APRÈS LE DRAME DE CALAIS: « LE BAL DES HYPOCRITES ! »

« C’est assez insupportable d’assister à ces tirs de barrages verbaux qui tentent de faire porter tout le poids de cette tragédie aux passeurs. C’est le bal des hypocrites ». Ainsi réagissait, après le terrible naufrage dans la Manche, le 24 novembre dernier, le père Philippe Demeestère, aumônier du Secours catholique -qui avait observé une grève de la faim de 25 jours à Calais en soutien aux migrants (1).
Comment ne pas partager cette révolte en entendant les plus hauts responsables politiques concernés surjouer leur indignation tout en s’exonérant -une fois de plus-  de leurs propres responsabilités dans l’interminable succession de tragédies de l’immigration ! Londres se déshonore en violant avec un cynisme consommé les conventions internationales sur le droit d’asile et Paris ne se glorifie pas à demander de l’argent à la Grande-Bretagne pour retenir des migrants !
Des voix autorisées ne cessent de sonner l’alarme à propos de la volonté des autorités, de part et d’autre, de rendre la situation intenable aux personnes en errance : des Afghans, des Soudanais, des Irakiens, des Érythréens fuyant les violences et la guerre ! (2)
Plus généralement, nous avons besoin d’une véritable pédagogie sur les réponses à apporter aux personnes migrantes et aux demandeurs d’asile , en matière de lieux d’accueil dignes et d’insertion sociale, afin d’armer nos concitoyens contre les raccourcis trompeurs, les pièges des fausses « évidences » et l’hypocrisie ambiante sur les « valeurs » qui, supposément, animeraient -comme par essence- l’Europe et l’Occident en général.
Que veut dire « immigrés illégaux » si tous les canaux légaux permettant d’accéder à nos pays sont fermés ? Vers où dérive notre démocratie si apporter son aide à l’entrée d’un migrant dans votre pays fait de vous un délinquant ? À quoi riment les tirades de commisération sur les souffrances des populations en butte à la faim, aux ravages du dérèglement climatique, aux conflits sanglants si l’on s’obstine à leur refuser la qualification de réfugiés ? Rien ne sert de se lancer la balle entre États sur les responsabilités respectives face aux drames si les dirigeants concernés se retrouvent dans une égale sacralisation des frontières érigeant l’ « étranger », fût-il démuni et sinistré, en danger pour la souveraineté de leur pays ou pour le bien-être de ses habitants.
Et finalement, quand prendra-t-on conscience de l’obligation incontournable de faire du combat contre les inégalités incommensurables qui déstabilisent le monde une priorité absolue pour espérer commencer à tarir , non pas la circulation des humains, qui, elle, est un besoin de plus en plus irrépressible, mais les sources de l’émigration de survie et de toutes les dérives qu’elle alimente -parmi lesquelles les pratiques meurtrières des fameux passeurs, entre autres profiteurs des tares du système. 
A force de laisser se banaliser cette régression morale, on aboutit au spectacle ahurissant d’une surenchère nauséabonde entre prétendants à la Présidence de la République (!) pour déterminer celle où celui qui osera pousser le plus loin les limites de l’indicible en matière de xénophobie anti-migrants. Voilà qui illustre la place qu’occupe aujourd’hui l’engagement pour la cause des migrants dans la défense de la démocratie.


———-(1) Voir par « La voix du Nord » le 25/11/21(2) Par exemple , l’anthropologue Michel Agier

