UN ÉTAT DU MONDE ACCABLANT…ET DES SIGNES D’ESPOIR
« Le vieux monde se meurt, le nouveau monde tarde à apparaître et dans ce clair-obscur surgissent les monstres » : le vieil adage de Gramsci s’est encore vérifié cet été ! Les « monstres » sont légion : violence débridée et impunie des colons israéliens pour terroriser les Palestiniens en Cisjordanie ; appel au meurtre de Palestiniens de Gaza de la bouche d’un ministre de Netanyahu ; enlisement de l’aventure guerrière de Trump contre l’Iran; descente aux enfers du Liban réoccupé; sanglante et dangereuse escalade de la guerre russo-ukrainienne; nouvelle accélération de la militarisation de l’Europe; propagation exponentielle et hors de contrôle de l’épidémie d’Ebola en RDC; tragédie humaine à Ceuta; négociations scandaleuses entre l’Europe et les talibans sur « l’augmentation des expulsions vers l’Afghanistan » ! etc…sans oublier la multiplication des catastrophes dites « naturelles » résultant de l’irresponsabilité politique massive face à l’urgence climatique : jamais, pour toutes les générations qui se sont succédé depuis la fin de la seconde guerre mondiale, il n’aura été plus vital de sortir par le haut de cette crise de civilisation née de la décomposition du capitalisme mondialisé.
Dans ce contexte accablant, il n’est pas sans intérêt de pointer, a contrario, quelques tendances encourageantes qui émergent et méritent un suivi attentif.
L’une d’entre elles est l’amplification, cet été, de la poussée de la gauche observée depuis quelques temps lors des primaires démocrates en cours aux Etats-Unis en vue des élections de mi-mandat de novembre prochain. Des candidates et des candidats « de terrain », au budget de campagne très limité et s’écartant de « l’establishment » du parti -qui a montré sa faiblesse face à Trump- s’imposent désormais non plus seulement à l’échelle de circonscriptions (à New-York, dans le Colorado, en Pennsylvanie…) mais à celle de plusieurs États (le Michigan, le Minnesota, la Floride…). Intéressants à observer sont les thèmes qui ont dominé ces campagnes : mise en place d’un système d’assurance santé universel; augmentation des impôts des plus riches; suppression de la police anti-migrants (ICE)…Et même : suppression de toute aide militaire des Etats-Unis à Israël.
Autre source d’espoir, en Europe cette fois : l’exigence -de plus en plus forte dans les opinions publiques- que les Etats appliquent vis-à-vis de Tel-Aviv les décisions de la Cour internationale de justice et de la Cour pénale internationale; qu’ils suspendent l’accord d’association UE-Israël ; qu’ils cessent toute vente d’armes et toute coopération militaire avec ce pays etc… vient d’être reprise avec force par plus de 100 ex-ambassadeurs français et britanniques ! « La Palestine s’efface sous nos yeux », ont-ils dénoncé face à « la destruction systématique de Gaza et de sa population » et au « nettoyage ethnique » en Cisjordanie comme à Jérusalem-Est. Voilà typiquement un fruit des mobilisations en solidarité avec le peuple palestinien, et, désormais, en retour, un précieux point d’appui pour parvenir à des résultats concrets de la part de nos gouvernements.
D’autres faits laissent espérer des avancées mais demandent à être clarifiés. C’est le cas de la loi d’amnistie de milliers de militants kurdes en Turquie. Le Parti de gauche pro-kurdes DEM veut y voir « l’occasion de consolider la paix et de construire la démocratie ». Il faut en accepter l’augure. L’espoir nourrit l’action. Que vive l’espoir !
LES PEUPLES, GRANDS OUBLIÉS DU MOYEN-ORIENT !
Le fastueux accueil réservé à Donald Trump au château de Versailles, complété par les flagorneries d’usage d’Emmanuel Macron envers celui en qui il dit avoir « toujours eu confiance » (!) avait, en lui-même, quelque chose d’indécent. Mais le plus choquant ne fut-il pas le commentaire du Président de la République, après la signature, par l’illustre invité, sur un coin de table, du « protocole d’accord » entre les Etats-Unis et l’Iran ? Il y était question de « la réouverture d’Ormuz, sans péage » et des « prix du carburant et du gaz (qui) vont normalement baisser », sans la moindre allusion au peuple iranien qui vient de subir le traumatisme de 110 jours de guerre, avec, pour l’heure, comme seul résultat tangible, note une spécialiste, celui d’avoir « renforcé le pouvoir militaire, affaibli la société civile et augmenté la misère économique de l’Iran » (1). On en oublierait presque que l’hôte de marque du Chef de l’Etat, qui savoure les « bravos » qui lui sont adressés, est celui-là même qui, avec son (ex ?) allié privilégié, Benjamin Netanyahu, a déclenché cet effroyable conflit en violation flagrante du droit international. Les Iraniens, à qui les incendiaires avaient scandaleusement annoncé que « l’aide est en route », sont-ils déjà tombés dans les oubliettes ?
