IRAN : UNE ISSUE NÉGOCIÉE OU LE BOURBIER

Quand tous ces chefs de guerre qui se croient tout-puissants retiendront-ils la leçon des fiascos des guerres du Vietnam, d’Afghanistan, d’Irak, de Libye, d’Ukraine…? Une fois que sont lancées leurs aventures irresponsables , rien ne se passe jamais comme ils l’avaient envisagé. Lorsque apparaissent les difficultés imprévues, leur hubris commande, non de réfléchir, mais de surenchérir. Le piège de l’escalade fait le reste, jusqu’à rendre l’engrenage incontrôlable. A cet égard, nul besoin d’être fin stratège pour savoir que  le Moyen-Orient se prête particulièrement à ce type de déraillement. C’est pourquoi, même George W. Bush, qui ne brillait pourtant guère par son intelligence politique, s’était résolu à retenir le bras de son grand allié de l’Etat hébreu. 

Cette fois, hélas, il en alla tout autrement. Pourtant, jusqu’au 28 février, l’Iran acceptait de négocier avec Washington, le Hezbollah respectait la trêve avec Israël, le Golfe connaissait la stabilité et le détroit d’Ormuz était ouvert ! Lorsqu’il devint clair que, malgré cette situation, Donald Trump était sur le point de céder à l’obsession de son homologue israélien, le vieux dictateur de Téhéran annonça en toute clarté l’enjeu sans précédent du conflit annoncé : « Si les Américains nous attaquent, cette fois, la guerre sera régionale ! » lança l’ayatollah Khamenei. Pas de quoi impressionner ni le « maître du monde » à Washington, si fier de sa puissante armée, ni le criminel de guerre présumé de Tel-Aviv, dont l’œuvre accomplie à Gaza devait à elle seule suffire à dissuader tout adversaire dans la région. La suite est connue…

En Iran : les dizaines d’assassinats ciblés n’ont pas abattu le régime mais transféré le pouvoir aux plus radicaux, les « gardiens de la révolution islamique ». Les 1500 frappes n’ont pas touché que des cibles du pouvoir , mais nombre d’infrastructures civiles, dont une école de filles  (175 morts), des hôpitaux et deux universités . Elles ont conduit au déplacement forcé 3,2 millions de personnes . Leurs graves conséquences psychologiques, sanitaires et environnementales  ainsi que la destruction de trésors du patrimoine n’auront pas manqué de blesser le sentiment national d’une partie de la population qu’on prétendait « aider »…

Comme annoncé, la riposte iranienne a entrainé dans la guerre toute la région du Golfe, annulant l’accord historique conclu en 2023 entre l’Iran et l’Arabie saoudite sous l’égide de la Chine . Au Liban, l’armée israélienne -au nom de l’objectif inatteignable d’ « éradiquer » le Hezbollah- applique sa méthode barbare éprouvée à Gaza, détruisant tout le territoire libanais au sud du fleuve Litani, obligeant plus d’un million d’innocents à tout quitter, se filmant en train de vandaliser une maison, tuant plus de 1100 personnes parmi lesquelles des journalistes et des secouristes, tout en préparant la réinvasion et la réoccupation du sud du pays. Quant aux conséquences énergétiques et économiques mondiales de cette guerre , elles aussi étaient parfaitement prévisibles, chaque observateur sachant que la riposte de l’Iran passerait par la fermeture de l’axe de circulation maritime majeur qu’il est à même de contrôler.

Et maintenant ? Le choix est entre une nouvelle étape de cette fuite en avant cataclysmique et la recherche -de plus en plus difficile mais plus vitale que jamais- d’une issue négociée. En 2015, la diplomatie avait triomphé : le problème nucléaire iranien était réglé, jusqu’à ce que Trump, dès 2018, torpille l’accord. 11 ans après, y-a-t-il des adultes parmi les alliés des incendiaires ? Qu’attendent-ils pour tenter d’éviter le bourbier ?

