Archive for juin, 2010

Face à la crise, « chercher des voies nouvelles »

L’Interview paru le  4 juin 2010 dans l’Humanité
 
Le député honoraire (GUE-NGL) au Parlement de Strasbourg participe, ce soir, au forum coorganisé par l’Humanité. Il nous livre quelques pistes de réflexion qui seront développées lors du débat « Traité de Lisbonne, comment sortir de l’impasse politique ? ».

Face à la crise du capitalisme, qu’est-ce qui fait aujourd’hui débat au sein des forces de gauche européennes  ?

Francis Wurtz. Un certain nombre de gouvernements socialistes, impliqués dans l’appareil européen, partageaient déjà l’obsession de la chasse aux déficits publics avant la crise. Les mêmes ont avalisé des plans d’austérité sans précédent… Néanmoins, deux grands clivages subsistent au sein de la gauche. Le premier oppose ceux qui font leur les règles libérales à ceux qui ne se contentent pas de critiquer leurs excès, mais qui les contestent absolument. Le deuxième concerne le pouvoir sur l’argent. Certains parlent de « régulation », mais la question doit être celle des pouvoirs qui sont confiés aux salariés et aux citoyens. C’est un préalable nécessaire si l’on veut que le rapport de forces dans la conduite de l’économie évolue. Les débats autour du traité de Lisbonne ont d’ailleurs illustré ces clivages. Notre famille politique a contesté l’inscription des canons du libéralisme économique dans le marbre du traité, alors qu’une majorité de la gauche européenne l’a approuvé.

Les traités européens portent-ils 
la responsabilité de la crise actuelle  ?

Francis Wurtz. Oui, les traités 
et ceux qui les ont écrits sont coresponsables de la crise actuelle. Ils ont donné le pouvoir 
aux marchés. Toutes les enquêtes d’opinion, les mobilisations sociales qui se multiplient aujourd’hui partout en Europe montrent 
le rejet massif des politiques conduites par les gouvernements au nom du respect des traités européens. Face à quoi l’ancien commissaire européen Mario Monti, prenant acte que le marché unique n’a jamais été aussi impopulaire, a répondu qu’il fallait davantage de concurrence  !

Les députés français ont récemment entériné les plans d’aide à la Grèce et de sauvegarde de l’euro. Qu’est-ce que cela vous inspire  ?

Francis Wurtz. Avaliser des solutions qui non seulement vont coûter extrêmement cher sur le plan social aux peuples concernés, mais aussi 
au plan économique, donner 
son feu vert à l’intervention du FMI est d’une inconséquence totale. Joseph Stiglitz, économiste libéral, dit lui-même  : « Attention, avec l’austérité, on va dans le mur  ! Vous faites mal aux populations et vous ne pourrez pas rembourser, 
car vous cassez la croissance  ! » Les communistes ont estimé 
que c’était inacceptable et ont donc voté contre. Globalement, les gens sont révoltés 
contre ce type de solutions. 
Il faut désormais que cela 
se traduise au niveau 
des choix.

Pour répondre à la crise 
du capitalisme, certains évoquent l’idée d’une nouvelle gouvernance, voire d’une sortie de l’euro. 
S’agit-il de solutions  ?

Francis Wurtz. Le terme 
de gouvernance est piégé. 
Quand madame Merkel l’évoque aujourd’hui, elle vise à renforcer la surveillance des politiques économiques et budgétaires 
des États membres par l’Union européenne. Il y a là un fil rouge, celui de la dépolitisation 
de l’économie et l’idée que 
les grandes décisions ne feraient plus l’objet d’un choix démocratique 
des peuples. Cela pose la question des droits des salariés, des citoyens, des élus, de la souveraineté populaire au sens large.

Quant à la sortie de la zone euro, c’est une fausse bonne solution. 
Si la Grèce venait à quitter la zone euro, elle aurait à rembourser 
une dette très lourde en monnaie 
de singe et avec tous les spéculateurs du monde sur le dos. L’Europe doit soustraire son développement aux marchés financiers. Dans cette perspective, la Banque centrale 
a un rôle à jouer, notamment 
en servant les États, non plus 
les banques. Elle favoriserait ainsi 
la création de richesses, au service 
du progrès social, de l’emploi, 
de l’environnement…

Comment faire entendre cette alternative  ?

