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30 août 1954 – 30 août 2014 : voilà un anniversaire que les dirigeants européens ne célèbreront pas . Et pour cause ! Le rejet, il y a tout juste 60 ans, de la « Communauté européenne de Défense » (CED) par la majorité de l’Assemblée Nationale française, essentiellement constituée de communistes et de gaullistes ainsi que de socialistes en désaccord avec leur parti, constitue une page d’histoire hautement significative que les esprits conformistes préfèrent voir ignorer. D’abord, elle aide à mesurer le poids de la guerre froide et de l’atlantisme dans les décisions qui ont marqué le lancement de la construction européenne. Ensuite, elle illustre le rôle singulier -et salutaire- que la société française peut jouer lorsqu’elle se rebelle contre la lâcheté de ses dirigeants.
Rappel.
En 1950, le gouvernement français soumet à ses alliés européens le « Plan Pléven ». Celui-ci prévoit la création d’une « Communauté Européenne de Défense », sorte de pendant militaire à l’embryon de « Communauté économique » en cours de constitution : la « Communauté européenne pour le charbon et l’acier » (CECA). Ce projet prévoit de mettre sur pied une armée européenne forte de 40 divisions, dont 12 de la République Fédérale d’Allemagne, intégrée à l’OTAN et placée sous le commandement d’un général américain ! Il s’agit alors ni plus ni moins que d’un ralliement français à l’exigence américaine d’un réarmement rapide de l’Allemagne occidentale, cinq ans à peine après la défaite du nazisme, et alors même que des criminels de guerre y relèvent la tête, allant jusqu’à y créer en 1951 une « communauté d’entraide solidaire d’ex-membres des Waffen SS »…En outre, comment affirmer de façon plus servile l’allégeance de la France , et plus généralement de l’Europe occidentale, à Washington qu’en lui remettant les clés de sa défense! La raison de cette capitulation sera, du reste, clairement explicitée par nos « élites » sur le thème: « Le danger pour la sécurité de l’Europe ne vient plus de l’Allemagne mais de l’Union soviétique. Or, nombre de nos soldats sont mobilisés dans la guerre d’Indochine et depuis peu dans la guerre de Corée. Un fort contingent allemand est donc nécessaire et la puissance américaine indispensable à la sécurité de l’Occident ». C’est ainsi que les « pères de l’Europe » -Robert Schuman en tête- ont fait de la guerre froide et de l’atlantisme les fonds baptismaux de leur construction européenne. Deux ans plus tard, le Traité de Paris instituant la CED est signé par les Etats français, ouest-allemand, belge, néerlandais, luxembourgeois et italien. Parallèlement, la France signe avec les Etats-Unis et la Grande Bretagne une Déclaration tripartite sur « l’abandon des limitations spéciales imposées jusqu’ici à la République fédérale d’Allemagne, permettant à celle-ci de participer comme partenaire égal à la défense de l’Occident ».
En France, manifestations de rues et appels de personnalités se multiplient contre la CED. Un « Comité d’action » est constitué par des opposants de plus en plus nombreux et divers au projet. Un « Mouvement des Universitaires français » mobilise les enseignants contre ce qu’il perçoit comme une menace pour la paix. Le Parlement s’enflamme. La perspective du réarmement de l’Allemagne alors que la France est encore traumatisée par le souvenir de la guerre et de l’occupation; l’idée d’un abandon total de souveraineté sur la défense nationale; enfin la soumission à l’hégémonisme américain constituent un cocktail explosif qui se traduit par le vote fatidique des députés. Abasourdie, la droite atlantiste fustige « le crime du
30 août« …
Il faudra attendre près de quarante ans pour qu’un traité européen ( celui de Maastricht ) évoque prudemment « la définition progressive d’une politique de défense commune qui pourrait conduire , le moment venu, à une défense commune ». Ce processus sera, certes, poussé beaucoup plus loin durant les années 2000, mais, aujourd’hui encore, on est heureusement loin du projet d’armée européenne intégrée avancé en 1054. L’atlantisme, lui, s’est en revanche installé au coeur du processus européen. Quant à l’esprit de guerre froide, opposant l’ « Occident » à la Russie (et à la Chine demain ? ), tout indique qu’il fait, sous des formes adaptées aux circonstances, un retour fracassant. A quand, un nouveau sursaut français digne du « crime du
30 août » 1954 ?
