L’ONU, ALLIÉE FIDÈLE DE LA CAUSE PALESTINIENNE

« Les yeux du monde -et en particulier les yeux de tous ceux dont les droits fondamentaux sont bafoués, menacés ou violés- sont braqués sur vous ! » Comment ne pas penser à ces paroles prononcées il y a 20 ans par Kofi Annan, l’un des plus emblématiques secrétaires généraux qu’aient connus les Nations unies, en entendant certains Chefs d’Etat ou de gouvernement intervenir devant l’Assemblée générale annuelle de l’ONU qui vient de se terminer.

Les « yeux du monde »  ont ainsi pu voir le président des États-Unis se vanter d’être l’auteur des « plus fortes pressions jamais exercées » sur Cuba « qui va tomber », avant d’ annoncer qu’il allait avoir « une grande décision à prendre : un accord sera-t-il  conclu ou est-ce que j’anéantis la République islamique d’Iran ? » (!) Un peu plus tard, ce fut le tour de son allié privilégié, celui, précisément, avec lequel il s’est engagé dans l’agression contre Téhéran : Benjamin Netanyahou, accusant sans vergogne ses détracteurs de « céder aux foules antisémites » ! Ce duo indécent incarne tout ce contre quoi l’ONU a été créée et sa Charte adoptée, au lendemain de la victoire contre le nazisme et le fascisme. Rappelons que le Premier ministre israélien est toujours sous le coup d’un mandat d’arrêt de la Cour pénale internationale (CPI) pour « utilisation de la famine comme méthode de guerre », « le fait d’avoir dirigé intentionnellement une attaque contre la population civile » et plusieurs crimes contre l’humanité -ce qui pousse d’autant plus Donald Trump à vouloir détruire la CPI , à sanctionner ses magistrats et à ordonner à « tous les pays membres » de cette institution de  « s’en retirer immédiatement » !

C’est à mettre à l’honneur de l’ONU d’avoir toujours réaffirmé les droits fondamentaux des peuples -en particulier s’agissant du cas emblématique du peuple palestinien- et condamné leurs oppresseurs -en l’occurrence l’occupant, le colonisateur et aujourd’hui , hélas, le pouvoir génocidaire israélien . 

Dans les années 1990, le Secrétaire général Boutros-Ghali a payé d’un véto de Washington à sa réélection à la tête de l’ONU sa volonté de déployer des « casques bleus » au Proche-Orient pour protéger les Palestiniens. Dans les années 2000, Kofi Annan a fustigé la décision de Trump de reconnaître Jérusalem comme capitale d’Israël . Quant à Antonio Guterres, il s’est attiré les foudres de Tel-Aviv pour avoir « enjoint toutes les parties à  respecter les mesures conservatoires de la Cour Internationale de Justice concernant l’application de la Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide à Gaza ». Et, dans son dernier discours, il vient de dénoncer « le spectre d’un nettoyage ethnique » en Cisjordanie . 

Pour sa part, l’Assemblée générale a adopté, rien qu’entre 2015 et 2026, 187 résolutions condamnant Israël. Elle a toujours soutenu l’action de l’UNRWA au service des réfugiés palestiniens. Même le Conseil de sécurité a adopté, entre 1948 et 2024,…229 résolutions contre la colonisation, la violation du statut de Jérusalem et le retour des réfugiés ! Si ces décisions sont scandaleusement restées sans effet, c’est dû à l’absence de sanctions en cas de non application des mesures demandées -ce qui, dans les faits, équivaut à la garantie de l’impunité. Les 5 membres permanents du Conseil sont tous concernés. User de paroles justes à l’ONU contre les crimes « qui nous font honte à tous », c’est bien. En finir une bonne fois pour toutes avec la pratique du « deux poids, deux mesures » en matière de défense du droit international, c’est mieux. 

1 octobre 2026 at 5:34 Laisser un commentaire

CLIMAT, « PACTE VERT » : FIN D’UNE AMBITION EUROPÉENNE 

« L’Europe peut, doit et va maintenir le cap sur ses objectifs climatiques » : en prononçant ces mots destinés à donner le change dans son discours annuel « sur l’état de l’Union », le 16 septembre dernier, au Parlement européen, Ursula von der Leyen se savait sur la sellette. Courant juillet, à l’initiative de « Réseau Action Climat », 10 ONG influentes avaient publié un rapport très circonstancié dénonçant 20 reculs majeurs, au cours des deux dernières années, en matière de lutte contre le réchauffement climatique, de préservation de la biodiversité et de défense de l’environnement en général, et 30 autres régressions programmées pour les prochains mois. Des alertes similaires ont été lancées dans différents pays européens. C’est qu’à coup de « simplifications », il a été procédé à une vague de déréglementations conduisant notamment à un affaiblissement sensible des obligations des multinationales -dont celles de l’emblématique directive sur « le devoir de vigilance des entreprises », à un détricotage de normes protégeant l’environnement et la santé (pesticides, déforestation, grandes pollutions industrielles…), à un assouplissement de la tarification du carbone pour les industriels (autorisés à émettre gratuitement du CO2 quatre années de plus) etc…(1) Un bilan difficile à défendre au lendemain des canicules et face à des sécheresses historiques qui traumatisent des millions de foyers et dont on nous dit qu’elles risquent de devenir la norme à l’avenir !

