CE QUE L’ÉPIDÉMIE EBOLA NOUS DIT DE NOTRE MONDE
« Si Ebola touchait l’Europe ou les Etats-Unis, on aurait déjà des vaccins et des médicaments » : l’observation du Directeur général du Centre africain de contrôle et de prévention des maladies, Jean Kaseya, en dit long sur les sentiments d’injustice, d’inégalité sinon de discrimination que ressentent les peuples africains face à l’absence de « gouvernance mondiale » équitable et responsable. « Il n’y a pas de marché en Afrique » s’entend rétorquer le responsable du Centre en question de la part des grands laboratoires occidentaux. De fait, sur les 1,4 milliard d’Africains, seuls 30 millions, disséminés sur tout le continent, bénéficient d’une assurance suffisante pour couvrir le recours à toute la panoplie des traitements. L’ Occident s’intéresse à « l’Afrique utile », celle qui offre des « opportunités » et qui est saluée depuis une dizaine d’années comme « un nouvel Eldorado » pour les « investisseurs ». Il détourne, en revanche, le regard de la détresse des populations pauvres comme celles qui luttent actuellement contre l’épidémie Ebola en République démocratique du Congo ! Rappelons que ce vaste pays de 100 millions d’habitants, parmi les plus pauvres du monde -et qui subit, en outre, une insurrection armée particulièrement meurtrière soutenue par le voisin rwandais- affronte pour la 17ème fois en cinquante ans (!) le virus Ebola, au taux de létalité de l’ordre de 50%, sans n’avoir jamais eu de vaccin.
Face à la dangereuse propagation de l’épidémie en RDC et à la menace qui pèse sur une dizaine de pays voisins, l’ONU mobilise les moyens à sa disposition pour répondre à l’ « urgence internationale ». Elle a organisé un pont aérien pour acheminer sur place des fournitures médicales et des équipements d’urgence. Elle a lancé un appel de fonds pour contenir l’épidémie dans l’Ouganda voisin, touché à son tour. Avec le Programme alimentaire mondial, elle intervient dans les zones les plus touchées par l’insécurité alimentaire. Le directeur général de l’Organisation mondiale de la santé est sur place, aux côtés des équipes de l’OMS et des professionnels de santé congolais. L’intensité de cet engagement collectif ne rend que plus révoltantes les coupes drastiques dans l’aide internationale aux pays du Sud en général et à l’Afrique en particulier dans la dernière période.
Si l’annulation par Donald Trump de 83% de l’aide humanitaire constitue le scandale absolu en la matière, ce qu’on sait moins est que les pays occidentaux (OCDE) dans leur ensemble ont fait chuter leur aide publique au développement (APD) de 23% en 2025 par rapport à 2024 ! Quant à la France, son APD a diminué de 33% sur deux ans (de 2024 à 2026). Selon la revue médicale britannique de référence, « The Lancet », si la tendance actuelle se poursuit, « 22,6 millions de personnes -dont 5,4 millions d’enfants de moins de 5 ans- mourront d’ici 2030 dans 93 pays représentant 75% de la population mondiale ». Monstrueux !
Les premières victimes de ces restrictions brutales sont les agences des Nations unies, en particulier l’Organisation mondiale de la santé -dont Donald Trump a retiré les Etats-Unis le jour-même de son investiture, privant l’OMS de près de 20% de son budget ! Notons que ce dernier représentait pour la période 2022 et 2023 la somme de 6,7 milliards de dollars, soit l’équivalent de…3 à 4 jours de guerre américaine contre l’Iran ! Nous vivons des reculs civilisationels dont trop de nos contemporains ne prennent pas vraiment la mesure. Agir pour la paix mondiale, c’est aussi refuser les guerres silencieuses !
L’HUMILIATION, ARME DES LÂCHES, A EFFET-BOOMERANG
Les dirigeants français et européens semblent découvrir l’humiliation que fait subir le pouvoir israélien à qui se met en travers de sa route. Le traitement abject infligé par le « ministre de la sécurité nationale » (!) du gouvernement Netanyahou, le fasciste Ben Kvir, aux militantes et aux militants de la flottille pour Gaza, Global Sumud, a déclenché une exceptionnelle levée de boucliers de la part de responsables politiques habituellement peu enclins à la sévérité à l’égard des auteurs d’exactions en Israël. Tant mieux. Notons que le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, a mis trois jours pour passer du minimum syndical (« des agissements inadmissibles ») à l’énoncé d’une « interdiction d’accès au territoire français » de l’auteur de l’agression. Dont acte. Reste à voir si cette tardive découverte de ce dont est capable le pouvoir israélien « à l’égard de citoyens français et européens » rendra l’Europe plus sensible au recours, par ce même pouvoir, à l’humiliation au quotidien et au plus haut degré du peuple palestinien. Quelques rappels s’imposent à cet égard.
Celui de l’enfer vécu par les 9000 à 10000 prisonniers palestiniens en Israël, dont un tiers en « détention administrative » (sans jugement et pour une durée inconnue), tout d’abord. Les traitements inhumains qui leur sont infligés par leurs geôliers sont abondamment documentés, y compris par des associations israéliennes de défense des droits humains et les témoignages à glacer le sang de détenus palestiniens après leur libération sont légion. Le mois dernier, c’est Marwan Barghouti , figure incontestée de la résistance palestinienne, emprisonné depuis 24 ans, qui subit à trois reprises un passage à tabac puis l’attaque d’un chien lâché par ses geôliers. Il y a quelques jours, c’est la rapporteuse spéciale des Nations unies sur la torture et les autres traitements inhumains ou dégradants, Alice J. Edwards, qui soulignait : « Le nombre et la cruauté des allégations recueillies témoignent d’un mépris flagrant, de la part d’Israël, de son devoir de traiter tous les détenus avec humanité » (1). RAS pour la France ni pour l’Europe ?
