CESSEZ-LE-FEU ! EUROPE, RÉVEILLE-TOI !

Comme on pouvait le craindre, l’engrenage de la guerre américano-israélienne contre l’Iran franchit, jour après jour, de nouvelles « lignes rouges ». Le cycle infernal des agressions et des représailles, de l’humiliation et de la vengeance, est engagé. L’embrasement régional tant redouté est désormais une réalité. Le risque est à présent celui de l’enlisement, avec la tragédie qui s’ en suivrait immanquablement pour les populations. Comme hier en Irak, en Lybie ou en Afghanistan,  cette guerre n’apportera pas la démocratie mais le chaos. Seule une action résolue et responsable des principaux dirigeants de la planète, dans le cadre des Nations unies, en faveur d’un cessez-le-feu, rendrait envisageable le retour à la diplomatie, seule à même d’enrayer la course à l’abîme. Mais l’esprit de responsabilité et le courage politique s’effacent, dans les chancelleries européennes, devant le suivisme à l’égard d’un Président des Etats-Unis sans foi ni loi, grisé par les « succès » illusoires de sa « belle armada » et l’inertie, sinon la complaisance, envers un chef de gouvernement israélien d’extrême-droite, criminel de guerre présumé, prêt au pire.  

Il est consternant de devoir constater que le Premier ministre espagnol, Pedro Sanchez, fut le seul dirigeant de l’Union européenne à réagir d’emblée, en toute clarté, à cette nouvelle et hyper-dangereuse aventure militaire « préventive »  -donc d’autant plus illégale- contre l’Iran, dont tout le monde savait pourtant qu’elle déclencherait une réaction en chaîne aux conséquences potentiellement dévastatrices. 

À l’inverse de celle du dirigeant espagnol, l’attitude plus qu’ambiguë d’Emmanuel Macron face à ce conflit ternira aussi sûrement son bilan international que le NON de Jacques Chirac à la guerre d’Irak en 2003 avait rehaussé le sien. En ordonnant un déploiement militaire spectaculaire dans la région et la participation, fût-elle proclamée « défensive », de la France aux opérations aériennes contre l’Iran nous implique de fait dans une guerre qui n’est pas la nôtre ! Beaucoup d’entre nous ont sans doute découvert à cette occasion que la France avait conclu des accords de défense avec les Émirats arabes unis  -« l’un des pays les plus répressifs et les plus prêts à s’ingérer dans les affaires intérieures des autres pays du Moyen-Orient »(1)-   et qu’elle y possède 3 bases militaires ! 

 Et que dire du pitoyable Chancelier allemand ! «  Il a offert un spectacle attristant dans le bureau du Président Trump : c’était un petit garçon qui écoutait des rodomontades en tous sens, sans aucune capacité de réaction », selon un de ses propres amis politiques (2). Il expliquera refuser de donner des « leçons » à Trump sur le droit international, sa seule préoccupation étant d’ « éviter de nouveaux flux de réfugiés » ! Pas étonnant, dans ce contexte, que Trump se soit accordé, dans la conduite de sa guerre, la « note de 15 sur 10 » …

Encouragé par le soutien sans limite de la Maison Blanche et l’impunité garantie des Européens,  Netanyahou sème, en outre, la mort et la désolation au Liban. Là encore, on est stupéfait de la mollesse des réactions européennes à cette nouvelle offensive israélienne, malgré son bilan civil insoutenable.

Mesurent-ils seulement quel monde nous prépare ce renoncement de fait au droit international et aux principes si  essentiels de la Charte des Nations unies ! Résolument Non à la soumission aux tenants de la loi du plus fort, dominateurs sans scrupules et fiers de l’être ! Cessez-le-feu ! Europe : réveille-toi !

——–

(1) Daraj – Courrier international (10/2/2025)

(2) Jean-Louis Bourlanges , ancien président de la commission des Affaires étrangères de l’Assemblée nationale.

12 mars 2026 at 10:16 1 commentaire

ARRÊTER LE BRAS DES INCENDIAIRES !

L’histoire retiendra l’écrasante responsabilité commune des États-Unis et d’Israël, en coordination plus étroite que jamais, dans le déclenchement de cette nouvelle guerre contre l’Iran, aux conséquences potentiellement dévastatrices pour tout le Moyen-Orient, voire au-delà. Après avoir torpillé, au début de son premier mandat, l’accord international sur le nucléaire iranien de 2015, Trump a sapé ses propres pourparlers avec Téhéran, trois jours avant un nouveau rendez-vous déjà fixé et une rencontre prévue au siège de l’Agence internationale de l’énergie atomique -l’interlocuteur le mieux placé pour apprécier la valeur des concessions annoncées par Téhéran en matière nucléaire.

On a beau exécrer le régime dictatorial, obscurantiste et assassin au pouvoir à Téhéran et souhaiter à ce grand peuple de pouvoir s’en débarrasser au plus vite, comment ne pas avoir la nausée en entendant l’autocrate américain oser lancer aux Iraniens : « L’heure de votre liberté est à portée de main » au moment même où ses missiles détruisaient une école de filles, tuant plus de 100 enfants et en blessant plusieurs dizaines d’autres ! Le monde entier a vu, en Lybie ou en Irak, à quoi peut conduire la prétention d’  « exporter la démocratie au Moyen-Orient » à coup de bombes ! En Iran aussi, la guerre entraîne avant tout « morts, destructions et désolation humaine (car) ce sont les civils qui finissent par en payer le prix ultime » a, d’emblée, souligné Volker Türk, Haut représentant des Nations unies pour les droits de l’homme. Ils ont bonne mine, celles et ceux qui, telle la Commissaire européenne à la Méditerranée, ont, il y a peu, honoré de leur présence l’indécent et grotesque lancement du « Conseil de la paix » du co-fauteur de guerre au Moyen-Orient ! 