Et qu’en est-il du peuple libanais ? A commencer par le million de personnes déracinées de leur terre au Sud du pays depuis le 2 mars dernier. En plus d’avoir à déplorer une grande partie des quelque 4000 morts et des 12000 blessés recensés durant ces quatre mois d’enfer, ils ont souvent tout perdu sous les bombes israéliennes. Mais cette guerre frappe cruellement l’ensemble de la population, sans distinction de confession ou d’appartenance politique, de ce pays-martyr . L’accord signé par Trump, entre la poire et le fromage, prévoit la fin des hostilités « sur tous les fronts », y compris le Liban, ainsi que le retrait des forces d’occupation israéliennes du Sud de ce pays. La réalité est tout autre : Tyr, Nabatieh, Baalbek…la liste des villes et des villages est longue, dont les habitantes et les habitants ont continué à subir les raids meurtriers israéliens après « l’accord » et même après le nouveau « cessez-le-feu » proclamé depuis. Pour Netanyahu, son armée ne vise que « les terroristes du Hezbollah ». Faux ! Le grand quotidien libanais, « l’Orient-Le Jour » (19/6/2026) souligne que l’armée de Netanyahu a multiplié les bombardements au phosphore et d’obus à sous-munitions, des armes interdites, précisément parce qu’elles frappent leurs victimes sans distinction entre cibles militaires et civiles. Or, le Hezbollah n’est pas qu’une milice armée, mais aussi un parti bénéficiant -que cela plaise ou non- d’un large soutien populaire, notamment dans la communauté chiite du pays. Né du refus de l’occupation israélienne du Sud du Liban (1982-2000), son influence découle… des agressions répétées de l’armée israélienne . Est-ce trop demander au Chef de l’Etat d’en dire un peu plus sur le sujet que d’appeler Benjamin Netanyahu …à faire preuve de « responsabilité et de rationalité » ?
Quant au peuple palestinien -dont le sort est au cœur de la crise du Moyen-Orient- qu’en disent aujourd’hui les autorités françaises si ce n’est de demander la démission de Francesca Albanese, la courageuse rapporteuse spéciale de l’ONU pour les territoires palestiniens ? Il nous reste, femmes et hommes de progrès, à sauver l’honneur de la France.
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(1) Azadeh Kian, sociologue franco-iranienne, dans « Le grand continent » (9/4/2026)
MIGRATION ET ASILE : L’EUROPE SE TRUMPISE !
Le 17 juin prochain, attendez-vous à apprendre qu’une majorité de parlementaires européens -droite et extrême-droite mêlées- aura définitivement adopté un règlement scélérat, sobrement intitulé « retour », et portant sur l’expulsion de personnes étrangères dont la demande d’asile a été rejetée. Ce règlement « s’inscrit dans un durcissement sans précédent de la politique migratoire européenne » souligne fort justement l’association « France-terre d’asile », pour qui ce texte menace « gravement la dignité et les libertés fondamentales des personnes étrangères en Europe ».
Qu’on en juge : il autorise la création de centres de rétention (élégamment appelés les « hubs de retour ») situés en dehors des frontières de l’Union européenne, dans des pays estimés « sûrs » -Rwanda, Ouganda, Kazakhstan…-, sans rapport avec le pays d’origine des personnes expulsées et n’offrant pas de garanties effectives contre des risques de traitement inhumain et dégradant des personnes concernées . En outre, cet enfermement pourrait concerner « en dernier ressort » des enfants, y compris non accompagnés. Ajoutons qu’un éventuel recours contre une telle mesure d’éloignement n’aurait aucun effet suspensif. En clair : une personne pourrait être expulsée avant même qu’un juge n’ait pu examiner son recours. Un pays a devancé l’UE dans cette pratique barbare de création de « centres de rétention offshore » : c’est l’Italie de Giorgia Meloni, qui a signé en 2023 un accord en ce sens avec l’Albanie…Belle référence ! L’Europe se trumpise. .
Qu’en est-il, en réalité , de « la submersion migratoire » de l’Europe, agitée tel un spectre menaçant, pour déstabiliser les peuples désorientés par la crise sociale et politique qu’ils subissent de plein fouet ? Un bref rappel des données publiées par l’Union européenne elle-même ou par l’Organisation internationale pour les migrations (OIM/ONU) est éclairant à cet égard. La part de citoyennes et citoyens non européens dans l’UE ? Elle représente 6,4% de la population, qui, souvent, « contribue à combler des pénuries de main d’œuvre ». Les passages « illégaux » des frontières de l’UE ? Ils sont désormais très loin de ce que la situation très exceptionnelle de2015-2016 a imprimé dans les mémoires : en 2024, l’Agence européenne de garde-frontières et de garde-côtes (anciennement Frontex) a documenté 239 000 entrées irrégulières sur une population totale de quelque 450 millions d’habitants dans l’UE (1). Rappelons enfin que sans la migration, régulière et irrégulière, la population de l’UE serait en déclin. Et surtout, n’oublions jamais que derrière chaque personne à la recherche d’un refuge au péril de sa vie se cache un drame qui appelle le respect.
À rebours de la tendance à l’œuvre dans l’UE, la question des migrations mérite un débat sérieux et éthique. « Pour un être humain persécuté, il ne saurait exister de traversée illégale d’une frontière » avait écrit, avec la dignité qui l’a toujours caractérisé, Jean Ziegler, ce grand Monsieur qui vient de nous quitter (2). Cette chronique sera mon hommage à cet homme de conviction que j’ai eu la chance et l’honneur de croiser durant près d’un demi-siècle, en apprenant toujours de chacun de ses engagements humanistes. À une époque où tant de valeurs fondamentales sont piétinées, le message de Jean Ziegler est à méditer.
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(1) « Migrations en Europe : quand les chiffres démentent les idées reçues » (Nations unies, 18/12/2025).
(2) voir « Lesbos , la honte de l’Europe » (Le Seuil, 2020)




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