LES ALLIÉS EUROPÉENS DE BARDELLA ET L’ANTISÉMITISME
Rappelons que Bardella n’est pas que président du RN, il préside également le groupe des « Patriotes pour l’Europe » au parlement de Strasbourg. On imagine aisément le profil des partis qui en sont membres. Comme le RN, ils affichent sans vergogne leur nationalisme, leur obsession anti-migrants et, souvent, leur haine des arabes et des musulmans. Comme le RN, ils entretiennent d’excellents rapports avec les dirigeants israéliens, estimant ainsi se libérer du boulet de l’héritage des pages les plus sombres de l’histoire européenne. Et, comme le RN, ils jurent avoir tourné le dos à toute forme d’antisémitisme. Mais, quand on monte au mât de cocagne, il faut avoir les braies propres…Or, comme pour le RN, tel n’est pas le cas pour nombre de ses alliés européens.
Commençons par celui qui fonda en 2021 le fameux groupe des « patriotes » : l’ancien Premier Ministre hongrois, Viktor Orban, patron du parti « Fidesz », dont les élus siègent aux côtés du RN. Sacré symbole : Orban, premier dirigeant européen à accueillir Netanyahou en 2023, s’était illustré en 2019 puis, à nouveau en 2025, en décorant « Mihaly Takaro, historien et fervent admirateur des écrivains antisémites de l’entre-deux guerres, et l’essayiste Kornel Döbrentei, habitué des saillies antisémites » , ce qui entraîna une protestation de la communauté juive de Hongrie (1).
Autre allié du RN: le « Vlaams Belang » de Flandre. Une organisation culturelle juive de Belgique souligne que l’un des ténors de ce parti, Filip Dewinter, « fier de brandir aujourd’hui le drapeau israélien avec un enthousiasme quasi missionnaire, continue parallèlement de rendre hommage aux figures les plus sulfureuses de la collaboration flamande » (2) .
Voyons ensuite le cas du parti portugais « Chega ». Le rapport annuel du Département d’Etat des Etats-Unis sur les droits de l’homme accuse l’un de ses députés , vice-président du groupe des « Patriotes », Antonio Tânger Corrêa, d’avoir propagé en 2024 une thèse complotiste grossièrement antisémite, selon laquelle 4000 employés juifs du World trade center de New-York avaient été prévenus de ne pas se rendre au travail le 11 septembre 2001 ! (3)
Venons-en au parti espagnol hérité du franquisme : « Vox ». Comme ses semblables, il fut invité en Israël par le Likoud, le parti de Netanyahu, peu regardant sur les nombreuses sorties antisémites de ses représentants. En 2025, il plaça « un ancien dirigeant néonazi à la tête de son syndicat » ! (4)
Terminons par le sinistre FPÖ autrichien, fondé par d’anciens Waffen-SS et lié aux « Burschenschaften », ces corporations dont la presse révéla en 2018 et 2019 l’usage de chants nazis ! (5) Lui aussi occupe un poste de vice-président du groupe des « Patriotes ». La communauté juive de Vienne refuse tout contact avec ce parti et a qualifié d’ « extrêmement troublante » la chaleureuse réception que lui a réservée Netanyahou. Une marque de lucidité et de dignité qui ne vaut pas que pour l’Autriche et s’avère d’une brûlante actualité.
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(1) Voir « Ouest-France » (20/3/2019) et « 24HU » (média hongrois indépendant) 16/3/2025
(2) CCLJ (Centre communautaire laïc juif) Saint-Gilles, Belgique (2/7/2026)
(3) Voir « US Department of State – 2024 Country Reports on Human Rights Practices : Portugal. »
(4) Voir « El Païs » (8/3/2025)
(5) Voir la « Tribune de Genève » (20/2/2018), RFI (7/11/2019) ; « The Times of Israël » (11/11/2019), etc…
L’ONU, ALLIÉE FIDÈLE DE LA CAUSE PALESTINIENNE
« Les yeux du monde -et en particulier les yeux de tous ceux dont les droits fondamentaux sont bafoués, menacés ou violés- sont braqués sur vous ! » Comment ne pas penser à ces paroles prononcées il y a 20 ans par Kofi Annan, l’un des plus emblématiques secrétaires généraux qu’aient connus les Nations unies, en entendant certains Chefs d’Etat ou de gouvernement intervenir devant l’Assemblée générale annuelle de l’ONU qui vient de se terminer.
Les « yeux du monde » ont ainsi pu voir le président des États-Unis se vanter d’être l’auteur des « plus fortes pressions jamais exercées » sur Cuba « qui va tomber », avant d’ annoncer qu’il allait avoir « une grande décision à prendre : un accord sera-t-il conclu ou est-ce que j’anéantis la République islamique d’Iran ? » (!) Un peu plus tard, ce fut le tour de son allié privilégié, celui, précisément, avec lequel il s’est engagé dans l’agression contre Téhéran : Benjamin Netanyahou, accusant sans vergogne ses détracteurs de « céder aux foules antisémites » ! Ce duo indécent incarne tout ce contre quoi l’ONU a été créée et sa Charte adoptée, au lendemain de la victoire contre le nazisme et le fascisme. Rappelons que le Premier ministre israélien est toujours sous le coup d’un mandat d’arrêt de la Cour pénale internationale (CPI) pour « utilisation de la famine comme méthode de guerre », « le fait d’avoir dirigé intentionnellement une attaque contre la population civile » et plusieurs crimes contre l’humanité -ce qui pousse d’autant plus Donald Trump à vouloir détruire la CPI , à sanctionner ses magistrats et à ordonner à « tous les pays membres » de cette institution de « s’en retirer immédiatement » !
