HONGRIE, POLOGNE : UN CHANTAGE INJUSTIFIABLE

Quelle que soit l’issue du bras de fer entre l’Union européenne d’une part, et la Pologne ainsi que la Hongrie (soutenues par la Slovénie) d’autre part, cette affaire hors normes laissera des traces. En jeu, 1800 milliards d’euros : soit le montant cumulé du budget européen des 7 prochaines années et surtout, dans l’immédiat, celui du « Plan de relance » âprement négocié entre les 27 gouvernements de l’UE face à la crise du Covid -dont 390 milliards de subventions attendues avec impatience par les pays les plus durement touchés par la pandémie ! Le déblocage de ces sommes dépendant d’un vote à l’unanimité des Etats membres, Varsovie et Budapest font dépendre leur accord de l’annulation d’une clause dite de « l’Etat de droit » : à savoir que, pour bénéficier de ces fonds, chaque pays doit respecter un certain nombre de règles démocratiques fondamentales.

Les deux régimes ultra-réactionnaires qui s’opposent à cette exigence le font au nom de la « souveraineté ». Or, si ce principe est légitime en lui-même, l’invoquer dans ce cas est hypocrite. Les « conditions » fixées pour bénéficier de cet argent sont, en effet, limitées à des règles de base, telles la séparation des pouvoirs ou l’indépendance du pouvoir judiciaire, afin de garantir, autant que faire se peut, une utilisation transparente et légale de ces sommes colossales. La Pologne ne peut pas demander à rester le 1er bénéficiaire -et la Hongrie le 4ème- des fonds européens et vouloir se soustraire aux règles communes concernant leur gestion.

Pour autant, les dirigeants européens seraient bien inspirés de s’interroger sur le fait que ces actes de « résistance à Bruxelles » puissent servir d’argument électoral à un régime comme celui du Hongrois Orban. Tant qu’il n’y aura pas, dans l’UE, de ruptures franches avec les politiques et les modes de fonctionnement en vigueur -qui rendent inaudibles les discours sur « les valeurs »- « l’Europe » contribuera à nourrir plus qu’à réduire l’influence de personnages aussi néfastes et de forces aussi dangereuses que celles qui exercent leur injustifiable chantage aujourd’hui.

Dans l’immédiat, la pire des fautes serait de battre en retraite face à un régime autocratique, corrompu et xénophobe comme celui de Budapest, ou à une équipe despotique et obscurantiste comme celle de Varsovie . Loin de supprimer toute condition au versement des fonds européens (120 milliards sur 7 ans pour la Pologne; 40 milliards pour la Hongrie ! ), il conviendrait de lier ceux-ci à l’acceptation de la réciprocité en matière de solidarité  -par exemple lorsqu’il s’agit d’accueillir des réfugiés- ou encore à  l’abolition de mesures aussi indignes que l’instauration de « zones sans idéologie LGBT » et la criminalisation de l’IVG en Pologne ou du projet, annoncé par le même pays, de se retirer de la Convention d’Istambul sur les violences faites aux femmes !

D’une façon générale, il faudra bien, un jour, ouvrir un débat européen refoulé depuis des lustres : « Que voulons-nous faire ensemble ? »  Des choix clairs doivent être soumis aux citoyennes et aux citoyens de chaque pays. A chaque nation, ensuite, de prendre ses responsabilités.

26 novembre 2020 at 6:42 Laisser un commentaire

VERS UNE « EUROPE DE LA SANTÉ » ?