2 avril 2026 at 10:56 Laisser un commentaire

IRAN : « L’IMPUISSANCE DE LA PUISSANCE »

L’aventure guerrière américano-israélienne contre l’Iran tourne au désastre. La responsabilité de ceux qui ont mis le feu aux poudres est écrasante. Oui, le caractère dictatorial, obscurantiste et criminel du régime de Téhéran est indiscutable. Oui, il faut saisir toute occasion permettant d’aider réellement son peuple martyr à ouvrir la voie vers sa libération. Mais -outre que celle-ci ne s’importe pas à coup de bombes-, la libération des Iraniens n’est pas et n’a jamais été le but de ceux qui ont déclenché cette guerre. Rien n’est plus étranger à Donald Trump que la promotion de la démocratie ; rien n’est plus éloigné des objectifs de Benjamin Netanyahu que la défense des droits humains ! Au mépris du droit international et de l’esprit de responsabilité le plus élémentaire, ils ont provoqué le fol engrenage qui génère jour après jour des développements de plus plus dramatiques, au point de devenir incontrôlables. Leur « stratégie » ? : le mensonge, un mélange d’arrogance et d’ignorance, une foi aveugle dans leur « puissance ».

Le mensonge tout d’abord. Le locataire de la Maison-Blanche a justifié l’attaque contre l’Iran par le fait que le régime était sur le point d’ avoir la bombe nucléaire : « faux ! » ont répondu tous les experts ! Robert Malley , ancien conseiller du Président Clinton pour le Moyen-Orient, ironisera même en rappelant que « cela fait 20 ans qu’on nous dit que la bombe atomique, on y est à une semaine près ! » Quant au Premier ministre israélien, il a présenté l’Iran comme « une menace existentielle » pour l’Etat hébreu. « Faux ! » a rétorqué Gérard Araud, ancien ambassadeur français à Tel-Aviv : Israël est aujourd’hui « la superpuissance militaire dans la région ». Le seul aspect existentiel, c’était l’arme nucléaire : « question qui avait été réglée par l’accord international de 2015 », appliqué sous le contrôle de l’AIEA (1)…jusqu’à ce que Trump le déchire en 2018 ! 

L’arrogance et l’ignorance, ensuite. « Nous avons une petite excursion en ce moment pour détruire le mal » fanfaronnait Trump, le 9 mars dernier, avant d’exiger de Téhéran une « capitulation sans condition », sans quoi « la mort, le feu et la fureur s’abattront sur eux, rendant pratiquement impossible la reconstruction de l’Iran comme nation » (!) Pas en reste sur son parrain, Netanyahu se félicitait peu après, sur le même mode, de ce que l’Iran était « en train d’être décimé »…De fait, de plus en plus d’infrastructures civiles -écoles, centres médicaux, immeubles résidentiels,  réserves de médicaments…- sont bombardées,  la population subissant en outre le nuage toxique produit par la destruction des installations d’ hydrocarbures. Aux morts et aux blessés par milliers s’ajoute la destruction de joyaux du patrimoine perse. Est-ce ainsi que le milliardaire inculte et grossier de Mar a Lago et son allié, criminel de guerre présumé, tant à Gaza qu’au Liban, pensent « libérer » les Iraniens ? Mesurent-ils qu’ils ont affaire à un pays à l’histoire deux fois millénaire, à un peuple cultivé, largement opposé au régime, mais profondément attaché à la nation, qui forme chaque année pratiquement autant d’ingénieurs que les Etats-Unis et plus que la France et l’Allemagne réunies ? 

Le culte débile de la « puissance », enfin. « La puissance détruit, terrorise, coûte, mais ne construit plus », c’est « l’impuissance de la puissance », avertit de longue date Bertrand Badie, éminent spécialiste des relations internationales. C’est cet aveuglement dévastateur qui a poussé Trump à quitter unilatéralement la table des négociations, le 28 février dernier, pour céder à l’obsession maléfique de son protégé israélien. La seule alternative au désastre est d’y revenir au plus vite.

