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« ISRAÉLISER NOTRE SÉCURITÉ » OU « RÉHUMANISER LA SOCIÉTÉ » ?
Depuis les attaques terroristes de Nice et de Saint-Etienne-du-Rouvray, on a pu lire et entendre le pire et le meilleur. La course à l’échalote engagée entre les prétendants de droite à la magistrature suprême pour remporter la palme de la surenchère ultra-sécuritaire -quitte à agiter le spectre de la guerre civile !- est aussi obscène qu’irresponsable . Plus généralement, tout ténor de la droite s’est senti obligé d’en rajouter une couche. Tel ancien ministre de La Défense a, en quelque sorte, synthétisé cette vision d’une France sûre en une formule-choc : « il nous faut israéliser notre sécurité » (1) ! Faut-il lui rappeler que le « modèle » qu’il recommande de suivre est celui d’un Etat qui a institutionnalisé un apartheid de fait ; où une violence extrême est , au nom de la sécurité, quotidiennement exercée contre une partie de la population, considérée comme intrinsèquement suspecte , et vis-à-vis de laquelle la détention illimitée sans inculpation et les punitions collectives tiennent lieu de justice !
Force est de le constater : en comparaison, la Chancelière allemande passerait presque pour une progressiste ! Après une semaine noire, marquée par quatre attaques meurtrières dont deux revendiquées -pour la première fois en Allemagne- par Daech, et bien que critiquée par son allié bavarois, la CSU, à quelques semaines d’élections régionales servant de tests en vue des législatives stratégiques de 2017, Angela Merkel a , à nouveau, évoqué à propos du million de réfugiés récemment accueillis dans son pays la « responsabilité humanitaire » et réitéré sa conviction que « nous allons arriver à mener à bien cette épreuve historique en ces temps de mondialisation » ! Non seulement la droite française, mais le gouvernement pourrait en prendre de la graine, lui qui vient pousser sa dérive sécuritaire jusqu’à doter la France -à l’occasion de la loi sur le prolongation de l’état d’urgence- d’une législation autorisant notamment la surveillance préventive de masse, inimaginable outre-Rhin (2).
Heureusement , dans ce contexte délétère où tant de responsables politiques abusent dangereusement de leur influence sur des citoyens traumatisés et fragilisés, d’autres voix se sont faites entendre, et c’est tout à l’honneur de « l’Humanité » et de « l’Humanité Dimanche » de les avoir abondamment relayées ! Ainsi, cette très juste observation du directeur de la Sécurité intérieure (DGSI) en personne , estimant que « si on se limite à une réponse sécuritaire, on se trompe » et notant que l’on constate « chez la plupart de ceux que nous arrêtons un profond mal-être (alors que) la seule idéologie qui leur donne une raison d’espérer en ce bas monde est l’extrémisme religieux » (3) . Comme en réponse, le psychanalyste Roland Gori soulignait : « C’est dans le clair-obscur du néolibéralisme que sont nés ces monstres (…) Il faut redonner à la jeunesse des motifs d’espérer. » (4) Ou bien le sociologue Michel Wieviorka appelant à « restaurer le lien social », à « réhumaniser la société » . Et aussi à « reconstruire de la confrontation qui débouche sur autre chose que de la violence »(5) . Réfléchir, débattre, construire : la vraie politique, quoi ! Voilà qui nous parle .
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(1) Hervé Morin ( Le Figaro : 27/7/2016 )
(2) Loi du 21/7/2016 autorisant les services à espionner l’entourage des suspects.
(3) Humanité Dimanche (28/7/2016)
(4) L’Humanité ( 27/7/2016 )
(5) L’Humanité ( 29/7/2016 )
L’UE ET LA LUTTE CONTRE LE TERRORISME
Pour l’Europe, « j’ai proposé une nouvelle impulsion. L’essentiel, c’est la protection des Européens » déclarait François Hollande dans son entretien télévisé du 14 juillet, quelques heures avant l’effroyable tuerie de la Promenade des Anglais. Mais quels sont , au fait, les compétences et les instruments dont dispose l’ Union européenne , à ce jour, dans ce domaine ? Et surtout, quelle est leur efficacité au regard de la tragédie de Nice ?
L’action européenne à cet égard date des suites du choc du 11 septembre 2001 . « L’Europe de la sécurité » s’est renforcée aux lendemains des attentats de Madrid du 11 mars 2004. Elle s’est notamment dotée d’un « coordinateur de la lutte contre le terrorisme ». Au départ, l’accent était mis sur le choix de l’UE de mener cette lutte contre le terrorisme « dans le respect de l’état de droit » . Une importance nouvelle était également accordée à « l’échange en matière de renseignements ». Enfin, on insistait officiellement sur « la nécessité de lutter contre les facteurs susceptibles d’alimenter le terrorisme (…) par l’action politique, la prévention des crises, le règlement des conflits, l’aide au développement, la coopération, la formation… » (1) Par la suite, les pressions en faveur de réponses de plus en plus sécuritaires (et militaires) au fléau terroriste n’ont cessé de s’accentuer tandis que se multipliaient les attaques dans de nombreuses villes d’Europe : Londres, Copenhague, Paris, Saint-Denis, Bruxelles…
Il existe désormais , au sein d’Europol ( Office européen de police ) un « Centre européen de lutte contre le terrorisme » destiné à faciliter l’échange d’informations entre les Etats membres. La lutte contre le phénomène dit des « combattants étrangers » y prend une place grandissante. Il s’agit du contrôle systématique de ressortissants européens repérés au moyen d’indicateurs de risques et souhaitant quitter l’espace Schengen afin de s’engager dans les rangs de Daesh. A l’extension des gigantesques fichiers du « Système d’information Schengen » ( signalement de personnes recherchées ou placées sous surveillance ) et d’ « Eurodac » ( base de données centrale informatisée d’empreintes digitales ) se sont ajoutés le déploiement dans différentes régions du monde, en particulier l’Afrique du Nord et le Moyen-Orient, du SIV (« Système d’information sur les visas » ) ainsi que la création du RAN ( « Radicalisation Awereness Network ») , centre de lutte contre la radicalisation. Une unité spéciale est chargée de centraliser les signalements de sites web incitant au terrorisme en vue de les bloquer. Par ailleurs, un « corps européen de garde-frontières et de garde-côtes » doit voir le jour. Quant à la fameuse directive PNR ( qui contraint les compagnies aériennes à fournir aux autorités les données des passagers pour tous les vols vers ou depuis l’UE ), elle est définitivement adoptée. Et pourtant…
Au vu des premiers éléments de l’enquête sur l’attentat du 14 juillet, l’on ne peut manquer de s’interroger sur la pertinence de cette fuite en avant sécuritaire. Rappelons que le tueur de Nice vivait en France. Selon ses voisins, « il buvait de l’alcool, mangeait du porc et n’avait rien à voir avec la religion ». Il était , d’après le Procureur, « totalement inconnu » des services de renseignements. Aucun des impressionnants dispositifs prévus n’était susceptible de prévenir son acte. Alors, on continue ou on s’interroge ?
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(1) Pierre Sellal, Représentant permanent de la France auprès de l’Union européenne, devant la délégation pour l’UE du Sénat (17/11/2004).




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