser à ces paroles prononcées il y a 20 ans par Kofi Annan, l’un des plus emblématiques secrétaires généraux qu’aient connus les Nations unies, en entendant certains Chefs d’Etat ou de gouvernement intervenir devant l’Assemblée générale annuelle de l’ONU qui vient de se terminer.
Les « yeux du monde » ont ainsi pu voir le président des États-Unis se vanter d’être l’auteur des « plus fortes pressions jamais exercées » sur Cuba « qui va tomber », avant d’ annoncer qu’il allait avoir « une grande décision à prendre : un accord sera-t-il conclu ou est-ce que j’anéantis la République islamique d’Iran ? » (!) Un peu plus tard, ce fut le tour de son allié privilégié, celui, précisément, avec lequel il s’est engagé dans l’agression contre Téhéran : Benjamin Netanyahou, accusant sans vergogne ses détracteurs de « céder aux foules antisémites » ! Ce duo indécent incarne tout ce contre quoi l’ONU a été créée et sa Charte adoptée, au lendemain de la victoire contre le nazisme et le fascisme. Rappelons que le Premier ministre israélien est toujours sous le coup d’un mandat d’arrêt de la Cour pénale internationale (CPI) pour « utilisation de la famine comme méthode de guerre », « le fait d’avoir dirigé intentionnellement une attaque contre la population civile » et plusieurs crimes contre l’humanité -ce qui pousse d’autant plus Donald Trump à vouloir détruire la CPI , à sanctionner ses magistrats et à ordonner à « tous les pays membres » de cette institution de « s’en retirer immédiatement » !
C’est à mettre à l’honneur de l’ONU d’avoir toujours réaffirmé les droits fondamentaux des peuples -en particulier s’agissant du cas emblématique du peuple palestinien- et condamné leurs oppresseurs -en l’occurrence l’occupant, le colonisateur et aujourd’hui , hélas, le pouvoir génocidaire israélien .
Dans les années 1990, le Secrétaire général Boutros-Ghali a payé d’un véto de Washington à sa réélection à la tête de l’ONU sa volonté de déployer des « casques bleus » au Proche-Orient pour protéger les Palestiniens. Dans les années 2000, Kofi Annan a fustigé la décision de Trump de reconnaître Jérusalem comme capitale d’Israël . Quant à Antonio Guterres, il s’est attiré les foudres de Tel-Aviv pour avoir « enjoint toutes les parties à respecter les mesures conservatoires de la Cour Internationale de Justice concernant l’application de la Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide à Gaza ». Et, dans son dernier discours, il vient de dénoncer « le spectre d’un nettoyage ethnique » en Cisjordanie .
Pour sa part, l’Assemblée générale a adopté, rien qu’entre 2015 et 2026, 187 résolutions condamnant Israël. Elle a toujours soutenu l’action de l’UNRWA au service des réfugiés palestiniens. Même le Conseil de sécurité a adopté, entre 1948 et 2024,…229 résolutions contre la colonisation, la violation du statut de Jérusalem et le retour des réfugiés ! Si ces décisions sont scandaleusement restées sans effet, c’est dû à l’absence de sanctions en cas de non application des mesures demandées -ce qui, dans les faits, équivaut à la garantie de l’impunité. Les 5 membres permanents du Conseil sont tous concernés. User de paroles justes à l’ONU contre les crimes « qui nous font honte à tous », c’est bien. En finir une bonne fois pour toutes avec la pratique du « deux poids, deux mesures » en matière de défense du droit international, c’est mieux.




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