LES PEUPLES, GRANDS OUBLIÉS DU MOYEN-ORIENT !
Le fastueux accueil réservé à Donald Trump au château de Versailles, complété par les flagorneries d’usage d’Emmanuel Macron envers celui en qui il dit avoir « toujours eu confiance » (!) avait, en lui-même, quelque chose d’indécent. Mais le plus choquant ne fut-il pas le commentaire du Président de la République, après la signature, par l’illustre invité, sur un coin de table, du « protocole d’accord » entre les Etats-Unis et l’Iran ? Il y était question de « la réouverture d’Ormuz, sans péage » et des « prix du carburant et du gaz (qui) vont normalement baisser », sans la moindre allusion au peuple iranien qui vient de subir le traumatisme de 110 jours de guerre, avec, pour l’heure, comme seul résultat tangible, note une spécialiste, celui d’avoir « renforcé le pouvoir militaire, affaibli la société civile et augmenté la misère économique de l’Iran » (1). On en oublierait presque que l’hôte de marque du Chef de l’Etat, qui savoure les « bravos » qui lui sont adressés, est celui-là même qui, avec son (ex ?) allié privilégié, Benjamin Netanyahu, a déclenché cet effroyable conflit en violation flagrante du droit international. Les Iraniens, à qui les incendiaires avaient scandaleusement annoncé que « l’aide est en route », sont-ils déjà tombés dans les oubliettes ?
Et qu’en est-il du peuple libanais ? A commencer par le million de personnes déracinées de leur terre au Sud du pays depuis le 2 mars dernier. En plus d’avoir à déplorer une grande partie des quelque 4000 morts et des 12000 blessés recensés durant ces quatre mois d’enfer, ils ont souvent tout perdu sous les bombes israéliennes. Mais cette guerre frappe cruellement l’ensemble de la population, sans distinction de confession ou d’appartenance politique, de ce pays-martyr . L’accord signé par Trump, entre la poire et le fromage, prévoit la fin des hostilités « sur tous les fronts », y compris le Liban, ainsi que le retrait des forces d’occupation israéliennes du Sud de ce pays. La réalité est tout autre : Tyr, Nabatieh, Baalbek…la liste des villes et des villages est longue, dont les habitantes et les habitants ont continué à subir les raids meurtriers israéliens après « l’accord » et même après le nouveau « cessez-le-feu » proclamé depuis. Pour Netanyahu, son armée ne vise que « les terroristes du Hezbollah ». Faux ! Le grand quotidien libanais, « l’Orient-Le Jour » (19/6/2026) souligne que l’armée de Netanyahu a multiplié les bombardements au phosphore et d’obus à sous-munitions, des armes interdites, précisément parce qu’elles frappent leurs victimes sans distinction entre cibles militaires et civiles. Or, le Hezbollah n’est pas qu’une milice armée, mais aussi un parti bénéficiant -que cela plaise ou non- d’un large soutien populaire, notamment dans la communauté chiite du pays. Né du refus de l’occupation israélienne du Sud du Liban (1982-2000), son influence découle… des agressions répétées de l’armée israélienne . Est-ce trop demander au Chef de l’Etat d’en dire un peu plus sur le sujet que d’appeler Benjamin Netanyahu …à faire preuve de « responsabilité et de rationalité » ?
Quant au peuple palestinien -dont le sort est au cœur de la crise du Moyen-Orient- qu’en disent aujourd’hui les autorités françaises si ce n’est de demander la démission de Francesca Albanese, la courageuse rapporteuse spéciale de l’ONU pour les territoires palestiniens ? Il nous reste, femmes et hommes de progrès, à sauver l’honneur de la France.
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(1) Azadeh Kian, sociologue franco-iranienne, dans « Le grand continent » (9/4/2026)
MIGRATION ET ASILE : L’EUROPE SE TRUMPISE !
Le 17 juin prochain, attendez-vous à apprendre qu’une majorité de parlementaires européens -droite et extrême-droite mêlées- aura définitivement adopté un règlement scélérat, sobrement intitulé « retour », et portant sur l’expulsion de personnes étrangères dont la demande d’asile a été rejetée. Ce règlement « s’inscrit dans un durcissement sans précédent de la politique migratoire européenne » souligne fort justement l’association « France-terre d’asile », pour qui ce texte menace « gravement la dignité et les libertés fondamentales des personnes étrangères en Europe ».
Qu’on en juge : il autorise la création de centres de rétention (élégamment appelés les « hubs de retour ») situés en dehors des frontières de l’Union européenne, dans des pays estimés « sûrs » -Rwanda, Ouganda, Kazakhstan…-, sans rapport avec le pays d’origine des personnes expulsées et n’offrant pas de garanties effectives contre des risques de traitement inhumain et dégradant des personnes concernées . En outre, cet enfermement pourrait concerner « en dernier ressort » des enfants, y compris non accompagnés. Ajoutons qu’un éventuel recours contre une telle mesure d’éloignement n’aurait aucun effet suspensif. En clair : une personne pourrait être expulsée avant même qu’un juge n’ait pu examiner son recours. Un pays a devancé l’UE dans cette pratique barbare de création de « centres de rétention offshore » : c’est l’Italie de Giorgia Meloni, qui a signé en 2023 un accord en ce sens avec l’Albanie…Belle référence ! L’Europe se trumpise. .
