LIBAN, IRAN,TAÏWAN : LA PAIX EST-ELLE POSSIBLE ?
Que ce soit au Liban, en Iran et dans le Golfe persique, ou encore à propos de Taïwan, une paix durable est parfaitement possible. Mais à quel prix ?
Le Liban, tout d’abord, pris dans une nasse dont on parle trop peu. « Beyrouth face au piège : un plan américain de désarmement ou une (nouvelle) guerre élargie », titrait, le 13 mai dernier, le grand quotidien libanais, « L’Orient-Le Jour ». Relayant fidèlement les injonctions de Netanyahou, Washington réitère, en effet, auprès des autorités libanaises, l’exigence de retirer les armes au Hezbollah sous peine de subir un nouveau déferlement de mitraille de la part d’Israël. Les « négociations » entre le Liban occupé et l’occupant israélien se sont déroulées dans cet esprit -à Washington- et ont abouti dans l’immédiat à une prolongation de 45 jours du « cessez-le-feu », aussitôt violé par Israël, comme ce fut systématiquement le cas depuis le début de la « trêve », il y a un mois. Rappelons que le gouvernement libanais a recensé pas moins de …1744 frappes aériennes, tirs d’artillerie, dynamitages, tirs d’obus phosphoriques, etc, en l’espace de 22 jours, touchant de nombreux civils, des journalistes et des équipes de secours, au mépris du droit international humanitaire et des conventions de Genève ! Quant au Hezbollah -né en 1982 suite à l’occupation (déjà !) du Liban par Israël – , le lancement de ses roquettes sur le Nord d’Israël doit naturellement cesser. Mais son désarmement, s’il est souhaitable -par la négociation- dans un Liban souverain et démocratique, est tout simplement irréaliste tant qu’Israël occupe et ravage le pays ! Pour qui recherche une paix durable, la pression prioritaire -sanctions et négociation- doit donc être exercée sur ceux qui sont à l’origine du problème : le pouvoir israélien.
L’Iran et le Golfe, ensuite, où le pire n’est, hélas, plus exclu. L’hypothèse de la possession à moyen terme par Téhéran de l’arme nucléaire constitue, certes, un problème réel, comme toute prolifération de cette arme, en général. Mais à ce stade, il s’agit d’un prétexte pour justifier l’escalade de la guerre sans issue dans laquelle s’enlise « l’armée la plus puissante du monde ». Rappelons que le problème du nucléaire iranien avait été réglé pour longtemps par l’emblématique négociation internationale de 2015 et son corollaire : la levée des sanctions contre l’Iran. Quiconque recherche une paix durable dans la région doit agir pour un retour à la seule voie praticable : celle de la négociation.
Taïwan enfin, dont il est beaucoup question depuis le voyage de Donald Trump en Chine. Si une reconquête militaire de l’île est à proscrire, le fait qu’ il n’y a « qu’une seule Chine » -donc que Taïwan ne saurait être considérée comme « indépendante »- est un principe quasi-unanimement admis par la communauté internationale, Etats-Unis et Union européenne compris. Qui sait, du reste, que le parti de l’actuel leader « indépendantiste » de l’île est…minoritaire au Parlement de Taipei ? L’autre grand parti de l’île (KMT) bloque, à l’inverse, au Parlement, le projet d’achat d’armes américaines pour 40 milliards de dollars ! Sa cheffe souhaite « la paix et la réconciliation » avec Pékin, où elle s’est d’ailleurs rendue le mois dernier. Non aux armes, oui au dialogue !
N’écoutons pas les va-t-en guerre : une paix durable est possible !
ALLONS-NOUS VERS « LA FIN DE L’OTAN » ?
Il a suffi que Donald Trump annonce sa décision de retirer 5000 soldats américains actuellement stationnés en Allemagne pour raviver le débat sur l’avenir de l’OTAN et sur le sort de l’Europe si les Etats-Unis mettaient fin à leur présence militaire et politique en Europe. De fait, l’imprévisible président des Etats-Unis menace souvent de quitter l’OTAN, qu’il qualifie de « tigre de papier » et ses membres européens de « lâches ». Et surtout, la confiance dans sa determination à venir en aide à un « allié » européen en cas d’attaque est rompue. Et l’après-Trump est tout aussi incertain. Il n’en faut pas plus pour semer la panique chez les « atlantistes » de tous bords.
« Que réserve l’avenir post-américain de l’Europe ? » s’interroge ainsi Joschka Fischer, ancien vice-Chancelier et ministre des Affaires étrangères (Vert) d’Allemagne (1). A ses yeux, « la dissolution de l’Alliance a déjà commencé ». C’est avec angoisse qu’il constate que « l’Europe doit désormais tracer sa propre voie »…
On laissera à l’intéressé sa nostalgie du « long protectorat américain (qui) a pris fin sous Trump et ne reviendra pas ». Notre conviction est, à l’inverse, que l’OTAN est surtout source d’insécurité comme en témoignent les effets délétères de son élargissement à l’Est. L’éventuelle « fin de l’OTAN » ne serait donc pas une mauvaise nouvelle ! Mais, ne prenons pas nos désirs pour des réalités.