C’est à mettre à l’honneur de l’ONU d’avoir toujours réaffirmé les droits fondamentaux des peuples -en particulier s’agissant du cas emblématique du peuple palestinien- et condamné leurs oppresseurs -en l’occurrence l’occupant, le colonisateur et aujourd’hui , hélas, le pouvoir génocidaire israélien .
Dans les années 1990, le Secrétaire général Boutros-Ghali a payé d’un véto de Washington à sa réélection à la tête de l’ONU sa volonté de déployer des « casques bleus » au Proche-Orient pour protéger les Palestiniens. Dans les années 2000, Kofi Annan a fustigé la décision de Trump de reconnaître Jérusalem comme capitale d’Israël . Quant à Antonio Guterres, il s’est attiré les foudres de Tel-Aviv pour avoir « enjoint toutes les parties à respecter les mesures conservatoires de la Cour Internationale de Justice concernant l’application de la Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide à Gaza ». Et, dans son dernier discours, il vient de dénoncer « le spectre d’un nettoyage ethnique » en Cisjordanie .
Pour sa part, l’Assemblée générale a adopté, rien qu’entre 2015 et 2026, 187 résolutions condamnant Israël. Elle a toujours soutenu l’action de l’UNRWA au service des réfugiés palestiniens. Même le Conseil de sécurité a adopté, entre 1948 et 2024,…229 résolutions contre la colonisation, la violation du statut de Jérusalem et le retour des réfugiés ! Si ces décisions sont scandaleusement restées sans effet, c’est dû à l’absence de sanctions en cas de non application des mesures demandées -ce qui, dans les faits, équivaut à la garantie de l’impunité. Les 5 membres permanents du Conseil sont tous concernés. User de paroles justes à l’ONU contre les crimes « qui nous font honte à tous », c’est bien. En finir une bonne fois pour toutes avec la pratique du « deux poids, deux mesures » en matière de défense du droit international, c’est mieux.
CLIMAT, « PACTE VERT » : FIN D’UNE AMBITION EUROPÉENNE
« L’Europe peut, doit et va maintenir le cap sur ses objectifs climatiques » : en prononçant ces mots destinés à donner le change dans son discours annuel « sur l’état de l’Union », le 16 septembre dernier, au Parlement européen, Ursula von der Leyen se savait sur la sellette. Courant juillet, à l’initiative de « Réseau Action Climat », 10 ONG influentes avaient publié un rapport très circonstancié dénonçant 20 reculs majeurs, au cours des deux dernières années, en matière de lutte contre le réchauffement climatique, de préservation de la biodiversité et de défense de l’environnement en général, et 30 autres régressions programmées pour les prochains mois. Des alertes similaires ont été lancées dans différents pays européens. C’est qu’à coup de « simplifications », il a été procédé à une vague de déréglementations conduisant notamment à un affaiblissement sensible des obligations des multinationales -dont celles de l’emblématique directive sur « le devoir de vigilance des entreprises », à un détricotage de normes protégeant l’environnement et la santé (pesticides, déforestation, grandes pollutions industrielles…), à un assouplissement de la tarification du carbone pour les industriels (autorisés à émettre gratuitement du CO2 quatre années de plus) etc…(1) Un bilan difficile à défendre au lendemain des canicules et face à des sécheresses historiques qui traumatisent des millions de foyers et dont on nous dit qu’elles risquent de devenir la norme à l’avenir !
Comment en est-on arrivé à enterrer progressivement, depuis le début du second mandat de la présidente de la Commission (2024), ce qu’elle-même avait présenté cinq ans auparavant comme la grande ambition de l’Europe : le chantier emblématique du « Pacte vert » ? Trois phénomènes, très éclairants sur la nature de l’actuelle Union européenne, ont conduit à ce non-sens : la collusion de la droite et de l’extrême-droite au Parlement européen lors de votes permettant de démanteler des législations progressistes en matière climatique ; l’influence considérable accordée aux lobbys des multinationales « européennes » les plus polluantes; les pressions directes de pays étrangers exportateurs d’énergies fossiles (Etats-Unis, Qatar…).
Devant 500 journalistes et 70…influenceurs (!) invités pour l’occasion, l’immodeste présidente de la Commission, se sentant sous pression, a bien promis de porter une attention particulière à « 100 des territoires les plus vulnérables » , de veiller à la mise en place d’une « alliance pour l’assurance des risques climatiques », de prendre « une nouvelle initiative européenne pour l’eau », sans plus de précision, de « réfléchir » à une « future flotte européenne de lutte contre les incendies » et même -cocorico bien dans son style- de « faire de l’Europe la championne », en l’occurrence : des technologies d’adaptation . Rien, en revanche, n’a été évoqué concernant la cascade de reculs déjà accomplis ou à venir, qui -rappelle avec force le « Réseau Action Climat »- « ont des impacts directs sur la vie des citoyens ».
Le 26 septembre prochain, la journée de mobilisation « pour le climat, le vivant, la paix et la justice sociale » dans tout le pays vient à point pour s’emparer de ces enjeux et faire mesurer à nos concitoyens et concitoyennes le coût de chaque retard pris : le réchauffement climatique progresse et l’action pour l’enrayer régresse. Cette irresponsabilité ne doit pas rester sans réponse !
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(1) Voir Humanité (6/7/2026)




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