Comment en est-on arrivé à enterrer progressivement, depuis le début du second mandat de la présidente de la Commission (2024),  ce qu’elle-même avait présenté cinq ans auparavant comme la grande ambition de l’Europe  : le chantier emblématique du « Pacte vert » ? Trois phénomènes, très éclairants sur la nature de l’actuelle Union européenne, ont conduit à ce non-sens : la collusion de la droite et de l’extrême-droite au Parlement européen lors de votes permettant de démanteler des législations progressistes en matière climatique ; l’influence considérable accordée aux lobbys des multinationales « européennes » les plus polluantes; les pressions directes de pays étrangers exportateurs d’énergies fossiles (Etats-Unis, Qatar…). 

Devant 500 journalistes et 70…influenceurs (!) invités pour l’occasion, l’immodeste présidente de la Commission, se sentant sous pression, a bien  promis de porter une attention particulière à « 100 des territoires les plus vulnérables » , de veiller à la mise en place d’une « alliance pour l’assurance des risques climatiques », de prendre « une nouvelle initiative européenne pour l’eau », sans plus de précision, de « réfléchir » à une « future flotte européenne de lutte contre les incendies » et même -cocorico bien dans son style- de « faire de l’Europe la championne », en l’occurrence : des technologies d’adaptation . Rien, en revanche, n’a été évoqué concernant la cascade de reculs déjà accomplis ou à venir, qui -rappelle avec force le « Réseau Action Climat »- « ont des impacts directs sur la vie des citoyens ». 

Le 26 septembre prochain, la journée de mobilisation « pour le climat, le vivant, la paix et la justice sociale » dans tout le pays  vient à point pour s’emparer de ces enjeux et faire mesurer à nos concitoyens et concitoyennes le coût de chaque retard pris : le réchauffement climatique progresse et l’action pour l’enrayer régresse. Cette irresponsabilité ne doit pas rester sans réponse !

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(1) Voir Humanité (6/7/2026)

24 septembre 2026 at 9:32 Laisser un commentaire

DE « L’UNIFICATION ALLEMANDE » A LA PERCÉE DE L’AfD

  Le dangereux précédent que représente la percée historique de l’extrême-droite en Saxe-Anhalt et plus généralement l’essor régulier de l’AfD en Allemagne, en particulier dans les « nouveaux Länder » de l’Est, résultent à l’évidence de multiples causes. L’une d’entre elles mérite cependant une mention particulière : celle que l’historien Nicolas Offenstadt, spécialiste de l’ex-RDA, appelle « le sentiment de déclassement, de dépossession et de rabaissement » vécu par de nombreux anciens citoyens de RDA à la suite de « l’unification allemande »(1). L’événement remonte certes à 36 ans, mais les traces profondes qu’il a laissées dans les consciences -et la persistance, à maints égards,  d’une Allemagne à deux vitesses- servent de terrain de jeu aux redoutables démagogues de l’AfD (2). Retour sur cette période trop souvent simplifiée à l’excès. 

Lors de la chute du mur de Berlin, la majorité des citoyens et citoyennes de RDA ne souhaitait pas s’intégrer à la RFA. Toutes les études le soulignent : la plupart rêvait d’une nouvelle RDA, démocratique, et préservant les acquis sociaux, tout comme d’autres aspects spécifiques de leur mode de vie. Ce rêve fut balayé par les illusions semées par le Chancelier chrétien-démocrate, Helmut Kohl, promettant à une population désemparée des « paysages florissants » et la prospérité symbolisée par l’échange, de un pour un, des marks de l’Est contre des marks de l’Ouest. Quelques mois plus tard, le même, fort de la victoire de ses alliés de la CDU lors des élections législatives en RDA de mars 1990, se lança dans ce qu’il faut bien appeler une annexion, d’une violence inouïe, d’un pays, la RDA, aussi ancien que la RFA . Le seul fait d’avoir confié à Wolfgang Schäuble, à l’arrogance légendaire, la direction des « négociations » avec les autorités est-allemandes, et donné à une agence dirigée par le grand patronat ouest-allemand, la « Treuhand », les pleins-pouvoirs en matière de bradage aux « investisseurs », notamment ouest-allemands, de la totalité du patrimoine économique de l’ex-RDA, en dit long sur le respect témoigné aux ex-citoyens de ce pays  , traité en « vaincu », et à leur identité propre ! 

Il s’ensuivit, pour les « Allemands de l’Est », dès 1991, une chute de 73% de la production industrielle et un chômage de masse -une plaie qui leur était inconnue jusqu’alors- poussant des dizaines de milliers d’entre eux  à occuper leur usine (comme les 25000 salariés de la chimie…en Saxe-Anhalt) et quelque deux millions de personnes à émigrer à l’Ouest, en désespoir de cause, à la recherche d’un hypothétique nouvel emploi. « Ils remplacent jusqu’à nos plaques de rue. Pour eux, on est des incapables. Tout doit changer ! » m’avait dit, dépité, un chauffeur de taxi de Berlin-Est, à cette époque. De fait, les qualifications acquises à l’Est et non reconnues à l’Ouest, les entreprises publiques de haut niveau fermées parce qu’issues de RDA, la condescendance sempiternellement affichée par les autorités de l’Ouest à l’égard de leurs nouveaux « compatriotes » etc…ont nourri des sentiments de frustrations sinon d’humiliation qui finissent toujours par se payer au prix fort. Nous y voilà. La classe dirigeante allemande sera-t-elle capable d’en tirer enfin les leçons ?

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(1) Humanité, 7/9/2026

(2) Les salariés de l’Est du pays gagnent toujours 17% de moins que ceux de l’Ouest. Par ailleurs, seuls 12,1% des postes de direction sont occupés par des personnes originaires de l’Est du pays, qui représentent 20% de la population (source gouvernementale).

19 septembre 2026 at 5:52 Laisser un commentaire

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