LA RÉSISTIBLE ASCENSION DE DONALD TRUMP

Le monde entier ne peut que se réjouir de la leçon que viennent d’infliger les démocrates des États-Unis à Donald Trump ! « C’est un fasciste jusqu’à la moelle ! » et son attitude lors de l’assaut du Capitole est un « moment de type Reichstag » jugeait dès 2023 l’ancien Chef d’état-major des armées des Etats-Unis, le Général Milley ! (1) Bien d’autres anciens hauts responsables abondent dans le même sens. Voilà qui en dit long sur le danger que fait courir au monde le Chef de la première puissance de la planète. Les quelque 22 mois d’exercice de son second mandat ont amplement validé ce jugement.

En plus de ses propres violations extrêmes du droit international -en Palestine, au Vénézuela, à Cuba, en Iran…-,  il est pour beaucoup dans les régressions en chaîne observées en matière de coopérations multilatérales comme dans la vague réactionnaire décomplexée qui déferle sur le globe. Dernière illustration : le vote, le 28 octobre dernier, à l’Assemblée générale de l’ONU, sur la résolution demandant la levée du blocus états-unien qui asphyxie comme jamais Cuba. Si une écrasante majorité des pays membres (130) ont, comme chaque année,  soutenu ce texte, 17 s’y sont opposés et 25 se sont abstenus -soit la proportion de complicités avec les organisateurs du blocus la plus forte depuis 60 ans, obtenue par des pressions américaines inédites sur de nombreux Etats et du fait de la droitisation de beaucoup d’autres, y compris en Europe.

Peut-on, pour autant, parler d’hégémonie irrésistible de l’actuel président des Etats-Unis ? La réponse est clairement NON ! Il suffit, pour s’en convaincre, de se rappeler la succession spectaculaire de ses revers stratégiques  internationaux dans la dernière période : impasse en Iran ; perte de confiance de la part d’alliés traditionnels au Moyen-Orient illustrée par la signature du « pacte de la Mecque », accord de défense collective entre l’Arabie saoudite, le Pakistan et la Turquie ; échec de la tentative extravagante d’annexer le Groenland ; rupture par le Canada de la relation spéciale qui liait ce pays à son puissant voisin; effet boomerang de la guerre commerciale engagée contre la Chine, etc…

A ces déboires s’ajoute la véritable avalanche de ratages des ingérences états-uniennes dans la vie politique de pays tiers : défaite du « grand fan » hongrois de Trump, Viktor Orban; défaite de Bolsonaro au Brésil, dont Trump avait imprudemment salué dès le premier tour « la très très grande victoire »; défaite de Vucic en Serbie, que Trump Jr était allé soutenir en pleine vague de manifestations étudiantes; et finalement défaite du plus proche allié de Trump, qu’il avait qualifié à la fois de « grand premier ministre de guerre » et de « partenaire remarquable pour la paix », Netanyahu (-15 sièges à la Knesset !), que ne peut désormais sauver du naufrage que l’éventuel retournement de membres du « Bloc du changement » trop racistes pour accepter un accord avec les « listes arabes » . A l’évidence, la prétendue toute-puissance du locataire de la Maison Blanche ne s’exerce que si on lui cède du terrain.

En écrivant en 1941, « La résistible ascension d’Arturo Ui », Bertolt Brecht soulignait que l’ascension d’Hitler fut avant tout le fruit d’une succession d’aveuglements, de lâchetés et de corruption. Pour filer la métaphore du général Milley (voir plus haut), il n’est pas incongru d’attirer l’attention aujourd’hui sur « la résistible ascension de Donald Trump ». La leçon ne vaut pas que pour les États-Unis.

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(1) Cité dans « War », un livre de l’ancien journaliste du Washington Post, rendu célèbre par son travail d’investigation sur le scandale du Watergate, Bob Woodward (2024).

5 novembre 2026 at 12:51 Laisser un commentaire

SOLIDARITÉ DES LUTTES : L’EUROPE QU’ON AIME

« Facciamo come in Francia ! » : du Turin à Bologne et de Rome à Naples, l’appel des jeunes Italiens à « faire comme les Français » a présidé au lancement des mobilisations dans les lycées et les facultés de la péninsule pour la rénovation du système éducatif et la défense des droits sociaux en général face au pouvoir réactionnaire de Meloni. Voilà qui rappelle les plus belles heures de la solidarité des luttes en Europe et laisse à nouveau espérer des succès communs. Retour sur quelques expériences emblématiques.

L’histoire a ainsi retenu le « Wir lernen Französich ! » (Nous apprenons le Français) lancé par les travailleurs de la métallurgie du Land allemand du Bade-Wurtenberg, au lendemain de la grève victorieuse des mineurs français en 1963. A la demande syndicale d’une augmentation des salaires de 8%  appuyée par une grève massive, le patronat d’outre-Rhin avait répondu par le « lock-out » de 350 000 salariés du Land.  Face à ce chantage d’une brutalité inédite, les syndicalistes allemands avaient annoncé qu’ils s’inspireraient désormais des méthodes « à la française » -sous-entendu: des luttes dures si nécessaire. Celles-ci aboutirent  finalement à un compromis plus qu’honorable. Trois décennies plus tard, le  puissant syndicat IG Metall reprendra le même slogan -en référence à l’emblématique mouvement social français de 1995-  lors des grandes manifestations et des grèves massives des métallurgistes allemands en 1996 contre le Chancelier Helmut Kohl, qui s’apprêtait à remettre en cause une conquête majeure, arrachée de haute lutte 40 ans plus tôt : le maintien du salaire intégral en cas de maladie. Et, une fois encore, la lutte « à la française » conduisit les métallurgistes allemands à un succès mémorable.