Francis Wurtz. Face à ce démantèlement structurel des acquis de plusieurs générations, il faut mener des mobilisations et une bataille d’idées au niveau exigé par les circonstances, pour enrayer la logique actuelle et faire progressivement avancer une logique alternative. Le forum organisé ce week-end à l’initiative de Patrick 
Le Hyaric tombe à pic, 
dans la mesure où les participants constituent un éventail assez pluriel d’hommes et de femmes qui ont en commun de chercher des voies nouvelles. Il est très important de permettre aux points de vue de se confronter en articulant les débats politiques sur l’action. 
Je suis offensif, parce que l’expérience vécue par tout le monde fait sauter des blocages et favorise 
la réflexion politique et parfois avec un niveau d’exigence inattendu.

Entretien réalisé par Cyril Charon

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9 juin 2010 at 4:34 Laisser un commentaire

La sortie de la zone euro, c’est une fausse bonne solution

L’Interview paru le  22Mai 2010 dans l’Humanité

Le député honoraire (GUE-NGL) au Parlement de Strasbourg participe, ce soir, au forum coorganisé par l’Humanité. Il nous livre quelques pistes de réfl exion qui seront développées lors du débat « Traité de Lisbonne, comment sortir de l’impasse politique ? ». 

Face à la crise du capitalisme, qu’est-ce qui fait aujourd’hui débat au sein des forces de gauche européennes ?
Francis Wurtz. Un certain nombre de gouvernements socialistes, impliqués dans l’appareil européen, partageaient déjà l’obsession de la chasse aux déficits publics avant la crise. Les mêmes ont avalisé des plans d’austérité sans précédent… Néanmoins, deux grands clivages subsistent au sein de la gauche. Le premier oppose ceux qui font leur les règles libérales à ceux qui ne se contentent pas de critiquer leurs excès, mais qui les contestent absolument. Le deuxième concerne le pouvoir sur l’argent. Certains parlent de « régulation », mais la question doit être celle des pouvoirs qui sont confiés aux salariés et aux citoyens. C’est un préalable nécessaire si l’on veut que le rapport de forces dans la conduite de l’économie évolue. Les débats autour du traité de Lisbonne ont d’ailleurs illustré ces clivages. Notre famille politique a contesté l’inscription des canons du libéralisme économique dans le marbre du traité, alors qu’une majorité de la gauche européenne l’a approuvé.

Les traités européens portent-ils la responsabilité de la crise actuelle ?
Francis Wurtz. Oui, les traités et ceux qui les ont écrits sont coresponsables de la crise actuelle. Ils ont donné le pouvoir aux marchés. Toutes les enquêtes d’opinion, les mobilisations sociales qui se multiplient aujourd’hui partout en Europe montrent le rejet massif des politiques conduites par les gouvernements au nom du respect des traités européens. Face à quoi l’ancien commissaire européen Mario Monti, prenant acte que le marché unique n’a jamais été aussi impopulaire, a répondu qu’il fallait davantage de concurrence !

Les députés français ont récemment entériné les plans d’aide à la Grèce et de sauvegarde de l’euro. Qu’est-ce que cela vous inspire ?
Francis Wurtz. Avaliser des solutions qui non seulement vont coûter extrêmement cher sur le plan social aux peuples concernés, mais aussi au plan économique, donner son feu vert à l’intervention du FMI est d’une inconséquence totale. Joseph Stiglitz, économiste libéral, dit lui-même : « Attention, avec l’austérité, on va dans le mur ! Vous faites mal aux populations et vous ne pourrez pas rembourser, car vous cassez la croissance ! » Les communistes ont estimé que c’était inacceptable et ont donc voté contre. Globalement, les gens sont révoltés contre ce type de solutions. Il faut désormais que cela se traduise au niveau des choix.

Pour répondre à la crise du capitalisme, certains évoquent l’idée d’une nouvelle gouvernance, voire d’une sortie de l’euro. S’agit-il de solutions ?
Francis Wurtz. Le terme de gouvernance est piégé. Quand madame Merkel l’évoque aujourd’hui, elle vise à renforcer la surveillance des politiques économiques et budgétaires des États membres par l’Union européenne. Il y a là un fil rouge, celui de la dépolitisation de l’économie et l’idée que les grandes décisions ne feraient plus l’objet d’un choix démocratique des peuples. Cela pose la question des droits des salariés, des citoyens, des élus, de la souveraineté populaire au sens large. Quant à la sortie de la zone euro, c’est une fausse bonne solution. Si la Grèce venait à quitter la zone euro, elle aurait à rembourser une dette très lourde en monnaie de singe et avec tous les spéculateurs du monde sur le dos. L’Europe doit soustraire son développement aux marchés financiers. Dans cette perspective, la Banque centrale a un rôle à jouer, notamment en servant les États, non plus les banques. Elle favoriserait ainsi la création de richesses, au service du progrès social, de l’emploi, de l’environnement…

