RUSSIE-UKRAINE: « UNE PHASE EXTRÊMEMENT DANGEREUSE »
Après plus de quatre années terriblement meurtrières, la sinistre « opération militaire spéciale » lancée par Vladimir Poutine et les répliques de l’Ukraine avec l’aide de ses alliés occidentaux sont en train d’être prises dans un nouvel engrenage : victimes civiles de plus en plus nombreuses; utilisation de part et d’autre d’armes de plus en plus sophistiquées et destructrices; frappes ukrainiennes en profondeur sur les raffineries et les grands sites logistiques russes; blocage de fait par la Russie des ports ukrainiens de la mer Noire, paralysant les exportations -notamment de céréales- stratégiques pour l’économie ukrainienne ; lourdes menaces de Volodymyr Zelensky contre l’aviation civile dans le ciel russe « infesté de drones » (ukrainiens) et où « les jours sûrs sont révolus » (!) ; frappe russe sans précédent sur le siège des services de sécurité ukrainiens dans le centre de Kiev…« C’est une phase extrêmement dangereuse » soulignait récemment l’ancien ambassadeur de France à Moscou et fin connaisseur de la Russie, Jean de Gliniasty, en évoquant « une escalade un peu sauvage » (1)
Comment expliquer cette inquiétante montée aux extrêmes qui, sans initiative de tiers, ne peut que s’auto-alimenter ? Chacun des deux belligérants, faute d’entrevoir une issue militaire victorieuse à la mesure des incommensurables sacrifices consentis par ses soldats et son peuple, ne peut concevoir d’accepter le statu quo. Jusqu’où peut conduire cette fuite en avant ? Nul ne le sait, mais désormais tout paraît possible. Y compris ce qu’aucun des protagonistes ni aucun de leurs soutiens respectifs ne souhaite « a priori ».
Une seule conclusion responsable s’impose : rompre au plus vite cet engrenage fatal en tentant l’impossible pour créer les conditions de l’ouverture de négociations ! L’initiative, à l’évidence, ne viendra ni du pays agressé ni de l’Etat agresseur, chacun y mettant des conditions inacceptables par l’autre. Washington a pris une initiative qu’en l’état actuel des choses on ne peut dédaigner par avance. Qu’attendent, pour leur part, les dirigeants européens pour tenter de faire taire les armes : par exemple, en sondant des pays-clés comme la Chine, l’Inde, le Brésil, voire la Turquie, qui, à la fois, n’ont aucun intérêt à un prolongement de cette guerre et ont un ascendant sérieux sur le pouvoir russe ? Certes, il ne faut pas leur demander de cautionner une capitulation de la Russie devant l’Occident ! En revanche, il pourrait s’agir d’entamer un dialogue exploratoire avec chacun des deux belligérants afin d’essayer de leur faire accepter le constat qu’il n’y a pas de solution militaire à ce conflit : un grand pas serait déjà franchi ! Ce ne serait pas encore la paix véritable, qui suppose le retour au droit international et la construction d’une nouvelle architecture de sécurité pour l’Europe, mutuellement acceptable . Mais ce ne serait déjà plus la guerre !
A noter avec intérêt, à cet égard : trois anciens diplomates -français, allemand et britannique- ont pris l’initiative, cet été, à Vienne, d’entamer une discussion informelle avec d’anciens responsables russes afin d’évaluer les possibles en matière d’éventuelles négociations, à l’avenir (2). Là où il y a une volonté, il y a un chemin.
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(1) La Marseillaise (17/8/2026)
(2) Il s’agit du Français Pierre Vimont, ancien secrétaire général du « quai d’Orsay » européen ; de l’Allemand Markus Ederer, ancien ambassadeur de l’UE à Moscou et du Britannique Timothée Barrow, ancien ambassadeur du Royaume uni en Russie (Information rapportée par Bloomberg)
UN ÉTAT DU MONDE ACCABLANT…ET DES SIGNES D’ESPOIR
« Le vieux monde se meurt, le nouveau monde tarde à apparaître et dans ce clair-obscur surgissent les monstres » : le vieil adage de Gramsci s’est encore vérifié cet été ! Les « monstres » sont légion : violence débridée et impunie des colons israéliens pour terroriser les Palestiniens en Cisjordanie ; appel au meurtre de Palestiniens de Gaza de la bouche d’un ministre de Netanyahu ; enlisement de l’aventure guerrière de Trump contre l’Iran; descente aux enfers du Liban réoccupé; sanglante et dangereuse escalade de la guerre russo-ukrainienne; nouvelle accélération de la militarisation de l’Europe; propagation exponentielle et hors de contrôle de l’épidémie d’Ebola en RDC; tragédie humaine à Ceuta; négociations scandaleuses entre l’Europe et les talibans sur « l’augmentation des expulsions vers l’Afghanistan » ! etc…sans oublier la multiplication des catastrophes dites « naturelles » résultant de l’irresponsabilité politique massive face à l’urgence climatique : jamais, pour toutes les générations qui se sont succédé depuis la fin de la seconde guerre mondiale, il n’aura été plus vital de sortir par le haut de cette crise de civilisation née de la décomposition du capitalisme mondialisé.
Dans ce contexte accablant, il n’est pas sans intérêt de pointer, a contrario, quelques tendances encourageantes qui émergent et méritent un suivi attentif.
