LES GILETS JAUNES : MENACE OU CHANCE POUR L’EUROPE ?

« Cet embrasement français pourrait accélérer le délitement de l’Europe » se plaint Bernard Guetta, l’ex-chroniqueur de France-Inter. En fait de « délitement », ce sont plutôt les bases du modèle européen actuel -la fuite en avant libérale sur le plan économique et autoritaire en matière politique- qui commencent à vaciller. Plusieurs faits en témoignent : le profond mouvement en cours en France peut -je dis bien « peut »- déboucher sur l’ouverture de brèches significatives dans le carcan réputé inamovible des règles actuelles de l’UE.

Un premier signe encourageant est l’évolution du débat sur les fameux « 3% » (des richesses produites) que ne doivent en aucun cas dépasser les déficits publics. « Ouvrir les vannes budgétaires, une voie périlleuse face à l’Europe » titraient encore « Les Echos » , le 4 décembre dernier. De fait, la Commission avait, fin novembre, critiqué publiquement la France pour n’avoir prévu qu’ une réduction du déficit structurel de 0,2% du PIB en 2019 au lieu de 0,6% demandé par Bruxelles ! (1) Seulement voilà : les événements, ont, depuis lors, changé la donne. Au point que Moscovici affirme désormais qu’il « n’a pas à dicter à Paris sa conduite » face à la crise des « Gilets jaunes ». Mieux, le membre « de loin le plus à gauche de la Commission européenne », comme il s’est présenté -ce qui en dit long sur le progressisme de l’exécutif de l’UE- vient de donner raison à l’un des membres les plus à droite du gouvernement, Gérald Darmanin, qui venait de faire cette hallucinante découverte : « 2,9% ou 3,1% , l’enfer n’est pas d’un côté et le paradis de l’autre (…) Je ne suis pas fétichiste des chiffres » (2). Dans la bouche de ces intégristes de l’un des mythes les emblématiques de « Bruxelles », c’est une reconnaissance de taille : face à un mouvement de cette ampleur, les règles les plus sacrées « se délitent ».

Autre « bouger » remarquable : alors que la Commission européenne soulignait, pour s’en féliciter, dans ses « recommandations » à la France , en mai 2018, « la croissance modérée des salaires », une autre foudre de guerre de la justice sociale, Muriel Pénicaud, exhortait les entreprises, le 7 décembre dernier, à « montrer l’exemple » en augmentant les salaires ! Encore de quoi voir se « déliter » les règles européennes. Ajoutons que des initiatives du type des « Gilets jaunes » commencent à apparaître en Belgique (pour la fin du « carnage social »), aux Pays-Bas, et jusqu’en Bulgarie, tandis qu’en Allemagne, la presse suit avec inquiétudes « la lutte de classe » en France…(3)

On le voit : nul besoin de négocier de nouveaux traités européens pour commencer à ébranler le carcan libéral de l’UE. Il faut agir en nombre et avec détermination, si possible en convergence avec d’autres peuples. Reste qu’on ne peut pas, pour réussir, faire l’économie de la clarification politique, et, à cet égard, rien n’est joué.

———
(1) Avis de la Commission sur le budget 2019 (21/11/2018)
(2) France Inter (7/12/2018)
(3) Tagespiegel (7/12/2018)

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13 décembre 2018 at 1:54 Laisser un commentaire

RUSSIE-UKRAINE : QUELLE ISSUE ?

Cela va faire cinq ans que dure et s’enkyste le conflit entre la Russie et l’Ukraine. Après la crise de la place Maïdan, les affrontements meurtriers du Dombass, l’annexion de la Crimée, voici l’incident naval dit « de la mer d’Azov ». À chaque fois, Kiev et Moscou se rejettent mutuellement la responsabilité de la brusque dégradation de la situation. Et à chaque fois, les dirigeants de l’UE , parallèlement à leurs homologues des Etats-Unis et de l’OTAN, désignent les bons et les méchants, prodiguent des leçons de morale, voire infligent des sanctions. Mais, évidemment, cela n’a aucune incidence sur le conflit lui-même. Celui-ci poursuit son pourrissement , jusqu’au jour où le dérapage de trop fera basculer les tensions répétées dans un embrasement aux conséquences incalculables. Cette menace est si évidente qu’il est difficile de comprendre l’obstination des dirigeants européens, et occidentaux en général, à ne pas le reconnaître : le conflit entre la Russie et l’Ukraine n’a aucune chance d’être surmonté tant qu’on ne comptera, pour y parvenir, que sur ses deux protagonistes directs , voire qu’on soufflera sur les braises de l’extérieur.

Certes, il y a eu la bonne initiative diplomatique franco-allemande de 2015 qui avait conduit aux Accords de Minsk, censés aboutir -outre le cessez-le-feu immédiat- à un retrait des armes lourdes, à une amnistie totale, à la création d’un statut spécial pour les régions de l’Est de l’Ukraine et à la restauration du contrôle par l’Ukraine de ses frontières extérieures. Mais, quoiqu’on pense de la part de responsabilité des uns et des autres en la matière, force est de constater que ces engagements n’ont pas été tenus, tandis que les risques pour la sécurité internationale -très au-delà de la région concernée- ne cessent de croître. Aussi, au risque de nous répéter, soulignons l’urgence, désormais reconnue par de nombreux experts en relations internationales, de tenir une Conférence réunissant tous les Etats du continent et se fixant pour double objectif l’examen de l’ensemble des contentieux existant ou couvant entre nos pays et l’établissement -sous l’égide des Nations-Unies- de règles communes de sécurité et de coopération à l’échelle des 51 Etats européens, sans distinction de régime.