(1) Agence internationale de l’énergie atomique

29 mars 2026 at 6:11 Laisser un commentaire

NE LAISSONS PAS BRULER LA CHARTE DES NATIONS UNIES !

« L’Europe ne peut plus être la gardienne de l’ancien ordre mondial, qui a vécu et ne reviendra pas ». L’autrice de cette formule dangereusement ambiguë n’est autre que la présidente de la Commission européenne, devant tous les ambassadeurs de l’UE dans le monde, réunis à Bruxelles le 9 mars dernier ! Ursula von der Leyen, pauvre en convictions mais riche en opportunisme politique, estimait sans doute que, le trumpisme ayant le vent en poupe en Occident, c’est le moment de prendre la tête de sa variante européenne. Elle, qui ne jurait (légitimement) que par le respect du droit international lors de chacune des 20 annonces de nouvelles sanctions contre la Russie, prétend enterrer, à propos de la guerre américano-israélienne au Moyen-Orient, ce qui constitue la matrice des règles en vigueur depuis 80 ans : la Charte des Nations unies. 

Rappelons que celle-ci interdit à tous les États, « dans leurs relations internationales, de recourir à la menace ou à l’emploi de la force, soit contre l’intégrité territoriale ou l’indépendance politique de tout État, soit de tout autre manière incompatible avec les buts des Nations unies » (article 2, paragraphe 4) sauf en cas de légitime défense. La « guerre préventive » invoquée par Washington et Tel Aviv n’est donc rien d’autre qu’une agression. Il appartient à tout responsable politique européen de le souligner en toute clarté, sauf à laisser le terrain libre aux visées dévastatrices d’un Trump, résumées dans sa réponse à des journalistes du New York Times qui lui demandaient s’il voyait des freins à son pouvoir sur la scène internationale : « Ma propre moralité, mon propre esprit, c’est la seule chose qui peut m’arrêter -asséna le locataire de la Maison Blanche- Je n’ai pas besoin du droit international ». Faut-il prendre acte de cet unilatéralisme désinvolte et toxique ou, au contraire, sonner l’alarme et engager une offensive politique pour le respect de l’ordre juridique et démocratique international, gage de notre sécurité commune et d’une paix durable ? Poser la question, c’est y répondre.

Il est encourageant de constater que le pas de clerc de la  présidente de la Commission lui a valu une volée de bois vert, preuve qu’il reste, dans les opinions publiques européennes, un attachement au droit international suffisamment fort pour que nombre d’élus ou de dirigeants politiques, spontanément peu enclins à résister au trumpisme triomphant, se soient sentis obligés de réagir à la sortie irresponsable de Madame Von der Leyen. Elle, qui avait humilié l’Europe en capitulant en rase campagne face aux taxes douanières de Trump, puis tenu à se faire représenter à l’inauguration du grotesque « Conseil de la paix » du milliardaire, avant d’applaudir aux bombardements sur Téhéran et d’appeler à un « changement de régime » par la force, en oubliant les leçons des aventures néoconservatrices en Irak ou en Libye, a dû faire face à un tollé de protestations, tant de nombreux parlementaires européens que du Président du Conseil européen en personne, le socialiste portugais, Antonio Costa, pour qui « la liberté et les droits de l’homme ne peuvent être obtenus à coup de bombes » et « l’unilatéralisme ne peut en aucun cas être la voie à suivre ». 

Il faut, à partir de là, engager sur le fond, une authentique contre-offensive politique. Nous ne laisserons banaliser ni le coup de force de Caracas, ni l’asphyxie de Cuba, ni les menaces sur le Groenland ! Tolérer de fait le génocide à Gaza, la tentative de ré-annexion de la Cisjordanie, la sauvagerie en cours au Liban et la guerre à fragmentation au Moyen-Orient serait un affront à toute l’humanité. Ne laissons pas bruler la Charte des Nations unies !

19 mars 2026 at 3:48 Laisser un commentaire

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