L’enfer n’est, en outre, pas réservé aux prisonniers : les colons et l’armée israélienne le font vivre aux Palestiniens dans toute la Cisjordanie. Dans certaines villes, c’est le cas depuis des décennies sans que l’Europe ne s’en émeuve. Un exemple parmi d’autres : en 2019, le grand quotidien suisse « Le Temps » rapportait que, du fait des « soldats et colons extrémistes (…), vivre dans le centre d’Hébron, c’est, pour un Palestinien, vivre en enfer » (2) . Aujourd’hui, selon la FIDH, « une stratégie israélienne systématique (vise) à rendre invivable la présence palestinienne » dans toute la Cisjordanie (3) . Et que dire de Gaza, dont tous les habitants, rappelons-nous, sont, pour le pouvoir israélien, « des animaux humains », comme l’avait hurlé le ministre de la défense de Netanyahou, après le massacre terroriste par des commandos de la branche armée du Hamas, comme pour justifier par avance le génocide du peuple de Gaza.
A quelles autres extrémités faudra-t-il arriver pour convaincre les dirigeants européens de sanctionner, non pas quelques individus, mais le pouvoir responsable de ces humiliations au quotidien, cette arme des lâches, dont on connaît pourtant le terrible effet-boomerang !
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(1) France info , 19/5/2026
(2) Le Temps, 29/1/2019(3) Fédération internationale pour les droits humains : rapport sur l’annexion de la Cisjordanie par Israël (15.5.2025)
LIBAN, IRAN,TAÏWAN : LA PAIX EST-ELLE POSSIBLE ?
Que ce soit au Liban, en Iran et dans le Golfe persique, ou encore à propos de Taïwan, une paix durable est parfaitement possible. Mais à quel prix ?
Le Liban, tout d’abord, pris dans une nasse dont on parle trop peu. « Beyrouth face au piège : un plan américain de désarmement ou une (nouvelle) guerre élargie », titrait, le 13 mai dernier, le grand quotidien libanais, « L’Orient-Le Jour ». Relayant fidèlement les injonctions de Netanyahou, Washington réitère, en effet, auprès des autorités libanaises, l’exigence de retirer les armes au Hezbollah sous peine de subir un nouveau déferlement de mitraille de la part d’Israël. Les « négociations » entre le Liban occupé et l’occupant israélien se sont déroulées dans cet esprit -à Washington- et ont abouti dans l’immédiat à une prolongation de 45 jours du « cessez-le-feu », aussitôt violé par Israël, comme ce fut systématiquement le cas depuis le début de la « trêve », il y a un mois. Rappelons que le gouvernement libanais a recensé pas moins de …1744 frappes aériennes, tirs d’artillerie, dynamitages, tirs d’obus phosphoriques, etc, en l’espace de 22 jours, touchant de nombreux civils, des journalistes et des équipes de secours, au mépris du droit international humanitaire et des conventions de Genève ! Quant au Hezbollah -né en 1982 suite à l’occupation (déjà !) du Liban par Israël – , le lancement de ses roquettes sur le Nord d’Israël doit naturellement cesser. Mais son désarmement, s’il est souhaitable -par la négociation- dans un Liban souverain et démocratique, est tout simplement irréaliste tant qu’Israël occupe et ravage le pays ! Pour qui recherche une paix durable, la pression prioritaire -sanctions et négociation- doit donc être exercée sur ceux qui sont à l’origine du problème : le pouvoir israélien.
L’Iran et le Golfe, ensuite, où le pire n’est, hélas, plus exclu. L’hypothèse de la possession à moyen terme par Téhéran de l’arme nucléaire constitue, certes, un problème réel, comme toute prolifération de cette arme, en général. Mais à ce stade, il s’agit d’un prétexte pour justifier l’escalade de la guerre sans issue dans laquelle s’enlise « l’armée la plus puissante du monde ». Rappelons que le problème du nucléaire iranien avait été réglé pour longtemps par l’emblématique négociation internationale de 2015 et son corollaire : la levée des sanctions contre l’Iran. Quiconque recherche une paix durable dans la région doit agir pour un retour à la seule voie praticable : celle de la négociation.
Taïwan enfin, dont il est beaucoup question depuis le voyage de Donald Trump en Chine. Si une reconquête militaire de l’île est à proscrire, le fait qu’ il n’y a « qu’une seule Chine » -donc que Taïwan ne saurait être considérée comme « indépendante »- est un principe quasi-unanimement admis par la communauté internationale, Etats-Unis et Union européenne compris. Qui sait, du reste, que le parti de l’actuel leader « indépendantiste » de l’île est…minoritaire au Parlement de Taipei ? L’autre grand parti de l’île (KMT) bloque, à l’inverse, au Parlement, le projet d’achat d’armes américaines pour 40 milliards de dollars ! Sa cheffe souhaite « la paix et la réconciliation » avec Pékin, où elle s’est d’ailleurs rendue le mois dernier. Non aux armes, oui au dialogue !
N’écoutons pas les va-t-en guerre : une paix durable est possible !




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