Qu’en est-il, en réalité , de « la submersion migratoire » de l’Europe, agitée tel un spectre menaçant, pour déstabiliser les peuples désorientés par la crise sociale et politique qu’ils subissent de plein fouet ? Un bref rappel des données publiées par l’Union européenne elle-même ou par l’Organisation internationale pour les migrations (OIM/ONU) est éclairant à cet égard. La part de citoyennes et citoyens non européens dans l’UE ? Elle représente 6,4% de la population, qui, souvent, « contribue à combler des pénuries de main d’œuvre ». Les passages « illégaux » des frontières de l’UE ? Ils sont désormais très loin de ce que la situation très exceptionnelle de2015-2016 a imprimé dans les mémoires : en 2024, l’Agence européenne de garde-frontières et de garde-côtes (anciennement Frontex) a documenté 239 000 entrées irrégulières sur une population totale de quelque 450 millions d’habitants dans l’UE (1). Rappelons enfin que sans la migration, régulière et irrégulière, la population de l’UE serait en déclin. Et surtout, n’oublions jamais que derrière chaque personne à la recherche d’un refuge au péril de sa vie se cache un drame qui appelle le respect.
À rebours de la tendance à l’œuvre dans l’UE, la question des migrations mérite un débat sérieux et éthique. « Pour un être humain persécuté, il ne saurait exister de traversée illégale d’une frontière » avait écrit, avec la dignité qui l’a toujours caractérisé, Jean Ziegler, ce grand Monsieur qui vient de nous quitter (2). Cette chronique sera mon hommage à cet homme de conviction que j’ai eu la chance et l’honneur de croiser durant près d’un demi-siècle, en apprenant toujours de chacun de ses engagements humanistes. À une époque où tant de valeurs fondamentales sont piétinées, le message de Jean Ziegler est à méditer.
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(1) « Migrations en Europe : quand les chiffres démentent les idées reçues » (Nations unies, 18/12/2025).
(2) voir « Lesbos , la honte de l’Europe » (Le Seuil, 2020)
ADHÉSION DE L’UKRAINE À L’UE : L’EMBARRAS DES 27
« L’adhésion de l’Ukraine à l’UE : une équation difficile à résoudre par les Vingt-Sept » titrait récemment un grand quotidien, pourtant plutôt bienveillant vis-à-vis de la cause ukrainienne (1). C’est qu’aux problèmes liés aux réformes économiques profondes à réaliser pour satisfaire aux conditions requises par l’Union européenne, Volodymyr Zelensky vient lui-même d’ajouter un obstacle majeur, cette fois d’ordre politique, à l’adhésion ! Bref retour sur les faits.
Le 15 juin prochain doit se tenir à Luxembourg la « Conférence intergouvernementale » donnant le « top-départ » des négociations d’adhésion . Tout le monde savait qu’elles seraient beaucoup plus délicates et plus longues que ce que le Président ukrainien, depuis le début, veut admettre. Mais des raisons « géopolitiques » -l’incontournable solidarité due à un pays européen agressé par l’armée russe- laissaient néanmoins présager, dans le cas de l’Ukraine, un aménagement sensible des conditions auxquelles sont habituellement soumis les pays candidats à l’adhésion. Mais jusqu’où peut aller « l’exception ukrainienne » dans les négociations d’adhésion sans trahir les principes affichés par l’UE ?
Nombre d’observateurs se demandaient ainsi depuis plusieurs semaines quelles seraient les répercussions sur les futures négociations de l’énorme scandale de corruption -un mal endémique en Ukraine- mettant cette fois en cause Andriy Yermak qui fut, jusqu’il y a peu, le très puissant bras droit de Zelensky, au point d’être appelé le « vice-président » du pays. Zelensky se tut.
Mais, voilà que, le 25 mai dernier, eut lieu près de Kiev, sous la présidence de Zelensky et en présence de personnalités politiques ukrainiennes de premier plan, une invraisemblable cérémonie de ré-inhumation d’Andri Melnyk, figure des ultra-nationalistes, ayant combattu avec « l’armée insurrectionnelle d’Ukraine » aux côtés des nazis ! (2) « Ce n’est qu’un premier pas », souligna même le Chef de l’Etat ukrainien en annonçant le même type de cérémonie pour honorer d’autres « héros ukrainiens » de même acabit. C’est peu de dire que cette initiative a choqué nombre d’observateurs : « En qualifiant Andri Melnyk de « grande figure ukrainienne », Volodymyr Zelensky a franchi un cap sur l’un des sujets mémoriels les plus sensibles du pays » réagit « Le Monde » (3). Cet hommage indigne « porte atteinte aux valeurs morales essentielles et au devoir de mémoire de la Shoah » s’est insurgé l’Institut pour la mémoire de la Shoah, « Yad Vashem » en Israël, tandis qu’en Pologne, des voix s’élevèrent, accusant le Président ukrainien d’insulter la mémoire des dizaines de milliers de victimes civiles des ultra-nationalistes ukrainiens, durant la seconde guerre mondiale dans ce pays.
Qu’en diront les dirigeants européens -aujourd’hui silencieux- lorsqu’ils aborderont avec leurs interlocuteurs ukrainiens le premier chapitre des négociations d’adhésion portant sur les « valeurs fondamentales » revendiquées par l’Union européenne ? Sans doutent argueront-ils que la guerre, cruelle et meurtrière, menée par la Russie favorise la montée du nationalisme ukrainien : c’est malheureusement juste, mais cela n’excuse en rien la lourde et irresponsable décision d’un Chef d’Etat de promouvoir le pire héritage de l’Histoire de son pays.
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(1) « Les Échos », 26/2/2026
(2) «Quand Volodymyr Zelensky pioche dans les criminels de guerre pour choisir ses héros nationaux » (« L’Humanité », 27/5/2026)
(3) « Le Monde », 3/6/2026




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