2 décembre 2021 at 7:11 Laisser un commentaire

MACRON ET LA NOUVELLE STRATÉGIE MILITAIRE DE L’UE


À la mi-décembre prochain, les 27 Chefs d’Etat et de gouvernement de l’UE auront à examiner un projet de nouvelle stratégie militaire dont les principales orientations viennent d’être révélées par le chef de la diplomatie européenne, Josep Borrell . Il s’agit, selon ce dernier, de « définir une vision stratégique commune de la sécurité et de la défense de l’UE pour les cinq à dix ans à venir » et de rendre l’UE « plus audacieuse dans ses réactions face aux crises et aux menaces dans son proche voisinage » (selon le site « Euractiv »), la Russie et la Chine occupant une place prépondérante dans ce document de 28 pages…Quant à la fameuse zone Indo-Pacifique, il est prévu d’y intensifier les escales, les patrouilles et les exercices maritimes avec les « partenaires régionaux » que sont le Japon, la Corée du Sud, l’Inde, l’Indonésie et le Vietnam…
Il est notamment question, dans cet esprit, de créer, d’ici 2025, une force d’intervention conjointe permettant de « déployer rapidement 5000 hommes et comprenant des composantes terrestres, aériennes et maritimes ». Le document précise logiquement que ces nouvelles ambitions supposent une augmentation du budget de défense des Etats participants. L’adoption finale de ce document, en discussion depuis des mois entre les Etats membres, est prévue en mars 2022, durant la présidence française du Conseil européen. Paris veut en faire un acte majeur de sa présidence de l’UE (qui ne se renouvelle que tous les 14 ans). 
Le ministre des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, parle avec lyrisme de cette « boussole stratégique » censée définir « une approche proprement européenne des menaces qui pèsent sur nous aujourd’hui »et renforcer « nos capacités opérationnelles » (nos interventions militaires) ou « industrielles » (nos usines d’armements et nos ventes d’armes), en « défendant nos intérêts »…(1) Une remarque s’impose : bien que M. Le Drian ait prononcé 11 fois le mot « souveraineté » dans ce discours consacré aux « convictions » européennes d’Emmanuel Macron, le concept est pour le moins inadapté à l’  » Europe de la défense « , puisque, loin de conduire les pays de l’UE à prendre leurs distances avec l’OTAN, ce projet est, selon M. Borrell, « un moyen de rendre l’OTAN plus forte » – un constat apparemment partagé par Joe Biden lui-même ! 
Autant dire qu’il y a lieu de suivre avec vigilance et de s’expliquer avec clarté sur cette nouvelle étape d’une tentative de militarisation de l’Union européenne, pourvoyeuse de tensions supplémentaires alors que l’heure est plus que jamais depuis 30 ans a une stratégie de désescalade, de détente et de coopération. 

———(1) Discours au Sénat (16/11/21)

25 novembre 2021 at 7:50 Laisser un commentaire

ÉCONOMIE, CLIMAT : LA CHINE EST UN PARTENAIRE OBLIGÉ

« Le spectre d’un ralentissement de la Chine pèse sur l’économie mondiale » titrait récemment « Le Monde ». Evoquant une prévision de croissance en baisse par rapport aux 8% initialement envisagés à Pékin pour 2022, l’un des experts cités par le quotidien notait à ce propos : « Le monde s’est tellement habitué à ce rythme élevé qu’il en a oublié les bénéfices qu’il en retirait », tandis qu’un autre prévenait « Personne ne peut prendre le relais de la Chine, car aucun pays n’a sa taille » (1).
Trois semaines plus tôt, le quotidien économique « Les Echos » évoquait déjà le « risque » que « le monde s’enrhume » quand « la Chine éternue » (2). C’est particulièrement vrai pour l’Europe. Voilà qui devrait suffire à mesurer combien il serait contre-productif de suivre Biden dans sa guerre économique et sa croisade politique contre Pékin. 
Mais il y a plus, car le raisonnement vaut tout autant pour la lutte, vitale, contre le dérèglement climatique. Sans une étroite coopération avec la Chine sur ce terrain crucial, les Européens peuvent dire adieu aux espoirs nés à la Conférence de Paris de 2015.
A quoi rime, dès lors, la campagne de dénigrement menée contre Pékin à ce sujet ? De fait, l’image de la Chine qu’on délivre au « grand public » à ce propos tient en deux formules : la Chine est « le premier pollueur de la planète, loin devant les Etats-Unis » et « à rebours des appels de la communauté internationale à décarbonner , la Chine rouvre de mines de charbon ». C’est ce qui s’appelle des mensonges par omission.
En effet, on « oublie » de rappeler que l’on compare ainsi deux pays de dimension sensiblement différente. En effet, si l’on se réfère aux émissions de gaz à effet de serre par habitant, ce sont les États-Unis qui polluent plus de deux fois plus que la Chine !
Par ailleurs, s’il est exact que, pour des raisons conjoncturelles (pénurie d’électricité), Pékin -historiquement très dépendant au charbon- a bien  repris l’exploitation de mines à l’arrêt , pourquoi taire ses efforts gigantesques déployés parallèlement dans les énergies renouvelables qui font aujourd’hui de la Chine -comme pays-  le No 1 mondial dans l’éolien, le solaire et l’hydroélectricité, et de loin !
De même, faut-il rappeler que l’engagement de Pékin d’atteindre la neutralité carbone avant 2060 et un pic d’émissions avant 2030, minimisé par certains commentateurs en marge de la COP 26, avait été qualifié -dans les conditions propres à la Chine- de « tournant historique » par de nombreuses ONG (3). 
Autant il ne s’agit pas de s’auto-censurer sur les critiques légitimes à formuler vis-à-vis de la Chine comme de tout autre pays, autant rien ne justifie de jeter le discrédit sur un pays dont nous sommes, qui plus est, durablement, un partenaire obligé.

(1) Le Monde (7/11/2021)
(2) Les Échos (18/10/2021)
(3) La Tribune (22/9/2021)

19 novembre 2021 at 5:02 Laisser un commentaire

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