21 août 2014 at 1:43
Il faut espérer que l’analyse fine des résultats des élections européennes nous apporte des éclaircissements sur l’état d’esprit du « peuple de gauche » . En particulier sur un point crucial: quels ont été les différents choix électoraux des déçus , des révoltés, des écoeurés de François Hollande et de sa politique « bruxello-compatible ». Constituent-ils les gros bataillons des abstentionnistes , dans l’attente d’une offre politique en phase avec leurs attentes? Puissent ces femmes et ces hommes ne pas tirer de la pseudo-campagne électorale qui vient de s’achever et du paysage politique ahurissant auquel elle a abouti la conclusion que, quoiqu’on dise ou fasse, l’Europe ne peut nous apporter que des malheurs , et que par conséquent le mieux serait de s’en détourner.
Comme d’autres, j’ai eu l’opportunité de participer, durant toute cette période, à une multitude de rencontres , certes aux dimensions modestes -disons de plusieurs dizaines jusqu’à 200 personnes- mais au contenu politique et humain qui rappelait les plus belles heures du grand débat citoyen de 2005 sur le projet de traité constitutionnel. L’échantillonnage de cette trentaine de réunions publiques est suffisamment varié pour autoriser quelques extrapolations. Diversité géographique, tout d’abord : Pyrénées Orientales, Indre et Loire, Nord, Côte d’Or, Ariège, Ardèche, Loire, Landes, Meurthe et Moselle, Haut-Rhin, Bas-Rhin, Manche, Drôme, Alpes de Haute Provence, Oise, Ile-et-Vilaine, Dordogne ainsi que Paris et cinq départements d’Ile-de-France . Diversité des organisateurs également : PCF et Front de Gauche, collectifs citoyens, groupe d’élus, associations, organisme officiel ou semi-officiel. Diversité de forme, enfin : débat avec un seul invité, débat pluraliste, débat contradictoire.
Or, la première chose qui frappe , c’est une volonté de comprendre cette machinerie lointaine et suspecte , pour peser : Quels sont les pouvoirs respectifs du Parlement européen et de la Commission ? En quoi consiste le travail de nos élus? Comment peut-on intervenir dans ce processus? Où en sont les rapports de force politiques dans les autres pays ?…Tel participant s’est dit « sidéré par le décalage entre le travail effectué et ce qui en est perçu ».
Quelques enjeux légitimement perçus comme « lourds » alimentent particulièrement les échanges. Ainsi, l’exigence d’en finir avec les politiques d’austérité et, partant, la nécessité de reprendre le pouvoir sur l’argent et son utilisation sont-elles souvent abordées : exceptionnellement sous l’angle de la « sortie de l’euro » , généralement à partir de tout ce qui touche à la Banque centrale européenne et à la refonte de ses missions et de son fonctionnement . La situation en Grèce figure également parmi les thèmes favoris , de même que Syrisa et son leader Alexis Tsipras, plébiscité ! Les questions liées à l’actualité sont naturellement prisées: l’énergie, à propos d’Alstom; les « travailleurs détachés » en rapport avec les nombreux cas de dumping social; la politique extérieure de l’UE, en liaison avec la crise ukrainienne; l’action -ou plutôt l’inaction- de l’Europe contre le réchauffement climatique , en prévision de la Conférence internationale de Paris en 2015. Et naturellement, le dossier brûlant du « grand marché transatlantique »…
Enfin, les questions relevant de la « stratégie » à mettre en œuvre pour passer d’une simple posture rhétorique à un réel processus de luttes visant à transformer l’Europe tiennent toute leur place : il existe une soif pour des débats de fond sur l’Europe et une impressionnante expertise de terrain qui ne demande qu’à nourrir la réflexion et l’action politiques. Tous apprécient qu’on tourne le dos aux jeux politiciens pour faire résolument appel à l’intelligence et à l’intervention citoyenne .Tous disent se retrouver dans la démarche alliant l’opposition à la proposition -« refuser, rassembler, reconstruire »- . Ainsi conçue, « L’Europe,c’est passionnant! » a commenté sur son blog une élue de Saint-Gratien , dans le Val d’Oise. Avis au Front de gauche dont la vocation est de répondre aux espoirs anéantis du peuple de gauche.