D’abord, si Trump entend effectivement réduire drastiquement le financement des capacités militaires conventionnelles en Europe, gageons qu’il ne prévoit nullement de renoncer au commandement suprême des « forces alliées » sur le continent. Quant au « parapluie » nucléaire américain, nombre de pays européens sont prêts, pour espérer le conserver, à mieux
« partager le fardeau » des dépenses de l’OTAN en consacrant des budgets pléthoriques à leur défense comme à l’entretien des 37 bases américaines en Europe, tout en s’engageant à acheter des F35, des missiles Patriot, et autres tanks ou lance-roquettes américains !
Ensuite, pour le cas où les Etats-Unis -obnubilés par le défi chinois- se retireraient réellement de l’Europe, les principales « puissances » de la région (France, Grande-Bretagne, Allemagne, Pologne…) éventuellement rejointes par..le Canada, envisageraient de constituer une force conjointe d’intervention. Emmanuel Macron, pour sa part, poursuit son dangereux rêve de grandeur en proposant d’étendre « la bombe » française à tous ses voisins ! Et l’extrême-droite est en embuscade…Bref, quel que soit l’avenir de l’OTAN -avec ou sans les Etats-Unis- , il n’est question que de militarisation à outrance. L’essentiel, en matière de sécurité collective, manque en tout état de cause désespérément à l’appel.
L’urgence est à une revalorisation substantielle de la dimension politique de la sécurité européenne : celle fondée avant tout sur la diplomatie, la prévention des conflits et le droit international et non sur les rapports de force; celle mettant l’accent sur la sécurité globale -alimentaire, sanitaire, climatique …- et non sur le culte de la « puissance »; celle misant sur les progrès du multilatéralisme et non sur les prétentions dominatrices d’un « Occident » déclinant. Il est plus que jamais nécessaire d’ouvrir un débat public sérieux sur ces enjeux de civilisation .
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(1) « Le Monde », 1/5/2026
CUBA : 66 ANS D’ OBSESSION IMPÉRIALE DE WASHINGTON
« Tous les moyens possibles et imaginables doivent être utilisés rapidement pour affaiblir la vie économique à Cuba (…) afin de semer la faim, le désespoir et forcer le renversement du gouvernement » ! Nous sommes en avril 1960, au tout début de la révolution cubaine. On ne parle encore à La Havane ni de socialisme ni de communisme; il n’y a encore aucun lien entre le nouveau régime et l’Union soviétique. Fidel Castro prône d’ailleurs une « troisième voie ». A Washington pourtant, l’administration Eisenhower ne peut accepter pareil symbole de conquête de la souveraineté à 150 km de la Floride, ni pareil « mauvais exemple » pour d’autres peuples d’Amérique latine. C’est alors que paraît à Washington le « Mémorandum Mallory » (du nom du Secrétaire d’Etat adjoint aux Affaires interaméricaines) d’où est tirée la citation ci-dessus…Comme on le voit, l’obsession impériale de « prendre Cuba » (dixit Donald Trump), fût-ce en recourant aux moyens les plus odieux, plonge ses racines dans des décennies d’histoire.
1961 : tentative d’invasion militaire de la baie des Cochons par des exilés cubains soutenus par les Etats-Unis. 1962 : mise en place de l’embargo économique, commercial et financier par les Etats-Unis contre Cuba à la suite de nationalisations de compagnies américaines (Exxon Mobil, Texaco, Hilton, AT&T…). 1992 (après la chute de l’URSS, principal partenaire commercial de l’île) : lois Toricelli (destinées à « semer le désordre dans l’île » selon « The Baltimore Sun », 30/8/1994), puis 1996 : loi Helms-Burton étendant l’embargo au monde entier en sanctionnant tout pays contrevenant aux exigences de Washington. A partir de 2000, on assiste à quelques assouplissements du blocus, notamment sous la présidence Obama (2009-2017), la tendance se retournant avec Donald Trump, furieux de la résilience de Cuba, du soutien massif recueilli chaque année par l’île caribéenne à l’ONU, sans parler de l’appel de nombreux pays au personnel médical cubain, y compris, face au Covid, des États occidentaux comme l’Italie en 2019 (notamment en Lombardie) et la France en 2020 (en particulier dans les Antilles).
Dopé par le « succès » de l’enlèvement du Président du Vénézuela, principal partenaire commercial de Cuba , le prédateur de la Maison-Blanche saisira l’occasion tant attendue d’asphyxier l’île rebelle. Au nom …de la « menace exceptionnelle » que ferait peser Cuba sur la sécurité nationale des Etats-Unis (?!), il privera l’île et ses 9 millions de citoyennes et de citoyens, grâce au blocus énergétique et aux menaces de sanctions visant tout pays qui le contournerait, d’une grande partie de ses sources de revenus : tourisme, industrie du tabac, agriculture, extraction du nickel…La première victime de cette agression barbare est naturellement le peuple lui-même : la vie quotidienne est rendue plus éprouvante que jamais du fait des sévères restrictions, les écoles et les universités tournent au ralenti, le système de santé -salué par l’Organisation mondiale de la santé, tant pour sa qualité qui assure aux Cubaines et aux Cubains une espérance de vie supérieure à celle des États-Unis, que pour la solidarité témoignée par La Havane, notamment à l’Afrique- est durement touché par les pénuries de médicaments et de matériels médicaux et soumis à la crise énergétique générée par le blocus américain.
Cet acharnement, aujourd’hui proche du paroxysme, fait de la défense de Cuba une cause emblématique pour quiconque est, tout simplement, attaché-e au droit international et à la dignité humaine. C’est à elles, à eux, que nous nous adressons aujourd’hui.




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