Le général Trinquant, qui ne passe pas pour un gauchiste, avait expliqué sans détour, la veille du déclenchement de la guerre, que la seule tactique dont disposait Trump pour justifier sa décision, tant auprès de ses électeurs qu’auprès de ses alliés dans la région -tous profondément hostiles à cette dangereuse aventure- était de mettre à profit la moindre provocation iranienne pour mettre en avant la nécessité de protéger Israël. Cette provocation tardant à se produire, Netanyahou l’a anticipée par ses « frappes préventives » sur le « guide suprême ». On connaît la suite…mais pas la fin ! Comme on pouvait malheureusement s’y attendre de la part d’un régime aux abois, désormais prêt à tout pour se venger, une pluie de missiles iraniens s’est abattue sur Israël et sur les bases américaines, nombreuses dans la région. Au moment où ces lignes sont écrites, nul ne sait jusqu’où va conduire cette folle aventure guerrière.

En ces heures graves, pourra-t-on compter sur le sang froid, le courage politique et l’esprit de responsabilité des dirigeants et dirigeantes politiques européens ? Par les temps qui courent, rien n’est moins sûr. Puisse se manifester de la part des citoyennes et des citoyens l’exigence d’un arrêt de l’escalade avant qu’elle ne devienne totalement incontrôlable ! Ne laissons pas enterrer la seule boussole qui nous préserve du pire : le droit international incarné par la Charte des Nations unies.

5 mars 2026 at 12:06 Laisser un commentaire

ADIEU, TRÈS CHÈRE LEILA …

ADIEU, TRÈS CHÈRE LEILA …

Leila Shahid nous a quittés. Combien sommes-nous à ne pas arriver à accepter l’idée que nous n’entendrons plus cette voix sans pareille, si chaleureuse, si généreuse , si sincère; que nous ne verrons plus cette personnalité élégante qui incarnait comme nulle autre la cause palestinienne, « cause d’un peuple courageux, digne, qui se bat tout seul depuis près d’un siècle, simplement pour la justice ». Loin des slogans réducteurs, elle puisait avec sa sensibilité dans le quotidien de son peuple et dans sa vaste culture les arguments à même d’éclairer ses interlocuteurs sur les réalités trop souvent occultées de la « question palestinienne » -expression qu’elle préférait à la notion de « conflit israélo-palestinien »censé opposer deux Etats et deux armées. 

En quelques mots imparables mais sans arrogance, elle rétablissait telle vérité historique, maltraitée par le récit dominant. Par exemple, le fait que le Conseil national palestinien a reconnu Israël en 1988 et qu’il a proclamé l’Etat palestinien sur seulement 23% du territoire de la Palestine mandataire, soit bien moins que les 54% que l’ONU lui avait attribués en 1947 :  « Arafat voulait mettre un terme à la guerre par le compromis, sauf que personne n’a aidé Arafat ni son peuple » rappelait Leila. Près de 40 ans plus tard, loin de reconnaître enfin, à son tour, l’Etat de Palestine, le pouvoir israélien et son armée anéantissent Gaza, tandis qu’en Cisjordanie, l’occupant cherche, en détruisant des camps de réfugiés et en couvrant les exactions des colons, à créer les conditions d’une ré-annexion totale du territoire palestinien . Pourtant, si 85 Etats viennent enfin de condamner la volonté d’Israël « d’étendre (sa) présence illégale » en Cisjordanie occupée, ils laissent désespérément impunies les innombrables violations du droit international par Israël. Cette lâcheté exaspérait Leila : « Une voix pour la paix dans un monde sourd », soulignait avec justesse, le lendemain de sa disparition, l’éditorial du grand quotidien libanais, « L’Orient-le-Jour ».  

Mais son combat, ô combien légitime, contre l’occupant, tout comme sa juste colère contre l’impunité totale accordée aux autorités israéliennes, fussent-elles coupables du pire des crimes contre des populations civiles, ce « deux poids-deux mesures » érigé en système, en particulier par l’Europe, ne conduisait jamais Leila à perdre ses repères éthiques. Face au massacre du 7 octobre 2023, elle, qui comptait des amis et des amies chers en Israël et s’opposa toujours à toute violence contre des populations civiles, s’est dite « horrifiée », affirmant que ses auteurs, du Hamas,  « devront être jugés par la Cour pénale internationale pour crimes de guerre ». 

Par ailleurs, si elle a vivement reproché aux dirigeants européens, et occidentaux en général, de ne pas s’impliquer dans la tragédie infligée par Israël à la Palestine, elle n’a pas moins  ménagé ses critiques, souvent acerbes, vis-à-vis de ceux du monde arabe ni même, le cas échéant, à l’encontre de l’Autorité palestinienne. Cette sincérité à toute épreuve lui conférait une force de conviction dépassant largement les limites d’un quelconque « camp ». Telle était Leila, notre amie et notre référence pour la cause palestinienne et toutes les valeurs humaines -la justice, l’égalité, la dignité-qui s’y rattachent et en font une cause universelle.

26 février 2026 at 5:44 Laisser un commentaire

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