29 Mai 2014 at 7:26
On nous annonce une abstention record aux élections européennes du25 mai prochain. Et ce seraient, comme toujours, les citoyens les plus en difficulté qui seraient les plus enclins à se désintéresser de ce scrutin -plus particulièrement parmi celles et ceux qui ont été déçus par la « gauche »au pouvoir. Or, autant leur exaspération est légitime -envers cette Europe comme à l’égard du gouvernement !- autant se priver d’un vote vraiment de gauche aux élections du 25 mai serait une erreur fatale. Trois idées fausses méritent d’être clarifiées à ce propos.
La première concerne le Parlement européen : « il n’a aucun pouvoir! » entend-t-on fréquemment. Répétons donc une fois de plus ce fait majeur: les fameuses « directives de Bruxelles », telles celles qui libéralisent les services publics ou organisent la mise en concurrence des travailleurs en Europe n’existent que parce qu’une majorité de parlementaires européens les ont adoptées ! Ainsi, la directive sur les « travailleurs détachés » aurait pu être sensiblement modifiée si les amendements de notre groupe de la « Gauche unitaire européenne » (conformes aux demandes des syndicats ) avaient été plus largement soutenus. On aurait été en position de force vis-à-vis des gouvernements les plus libéraux. Il y a plus: les députés européens auront à approuver ou à rejeter la future Commission européenne; il pourront à tout moment la renverser; ils auront également à approuver ou à rejeter le futur (éventuel) traité sur le « Grand marché transatlantique »- ce projet diabolique des ultra-libéraux. Etc…Aussi, l’abstention est-elle contre-productive: elle renforce les partisans de l’Europe libérale au lieu de conforter l’opposition de gauche à cette Europe-là !
Par ailleurs, à entendre les grands média -qui font une cour obscène au Front national- , il faudrait s’attendre à ce que le prochain Parlement européen soit une chambre brune envahie par les amis des Le Pen de toute l’Europe. La voix de la gauche critique serait noyée sous le flot populiste! A quoi bon aller voter, s’il en était ainsi! Le problème,c’est que la réalité est tout autre! Selon les toutes dernières projections en sièges, à partir des enquêtes d’opinion en Europe, notre groupe de la « Gauche unitaire » augmenterait le nombre de ses membres de quelque…50% -du jamais vu!- et frôlerait la troisième place, très loin devant toute la coalition des extrêmes droites, qui n’est même pas assurée, à ce stade, de pouvoir constituer un groupe! Raison de plus de contribuer à ce rapport de force par votre bulletin de vote!
Enfin, l’idée -compréhensible- circule que « cette Europe ne tiendra de toutes les façons aucun compte du choix des citoyens,comme ce fut le cas après la victoire du NON en France au traité constitutionnel en 2005″. La grande nouveauté par rapport à cette période-là, c’est que la crise de légitimité de l’Europe actuelle n’est plus limitée à un ou deux pays: elle est générale . Un sondage Gallup organisé en septembre dernier dans les 28 pays membres est éloquent à cet égard. A la question: »Les politiques d’austérité sont-elles efficaces? » 5% répondent OUI et 51% NON ! Et à celle demandant si « une autre politique est possible? », 60% répondent par l’affirmative , contre 25% qui ne le pensent pas! La vérité, c’est qu’aujourd’hui les dirigeants européens en place et les dirigeants nationaux qui co-réalisent cette politique désastreuse sont massivement désavoués. Ils pérorent mais, en réalité, ils sont très affaiblis . C’est donc le moment ou jamais pour affirmer l’exigence de ruptures nettes avec ce modèle qui a fait faillite et pour s’attaquer à la refondation de la construction européenne: coopérative, solidaire et démocratique. C’est le sens de la campagne de nos amis de la gauche européenne autour d’Alexis Tsipras, le courageux leader de Syrisa, en Grèce. Et c’est, en France, celui du vote pour les listes du Front de gauche.
30 avril 2014 at 7:31
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