L’une d’entre elles est l’amplification, cet été, de la poussée de la gauche observée depuis quelques temps lors des primaires démocrates en cours aux Etats-Unis en vue des élections de mi-mandat de novembre prochain. Des candidates et des candidats « de terrain », au budget de campagne très limité et s’écartant de « l’establishment » du parti -qui a montré sa faiblesse face à Trump- s’imposent désormais non plus seulement à l’échelle de circonscriptions (à New-York, dans le Colorado, en Pennsylvanie…) mais à celle de plusieurs États (le Michigan, le Minnesota, la Floride…). Intéressants à observer sont les thèmes qui ont dominé ces campagnes : mise en place d’un système d’assurance santé universel; augmentation des impôts des plus riches; suppression de la police anti-migrants (ICE)…Et même : suppression de toute aide militaire des Etats-Unis à Israël.
Autre source d’espoir, en Europe cette fois : l’exigence -de plus en plus forte dans les opinions publiques- que les Etats appliquent vis-à-vis de Tel-Aviv les décisions de la Cour internationale de justice et de la Cour pénale internationale; qu’ils suspendent l’accord d’association UE-Israël ; qu’ils cessent toute vente d’armes et toute coopération militaire avec ce pays etc… vient d’être reprise avec force par plus de 100 ex-ambassadeurs français et britanniques ! « La Palestine s’efface sous nos yeux », ont-ils dénoncé face à « la destruction systématique de Gaza et de sa population » et au « nettoyage ethnique » en Cisjordanie comme à Jérusalem-Est. Voilà typiquement un fruit des mobilisations en solidarité avec le peuple palestinien, et, désormais, en retour, un précieux point d’appui pour parvenir à des résultats concrets de la part de nos gouvernements.
D’autres faits laissent espérer des avancées mais demandent à être clarifiés. C’est le cas de la loi d’amnistie de milliers de militants kurdes en Turquie. Le Parti de gauche pro-kurdes DEM veut y voir « l’occasion de consolider la paix et de construire la démocratie ». Il faut en accepter l’augure. L’espoir nourrit l’action. Que vive l’espoir !
LES PEUPLES, GRANDS OUBLIÉS DU MOYEN-ORIENT !
Le fastueux accueil réservé à Donald Trump au château de Versailles, complété par les flagorneries d’usage d’Emmanuel Macron envers celui en qui il dit avoir « toujours eu confiance » (!) avait, en lui-même, quelque chose d’indécent. Mais le plus choquant ne fut-il pas le commentaire du Président de la République, après la signature, par l’illustre invité, sur un coin de table, du « protocole d’accord » entre les Etats-Unis et l’Iran ? Il y était question de « la réouverture d’Ormuz, sans péage » et des « prix du carburant et du gaz (qui) vont normalement baisser », sans la moindre allusion au peuple iranien qui vient de subir le traumatisme de 110 jours de guerre, avec, pour l’heure, comme seul résultat tangible, note une spécialiste, celui d’avoir « renforcé le pouvoir militaire, affaibli la société civile et augmenté la misère économique de l’Iran » (1). On en oublierait presque que l’hôte de marque du Chef de l’Etat, qui savoure les « bravos » qui lui sont adressés, est celui-là même qui, avec son (ex ?) allié privilégié, Benjamin Netanyahu, a déclenché cet effroyable conflit en violation flagrante du droit international. Les Iraniens, à qui les incendiaires avaient scandaleusement annoncé que « l’aide est en route », sont-ils déjà tombés dans les oubliettes ?
Et qu’en est-il du peuple libanais ? A commencer par le million de personnes déracinées de leur terre au Sud du pays depuis le 2 mars dernier. En plus d’avoir à déplorer une grande partie des quelque 4000 morts et des 12000 blessés recensés durant ces quatre mois d’enfer, ils ont souvent tout perdu sous les bombes israéliennes. Mais cette guerre frappe cruellement l’ensemble de la population, sans distinction de confession ou d’appartenance politique, de ce pays-martyr . L’accord signé par Trump, entre la poire et le fromage, prévoit la fin des hostilités « sur tous les fronts », y compris le Liban, ainsi que le retrait des forces d’occupation israéliennes du Sud de ce pays. La réalité est tout autre : Tyr, Nabatieh, Baalbek…la liste des villes et des villages est longue, dont les habitantes et les habitants ont continué à subir les raids meurtriers israéliens après « l’accord » et même après le nouveau « cessez-le-feu » proclamé depuis. Pour Netanyahu, son armée ne vise que « les terroristes du Hezbollah ». Faux ! Le grand quotidien libanais, « l’Orient-Le Jour » (19/6/2026) souligne que l’armée de Netanyahu a multiplié les bombardements au phosphore et d’obus à sous-munitions, des armes interdites, précisément parce qu’elles frappent leurs victimes sans distinction entre cibles militaires et civiles. Or, le Hezbollah n’est pas qu’une milice armée, mais aussi un parti bénéficiant -que cela plaise ou non- d’un large soutien populaire, notamment dans la communauté chiite du pays. Né du refus de l’occupation israélienne du Sud du Liban (1982-2000), son influence découle… des agressions répétées de l’armée israélienne . Est-ce trop demander au Chef de l’Etat d’en dire un peu plus sur le sujet que d’appeler Benjamin Netanyahu …à faire preuve de « responsabilité et de rationalité » ?
Quant au peuple palestinien -dont le sort est au cœur de la crise du Moyen-Orient- qu’en disent aujourd’hui les autorités françaises si ce n’est de demander la démission de Francesca Albanese, la courageuse rapporteuse spéciale de l’ONU pour les territoires palestiniens ? Il nous reste, femmes et hommes de progrès, à sauver l’honneur de la France.
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(1) Azadeh Kian, sociologue franco-iranienne, dans « Le grand continent » (9/4/2026)




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