Manifestement, la Commission européenne veut en finir avec l’image déplorable répandue, particulièrement au début de la pandémie, par une « Union » désemparée, fracturée par des frontières fermées, affichant une concurrence impitoyable entre pays membres pour l’approvisionnement en équipements essentiels, etc…, et qui peine, aujourd’hui encore, à harmoniser les mesures sanitaires entre Etats voisins. 
Dans cet esprit, elle vient de publier, le 11 novembre dernier, un document dressant un bilan de la gestion de la crise sanitaire -du moins au début- en forme de réquisitoire contre les actions unilatérales des gouvernements européens. On y lit qu’il y a eu : « des lacunes importantes » dans « la préparation et la réaction en matière de santé publique »; « des incohérences dans l’application des mesures sanitaires »; des « pénuries de capacités »; un « manque d’équipement »; des « défaillances en matière de dépistage et de recherche des contacts »; « l’incapacité à protéger les groupes les plus vulnérables »; « une absence de volonté et un manque de préparation »; « des faiblesses structurelles et un manque de ressources »; un « processus lent et inefficace » en matière de « coordination et de prise de décision en ce qui concerne les essais cliniques multinationaux »; un « système de protection civile » qui s’est révélé « inefficace lorsqu’un grand nombre d’Etats membres sinon tous sont touchés en même temps »; « le manque de données comparables et de compréhension de la situation » dans le domaine de « la surveillance épidémiologique »…
Toutes choses véridiques ! La conclusion que la Commission tire de ce constat est qu’il faut « construire une Union européenne de la santé », et ce « en étroite coordination avec l’Organisation mondiale de la santé ». 
Une belle idée –a priori  synonyme de mise en commun, de coopération, de solidarité-  dont la concrétisation mérite d’ être suivie de près : de la surveillance des menaces sanitaires à la constitution de stocks de matériel médical ou encore à la mutualisation des commandes de vaccins. Jusqu’ici, la santé est pour l’essentiel du ressort de chaque État, même s’il existe, à titre complémentaire, des organismes européens, tels que le « Centre européen de prévention et de contrôle des maladies » ou l’ « Agence européenne des médicaments ». Le nouveau projet consiste pour l’essentiel à renforcer substantiellement ces deux instruments -ainsi que les financements correspondants- voire d’en créer de nouveaux, afin d’ « être prêts pour la prochaine pandémie », comme l’a souligné la Commissaire européenne à la santé, Madame Stella Kyriakides.
Le soutien à l’idée d’une meilleure coopération européenne dans ce domaine-clé ne doit, cependant, pas endormir notre vigilance, notamment sur les « partenariats » avec l’industrie pharmaceutique, sachant que l’éthique et le marché font rarement bon ménage…Et, puisqu’il s’agit de « tirer les leçons de la crise actuelle », on aimerait avant tout voir consulter à propos de ce nouveau projet européen les représentants des médecins et du personnel soignant, tout comme ceux des usagers, autrement dit les citoyennes et les citoyens. 

19 novembre 2020 at 4:52 Laisser un commentaire

ET MAINTENANT : QUELLE RELATION EUROPE-USA ?

Qui ne se réjouirait pas, parmi nous, de la perspective de voir Donald Trump quitter la Maison Blanche !  Il a incarné durant quatre ans tout ce que des progressistes, en Europe ou ailleurs, ne peuvent qu’exécrer : le nationalisme, le racisme, la misogynie, la volonté de dominer à tout prix, le mépris total du droit des peuples et des droits humains, la provocation, l’agressivité, le chantage, le mensonge…Les femmes et les hommes de gauche sont, du reste, loin d’être les seuls à attendre avec impatience  d’en être débarrassés . Dans l’Union européenne, mis à part les courants d’extrême-droite, tout le monde ou presque souhaitait l’élection de Joe Biden. Et cela se comprend aisément.
Faut-il, pour autant, imaginer que tous les nuages se dissiperont et tous les orages cesseront entre l’ « Europe » et l’ « Amérique » après l’arrivée au pouvoir d’un Président du Parti démocrate ? Ce serait une grave illusion. Certes, nous applaudirons le retour de Washington dans l’Accord de Paris sur le climat; sans doute aussi -à certaines conditions- dans celui sur le nucléaire iranien; voire dans les négociations avec Moscou sur la prolongation des accords de désarmement que Trump avait quittées . Nous accueillerons aussi, et très favorablement, le retour des Etats-Unis dans des organisations internationales que Trump avait scandaleusement torpillées, telle l’Organisation mondiale de la santé . Autant de changements qui sont tout sauf négligeables.
Mais -tout comme l’arbre ne doit pas cacher la forêt- ces initiatives ne doivent pas nous faire oublier qu’elles s’inscriront dans le but stratégique numéro 1 de tout Président des Etats-Unis depuis la seconde guerre mondiale : assurer à tout prix la pérennité du leadership américain dans le monde. Sur le plan militaire, cela signifie, outre le poids de Washington dans le cadre de l’OTAN, une pression permanente sur les « alliés » européens en faveur de l’augmentation des dépenses d’armements au nom du « partage du fardeau ». Sur le plan diplomatique, cela veut dire un soutien quasi-systématique  au gouvernement israélien quitte à déstabiliser le Proche-Orient et une tension constante avec le rival stratégique russe, préjudiciable à la coopération des pays européens avec leur grand voisin, notamment pour l’organisation de la sécurité collective du continent. Sur le plan commercial, cela se traduit par une concurrence acharnée, émaillée de conflits récurrents . Sur le plan économique, cela passe par l’utilisation , tantôt des ressources pétrolières, tantôt de la puissance des géants de la Silicon Valley comme arme de domination, avec en prime, le soutien à  « l’optimisation fiscale » des GAFAM…Resister fermement à cette obsession dominatrice est et restera une exigence vitale. D’autant que celle-ci ne fait que s’accentuer outre-Atlantique depuis que se rapproche inéluctablement le moment où le « statut » de première puissance mondiale passera des USA à la Chine -une perspective vécue dans toute la classe dirigeante nord-américaine comme inacceptable. Se laisser enrôler dans cette dangereuse croisade -qu’elle soit conduite par Trump ou par Biden- serait, pour les Européens une faute historique. Notre horizon n’est pas « l’Occident », mais l’humanité  et la planète.

12 novembre 2020 at 4:38 Laisser un commentaire

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