CLIMAT, « PACTE VERT » : FIN D’UNE AMBITION EUROPÉENNE 

« L’Europe peut, doit et va maintenir le cap sur ses objectifs climatiques » : en prononçant ces mots destinés à donner le change dans son discours annuel « sur l’état de l’Union », le 16 septembre dernier, au Parlement européen, Ursula von der Leyen se savait sur la sellette. Courant juillet, à l’initiative de « Réseau Action Climat », 10 ONG influentes avaient publié un rapport très circonstancié dénonçant 20 reculs majeurs, au cours des deux dernières années, en matière de lutte contre le réchauffement climatique, de préservation de la biodiversité et de défense de l’environnement en général, et 30 autres régressions programmées pour les prochains mois. Des alertes similaires ont été lancées dans différents pays européens. C’est qu’à coup de « simplifications », il a été procédé à une vague de déréglementations conduisant notamment à un affaiblissement sensible des obligations des multinationales -dont celles de l’emblématique directive sur « le devoir de vigilance des entreprises », à un détricotage de normes protégeant l’environnement et la santé (pesticides, déforestation, grandes pollutions industrielles…), à un assouplissement de la tarification du carbone pour les industriels (autorisés à émettre gratuitement du CO2 quatre années de plus) etc…(1) Un bilan difficile à défendre au lendemain des canicules et face à des sécheresses historiques qui traumatisent des millions de foyers et dont on nous dit qu’elles risquent de devenir la norme à l’avenir !

Comment en est-on arrivé à enterrer progressivement, depuis le début du second mandat de la présidente de la Commission (2024),  ce qu’elle-même avait présenté cinq ans auparavant comme la grande ambition de l’Europe  : le chantier emblématique du « Pacte vert » ? Trois phénomènes, très éclairants sur la nature de l’actuelle Union européenne, ont conduit à ce non-sens : la collusion de la droite et de l’extrême-droite au Parlement européen lors de votes permettant de démanteler des législations progressistes en matière climatique ; l’influence considérable accordée aux lobbys des multinationales « européennes » les plus polluantes; les pressions directes de pays étrangers exportateurs d’énergies fossiles (Etats-Unis, Qatar…). 

Devant 500 journalistes et 70…influenceurs (!) invités pour l’occasion, l’immodeste présidente de la Commission, se sentant sous pression, a bien  promis de porter une attention particulière à « 100 des territoires les plus vulnérables » , de veiller à la mise en place d’une « alliance pour l’assurance des risques climatiques », de prendre « une nouvelle initiative européenne pour l’eau », sans plus de précision, de « réfléchir » à une « future flotte européenne de lutte contre les incendies » et même -cocorico bien dans son style- de « faire de l’Europe la championne », en l’occurrence : des technologies d’adaptation . Rien, en revanche, n’a été évoqué concernant la cascade de reculs déjà accomplis ou à venir, qui -rappelle avec force le « Réseau Action Climat »- « ont des impacts directs sur la vie des citoyens ». 

Le 26 septembre prochain, la journée de mobilisation « pour le climat, le vivant, la paix et la justice sociale » dans tout le pays  vient à point pour s’emparer de ces enjeux et faire mesurer à nos concitoyens et concitoyennes le coût de chaque retard pris : le réchauffement climatique progresse et l’action pour l’enrayer régresse. Cette irresponsabilité ne doit pas rester sans réponse !

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(1) Voir Humanité (6/7/2026)

24 septembre 2026 at 9:32 Laisser un commentaire

DE « L’UNIFICATION ALLEMANDE » A LA PERCÉE DE L’AfD

  Le dangereux précédent que représente la percée historique de l’extrême-droite en Saxe-Anhalt et plus généralement l’essor régulier de l’AfD en Allemagne, en particulier dans les « nouveaux Länder » de l’Est, résultent à l’évidence de multiples causes. L’une d’entre elles mérite cependant une mention particulière : celle que l’historien Nicolas Offenstadt, spécialiste de l’ex-RDA, appelle « le sentiment de déclassement, de dépossession et de rabaissement » vécu par de nombreux anciens citoyens de RDA à la suite de « l’unification allemande »(1). L’événement remonte certes à 36 ans, mais les traces profondes qu’il a laissées dans les consciences -et la persistance, à maints égards,  d’une Allemagne à deux vitesses- servent de terrain de jeu aux redoutables démagogues de l’AfD (2). Retour sur cette période trop souvent simplifiée à l’excès. 

Lors de la chute du mur de Berlin, la majorité des citoyens et citoyennes de RDA ne souhaitait pas s’intégrer à la RFA. Toutes les études le soulignent : la plupart rêvait d’une nouvelle RDA, démocratique, et préservant les acquis sociaux, tout comme d’autres aspects spécifiques de leur mode de vie. Ce rêve fut balayé par les illusions semées par le Chancelier chrétien-démocrate, Helmut Kohl, promettant à une population désemparée des « paysages florissants » et la prospérité symbolisée par l’échange, de un pour un, des marks de l’Est contre des marks de l’Ouest. Quelques mois plus tard, le même, fort de la victoire de ses alliés de la CDU lors des élections législatives en RDA de mars 1990, se lança dans ce qu’il faut bien appeler une annexion, d’une violence inouïe, d’un pays, la RDA, aussi ancien que la RFA . Le seul fait d’avoir confié à Wolfgang Schäuble, à l’arrogance légendaire, la direction des « négociations » avec les autorités est-allemandes, et donné à une agence dirigée par le grand patronat ouest-allemand, la « Treuhand », les pleins-pouvoirs en matière de bradage aux « investisseurs », notamment ouest-allemands, de la totalité du patrimoine économique de l’ex-RDA, en dit long sur le respect témoigné aux ex-citoyens de ce pays  , traité en « vaincu », et à leur identité propre ! 