Une référence vient à l’esprit à cet égard. Elle a marqué tout un pan de notre histoire contemporaine : c’est la Conférence d’Helsinki, qui a réuni de 1973 à 1975, donc en pleine guerre froide, les Etats d’un continent pourtant coupé en deux camps antagoniques. Comment ce qui était possible dans ces conditions ne le serait-il pas aujourd’hui ! L’idée d’une « Conférence paneuropéenne de sécurité et de coopération » a d’ailleurs été émise , il y a dix ans, par le Président russe de l’époque, Dmitri Medvedev. Il mettait en particulier l’accent sur un principe qui mérite effectivement d’être discuté -ce que les dirigeants de l’UE ont refusé de faire pour ne pas gêner l’élargissement de l’OTAN vers l’Est ou l’installation du « bouclier anti-missile » en Pologne et en République tchèque, cher à Washington. Ce principe est celui de « l’indivisibilité de la sécurité » : chaque État signataire d’un tel traité s’engage à ne prendre aucune mesure pour sa propre sécurité si elle contrevient à la sécurité d’un autre État signataire du traité. Voilà un débat qu’ il serait plus qu’urgent d’ouvrir ! Non seulement pour trouver une issue au conflit russo-ukrainien, mais parce qu’une paix durable sur notre continent est à ce prix.

6 décembre 2018 at 7:23 Laisser un commentaire

EUROPE : SIX MOIS POUR CHANGER LA DONNE !

« Dans six mois, le 26 mai 2019, auront lieu les élections européennes. Vous être un très grand nombre à ne pas (ou à ne plus) vous reconnaître dans les politiques et le mode de fonctionnement de l’actuelle Union européenne. Un très grand nombre également à souhaiter agir pour de vrais changements dans les domaines du social, de l’écologie, de la solidarité en Europe. Vous allez avoir une carte à jouer pour changer la donne, et cette carte, la voici ! » Cette démarche toute simple pourrait être, à mes yeux, un excellent fil rouge de la campagne des soutiens de la liste de rassemblement annoncée par les communistes, avec Ian Brossat.

Alors, quelle est cette « carte à jouer »?  C’est la part -très sous-estimée- de pouvoir sur « l’Europe » de demain que chacune et chacun d’entre nous va avoir entre ses mains  le jour du vote. Autrement dit, le jour où nous aurons la possibilité de changer le rapport de force au Parlement européen. En effet, au risque de me répéter, je me permets d’insister : d’abord, la plupart des « directives » ou des « règlements » européens , souvent légitimement contestés,  n’existent que parce qu’une majorité de parlementaires européens les a adoptés. Ensuite, concernant le budget européen, dont les orientations suscitent également du mécontentement très compréhensible, par exemple en matière de politique agricole commune ou de « fonds structurels » (Fonds social européen, Fonds européen de développement régional, Fonds européen pour les affaires maritimes et la pêche…), il faut savoir ( et faire savoir ) que les parlementaires européens ont le dernier mot sur l’ensemble des dépenses de l’Union européenne. Enfin, si nous sommes de ceux ou celles qui estiment -là encore non sans raison-  que la Commission européenne pêche par arrogance et mériterait d’être davantage soumise à la volonté des peuples, nous avons, à nouveau, tout à gagner à nous intéresser de près à qui va nous représenter au Parlement de Strasbourg : les députés européens ont, en effet, le pouvoir de censurer -autrement dit de renverser- l’exécutif européen. À tout le moins peuvent-ils et elles jouer de cet ultime recours pour s’en faire entendre et respecter. Ils l’ont d’ailleurs fait une (seule) fois : en 1998, en poussant l’ensemble de la Commission à la démission. C’est sur chacun de ces terrains, et d’autres encore, que nous détenons, avec notre bulletin de vote, le moyen de faire bouger le rapport de force. Et quand cette « carte » est délaissée par plus de 20 millions d’électrices et d’électeurs (56,5% des inscrits et même 73% des moins de 35 ans !) abstentionnistes en 2014 par défaut d’information sur les vrais enjeux du scrutin, on mesure l’ampleur du cadeau involontaire ainsi fait aux promoteurs de l’Europe libérale (en économie) et autoritaire (sur le plan politique) . Corriger, même très partiellement, cette terrible anomalie peut « changer la donne ».
Or, s’il y a une liste dont on puisse être sûr.e qu’elle est prête à jouer pleinement son rôle sur tous ces terrains -parce qu’elle est l’héritière de plusieurs décennies de fidélité à cette orientation-, c’est celle que je viens de nommer. Nous avons six mois pour gagner cette manche.

29 novembre 2018 at 4:57 Laisser un commentaire

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