Comment faire entendre cette alternative ?
Francis Wurtz. Face à ce démantèlement structurel des acquis de plusieurs générations, il faut mener des mobilisations et une bataille d’idées au niveau exigé par les circonstances, pour enrayer la logique actuelle et faire progressivement avancer une logique alternative. Le forum organisé ce week-end à l’initiative de Patrick Le Hyaric tombe à pic, dans la mesure où les participants constituent un éventail assez pluriel d’hommes et de femmes qui ont en commun de chercher des voies nouvelles. Il est très important de permettre aux points de vue de se confronter en articulant les débats politiques sur l’action. Je suis offensif, parce que l’expérience vécue par tout le monde fait sauter des blocages et favorise la réflexion politique et parfois avec un niveau d’exigence inattendu.

ENTRETIEN RÉALISÉ PAR CYRIL CHARON

9 juin 2010 at 2:49 Laisser un commentaire

HALTE AU POISON NATIONALISTE!

Faute d’une issue positive à la crise qui secoue jusqu’aux fondements même de l’actuelle construction européenne, on assiste à la montée de la pire des échappatoires: le nationalisme.  Il se manifeste sous différentes formes, mais toutes doivent nous alerter. 

            C’est parmi les nouveaux pays membres que se font jour les phénomènes les plus virulents.  Le cas de la Hongrie – appelée à présider l’Union européenne durant le premier semestre de l’année prochaine – est symptomatique de ce qui couve en Europe centrale et orientale.  La population y est plongée dans la précarité et la misère.  Les désillusions et le désarroi viennent d’y envoyer une droite dure au gouvernement et d’y grossir les rangs de l’extrême droite.  Aussitôt des mesures provocatrices – l’attribution d’un passeport hongrois aux citoyens des pays voisins ayant « des ancêtres hongrois » et parlant le Hongrois – ont visé à relancer le culte de la nostalgie des « anciennes provinces perdues » au lendemain de la première guerre mondiale (Traité de Trianon, 4 juin 1920).  Déjà, la tension monte avec la Slovaquie et risque de se propager à la Roumanie, à la Croatie, voire à l’Autriche, pour ne citer que les pays membres ou candidats à l’adhésion à l’Union européenne, comptant des minorités hongroises – qui représentent plus de trois millions de personnes, au total ! 

            Mais ce poison n’est pas l’apanage de cette région d’Europe!  On sait ce qu’il en est en France:  la stigmatisation des « étrangers » est encouragée en haut lieu, poussant à la banalisation d’un discours agressif et dangereux, prétendant offrir des moyens simples pour en finir avec le calvaire insupportable qu’est devenue la vie pour des millions de gens, mais aboutissant en fait  à dresser les unes contre les autres les victimes du système.  On se souvient également de la flambée de slogans antigrecs – « cueilleurs d’olives », fainéants, fraudeurs…- et anti méditerranéens en général – « club med », laxiste et dépensier – relancés par les milieux conservateurs d’outre-Rhin à l’occasion de la seconde étape de la crise financière. 

            L’évolution de la classe dirigeante allemande constitue, du reste, de manière générale, un problème qui, s’il ne relève pas du nationalisme traditionnel, commence à  en épouser certains traits.  Notamment cette propension à vouloir imposer son modèle à tous ses « partenaires », au nom de ce que Berlin considère comme ses intérêts de puissance dominante de « l’Union ».  La Chancelière Merkel ne vient-elle pas d’illustrer cette orientation stratégique tout au long  de ces derniers mois?  Et que dit-elle d’autre, en affirmant, la semaine dernière: « je veux être très claire: l’Allemagne, en tant que grande force exportatrice et première économie de l’Union européenne, a très largement profité de l’euro par le passé.  C’est pourquoi nous défendrons un euro fort de toutes nos forces »?  On sait, en effet, ce que, dans sa bouche, « euro fort » veut dire: discipline et « culture de la stabilité » pour tous; mise sous tutelle des plus fragiles; exclusion des récalcitrants. 

            Toutes ces dérives doivent, en temps de crise, être prises au sérieux.  Puissent ces alertes convaincre des hésitants à rejoindre les luttes solidaires pour un changement véritable et une autre Europe.  Souvenons-nous, il y a 5 ans: au plus fort de la mobilisation citoyenne contre le projet de traité constitutionnel et pour une alternative sociale, on n’entendait guère les aboiements nationalistes.  Les forces de progrès donnaient le ton.  Il est temps qu’elles reprennent la main.

3 juin 2010 at 6:59 Laisser un commentaire

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