Il s’ensuivit, pour les « Allemands de l’Est », dès 1991, une chute de 73% de la production industrielle et un chômage de masse -une plaie qui leur était inconnue jusqu’alors- poussant des dizaines de milliers d’entre eux  à occuper leur usine (comme les 25000 salariés de la chimie…en Saxe-Anhalt) et quelque deux millions de personnes à émigrer à l’Ouest, en désespoir de cause, à la recherche d’un hypothétique nouvel emploi. « Ils remplacent jusqu’à nos plaques de rue. Pour eux, on est des incapables. Tout doit changer ! » m’avait dit, dépité, un chauffeur de taxi de Berlin-Est, à cette époque. De fait, les qualifications acquises à l’Est et non reconnues à l’Ouest, les entreprises publiques de haut niveau fermées parce qu’issues de RDA, la condescendance sempiternellement affichée par les autorités de l’Ouest à l’égard de leurs nouveaux « compatriotes » etc…ont nourri des sentiments de frustrations sinon d’humiliation qui finissent toujours par se payer au prix fort. Nous y voilà. La classe dirigeante allemande sera-t-elle capable d’en tirer enfin les leçons ?

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(1) Humanité, 7/9/2026

(2) Les salariés de l’Est du pays gagnent toujours 17% de moins que ceux de l’Ouest. Par ailleurs, seuls 12,1% des postes de direction sont occupés par des personnes originaires de l’Est du pays, qui représentent 20% de la population (source gouvernementale).

19 septembre 2026 at 5:52 Laisser un commentaire

RUSSIE-UKRAINE: « UNE PHASE EXTRÊMEMENT DANGEREUSE »

Après plus de quatre années terriblement meurtrières, la sinistre « opération militaire spéciale » lancée par Vladimir Poutine et les répliques de l’Ukraine avec l’aide de ses alliés occidentaux sont en train d’être prises dans un nouvel engrenage : victimes civiles de plus en plus nombreuses; utilisation de part et d’autre  d’armes de plus en plus sophistiquées et destructrices; frappes ukrainiennes en profondeur sur les raffineries et les grands sites logistiques russes; blocage de fait par la Russie des ports ukrainiens de la mer Noire, paralysant les exportations -notamment de céréales- stratégiques pour l’économie ukrainienne ; lourdes menaces de Volodymyr Zelensky contre l’aviation civile dans le ciel russe « infesté de drones » (ukrainiens) et où « les jours sûrs sont révolus » (!) ; frappe russe sans précédent sur le siège des services de sécurité ukrainiens dans le centre de Kiev…« C’est une phase extrêmement dangereuse » soulignait récemment l’ancien ambassadeur de France à Moscou et fin connaisseur de la Russie, Jean de Gliniasty, en évoquant « une escalade un peu sauvage » (1)

Comment expliquer cette inquiétante montée aux extrêmes qui, sans initiative de tiers, ne peut que s’auto-alimenter ? Chacun des deux belligérants, faute d’entrevoir une issue militaire  victorieuse à la mesure des incommensurables sacrifices consentis par ses soldats et son peuple, ne peut concevoir d’accepter le statu quo. Jusqu’où peut conduire cette fuite en avant ? Nul ne le sait, mais désormais tout paraît possible. Y compris ce qu’aucun des protagonistes ni aucun de leurs soutiens respectifs ne souhaite « a priori ». 

Une seule conclusion responsable s’impose : rompre au plus vite cet engrenage fatal en tentant l’impossible pour créer les conditions de l’ouverture de négociations ! L’initiative, à l’évidence, ne viendra ni du pays agressé ni de l’Etat agresseur, chacun y mettant des conditions inacceptables par l’autre. Washington a pris une initiative qu’en l’état actuel des choses on ne peut dédaigner par avance. Qu’attendent, pour leur part, les dirigeants européens pour tenter de faire taire les armes : par exemple, en sondant des pays-clés comme la Chine, l’Inde, le Brésil, voire la Turquie, qui, à la fois, n’ont aucun intérêt à un prolongement de cette guerre et ont un ascendant sérieux sur le pouvoir russe ? Certes, il ne faut pas leur demander de cautionner une capitulation de la Russie devant l’Occident ! En revanche, il pourrait s’agir d’entamer un dialogue exploratoire avec chacun des deux belligérants afin d’essayer de leur faire accepter le constat qu’il n’y a pas de solution militaire à ce conflit : un grand pas serait déjà franchi ! Ce ne serait pas encore la paix véritable, qui suppose le retour au droit international et la construction d’une nouvelle architecture de sécurité pour l’Europe,  mutuellement acceptable . Mais ce ne serait déjà plus la guerre ! 

A noter avec intérêt, à cet égard : trois  anciens diplomates -français, allemand et britannique- ont pris l’initiative, cet été, à Vienne, d’entamer une discussion informelle avec d’anciens responsables russes afin d’évaluer les possibles en matière d’éventuelles négociations, à l’avenir (2). Là où il y a une volonté, il y a un chemin. 

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(1) La Marseillaise (17/8/2026)

(2) Il s’agit du Français Pierre Vimont, ancien secrétaire général du « quai d’Orsay » européen ; de l’Allemand Markus Ederer, ancien ambassadeur de l’UE à Moscou et du Britannique Timothée Barrow, ancien ambassadeur du Royaume uni en Russie (Information rapportée par Bloomberg)

12 septembre 2026 at 5:42 Laisser un commentaire

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