Aujourd’hui à nouveau, les luttes sociales se développent dans toute l’Europe et s’encouragent mutuellement. Ce n’est pas un hasard si celles-ci se multiplient tous azimuts et, pour l’essentiel, sur les mêmes revendications : les moyens de vivre dignement; des services publics à la hauteur de leurs missions, en particulier dans les domaines de la santé et de l’éducation scolaire et universitaire; des loyers abordables pour des logements décents; et, d’une façon générale, le droit de vivre pleinement en démocratie ! Sur cette base, un mouvement social européen se développe sous nos yeux.

Nous en avons eu une belle illustration lors du rassemblement intersyndical du 20 octobre dernier devant le Parlement européen (contre le projet diabolique d’un « 28ème régime », potentielle machine à dumping social) : des travailleuses et travailleurs venus de Belgique, de Luxembourg, d’Espagne ou d’Italie, mais aussi de Lituanie et même de Géorgie, unis autour des mêmes objectifs dans cette ambiance chaleureuse et fraternelle, propre aux grands moments de lutte. C’est l’Europe que l’on aime : celle de l’action solidaire, par-delà les frontières, pour la promotion des capacités humaines, sans exclusion ni discrimination -ce poison que l’extrême-droite entend institutionnaliser dans chaque pays où elle sévit. Partout, au cœur des mobilisations, on retrouve la jeunesse, décidée à agir pour assurer à toutes les générations une place digne dans la société et ouvrir la perspective d’un monde juste, responsable et en paix. Voilà qui nous change du climat politique crépusculaire qui sévit autour d’Emmanuel Macron et du gouvernement ! On cherchait depuis si longtemps, au milieu des décombres d’un système finissant, une source d’espoir. La voilà.

29 octobre 2026 at 8:45 Laisser un commentaire

LA CPI EN DANGER : « L’HISTOIRE JUGERA CE MOMENT »

L’hostilité des Etats-Unis au Tribunal pénal international (CPI) ne date pas d’hier. Contrairement aux 125 Etats membres de la CPI, ils n’ont pas ratifié le traité fondateur de celle-ci, en vigueur depuis 2002. Jamais, pourtant, Washington n’avait engagé contre elle une offensive aussi agressive, ouvertement destinée à la « démanteler brique par brique », pour reprendre les termes du Chef de la « diplomatie » de l’administration Trump, Marco Rubio. « Nous sommes l’Amérique » rappelle celui en qui  bien des dirigeants européens voulaient voir un modéré. « Nous n’avons pas l’intention de troquer (notre indépendance) contre le joug d’une caste sacerdotale auto-proclamée du « droit international » » (1)

Tant que la CPI enquêtait principalement sur des crimes de guerre commis par des dirigeants de pays du Sud, il suffisait de la mettre en garde contre toute tentative de se mêler des affaires de « l’Amérique ». Les choses ont commencé à changer lorsque la procureure générale de la CPI,  -« originaire de la Gambie », précise Rubio, pour enfoncer le clou de l’illégitimité de cette « ingérence »-  s’est permis d’ouvrir une enquête sur des crimes de guerre « commis par des membres des forces armées des Etats-Unis » en Afghanistan. « C’est une menace directe pour notre souveraineté ! » s’insurge le Secrétaire d’Etat. Ou bien quand la CPI -à l’unanimité- a délivré des mandats d’arrêt contre des alliés aussi privilégiés de Washington que le Premier ministre israélien et son ex-ministre de la défense. Inacceptable pour Washington -qui exige l’annulation de ces mesures- parce qu’Israël ne reconnaît pas la Cour. C’est oublier que la raison juridique ne reconnaît pas l’idéologie coloniale : les crimes de guerre et les crimes contre l’humanité en question ont été commis en Palestine. Or, l’Etat de Palestine a adhéré au traité fondateur de la CPI, auprès du Secrétaire général de l’ONU, en 2015.

Après avoir personnellement placé sous sanctions la Présidente de la Cour, le premier substitut de son procureur et la moitié des juges de la CPI, en mai dernier, l’administration Trump vient donc -le jour même de l’attribution du Prix Nobel de la paix à l’ancienne magistrate de la CPI, la Sud-africaine Navi Pillay…- de menacer d’inscrire toute la CPI sur la « Liste noire » du Trésor américain.  Autrement dit, de « couper ses ressources » et de « paralyser ses capacités à agir contre nous » (Marco Rubio). En lançant un ultimatum à ses « alliés », en particulier européens -un délai de six mois pour « contenir l’action » de ce « tribunal voyou »- Washington a mis l’Europe au pied du mur : « Ceux qui bénéficient de la sécurité américaine ne doivent pas rester les bras croisés quand ceux qui assurent cette sécurité sont pris pour cibles » a même lancé Rubio, qui sait l’impact de ce type de chantage sur une bonne partie des dirigeants européens. Assumeront-ils leur attachement proclamé à l’état de droit jusqu’à recourir au « règlement de blocage européen » interdisant aux entreprises de l’UE d’obéir aux injonctions extraterritoriales des Etats-Unis ? Se résoudront-ils, au contraire, à un « compromis diplomatique », quitte à signer, de fait, une capitulation du droit devant la force ? Comme l’a fort justement souligné la CPI : « L’histoire jugera ce moment ».

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(1) Marco Rubio : « Pourquoi nous démantèlerons la CPI » (14/7/2026)

23 octobre 2026 at 11:45 Laisser un commentaire

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